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LE GROUPE DES PYRA- MIDES DE GISEH (D'APRÈS UN DESSIN DE REUWICH

ECOLES SAINT-ETIENNE ET SAINT-JEAN

lant plus entendre parler de costumes orientaux, désiraient figurer au moins dans l'un des tableaux, selon la coutume des autres Écoles. Le fait est que dans la toile de Carpaccio ils apparaissent encore, après tant de temps, vivants et parlants.

Avec la Lapidation de Saint Etienne nous revenons à Jérusalem, et l'inspiration de Reuwich se manifeste encore plus évidemment, surtout en ce qui concerne le fond et le paysage. Nous avons dit que dans la grande planche de la Vue de Jérusalem de Reuwich, insérée dans le livre de Breydenbach, on voit tout au bord du dessin, mais à l'intérieur des murs de la ville, le lieu ubi Sanctus Stephanus fuit lapidatus. Carpaccio reproduit exactement cette partie de Jérusalem, mais, suivant le récit de Voragine, il représente au contraire la scène du martyre hors des murs. Après examen de ces sources, on comprend mieux la lettre de Carpaccio d'août 1511, dont nous avons parlé, où le peintre offre au marquis • de Mantoue, François Gonzague, une grande vue de Jérusalem peinte d'après l'aquarelle sur la toile, et qui était probablement une copie du panorama de Reuwich.

Dans la scène du martyre, le saint, habillé en diacre, est agenouillé, les yeux levés au ciel, cependant que des hommes vêtus à l'orientale, avec le turban sur la tête, lancent les premières pierres, ainsi que Dante l'a décrit :

Puis je vis des gens enflammés de colère,

à coups de pierre tuer un jeune homme, qui peut-être

se disait à lui-même : « Martyre, martyre ! »

Et je le voyais courbé par la mort,

qui l'accablait déjà, vers la terre,

mais ses yeux ne cessaient pas de se lever vers le ciel,

priant le Seigneur, en un tel combat,

de pardonner à ses persécuteurs.

Et la piété était répandue sur ses traits.

Des prêtres et des guerriers orientaux assistent de l'autre côté au martyre et forment un groupe qui ressemble à celui

d'un fragment de la Crucifixion de Carpaccio, qui est aux Uffizi. Le tableau de la Lapidation, qui est aujourd'hui au Musée de Stuttgart, est sans doute abîmé par les restaurations, mais il paraît être aussi le plus faible de la série et, bien qu'y apparaisse l'habituel génie narratif de l'artiste, il montre un dessin mou et un coloris exagérément prodigue de tons jaunes et bruns, qui ne se rencontre pas dans les premières œuvres.

Les tableaux pour l'École des lainiers ne furent pas exécutés dans l'ordre chronologique de la vie du saint. En 1511 fut achevée la Consécration des Diacres; en 1514, la Dispute avec les Docteurs; en 1515, la Lapidation; en 1520, la Prédication au Peuple, qui passa longtemps pour être la dernière œuvre de Carpaccio. Le long espace de temps, qui sépare chacun de ces tableaux, s'explique par les conditions économiques de presque toutes les Ecoles mineures, qui, pour décorer leurs édifices, devaient ajouter aux aumônes des confrères une partie des revenus de la taxe dite du luminaire et du pain.

Avec le cycle de la vie de saint Etienne, Victor Carpaccio terminait cette partie — la plus importante — de sa vie artistique, qui, commencée en 1490 avec les tableaux de Sainte-Ursule, se déroula dans ces Écoles, qui représentent les sentiments et l'activité populaires de Venise. L'œuvre variée et nombreuse du peintre, que nous avons essayé de faire revivre, fut vraiment exploitée par ces modestes associations à qui leur puissance a apporté moins d'honneur et de gloire que le nom de Carpaccio. Si la gloire de l'artiste ne les avait pas, pour ainsi dire, éclairées d'une lumière éternelle, le souvenir des Écoles de Sainte-Ursule, des Esclavons, des Albanais et des lainiers de Saint-Étienne serait demeuré confondu avec celui de tant d'autres de ces humbles associations, qui étaient légion à Venise et ne pouvaient en aucune façon rivaliser avec les Écoles plus importantes, et notamment avec celles qui, par leurs richesses et leurs privilèges, étaient appelées les grandes Ecoles.

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