UNE COASSE EN PERSE
Aga-Mohamed aimait ce jeune homme autant qu’un despote aime son héritier; d’autre part, comme il n’avait pas le cœur assez froid pour être tout-à-fait incapable d’affection, le shah chérissait surtout sa nièce, la belle Amima, sœur de Fatteh-Ali.
C’est d’elle qu’il s’occupa d’abord ; c’est auprès
d’elle qu’il se proposait d’aller se reposer après la chasse :
— Fatteh-Ali, dit-il à son neveu, j’ai ordonné qu’on portât les tentes du harem près de Firouzabad. Là sera le terme de la chasse, et là ma nièce nous attendra ce soir. Partons.
Mokamed-Aga se mit en route avec ses équipages et son cortège.
On parconrut un long espace de chemin sans s’arrêter, et l’on pénétra enfin dans les profondeurs des montagnes de Memzadéran qui dressaient çà et là leurs crêtes escarpées, dont les formes fantastiques semblaient défendre aux cavaliers d’approcher et défier leur audace.
Tout à coup on entendit un cri aigu et prolongé qui fut répété de différents points des rochers.
— Gour Khur , Gour Khur ! (l’âne, l’âne sauvage !)
Et en effet, on put voir deux ou trois de ces
beaux et indépendants quadrupèdes qui paissaient tranquillement au fond d’un ravin, sans faire en apparence aucune attention aux assaillants dont ils étaient entourés.
Le vieux chef de la chasse accourut alors, tout haletant, vers son souverain, et il oublia un peu l’étiquette pour l’informer du fait. 11 s’agissait aussi de la guider à l’endroit où l’on devait pousser les ânes, afin que le gibier rencontrât dans sa fuite les divers relais de chiens postés dans les montagnes, sans lesquels on eût espéré en vain lasser l’énergique activité de ces animaux indomptables.
Le shah se laissa diriger sans perdre une minute.
Le grand veneur, avec une adresse patiente, parvint à tourner les ânes sauvages du côté du vent, et se trouvant alors à deux ou trois cents toises encore éloigné d’eux, il lâcha deux des plus forts et plus agiles levrieis qu’il tenait en laisse.
Les ânes n’entendirent pas plutôt le bruit de la chasse que, dressant la tète et les oreilles, hérissant les crins de leur cou, et comme pour s’assurer de leur souplesse, ils bondirent à quelques pas plus loin. Ils s’arrêtèrent enfin , puis partirent de nouveau , s’arrêtèrent encore, et firent face aux chiens que,