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ANTOINE VIVARINI. LA VIE DE LA VIERGE ET DE JÉSUS (MUSÉE DE BERLIN

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LES TABLEAUX DE LA VIE DE LA VIERGE

cercueil et voulut le renverser. Mais ses mains se desséchèrent sur-le-champ et demeurèrent attachées au cercueil.

Arrivés à la vallée de Josaphat, les apôtres ensevelirent la dépouille dans la tombe et demeurèrent auprès d'elle jusqu'à ce que, le troisième jour, le Seigneur apparût, entouré des anges, et, ayant fait comparaître l'âme de Marie, la rendît au corps, qui sortit glorieusement du sépulcre et fut enlevé au ciel au milieu d'une couronne d'anges.

Dans la légende de la Vierge est contenue la conception qui fait le fond d'une grande partie de l'art du moyen âge, et dans le récit de Voragine, oft retrouve l'origine et le développement de beaucoup d'idées, qui prirent ensuite forme dans les peintures et les sculptures. Et si l'on pénètre dans l'étude de ce mysticisme abstrait et symbolique, on comprend que l'Italie, au milieu même de ses luttes acharnées, ait pu avoir une peinture idéaliste comme celle de Giotto, et que Venise, ville du commerce et du gain, ait pu produire un art simple et naïf, comme celui de Carpaccio et des autres artistes du Quattrocento.

Cependant, si le livre de Voragine est la plus complète expression de la littérature religieuse et légendaire, il n'en est pas la première.

L'évêque de Genève, outre qu'il recueille un grand nombre de traditions orales, réunit beaucoup de légendes écrites avant lui, clarifiant le récit par une critique sans doute puérile, mais cependant remarquable, sans accepter tous les faits avec une foi aveugle. Ainsi, pour ce qui est de la vie de la Vierge, à la narration des Évangiles et à la tradition orale s'étaient, au cours des siècles, ajoutés d'autres textes, comme l'atteste Voragine lui-même, qui ne manque pas de citer ses sources, tels Y Histoire anonyme de la Bienheureuse Vierge, Y Histoire de la Nativité de la Vierge transcrite par saint Jérôme, l'Épître du même saint Jérôme à Cromazio et à Héliodore, un petit livre apocryphe intitulé le Bienheureux Jean l'Ëvangêliste, les écrits d'Epiphanios et de Dionisios, disciple de

l'apôtre Paul, etc. Et l'hagiographie continua à produire abondamment. Parmi les auteurs les plus remarquables, on cite Flodoard, chanoine de Reims, qui écrivit en quinze livres les vies des saints pour chaque mois de l'année. On a de son œuvre, qui ne fut jamais imprimée, une copie intacte à Trêves et une autre en très mauvais état à Reims. Il vivait à l'époque de Louis d'Outremer (936-954) et de Lothaire (954-980) . Pendant tout le moyen âge et la Renaissance, la littérature légendaire hagiographique se développa et s'épanouit en une riche floraison (1), cependant que se développaient parallèlement les mystères et les drames sacrés. Dans ceuxci, pourtant, nous n'avons jamais trouvé la vie de la Vierge représentée en entier, mais seulement des épisodes ou la description de quelque fête qui lui est consacrée (2).

Il n'y a pas lieu ici de suivre le développement de la légende de la Vierge, mais seulement de chercher à quelles sources Carpaccio peut avoir puisé son inspiration. Parmi les récits, qui peuvent avoir servi de guide à l'artiste, un livre que nous trouvons parmi les incunables paraît avoir une certaine importance. C'est la Vita di Cristo e délia M adonna (3).

On lit à la première page :

« Table des choses qui sont contenues dans la vie de Notre Seigneur Messire Jêsus-Christ et de sa glorieuse mère Vierge Madone Sainte Marie.

(1) Voici des Vies de la Vierge imprimées aux xve et xvie siècles : i° Miracoli délia gloriosa V. M. Milan, 1469 (1478).

2° Vida y excellentias de nostra Senora per Mig. Ferez. Barcelone, 1495.

30 La vita miracolosa délia Vergine Maria et de Jesu Cristo. Milan, 1499.

4° Le trespassement et assumption de la Vierge Marie. Paris, vers 1500.

5° Vita divae Mariae cum fig. Alb. Dureri, 1511, in-fol.

6° Vita di Maria Vergine di P. Aretino, vers 1540.

7° Vita délia Vergine M. con Vhumanità del Redentor del mondo del P. Bart. Meduna. Venise, 1574.

(2) Voici le titre de quelques représentations sacrées sur la vie de la Vierge :

i° La Rappresentazione délia Purificatione di Nostra Donna, che si fa per la festa di Santa Maria délia Candelaia. Réimprimée à Florence, MDCIX.

20 La Rappresentazione et Festa délia Annuntiatione di Nostra Donna. Con una aggiunta di duo belli capitoli Nuovamente ristampata. A la fin : Imprimée à Florence en MDLXVI.

3° La Natività e Vita délia gloriosa Vergine Maria. A Florence, aux échelles de Badia et à Pistoiapar Pier Antonio Fortunati, 1648.

(3) Bibl. Marciana, n° 41026 (CXIII.I).

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PL 14. V1TTORE CARPACCIO. — LA NAISSANCE DE LA VIERGE. de rie Lochis, Bergame.'}

LES TABLEAUX DE LA VIE DE LA VIERGE

« Imprimé à Venise chez Baldissera dei Arciguidi, le 10 décembre MCCCCLXXIIII. »

Plus importante est la Vita de la prcciosa Ver gène Maria e del suo unico figliolo Iesu Christo benedicto, imprimée à Venise en 1492 (1) et ornée de belles gravures, extraites de la Bible dite de Malermi, publiée à Venise en 1490 par Jean Ragazzo.

Dans ce livre et dans d'autres semblables, la vie de la Vierge se mêle à celle de Jésus, dans le texte et dans la représentation graphique, qui alternent, comme on le voit par le titre, les actes de Jésus avec ceux de la Vierge, et il importe, pour notre dessein, de voir quels soni, pour la vie de la Vierge, les principaux motifs des illustrations.

Dans la Présentation au Temple, nous trouvons la même composition que celle qui fut adoptée par Carpaccio. Nous voyons l'escalier du temple, composé, selon les uns, Voragine par exemple, de quinze gradins, symbole des quinze psaumes, de dix selon les autres, et que l'enfant monte toute seule.

Dans les Epousailles, le dessinateur, ou plutôt Malermi, qui en est le véritable inspirateur, suit la composition unanimement adoptée, mais à laquelle, on le verra, Carpaccio apporte une curieuse innovation décorative.

L'Annonciation présente une scène en deux parties qui était très goûtée des peintres vénitiens, car elle pouvait s'adapter aux deux panneaux des orgues.

Dans la Visitation, représentée dans la même gravure, les deux femmes toutes seules se serrent dans les bras l'une de l'autre.

Dans la Mort de la Vierge, on voit un ange qui coupe les deux mains à un sacrilège, qui avait osé toucher le cadavre de la Madone. C'est une punition qui ressemble beaucoup à celle infligée au grand prêtre hébreu, qui, pour avoir touché le cercueil de Marie, eut les deux mains desséchées. Une autre gravure, que nous em-

(1) Musée Civique, G. 52. Cfr. Duc de Rivoli (prince d'Essling), Bibliographie des livres à figures vénitiens, 1469-1525, p. 49. Paris, 1892.

pruntons au Rosario de la gloriosa Vergine Maria (Venise, 1521), est plus confjÊffme à la représentation habituelle de la mort.

Tels sont les textes et les illustrations que Carpaccio eut probablement entre les mains, lorsqu'il s'appliqua avec le soin le plus scrupuleux à peindre pour l' École des Albanais les épisodes de la vie de la Vierge.

L'art italien avait déjà interprété, en un grand nombre de peintures ou de sculptures, avec une naïve simplicité ou une puissance dramatique, la poétique légende. Il nous importe donc tout particulièrement de connaître les monuments artistiques de Venise ou des pays voisins, qui peuvent avoir inspiré le peintre.

Les quatre colonnes de cipolin du ciboire de Saint-Marc sont toutes sculptées avec les histoires de Jésus et de Marie, distribuées en neuf zones, réparties chacune en neuf petites colonnes sur lesquelles tournent des archivoltes. Sans nous arrêter aux diverses conjectures, qui ont été proposées sur leur origine et leur époque, nous voyons dans toutes ces colonnes les caractères des œuvres orientales. Les représentations dénotent le mélange des évangiles synoptiques et apocryphes et suivent fidèlement la tradition que recueillera Voragine. L'histoire de la Vierge est sculptée presque tout entière sur la colonne nord-est, depuis la base jusqu'au chapiteau, avec les inscriptions suivantes :

[• i° Isachar Pontifex despexit Ioachim et munera ejus ;

20 Adhortatur Angélus Ioachim et Annam ; praedicens eisfiliam nascituram ;

30 Item fatur Angélus ad Ioachim et ad Annam de faecunditate ferenda ;

40 Ioachim et Anna : Mater Dei nascitur. Munera offeruntur in tempio ;

5° Offertur sacrificium Deo pro beata proie recepta ;

6° Mater salutis nostrae ducitur cum muneribus in templum ;

70 Munera cum lampadibus offeruntur Deo pro Virgine nata ;

L'Ange annonce à Saint Joachim la Naissance de Marie.

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La Naissance de la Vierge.

La Vierge monte seule l'Escalier.

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