‹ Vittore CarpaccioChapitre 53 sur 87 · DE RAMA · texte numérisé non relu

DE RAMA

reuwich, l'église du saint-sépulcre a Jérusalem.

L'ORATOIRE DES ESCLAVONS

Dans le fond il est facile de reconnaître l'inspiration habituelle

du livre de Breydenbach, comme on le voit, mieux encore, d'après le dessin qui est à la galerie des Uffizi, et qui reproduit le tableau avec quelques variantes. Au milieu de la scène s'élève un temple à coupole, semblable à celui dit de Salomon dessiné dans le livre de Breydenbach par Reuwich, d'où Carpaccio a tiré aussi pour son tableau la tour et la façade de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Seulement, dans la peinture de Carpaccio, cette dernière église, au lieu d'être couronnée par une coupole, se termine par une espèce de minaret semblable à celui de la mosquée de Rama, cité qui est à michemin entre Jaffa et Jérusalem, où les pèlerins avaient coutume de coucher. De même le peintre bergamasque Alvise Donato, qui fleurit à Venise de 1528 à 1550, se servit des dessins de Reuwich pour le panorama de Jérusalem, avec le temple de Salomon et l'église du Saint-Sépulcre dans le fond du tableau le Crucifiement, aujourd'hui à l'Académie de Venise.

REUWICH, un sarrasin.

Les emprunts de Carpaccio à Reuwich ne se bornent pas aux édifices; ils s'étendent aussi aux personnages, comme il appert clairement du dessin des Uffizi. Les deux femmes sont de Reuwich, l'une qui a le visage découvert, l'autre avec la tête enfermée dans une espèce de boîte, ainsi qu'un Sarrasin, au costume caractéristique, tous trois personnages qui reparaissent ailleurs dans les tableaux de Carpaccio.

Absolument fantaisiste, sans aucun rapport avec Reuwich, est le fond du dernier tableau : le Roi Aia et sa Femme baptisés

par Saint Georges à Silène en Lybie (larg. 2 m. 73). Sur les marches, devant la grande porte du temple, sont agenouillés le roi et la reine, et ils reçoivent le baptême des mains du saint guerrier, qui, enveloppé dans un manteau, tient à la main une coupe de bronze historiée, pleine d'eau.

Ruskin, avec sa pénétration mêlée d'humour, remarque l'attitude curieuse du personnage principal, le plus exact et le plus soigné de tous les saints, et il l'est, à ce qu'il semble, jusque dans les moindres détails, car il écarte son manteau afin que l'eau ne l'éclaboussé pas. Autour des marches, les uns debout, les autres à genoux, se tiennent de nombreux personnages en costumes orientaux. Un lévrier et un perroquet complètent ce groupe. A gauche, sur une estrade recouverte d'un magnifique tapis, les musiciens vêtus à l'orientale sonnent de la trompette et battent des cymbales.

Mais la plume ne saurait reproduire l'enchantement des couleurs et la splendeur de la lumière. Le rose, le violet, le jaune, le

REUWICH, FEMMES ORIENTALES.

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