‹ Vittore CarpaccioChapitre 76 sur 87 · M • D • XVI · texte numérisé non relu

M • D • XVI

Le lion ailé traditionnel, qui tient toute la toile, a pour fond le brillant miroir du bassin de Saint-Marc, le clocher, le Palais- Ducal et les galères aux voiles gonflées.

En bas, sur le bord, cinq blasons des patriciens Balbi (ou Zorzi), Dandolo (ou Gritti), Manolesso, Bragadin et Foscarini.

Bai.bi ou Zorzi Dandolo ou Gritti Manolesso

Bragadin

Foscarini

L'Istrie se glorifie de deux peintures qui portent la signature authentique du peintre, encore qu'elles n'en aient pas la puissance de coloris et la finesse de dessin habituelles. La première est dans la cathédrale de Capodistria, sous la dernière arcade de la nef à droite. Dans un vaste vestibule, dont le plafond est à caisson avec des rosaces dorées, la Vierge et l'Enfant nu sont assis sur un trône élevé, qui est décoré dans le haut d'une courtine

damassée et en bas d'un tapis turc. Sur les degrés du trône sont rangés, trois à droite et trois à gauche, six saints parmi lesquels il est facile de reconnaître saint Roch, saint Sébastien, saint Jérôme et saint Georges. Deux petits anges assis jouent au pied du trône. Le peintre a placé dans un cartouche le nom et la date : Victor Carpathius Venetus pinxit MDXVI, et l'audacieux restaurateur, qui n'était pas cependant un barbouilleur inconnu, a mis à côté le sien : Cosroe Dusi Venetus restauravit MDCCCXXXIX (i).

L'autre tableau, qui porte au-dessous l'indication : Victor Carp. Venet MDXVIII, est dans l'église de Saint-François de Pirano, au-dessus d'un autel formé de deux colonnes, avec un grand arceau sur lequel sont sculptées de gracieuses arabesques. La Vierge avec l'Enfant est assise sur le trône, entourée de saint François, de Pierre, d'Antoine, de Louis de France et de Claire. Au pied du trône, deux anges jouent l'un de la mandore et l'autre de la viole, et au fond,à droite et à gauche du trône, se déroule la vue de Pirano avec la petite église de Saint-Nicolas, le palais du Conseil, la Tour di Comune, et les murs couronnés des créneaux gibelins (2). On

(1) Madonizza, dans le Guide du voyageur en Istrie, publié dans l' Almanaco Istr. (Capodistria, 1864), écrit : • Quelques années avant, le tableau se trouvant exposé au vent et à la pluie, bien qu'il fût placé près d'une des portes latérales, fut très gravement abîmé, surtout dans les plans inférieurs. On le donna à restaurer au peintre Dusi, et il est facile de reconnaître, en particulier dans les draperies d'un ange et à d'autres impudentes touches, l'irrespectueux barbouilleur ». Madonizza, toujours à propos de l'église de Capodistria, ajoute : « D'aucuns veulent que deux autres petites toiles soient de Carpaccio ; mais je ne partage pas cette opinion, et je crois ne pas me tromper, car je n'y retrouve ni la pureté du dessin, ni la vivacité de coloris, ni la poésie, qui sont les qualités maîtresses de notre peintre. En tout cas, ce sont deux toiles remarquables, et sans nul doute d'un peintre de talent. » L'évêque de Capodistria, Paul Valdini (Chorographie eccl. de la ville de Giustinopoli, Venise, 1700, p. 389), écrit que dans l'église de Saint-Antoine, dans le village de Saint-Antoine, près de Capodistria, il y avait une pale avec le saint patron, excellente peinture de Carpatio. Dans une note de Gedeon Pusterla, publiée dans le périodique d'archéologie et d'histoire nationale l'Istria (n035i, 52, 10 août 1846), on lit: « Non seulement dans la ville, mais encore dans les églises des villages, on admire des peintures classiques, et parmi celles-ci on ne saurait passer sous silence la ville de Saint-Antoine, dont l'église conserve une précieuse toile de Carpaccio, représentant l'effigie du même saint ». De Franceschi (Istria, Parenzo, 1879) écrit à propos de cette pale : « Nous ne savons pas si elle existe encore ». Elle fut enlevée en ce siècle par l'évêque Raunicher et on lui substitua une pale de Zorzi Ventura de Capodistria avec la date de 1600. Et dans la note de Pusterla, citée plus haut, on lit encore : « Dans l'église de Saint-Thomas (de Capodistria) il y avait une autre peinture de Carpaccio (on ne dit pas laquelle). Mais il y a quatrevingts ans, l'église, une étincelle ayant été portée par le vent sur le rideau d'une fenêtre, fut réduite en cendres, et l'on ne put arracher qu'un tableau à la rage de l'incendie (ce ne fut pas celui de Carpaccio).

(2) Caprin, Istria nobilissima, p. 128. Trieste, 1905.

YITTORE CARPACCIO.

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