‹ Vittore CarpaccioChapitre 58 sur 87 · DE CARPACCIO. || LES TABLEAUX SUR LA VIE DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

DE CARPACCIO. || LES TABLEAUX SUR LA VIE DE LA VIERGE

L' Ecole des Albanais était consacrée à saint Maurice et à saint Gall, mais la Vierge en était la première et principale protectrice.

Au sujet de l'influence qu'eut le culte de la Vierge au moyen âge et pendant la Renaissance sur les institutions, les coutumes, sur l'art, il y a de longues et récentes études, et nous ne voulons pas redire ce qui est connu. Il nous paraît plutôt curieux et moins connu, au point de vue de l'art, de rechercher les origines et d'étudier l'évolution de la légende touchant la vie de la Vierge.

Les Evangiles synoptiques et de saint Jean parlent peu de la mère de Jésus. La lumière divine qui émane du Rédempteur laisse en quelque sorte sa mère dans l'ombre. Jésus lui-même confond son affection filiale dans son grand amour de l'humanité, et ses sentiments de famille s'effacent devant la divine mission qu'il doit accomplir sur la terre.

Quand le christianisme se répandit, triomphant de tous les obstacles, et que l'Eglise se fût établie solidement, l'imagination populaire ajouta aux actes des apôtres, des saints, des martyrs, les tristes histoires de douloureuses figures de femmes, parmi lesquelles se détache, pleine de charme et de douleur, celle de la Vierge, embellie par le sentiment de la maternité.

Ici, encore, pour la vie de la Vierge, il nous faut recourir à la Légende dorée de Voragine, qui n'en parle pas à part, mais qui en expose les principaux événements, à l'occasion des diverses fêtes consacrées par l'Église à Marie.

Prenons -en quelques exemples, qui nous feront mieux comprendre de quelle façon et par quelles idées fut fécondée la pensée des artistes et notamment de Carpaccio.

A la fête de l'Annonciation (chap. XXIII), Voragine, suivant en partie l'Évangile de Luc, en partie les légendes des Apôtres, dit que la bienheureuse Vierge, après avoir été de trois à quatorze ans au temple et fait vœu de chasteté, fut épousée ensuite, selon la volonté de Dieu, par le vieux Joseph, et que c'est à Nazareth, où lui apparut l'Ange, que la Vierge conçut le fils de Dieu. De là elle alla voir Elisabeth qui était enceinte de Jean.

Au jour de la Nativité de la Vierge, Voragine (chap. LXXII) décrit la naissance, l'enfance et les noces de Marie. Joachim de Nazareth et sa femme Anne de Bethléem passèrent ensemble leur vie pieuse et bienfaisante pendant vingt ans sans avoir d'enfants, mais craignant pour ce fait d'être exclus du temple, peine infligée par la loi aux époux sans postérité, ils firent vœu d'offrir au Seigneur l'enfant qui leur serait accordé. Leur mariage continuant d'être stérile, Joachim, après avoir été chassé du temple et maudit pour n'avoir pas augmenté le peuple de Dieu, s'en alla confus et honteux parmi ses bergers ; là un ange lui apparut, qui lui annonça qu'il aurait de sa femme, non par l'œuvre de chair, mais par la grâce de Dieu, une fille qui devait être consacrée dans le temple au Seigneur, car d'elle naîtrait le fils du Très Haut appelé Jésus. L'ange enjoignait à Joachim de partir sur l'heure pour Jérusalem, où il rencontrerait à la porte d'or Anne son épouse, affligée de son absence (i). Les deux époux, s'étant rencontrés, rentrèrent chez eux et, quand la divine promesse se fut accom-

(i) La rencontre de sainte Anne et de saint Joachim fait le sujet d'un tableau que Carpaccio a fait pour l'église Saint-François de Trévise et qui est aujourd'hui à l'Académie de Venise.

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Carpaccio.

Planche 73. Page 216.

LES SOUPÇONS DE JOSEPH (BAS-RELIEFS D'UNE COLONNE DU CIBOIRE DE SAINT-MARC).

(Voir Page 222.)

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