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BLASON DE FRANÇOIS ARZENTIN, ARCHEVÊQUE DE CONCORDIA

(i) Cod. Cicogna. MMDCLXXIII, 3627.

de sa suite. Le pape lui-même, averti par un songe, a accompagné la sainte à Cologne ; et le septième tableau (i) nous représente cette seconde arrivée dans la cité rhénane assiégée des Huns.

Dans le petit tableau de Hans Memling sur le même sujet, nous voyons une représentation exacte de Cologne avec ses tours, évidemment faite d'après nature. Carpaccio, au contraire, qui n'avait jamais été en Allemagne, a peint une Cologne de fantaisie, empruntant cette fois encore, à ce qu'il semble, ses motifs au livre de Breydenbach. En effet, cette longue suite de murailles, interrompues de distance en distance par des tours, était caractéristique des cités maritimes grecques d'autrefois. Au fond du tableau apparaît un pont à arches, du genre de ceux qui ont servi un temps au débarquement et sont maintenant hors d'usage. Deux grands vaisseaux ; le premier, aux larges flancs, nous montre sa proue, ses cordages, ses voiles pliées, et l'on aperçoit à bord le pape, les évêques et les vierges impatients de descendre dans la chaloupe, où les attend un petit rameur. L'autre est en arrière, et nous voyons sa poupe richement ornée de bannières, de cette forme artistique et pittoresque qui distinguait les galères vénitiennes de celles de toutes les autres puissances maritimes du temps.

Dans le coin du tableau, sous un arbre, se tient un groupe de guerriers Huns. L'un d'eux, avec une barbe blanche et une couronne sur la tête, représente sans doute leur roi. Près de lui, à ses pieds, est un jeune homme qui a de longs cheveux à la vénitienne et qui lit une lettre.

Ce septième tableau est manifestement le plus faible de tout le cycle ; les personnages gauches, mal dessinés, attestent l'inexpérience du jeune peintre qui commençait avec cette composition à illustrer la légende de sainte Ursule. L'arbre qui s'élève au premier plan du tableau n'est assurément pas copié d'après nature, mais imité, comme nous l'avons déjà indiqué, d'autres arbres sem-

(ij Académie de Venise, n° 579. Toile : haut. : 2 m. 77, long. : 2 m. 55. Signé : Op. Victoris Carpatio MCCCCLXXXX. M. septembris. Dimensions primitives : haut. : 2 m. 95, long. : 2 m. 63.

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LA LEGENDE DE SAINTE URSULE

blables qui sont dans les peintures de Lazare Bastiani. Ces arbres ne paraissent pas peints d'après nature, mais rappellent plutôt ceux de certains bas-reliefs antiques.

Ce tableau fut également mutilé sur les deux côtés et dans le haut. Sur un petit cartouche nous lisons le nom et la date : Op. Victoris Carpatio MCCCCLXXXX, M. Septembris.

Comme nous l'apprend la Mariegola déjà citée, les membres de l'Ecole commencèrent en 1488 à recueillir les fonds pour les peintures qui devaient orner l'Ecole. Le tableau de l'Arrivée à Cologne est donc le premier en date du cycle, et c'est en même temps le premier tableau daté que nous connaissions de Carpaccio. Mais comment expliquer que le peintre ait eu l'idée de commencer son œuvre par cette petite toile, représentant un des derniers épisodes de la légende? Aussi bien, la petitesse même des dimensions nous permet de supposer que le peintre a, en quelque sorte, voulu essayer ses forces dans une composition d'importance secondaire. Mais nous croyons aussi être à même d'expliquer par une hypothèse probable pourquoi Carpaccio a choisi pour commencer une des dernières scènes de la légende. Le manuscrit généalogique Barbaro nous fait connaître une particularité touchant l'état primitif de la chapelle de Sainte-Ursule, avant qu'y fussent placées les peintures de Carpaccio. Le long de ses murs étaient les tombes de la famille Lorédan ; et ce n'est qu'en 1492 que fut enlevée la tombe de Marc Lorédan, pour laisser la place aux toiles de notre peintre. On peut donc supposer que sur un des murs se trouvait un petit espace laissé libre par les tombes, et que Carpaccio, le plan de son cycle déjà établi, en a entrepris l'exécution par la scène qui, dans la disposition définitive, devait occuper cet espace.

Nous voici maintenant arrivés au dernier tableau (1), divisé en deux parties inégales par une belle colonne peinte.

Dans la partie la plus longue, nous voyons représenté le martyre

(1) Académie de Venise. n« 580. Toile : haut. : 2111.75; long. : 6m. 62. Signé : Victoris Carpatio opus MCCCCLXXXXIII.

de sainte Ursule, du pape et des vierges, victimes de la cruauté des Huns. Aux vierges, Carpaccio a mêlé des cardinaux et des évêques, dont le nom est rappelé dans la Légende, dorée de De Voragine : le cardinal Vincent, Maurice, évêque de Modène, Follan, évêque de Lucques, Sulpice, évêque de Ravenne, etc.

Toute la scène est d'une émouvante naïveté. La fureur du massacre ne trouble pas l'harmonie et l'élégance des gestes. Toutes les vierges se laissent tuer avec beaucoup de grâce, et les bourreaux eux-mêmes les martyrisent avec des mouvements pleins d'élégance. Avec son tempérament tout de douceur, l'artiste ne pouvait pas rendre les passions violentes de cette scène d'horreur.

Au milieu du tableau, nous voyons la sainte à genoux ; un peu en arrière se dresse, isolé, un beau personnage de cavalier qui, la tête légèrement inclinée et les yeux langoureux, laisse tomber son épée, comme vaincu soudain par une profonde émotion. C'est comme un bref épisode d'amour, que Memling a également représenté avec un charme et une délicatesse infinis.

En effet, nous savons par la légende que le jeune Julien, fils du roi des Huns, frappé de la pure beauté de la sainte vierge, lui offrit la vie, à condition qu'elle deviendrait son épouse.

Nous croyons avoir montré, au cours de notre étude, que les portraits de contemporains ne manquent pas, qu'il y en a même un grand nombre dans les tableaux de Carpaccio. Aussi une question se présente naturellement à l'esprit : qui a pu être le modèle du beau jeune homme qui, au milieu du tableau, tourne avec tant d'émotion ses regards pleins d'amour sur la vierge qui marche au martyre? Son visage, par l'expression de tristesse idéale qui est répandue sur ses traits, ressemble à un portrait d'inconnu qui est à la galerie des Uffizi à Florence. Nous espérons qu'on nous pardonnera d'avancer ici une hypothèse qui, du moins, sera poétique, comme le sujet qui l'inspire.

Nous ne connaissons aucun portrait de Carpaccio ; mais nous ne pouvons pas douter que lui aussi, suivant l'usage de tous les

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