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CAKPACCIO. ENSEIGNE DE L'AUBERGE DE L'ESTURGEON

fragment du tableau « Le Patriarche de Grado ». (Voir Page 258.)

VITTORE CARPACCIO. — SAINT ETIENNE DEVANT LES JUGES (DESSIN DE LA GALERIE DES UFFIZl)

Planche 96.

ECOLES SAINT-ËTIENNE ET SAINT-JEAN

picturam hanc tempore eorum regiminis posuerunt MDXI. Nous

trouvons cités dans la Mariegola des confrères de l'École de Saint-

Étienne qui, comme le gastaldo Manfredo, exerçaient le métier

de tailleurs de pierres {taiafiiera), bien qu'ils eussent une Ecole

particulière à Saint-Apollinaire, qu'ornait une table d'autel de

Bartolomeo Vivarini, aujourd'hui à Vienne, et une autre de Catena.

Dans la Prédication au Peuple, qui, suivant l'histoire des

Apôtres, fait suite à la Consécration des Diacres, le peintre a voulu

évidemment représenter Jérusalem, et il cherche des modèles, çà

et là, sans ordre, dans les dessins de Reuwich. Le grand édifice à

gauche du spectateur ressemble beaucoup à la mosquée d'Omar;

au sommet de la colline domine l'église du Saint-Sépulcre avec sa

belle tour, dont les minarets, qui s'élèvent sveltes au-dessus des

édifices d'architecture orientale mêlés à des édifices de style

roman, font penser à Reuwich. Dans le fond sont épars des groupes '

de petits personnages, parmi lesquels il est facile de distinguer

les saintes et le caractéristique Sarrasin de Reuwich.

Au premier plan le saint diacre, debout sur le piédestal d'un monument antique, prêche au peuple qui est suspendu à ses lèvres; une attention profonde se lit sur le visage de chacun des assistants! Il faut remarquer l'expression de la physionomie d'un très beau jeune homme, qui paraît enflammé par la chaude éloquence du diacre, et de cinq femmes turques, qui prêtent une amoureuse attention à la parole sainte. Au milieu de la foule vêtue à l'orientale, formant un singulier contraste, le bel et jeune auditeur, enveloppé d'une espèce de manteau aux plis élégants, et deux pèlerins romains, le bourdon à la main. Sur le tableau était marquée dans le cartouche la date de MDXX, que Zanetti put lire, mais qui fut ensuite effacée par le revernissage.

A la Prédication au Peuple faisait pendant, sur le mur opposé, la Dispute avec les Docteurs, aujourd'hui à Brera, qui porte sur un cartouche la date de 1514 et sur le cadre le nom d'un tailleur de pierre qui, d'après Zanetti, était probablement le gastaldo. Carpaccio

y représente saint Etienne, les bras tendus, comme illuminé d'une inspiration surnaturelle. Mais autour de lui les auditeurs ne sont plus maintenant les Orientaux infidèles. Nous ne voyons plus que trois hommes avec le turban ; tous les autres sont de bons et braves chrétiens, fils des lagunes, vêtus à la vénitienne, qui écoutent la prédication dévotement, mais, en vérité, sans une extraordinaire attention. Assemblés sous un magnifique portique de style lombard, ils apparaissent si vivants et si vrais, si vénitiens, qu'assurément on devait les reconnaître alors l'un après l'autre pour des confrères de l'École des lainiers.

Pour que nous n'oubliions pas que la scène

se déroule sous le soleil d'Orient, le peintre a

eu soin de montrer dans le fond une espèce

de pyramide, peut-être celle de Giseh, copiée

elle aussi, sans aucun doute, des dessins de

Reuwich, qui donnait à ses pyramides une

curieuse forme allongée à trois plans, celle,

nous en demandons pardon à l'ombre de

l'artiste, d'une sorte de tour Eiffel en avance de quatre siècles.

A côté des pyramides, un monument équestre qui rappelle un peu

celui de Donatello.

p Ce n'est pas ainsi que s'était présenté le tableau à l'imagination de l'artiste. Un dessin de Carpaccio des Uffizi montre les docteurs vaincus dans la dispute, qui traînent le diacre devant le tribunal. Dans un prétoire, tandis que dans le fond du tableau on distingue un paysage de collines, sont assis derrière un bureau les juges qui ont tous de longues barbes et sont vêtus à l'orientale. Assurément ce dessin nous donne l'idée première de Carpaccio, celle qu'il se proposait de développer sur la toile, si bien qu'il a fait aussi avec amour des études pour les têtes, qui se trouvent au Musée de Londres. Pourquoi n'exécuta-t-il pas son projet? Peut-être ne fut-il pas approuvé des confrères de l'École, qui, probablement, ne vou-

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