‹ Vive la chasseChapitre 9 sur 12 · UNE CHASSE EN PERSE · texte numérisé non relu

UNE CHASSE EN PERSE

A peine son adresse avait- elle obtenu ces applaudissements unanimes, que le sliah laissa éclater toute son envie.

Se retournant tout à coup avec un air de colère jalouse, il s’écria :

— Quel est l’audacieux qui a osé tirer ainsi ?

Fatteh-Ali, la tète basse, pouvant à peine retenir son fusil dans ses mains tremblantes, attéré, en un mot, au milieu de sa joie, avoua sa culpabilité par son silence.

A l’instant, le brave jeune homme reçut l’ordre de se retirer, de se rendre au lieu désigné pour la halte du soir, et d’y attendre les volontés d’Aga- Mohamed.

La colère du despote étouffa toute son ardeur pour la chasse; en proie au dépit et à la haine, il eût peut-être sacrifié à sa mauvaise humeur celui qui l’avait excitée, s’il avait eu un autre parent pour perpétuer sa dynastie.

Eu arrivant le soir au camp, le vieux shah commençait à s’apaiser, lorsqu’il entendit tirer quelques coups de fusil près de son pavillon.

Il demanda ce que c’était; il fallut lui apprendre que c’était encore Fatteh-Ali qui s’exerçait à la cible avec quelques-uns de ses officiers.

Le jeune prince, avec l’insouciante légèreté de son âge, avait déjà oublié sa faute.

Aga-Moliained crut sans doute que son neveu célébrait son adresse du matin : il ne tarda pas à lé mander auprès de lui.

La nuit était déjà noire et l’on venait d’allumer deux flambeaux, quand Fatteh-Ali entra dans le pavillon et découvrit son oncle, assis dans un coin, ressemblant assez à un reptile venimeux replié sur lui-même et prêt à s’élancer sur sa proie timide.

Ce tète à tète inattendu l’effraya d’abord; mais bientôt, se disant qu’il n’avait pas voulu offenser le shah, et se livrant à toute la confiance de la jeunesse, il se présenta comme si rien d’important n’était survenu depuis la veille.

— Fatteh-Ali, dit Aga-Mohamed avec un ton de voix très-peu agréable, asseyez-vous.

C’était un privilège inoui; cependant le prince s’assit pour obéir.

— Fatteh-Ali, répéta le monarque avec un air de solennité étrange, vous êtes jeune, vous êtes étourdi, c’est vrai; mais jeune et étourdi comme vous êtes,

, il faut que vous sachiez que si vous manquez une fois de respect à ceux que vous devez honorer, vous pourriez avec le temps commettre les actes les plus

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