INFLUENCE DE CARPACCIO
Après les cycles des Écoles, considérons maintenant les tableaux isolés de Carpaccio, qui nous sont restés. Il nous paraît inutile de démontrer que certains tableaux qui, dans les vieux catalogues des musées publics et privés, sont inscrits sous son nom, ne sont pas de lui ; la critique moderne a déjà fait justice de ces erreurs. Nous indiquerons seulement qu'au Musée Poldi Pezzoli de Milan il y a un tableau (largeur i m. 22, hauteur 76 centimètres), remarquable par l'originalité de la composition, qui porte la fausse signature de Victor Carpathius et, selon Jean Morelli, doit être attribué à Michèle de Vérone, qui fleurit de 1500 à 1523 (1).
Il représente Dalila qui fait couper les cheveux de Samson par un jeune homme caché par son manteau. Les trois personnages sont vêtus de l'élégant costume du Quattrocento; la scène est sur une terrasse avec un fond de paysage et de châteaux.
Dans la sacristie de l'antique église de Noale, petit village
(1) Zannandreis, Vies des peintres sculpt. et arch. de Vérone, pp. 99 sqq. Vérone, 1891 - L'œuvre
ouvert IXZ G ^ MÏhev- ^ Vér°ne 6St ^ M«'^ m. l6 ^ct passée couvent de Saint-Georges de Vérone à la galerie de Brera.
de Vénétie, existe une table d'autel avec saint Jean-Baptiste au milieu et saint Pierre et saint Paul de chaque côté. On l'a toujours attribuée à Carpaccio, et Crico, dans ses Lettere su les Belle Arti Trevigiane (i), nous en donne une emphatique description. Mais elle n'est certainement pas de Carpaccio, et tout nous porte à croire, comme le fait remarquer Cavalcaselle, qu'elle est de Victor Belliniano.
Dans le chœur du dôme de Serravalle (Vittorio), à côté du tableau d'autel, peint en 1547 par Titien, se trouvaient les deux panneaux en toile de l'ancien orgue, qui avait en outre, dans les métopes de sa balustrade, quelques bonnes peintures, attribuées à Mantegna (2). Sur un panneau était représenté saint André avec sainte Agathe, saint Pierre et sainte Catherine à ses côtés; sur l'autre, l'Annonciation. Certains auteurs, dont Crico, l'attribuèrent à Carpaccio, d'autres à Francesco de Milan, qui, vers le milieu du xvie siècle, séjourna longtemps et exécuta un certain nombre d'oeuvres à Serravalle, ce qui lui fit donner le nom de Serravallese (3). Mais quand on regarde des peintures de Francesco qui sont sous la loggia de Serravalle et la table du Baptême du Christ qui est à Saint-Jean de la même ville, les deux toiles du dôme ne peuvent plus lui être attribuées, et encore moins à Carpaccio, puisqu'elles sont dans la manière toscane.
Mais sans parler davantage des tableaux faussement attribués à Carpaccio, il faut plutôt déplorer que, outre les peintures du Palais Ducal, détruites par l'incendie de 1577, nombre d'autres aient été perdues ou dispersées.
L'église, aujourd'hui démolie, de Saint-Antoine de Castello, où l'on admirait les Dix mille Martyrs et la Procession des Porte- Croix, s'ornait d'un troisième tableau de Carpaccio, cité par
(1) Venise, 1803.
(2) Ces peintures, longtemps conservées dans la sacristie, ont disparu il y a quelques années.
(3) Almanach diocésain de Ceneda, IX8 année, 1848.
vittore carpaccio. - - personnage de donateur a genoux
(dessin de la galerie des uffizi, Florence).
{Voir Page 26 3.)
saint pierre martyr (tablette, galerie
STROSSMAYER A". ZA- GABRIA ).
{Voir Page 266.)
VITTORE CARPACCIO. -- DESSIN A LA PLUME ET A L'AQUARELLE DU PER- SONNAGE DE SAINT GÉROME (uffizi).
[Voir Page 266.)
saint sf2bastien (tablette, galerie strossmayer a zagabria).
{Voit Page 266.)
Carpaccio.
Planche ij<). l'âge 262
Il reste le souvenir d'autres œuvres perdues. Boschini décrit une table de l'église de la Charité avec « beaucoup d'édifices et quantité de personnages, se rapportant à la vie de saint Jean- Baptiste, et en bas il y a un autre petit compartiment à figures nombreuses et au-dessus au sommet Notre-Seigneur en croix. Toute l'œuvre est de Vittore Carpaccio » (i).
Mais on peut douter qu'elle soit de Carpaccio quand on lit l'Anonyme de Jacques Morelli : « La Table de San Zuanne Evangelista {sic) dans la petite chapelle (de l'église de la Charité) à main gauche du maître autel, à la détrempe, avec les ornements de l'escabeau (prédelle) est de la main de Zuan Bellino, œuvre très remarquable. Je crois que la prédelle est de Lauro de Padoue » (2). En tout cas, que la table soit de Carpaccio ou de Bellini, qu'elle représente Jean l' Évangéliste ou saint Jean- Baptiste, il est certain qu'au temps de Zanetti elle était réduite à la dernière extrémité (3), et que peu après elle fut perdue, à l'exception de la prédelle de Lauro de Padoue, élève de Squarcione, qui se trouve aujourd'hui chez M. Kaufmann, de Berlin.
Dans la chapelle aujourd'hui disparue de Sainte-Marie de la Paix, au couvent de Saint-Jean et Saint-Paul, Martinelli mentionne un Saint en habit de cavalier avec un étendard à la main (4) de Carpaccio ; mais on ne sait ce qu'il est devenu, et il en va de même pour deux autres tableaux, l'un représentant saint Georges, l'autre saint Pierre et saint Paul, dont on a un souvenir certain à l'abbaye de Sainte-Marie del Pero dans le diocèse de Trévise (5).
Il) Boschini, Quartier de Dorsoduro, p. 34.
(2) Édition Frizzoni, p. 231. Boulogne, 1884.
(3) Zanetti (p. 39) écrit : « Dans l'église de la Charité, dans la chapeUe voisine de la sacristie, il y a, ou plutôt il y avait, une table de Carpaccio, avec des épisodes de saint Jean-Baptiste. Le temps l'a en quelque sorte réduite à la dernière extrémité ». A son tour, François Sansovino (Venetia citta nobilissima, avec les append. de Martinioni, Venise, MDCLVIII) écrit à la page 266 : « La pale de Saint- Jean l' Évangéliste peinte à la détrempe fut exécutée par Jean Bellino, et l'escabeau de dessous est de Lauro de Padoue ».
(4) Martinelli Dôme, Le portrait de Venise, p. 176. Venise, MDCCV. La première édition est de 1684. Le tableau est mentionné aussi dans les Ricche Minere de Boschini. Il se composait de trois niches : dans l'une saint Jean l' Évangéliste, dans l'autre un saint en habit de cavalier, et au-dessus l'Éternel.
(5) Cicogna, Iscr., IV, 318, n° 178.
VITTORE CAKPACCIO. - LA CIRCONCISION (DESSIN DE LA GALERIE DES UFFIZl)
(Voir Page 269.)
VITTORE CARPACCIC. — SAINT LAURENT GIUSTINIAN BÉNIT JEAN GALÉAS SFORZA (DESSIN DE LA COLLECTION DU DUC DE DEVONSHIRE, A CH ATSWORTH) .
(Voir Page 26 7.)
ore Carpaccio.
Planche 101. Page 264.
Planche 102. Pag
AUTRES ŒUVRES DE CARPACCIO ET DE SON FILS
Dans la sacristie de Saint-Jean de Brescia existait une Vierge entre les deux saints Faustin et Jovite, protecteurs de la ville, et trois anges qui jouaient de la musique sur les degrés du trône. Le tableau, signé Victor Carpathius Venetus 151g (1), passa chez Averoldi et fut en 1869 acquis par un antiquaire de Milan qui le revendit à la Galerie de Londres, mais il se perdit en mer durant le transport. Il en reste cependant un beau dessin, attribué à tort à Jean Bellini (2), au Cabinet des Estampes de Dresde, qui montre la Vierge sur le trône, les deux saints, en cavaliers, la palme du martyre à la main, les trois anges qui jouent et dans le fond un paysage de collines.
A Vérone, da Persico note chez M. Barthélémy Balbi une collection de tableaux qui contient un Carpaccio. La collection Balbi a été vendue, et l'on n'a plus entendu parler du tableau de Carpaccio ; on ne sait pas non plus ce qu'est devenu un autre ' petit tableau également vendu à Vérone par les comtes Giusti, et qui portait l'inscription : Opus Victor i Carpatii Ven (3). A Vérone encore étaient attribués à Carpaccio trois autres tableaux aujourd'hui perdus : une Vierge dans la galerie Caldana (4), et deux paysages d'une exécution soignée, mais d'une authenticité douteuse, dans la galerie Albarelli (5). On ignore de même le destin d'un tableau qui portait l'inscription, probablement fausse, de Victoris Carpacci Venetus opus, que Moschini assure exister encore à Padoue chez la famille Buzzacarini, au Saint-Esprit (6).
En revanche, on n'a pas, à ce qu'il semble, perdu une table mentionnée par Boschini dans l'église de Santa Fosca, dans laquelle Carpaccio avait peint saint Christophe, saint Pierre
(1) Chizzola, Le pitt. e scult. di Brescia. Brescia, CI0I3CCLX.
(2) En haut, sur le bord du papier jaunâtre du dessin, on lit la signature apocryphe xjohan Bellino. Et le catalogue aussi attribue par erreur le dessin à Gian Bellini.
(3) Descr. de Verona, etc., II, p. 45, 50. Vérone, 1820.
(4) Descr. de la Collection Caldana. Vérone, Tommasi, 1822, p. 20. La galerie Caldana a été dispersée.
(5) Descr. de la Collection Albarelli. Vérone, Mainardi, 1816, p. 8.
(6) Moschini, Guide de Padoue, p. 172. Padoue, 1813. Vincent de Castro, dans la Vie de Carpaccio publiée dans le Preludio (Venise, 1848), parle d'un tableau de Carpaccio existant à Padoue dans la famille Capodilista. Mais chez les Capodilista on n'a pas souvenir de ce tableau.
martyr, saint Paul, saint Sébastien et saint Roch (i). La pale doit s'être perdue, elle aussi, dans la restauration complète de l'église, effectuée au xme siècle, car elle n'est pas mentionnée dans le guide publié par Antoine-Marie Zanetti en 1733. Mais il est à croire que faisaient partie de cette pale deux tables avec saint Pierre martyr et saint Sébastien, vues par le docteur Gustave Frizzoni à la galerie Strossmayer de Zagabria, où deux autres tableaux sont indûment attribués à Carpaccio. Les deux tables ne sont pas parmi les meilleures choses de l'artiste, et, selon Frizzoni, elles paraissent peu caractéristiques. Celle qui représente saint Sébastien porte l'inscription Victor Carpathius Venetus opus MDXIV.
Il existe des dessins où se trouve fixée la première idée de l'artiste pour d'autres tableaux de Carpaccio, qui sont inconnus, ou peut-être qui n'ont jamais été exécutés.
On peut voir au Louvre, dans la collection His de la Salle, l'ébauche d'une table d'autel, à la plume, d'une main hésitante, dont les ombres sont marquées au pinceau. Elle représente la Vierge à l'Enfant assise sur un trône en forme de niche avec saint Jean et saint Pierre à droite, saint Jean-Baptiste et saint Dominique à gauche. Suivant sa coutume, Carpaccio, après avoir confié au papier une première esquisse, s'appliquait à l'étude des personnages isolés : c'est ainsi qu'on a aux Uffizi l'étude particulière du personnage de saint Jérôme, tourné cependant en sens inverse de celui du dessin du Louvre. Cette étude montre combien Carpaccio était habile dans la disposition des étoffes : celles dont il enveloppe le vieillard sont d'un faire large et grandiose.
Le dessin d'un autre tableau, dont il ne reste aucun souvenir, se trouve dans la collection du duc de Devonshire à Chatsworth ; mais on n'en comprend pas bien le sujet. M.Sidney Colvin y voit représentée sainte Ursule faisant ses adieux à ses parents (2) et
(1) Boschini, Quartier de Cannaregio, p. 54.
(2) Colvin, Ueber einige Zeichnungcn der Carpaccio in England (in Jahrbuch der preussischen Kunstsammlungen, vol. 18, Berlin, 1897).
VITTORE CARPACCIO. SAINT THOMAS d'aQUIN, SAINT MARC ET SAINT AUGUSTIN
(galerie de Stuttgart). (Voir Page 274.)
"e Carpaccio.