‹ Vittore CarpaccioChapitre 59 sur 87 · FRESQUE. CHAPELLE DES SCROVECNI, A PADOUE · texte numérisé non relu

FRESQUE. CHAPELLE DES SCROVECNI, A PADOUE

Yittore Carpaccio.

Planche 74- p

LES TABLEAUX DE LA VIE DE LA VIERGE

plie, ils donnèrent à l'enfant le nom de Marie ; et à l'âge de trois ans elle fut conduite au temple et consacrée au Seigneur. Il y avait autour du temple — symbole des quinze psaumes — quinze gradins. L'enfant, sans l'aide de personne, malgré la faiblesse d'un âge aussi tendre, monta les gradins en courant, soutenue par la grâce divine. Le père et la mère laissèrent dans le temple, avec les autres vierges, leur fille qui crût en sainteté, ajoutant à la prière le tissage et la broderie. Quand elle eut quatorze ans, le grand prêtre ordonna que toutes les vierges, qui avait l'âge fixé, revinssent chez elles pour se marier. Mais Marie manifesta le désir de se consacrer au service de Dieu, ayant fait vœu de chasteté. Le grand prêtre, répugnant à introduire cette coutume insolite, convoqua le Sanhédrin des Anciens, qui, vu la gravité du cas, implorèrent le jugement du Seigneur ; et la voix du Seigneur se fit entendre dans le silence solennel du temple, commandant que tous les descendants de David qui n'étaient pas mariés portassent une vergette à l'autel, et que celui dont la vergette fleurirait devait être l'époux de Marie. Les descendants de David étaient nombreux à Jérusalem, et parmi eux se trouvait Joseph qui, en raison de son âge avancé, ne trouva pas bon de porter la vergette en qualité d'aspirant à la main d'une aussi jeune enfant. Mais, sur un nouvel ordre du Seigneur, Joseph obéit, et dans ses mains germa et fleurit la vergette, au bout de laquelle se posa le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe. Joseph s'en revint à Bethléem pour faire les préparatifs nécessaires à la célébration des saintes noces, cependant que Marie, avec sept vierges de son âge, retournait à la maison paternelle de Nazareth, où l'ange Gabriel lui annonça sa divine maternité. Quelques jours après, Marie vint à la maison de Zacharie, où Elisabeth la salua du nom de bénie entre toutes les femmes.

Au jour de l'Assomption, Voragine place la légende de la Mort de la Vierge, poétiquement embellie par les gnostiques aux 111e et IVe siècles. La légende raconte qu'après la tragédie du

Golgotha, Marie vécut dans sa maisonnette du mont Sion, visitant les lieux sanctifiés par son divin fils. Un jour, tandis que la reine des affligées pleurait la perte de son fils avec une douleur encore plus vive, l'ange, qui déjà l'avait saluée mère du Rédempteur, lui apparut et lui annonça que son divin fils l'attendait au ciel. La Vierge demanda comme une grâce que les apôtres, dispersés dans le monde, fussent réunis autour d'elle avant sa mort. L'ange le promit et disparut, laissant à la mère de Jésus, qui se mit sur le lit pour attendre la mort, une palme resplendissante. Et bientôt, l'apôtre Jean, qui prêchait à Éphèse, fut enlevé dans les nuages et porté à la maison de Jésus, avec les autres apôtres, amenés de la même façon de l'endroit où ils se trouvaient.

A la troisième heure de la nuit, Jésus apparut, avec la cohorte des anges, avec la compagnie des patriarches, avec les escadrons des martyrs, avec les milices des confesseurs, avec le chœur des vierges, et les phalanges divines se rangèrent devant le lit de la Vierge, et élevèrent vers les cieux leurs chants les plus doux. A un signal divin, l'âme de Marie quitta son corps et vola dans les bras de son fils, qui ordonna aux apôtres de porter la dépouille bénie dans la vallée de Josaphat. Et cependant chantaient les rouges fleurs des rosiers, qui sont les martyrs, et les lis de la vallée, qui sont les milices des anges, des confesseurs, des vierges, et à leur chant se mêlait le chant des apôtres, qui voyaient accueillie dans le sein du Seigneur l'âme resplendissante de Marie. Pareillement, d'une vive lumière que les yeux des hommes ne pouvaient soutenir resplendit la dépouille de Marie, que trois vierges avaient déshabillée pour la laver et la porter au cercueil.

Jean, au milieu des hymnes angéliques, tint la palme devant le cercueil que portaient Pierre et Paul, suivi des autres apôtres. Le cortège, entouré d'un nuage brillant, était invisible, mais, comme on entendait les chants, les Hébreux coururent aux armes pour tuer tous les disciples de Jésus, enlever le corps de sa mère et le brûler. Le grand prêtre, enflammé de colère, arriva jusqu'au

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