‹ Vittore CarpaccioChapitre 56 sur 87 · BAS-RELIEFS SUR LA FAÇADE DE L ECOLE DES ALBANAIS. VENISE · texte numérisé non relu

BAS-RELIEFS SUR LA FAÇADE DE L ECOLE DES ALBANAIS. VENISE

( l 'cil /'<(», 20J. )

Planche 72. Pa

L'ECOLE ALBANAISE

servait généralement à la célébration des messes des morts. On peut voir encore, en bon état de conservation, un lieu semblable dans l'École de l'Ange gardien, aujourd'hui église évangélique des Saints- Apôtres.

L'entrée de l'Ecole des Albanais s'ouvrait au milieu, avec, sur les côtés, deux fenêtres grillées artistement ouvragées ; la sortie était dans le mur de derrière à gauche de l'autel, d'où partait un escalier qui conduisait à Y Hôtel d'en haut; de sorte que, à l'étage supérieur, l'entrée était au contraire à droite de l'autel ; du côté de la rue, deux fenêtres donnaient du jour à la pièce ; dans Y Hôtel d'en haut, on célébrait les messes ordinaires, on tenait les assemblées, on faisait les élections.

En 1500, on s'occupe de l'ornement intérieur de l'Ecole; on fait « le plafond de l'Hôtel d'en haut avec ses rosaces au-dessus des tableaux ». Et de 1501 à 1502 on construit le plancher et le plafond dans les pièces du premier étage et du rez-de-chaussée. Les confrères ne regardent pas à la dépense pour orner splendidement leur demeure, et le 13 mai 1502 on accorde de pouvoir dépenser, outre toutes les autres dépenses habituelles qui, dans V année, montent à la somme de dix ducats d'or, une autre somme pour la nouvelle Ecole et pour tout ce dont l'Ecole peut retirer bénéfice et utilité.

La magnifique croix, enrichie d'argent et de grande valeur, qu'on prêtait quelquefois, devient l'objet de soins plus jaloux, et le 20 mars 1503, au temps du discret et prudent M essire Jean Nicolas, tondeur de draps, gastaldo, on ordonne : « Nous voulons bien que le gastaldo et ses assesseurs aient la liberté de prêter la boîte à encens et l'encensoir au révérend messire curé pour le jour de sa fête, mais pour la susdite croix nous ne voulons en aucune façon qu'elle soit prêtée à personne au monde ».

Mais les Albanais allaient orner d'objets, bien plus précieux que la croix, la cassolette ou l'encensoir, les salles de leurs assemblées.

Bien que la Mariegola ne le dise pas, nous savons avec certitude

qu'en 1504 on commanda à Carpaccio de peindre pour l'Hôtel d'en haut des épisodes de la vie de la Vierge ; car dans le tableau représentant Y Annonciation il est écrit : « Au temps de Jean de Nicolas tondeur de draps (zimador) et de ses collègues, MCCCCCIIII, au mois d'avril ».

Probablement Jean de Nicolas, tondeur de draps de son métier, fit faire les tableaux en souvenir de sa nomination à la fonction de gastaldo, élection qui avait eu lieu le 25 mars, jour de l'Annonciation (1). Précisément, dans la peinture qui représente l'Annonciation, le nouvel élu fit inscrire son nom.

Que Carpaccio ait été choisi comme peintre, cela paraît tout naturel quand on songe que les Albanais non seulement avaient pu voir de belles preuves du talent de Victor à l'Ecole de Sainte- Ursule, dans le cimetière de laquelle ils possédaient deux

(1) Au chapitre 135 de la Mariegola on lit : « Au temps (24 mars 1503) du discret et prudent messire Nicolas, tondeur de draps, gastaldo, de messire Andrée de Pierre, cofiretier, vicaire, et de leurs collègues, attendu que tout frère de notre École doit avoir sa part d'honneurs comme de peine, on décide qu'il soit dorénavant procédé, de la sorte à l'élection du gastaldo, du vicaire et de leurs collègues :

«Le premier dimanche de mars avant le jour de l'Annonciation de la Madone, le gastaldo doit faire assembler ses collègues à l'École et se rendre avec eux à l'Hôtel d'en haut de l'École et, là, faire célébrer une messe du Saint-Esprit, invoquant le secours divin pour inspirer le cœur de tous les frères électeurs afin qu'ils fassent élection d'un gastaldo bon et capable d'administrer les biens de la dite École, laquelle élection est faite de la façon suivante :

« La dite messe du Saint-Esprit achevée, le prêtre, revêtu des ornements sacerdotaux, donne le sacrement à tous les électeurs ainsi qu'il est fixé au chapitre 24 de cette Mariegola, et qu'en cette élection on ne considère ni ses amis ni ses parents, mais sa seule conscience pour faire choix d'un gastaldo fidèle, honnête et homme de bien, lequel soit apte à cette sainte et divine entreprise, à savoir que les biens de cette École ne soient pas malversés et dilapidés, et legastaldo, le vicaire et leurs collègues doivent prêter serment en ce sens, et après cela le gastaldo doit s'asseoir à la première place la plus honorée du Bureau, puis le vicaire et leurs collègues de grade en grade selon leur ancienneté et leur dignité, puis, tous étant assis en ordre, qu'on élise deux ou trois gastaldi, desquels un seul demeure ensuite, celui qui paraîtra le plus capable à la majorité du Bureau, et qu'on observe les mêmes dispositions pour l'élection du vicaire, qu'on élise deux ou trois vicaires, et que celui qui paraîtra le plus capable soit confirmé vicaire, et que personne ne puisse être élu gastaldo ou vicaire s'il n'a fait partie trois fois au moins du Bureau, et s'il arrive que quelqu'un restât au mépris de ce règlement, qu'on ne le laisse demeurer en aucune façon, et si le gastaldo sortant ne peut pas chasser ce gastaldo ou vicaire élu au mépris de la teneur et de la forme de ce règlement, que les cinq syndics aient la liberté de les chasser de cette fonction, lequel vote se fasse sincèrement en votant de grade en grade par ordre.

« D'abord le gastaldo mettra la croix sur l'autel et les urnes devant la croix, puis il votera et après lui les autres de grade en grade, selon l'inspiration du Saint-Esprit, et quand tous les membres du nouveau bureau seront élus , que le gastaldo sortant reçoive, le jour de la Madone de Mars, le nouveau gastaldo, le vicaire et leurs collègues au nombre de dix-huit, qui sont nommés administrateurs de toute l'année; puis le dernier dimanche d'août, qu'on fasse trois administrateurs poursix mois qui entreront en fonctions pour la Madone de septembre, et aussi que le nouveau gastaldo fasse son entrée le premier dimanche d'août avec tous ses collègues ; et que de même de temps en temps on continue à procéder de la sorte dans toutes les élections qui se feront en ces dits temps ».

L'ECOLE ALBANAISE

tombes, mais qu'ils avaient pu aussi admirer des peintures du célèbre artiste à l'École des Esclavons ; c'est ce qui leur fit choisir Carpaccio à leur tour, pour n'être pas en reste avec la nation rivale. Il existait en effet entre les deux nations une de ces inimitiés, qui ne sont pas rares entre peuples de même race et dont les intérêts sont identiques. De ces jalousies et de ces inimitiés nous sentons comme un écho dans les articles de la Mariegola des Dalmates, qui voulaient exclure de leur École les Albanais (i).

Cependant le travail continuait à l' Ecole des Albanais. On ornait de marbres et de sculptures la façade telle qu'on la voit aujourd'hui partagée dans le bas par quatre piliers qui soutiennent l'architrave sur laquelle on lit :

SCOLA S* MARIA SAN GALLO DI ALBANESI.

Sur l'architrave, placés symétriquement au-dessus des fenêtres et de la porte, trois bas-reliefs qui, à ce qu'il semble d'après certaines traces, devaient être peints et dorés, représentent saint Gall, la Vierge avec l'Enfant et saint Maurice. Ces trois sculptures, exécutées avec une finesse admirable, portent la marque élégante et pure du style lombard et font penser aux œuvres du sculpteur vénitien Giovanni Zorzi, dit, de son surnom grec, le Pirgotele, auteur de la gracieuse Madone qui est sur le portail de l'église des Miracles. Si les sculptures de l'École des Albanais sont du Pirgotele, elles auraient été faites l'année même de sa mort qui eut lieu en septembre 1531.

Entre les deux fenêtres du premier étage de l'École s'étend une

(1) Nous avons indiqué que les Dalmates n'acceptaient pas dans leur association les Albanais, mais nous croyons à propos de citer un article de la Mariegola de l'École dalmate d'après lequel il est aussi défendu aux confrères de faire partie de l'École des Albanais : « 1455, il fut décidé comme une chose bonne et utile que chacun de nos frères qui font ou feront partie de notre École ne puisse, en aucune façon, appartenir à l'École des Albanais, et si l'un d'eux fait partie de la dite École des Albanais, nous voulons que dans le délai de quinze jours il se soit fait rayer de cette École, et passé ce terme celui ou ceux qui seront dans la dite École des Albanais nous voulons qu'ils soient chassés pour toujours de notre École, et que quiconque fera partie de cette Êcsle ne puisse entrer en notre École. •

plaque de pierre d'Istrie avec un bas-relief entouré d'une corniche. Dans la partie supérieure de la corniche, à gauche, le blason des Lorédan, en l'honneur d'Antoine Lorédan, le héros du premier siège de Scutari ; au milieu, le lion de Saint-Marc couché en boule ; à droite, le blason des da Lezze, en souvenir d'Antoine da Lezze, le défenseur du second siège. Entre ces deux blasons, autrefois dorés, se trouve l'inscription :

Asedio Secndo

LXXIIII MCCCC

Sur le bas-relief :

Scodrenses. Egregiae. Sv Ae. in Vene

Tarn. Rem. P. Fidei. Et. Senatus. In Et.

Veneti. Beneficendae. Singularis

Aetern; Hoc Monumentum. P.

Sur le bas-relief est pour ainsi dire représenté symboliquement Scutari, sous la forme d'un château sur un rocher. Une petite tête se penche pour regarder au-dessus du rocher, celle de da Lezze probablement, tandis que les assiégeants sont représentés par les deux figures du sultan Mahomet II et du grand vizir. Le sultan tient à la main un cimeterre et il est reconnaissable à son ample turban et à sa couronne. Un fleuve, des arbres et une église complètent la scène. Le bas-relief est d'un travail très soigné, mais le style et la technique ne nous ont pas permis de préciser le nom de l'auteur.

La façade du second étage est sans ornement. Le bord supérieur au-dessous du toit est divisé par des consoles ; on y trouve l'inscription suivante, que nous avons pu déchiffrer des fenêtres du palais d'en face.

L'ECOLE ALBANAISE

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