‹ Vittore CarpaccioChapitre 67 sur 87 · LA PREMIÈRE PAGE DE LA MARIEGOLA DE SAINT-ETIENNE · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE PAGE DE LA MARIEGOLA DE SAINT-ETIENNE

[Voir Page 241.)

ire Carpaccio.

LA PREMIÈRE COUR DE L'ÉCOLE DE SAINT-JEAN L'ÉVANGÉLISTE, EN 1481. {Voir P(t°e 255.)

GENTILE BELLINI. LE MIRACLE DE LA CROIX (ACADÉMIE DE VENISE). {Voir Page 256.)

Vit tore Carpaccio.

Flanche 94. Page :

ECOLES SAINT-ÊTIENNE ET SAINT-JEAN Carpaccio étaient primitivement placés à l'Ecole de Saint-Étienne, car il ne reste plus trace de l'ancien édifice. On ne peut que lé reconstituer à l'aide des documents : ils nous apprennent qu'il y avait un oratoire au rez-de-chaussée et un escalier qui conduisait à l'étage supérieur, c'est-à-dire à l'hôtel. Il est probable que la porte de cet escalier s'ouvrait dans la chapelle du rez-de-chaussée à côté de l'autel, comme dans l'Ecole de l'Ange Gardien aux Saints-Apôtres. A l'étage supérieur, l'hôtel, de proportions modestes, devait être éclairé par deux fenêtres sur la rue ; en face des fenêtres, l'autel orné du triptyque représentant saint Etienne et deux autres saints. Les quatre autres tableaux de Carpaccio, deux pour chaque côté, devaient être placés sur les murs latéraux, et d'après la projection des ombres nous pouvons supposer que la Consécration des sept Diacres et la Prédication au Peuple étaient placés du côté de l'Evangile, la Dispute chez les Docteurs et le Martyre du côté de l'Épître.

Supposons donc que nous entrions dans l'église idéalement reconstruite : le regard est arrêté d'abord par le triptyque de l'autel. Puis à partir du mur in cornu Evangelii où, selon la tradition ecclésiastique, tous les cycles et notamment celui de la Passion ont leur point de départ, les premiers tableaux qu'on rencontre, suivant encore l'ordre logique des sujets, sont la Consécration des Diacres et la Prédication du Saint au Peuple; sur le mur d'en face, la Dispute avec les Docteurs et la Lapidation.

Le triptyque est sur table ; les tableaux de la vie de saint Etienne sur toiles de la même hauteur, mais de diverses longueurs. Les trois tables détachées du triptyque, expédiées à Milan, restèrent pendant de longues années l'une dans une salle et les autres deux, également séparées, dans une autre salle de la galerie de Brera, et il n'y a pas longtemps qu'on eut l'heureuse idée de les réunir, dans l'état où pendant trois siècles elles avaient orné l'autel de l'Ecole. Elles ne portent pas de signature, et Boschini, Zanetti et Edwards ne mirent pas en doute qu'elles fussent de

Carpaccio ; plus tard on les a attribuées à Vincent Catena et à Basaiti ; aujourd'hui, d'après Cavalcaselle et Jean Morelli, à François Bissolo. Cependant qu'on en cherchait l'auteur, on oubliait leur lieu d'origine, et on laissait séparées les trois tables, que Cavalcaselle, en 1870, indiquait avoir formé ensemble le triptyque de Saint-Etienne, qui, à notre avis aussi, est vraiment de

Bissolo.

On a cru que Pierre-François Bissolo, né à Venise dans la seconde moitié du xve siècle et mort en 1534, se cachait par caprice dans ses tableaux sous le nom de Petrus de Inganatis, précisément pour fourvoyer les critiques et les connaisseurs, et une Madone du Musée de Berlin est en effet signée de ce nom. Mais des études récentes ont prouvé qu'il a existé réellement un peintre du nom de Inganatis, qu'il ne faut pas confondre avec celui qui signa Francisons Bisollo la très belle peinture, le Couronnement de Sainte Catherine de Sienne, qui était dans l'église de Saint-Pierre Martyr de Murano et qui est aujourd'hui à l'Académie de Venise. Cette œuvre, vraiment très belle, montre dans le fond une vaste et agréable campagne, ondulée de collines, où s'élèvent des édifices avec une petite tour de forme spéciale qui est une des caractéristiques de Bissolo. D'autres particularités de cet artiste se retrouvent dans les personnages : les plis sont plus morbides que chez son maître Jean Bellini, les têtes sont gracieuses, les bouches petites et d'un dessin parfait qu'on ne rencontre pas au contraire dans les mains raides aux doigts étrangement plantés. Les mêmes caractéristiques de dessin et de coloris se retrouvent dans le triptyque de Saint-Etienne attribué à Carpaccio. Bissolo a été une autre fois confondu avec Carpaccio, par Boschini, Zanetti et d'autres :dans le tableau d'autel de San Giovanni in Bragora, représentant saint André, saint Jérôme et saint Martin. Mais pour le triptyque de Saint-Etienne on s'est trompé non seulement sur l'auteur, mais encore dans l'identification des saints représentés. Boschini, attribuant le tableau à Carpaccio, écrit dans les Ricche

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ECOLES SAINT-ETIENNE ET SAINT-JEAN

Minore qu'au milieu se trouve saint Etienne et de chaque côté saint Nicolas et saint Thomas d'Aquin. Sans aucun doute, la table du centre, plus grande que les autres, représente le premier martyr saint Etienne, sur le corps de qui, selon la manière archaïque, sont restées les pierres du supplice. L'éveque habillé de noir avec une mitre verte sur la tète serait, d'après Boschini, saint Thomas d'Aquin, et le même, en robe noire avec un lis à la main, saint Nicolas de Tolentino. Zanetti, au contraire, veut reconnaître dans le premier l'éveque saint Thomas de Villanova.

Pour nous, nous croyons qu'étant donnés les liens de toute sorte, de religion et d'intérêts, qui unissaient l'École au couvent des Augustins on avait recommandé au peintre de représenter deux saints de cet ordre religieux. Il ne s'agit donc pas de saint Thomas d'Aquin qui était dominicain, ni de Thomas de Villanova, encore vivant en 1506, quand on commença à embellir l'École des lainiers, mais c'est bien, comme l'écrit Edwards, saint Augustin, avec l'habit des Érémitains, qui est l'éveque représenté ici. L'autre saint avec le lis à la main ressemble beaucoup au personnage traditionnel de saint Antoine de Padoue, et c'est sous ce nom qu'il est désigné dans le catalogue de Brera. Mais le saint de Padoue porte toujours une robe marron, alors que celui de Bissolo est revêtu de la robe noire des Augustins. Ce doit donc être Nicolas de Tolentino. A ce saint augustinien étaient consacrés dans le quartier de Dorsodure un temple et un monastère près desquels, inSalizzada S. Pantalon (sur la rue pavée Saint-Pantaléon), s'élevait une autre École de Lainiers, qui en 1789 devint le Collège des pharmaciens.

Autour du triptyque de Bissolo firent cercle, quelques années plus tard, peut-être en 1504, les peintures de Carpaccio.

Un beau sujet était offert à l'artiste : la vie du saint qui de son éloquence enflammée soulève les foules, confond les docteurs, et couronne héroïquement sa mission par le martyre. Cette fois encore on s'aperçoit que le peintre a été guidé par le livre de Voragine,

dans les pages duquel, naïvement traduites en langue vulgaire, nous voyons les sept diacres ordonnés par les apôtres ; saint Etienne est le premier d'entre eux : nous suivons le jeune saint au visage angêlique dans ses prédications au peuple et dans ses disputes éloquentes avec les docteurs, qui ne pouvaient résister à la sagesse et au saint esprit qui parlaient en lui, et nous assistons finalement à son supplice quand, stupidement accusé d'avoir blasphémé Dieu et Moïse, il fut traîné hors de la ville et furieusement lapidé, cependant que, premier martyr de la foi du Christ, il imitait sa vertu, priant à genoux pour ses meurtriers, jusqu'à ce qu'il s'endormît dans la paix du Seigneur (i).

Dans la première composition de Carpaccio, la Consécration des sept Diacres, les personnages apparaissent à côté d'un temple avec des portiques et des colonnes du style de la Renaissance, qui voisine avec un massif château du moyen âge. A gauche du spectateur, l'étrange colline du fond porte au sommet une tour orientale, et dans ses plis un temple païen. Sur les degrés de l'église chrétienne, saint Pierre bénit les sept diacres agenouillés. Le groupe rappelle la composition de la Présentation au Temple de l'École des Albanais, et nous y retrouvons certains types favoris du peintre: l'enfant qui joue avec un chien, personnage semblable à celui de la Présentation, la vieille assise sur les marches qui a un air de famille avec l'autre vieille caractéristique du tableau des Ambassadeurs de Sainte-Ursule, et les deux femmes du milieu qui font penser à Reuwich. Dans le coin, à main gauche, un groupe d'Orientaux complète la scène.

Ce premier tableau est, en raison de son bon état de conservation, de son coloris et du dessin, un des plus beaux de Carpaccio, qui était à cette époque dans la pleine maturité de son talent. Il fut achevé en 1511, et il portait sur le cadre, comme le note Zanetti, cette inscription : Manfredus Lapicidio et Collega conspicabilem

(1) Legendario de Sanli-vulgare historiato novamente revisto, etc. Composé par le Rév. Frère Jacques de Voragine, etc., p. 18 sq. Venise, Bindoni et Pasini, 1533.

vittore carpaccio. — dessin de l'enfant pour le tableau : Le Patriarche de Grado

(COLLECTION ALBERTINE, VIENNE). {Voir Page 258.)

CARPACCIO. ÉTL'DES DE TÊTES (MUSÉE DE LONDRES). [Voh Page 2jJ.)

' Carpaccio.

Planche 95. Page 250.

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