‹ VivreChapitre 3 sur 9 · HENRY BORDEAUX · texte numérisé non relu

HENRY BORDEAUX

Mesdames, Messieurs,

Parler, dans « la maison » crilenry Bordeaux, de la famille el de la société au point de vue biologique et être présenté au « Foyer » })ar l'auteur de l'Etape^ de l'Emigré el iVUn divorce conslitueni pour un vieux médecin de province comme moi, un honneur dont il est plus facile de sentir que d'exprhner toute la portée.

Comme on le rappelait récemment, Paul Bourget et vous, Monsieur le Président, vous vous réclamez de la grande Ecole des Le Play et des Bonald, « don! » l'idée maîtresse fui toujours de montrer (|ue les » lois de la vie humaine, dégagées par l'observation » purement réaliste des faits, sont identiques aux » lois promulguées par la révélation ».

En hommage reconnaissant, j'inscris j)ieusement cette phrase en tête de ma Conférence; et, comme l'étape, à parcourir ce soir, est longue et ardue, je commence.

1. — L'art de vivre et la science de la vie. Importance des lois biologiques de l'individu, de la famille et de la société.

De tous les verbes, employés volontiers par la littérature et le théâtre contemporains pour symboliser les grands mobiles de la conduite humaine

« Aimer », « Vouloir », « Servir » , aucun n'est

aussi expressif, ne parle ausisi éloquemment à l'âme de chacun que l'infinitif « Vivre » (1). Car aucun ne résuma aussi complèlemenl l'objectif constant de nos actes de tous les jours, depuis la naissance jusqu'à la mort.

Vivre ! c'est en quelque sorte le premier cri inconscient du nouveau-né, qui ouvre la bouche pour respirer.

C'est pour vivre, pleinement et complètement, que l'enfant multiplie ses questions, meuble son esprit et arme son corps.

Bien vivre, vivre heureux est l'ambition de tous les hommes.

Vivre longtemps, prolonger le plus possible la vie est le désir avoué ou secret de tous, même du vieillard, du malheureux

(1) C'est le titre d'un chapitre du beau livre de mon collègue Delvolvé Raisons de vivre. — Jacques des Gâchons a intitulé Vivre la vie un roman, dans lequel il oppose cette formule à la formule égoïste et arriviste: « Vivre sa vie ».

L'espi'il liimiaiii est Icllement ol)sédé par ce besoin de vivre qu'il demande à toutes les religions de lui garantir rinunortalilé et de lui promettre une prolongation indélinie de la vie au-delà de la mort.

Seuls, les malades de l'esprit ont <( la peur de vivre », comme Ta si bien rappelé récemment, dans votre llevue^ l'éminenl Directeur de ces conférences, le défenseur convaincu, l'historien merveilleux de la grande vie familiale.

Et, comme l'a encore très bien dit Henry Bordeaux, ce n'est pas seulement notre vie individuelle (jui nous préoccupe et doit nous préoccuper.

Nous aimons et nous devons aimer et développer la vie de l'espèce, symbolisée dans la famille et dans la patrie; nous voulons le maintien et Taccroissement de la vie du « foyer ».

Nous avons le désir ardent de prolonger notre vie ,^

propre par la génération, d'assurer, à travers les âges futurs, le cercle indéfini de la vie humaine, transmise et perpétuée.

Cet Art de vivre ^ qui résume la principale ambition de tous les hommes, se déduit directement de la Science de la vie; c'est la biologie appliquée.

Il est donc très important que chacun connaisse bien les lois de la vie, de la vie de l'homme, de la famille et de la société humaines — afin de faire donner à la vie, qui nous tient tant à cœur, tout ce qu'elle peut et doit donner.

A qui doit-on demander ces lois de la vie, ces

préceptes généraux pour vivre pleinemeul et utilement ?

Tout d'abord à la biologie et au biologiste.

Certes je ne suis pas de ceux qui veulent tout demander à la biologie; je suis 1 ennemi du scientisme ou monisme biologique; j'admets que la biologie a des limites.

Mais il ne faut pas nier d'autre part la valeur de cette science, source de renseignements très précieux sur les lois de la vie.

C'est cette contribution de la biologie à la science de la vie humaine que je voudrais exposer dans cette conférence; je voudrais en montrer l'étendue et les limites: je voudrais énoncer rapidement les lois biologiques de l'individu vis-à-vis deis autres hommes, de la famille, de la patrie et de la société hiunaine toute entière.

Gar la biologie s'occupe de tout cela: Thomme étant un animal sociable, vivant en société, il y a une sociologie biologique. C'est dire que la biologie a le droit de faire entendre sa voix spécialement dans cette enceinte, où l'on se propose, comme disent vos programmes, de <( reistaurer l'idée de famille comme base de toute réorganisation sociale en France » et, par suite, de « réunir toutes les forces sociales en vue de l'expansion française dans le monde .

De plus, cet exposé des lois biologiques de la famille et de la société humaines nous permettra de montrer, en terminant, que, si la bio-

logio pont (Ml ofTel rdiclci' ces lois, ollo est impuissanlo à les reiulrc obligaloircs et à les imposer à la volonté des hommes. Pour fonder une (société humaine prospère, il est nécessaire de compléter ces lois biologi(jues par les lois morales, qui ne sont données ni par la biologie ni par la science positive et qui nous apparaîtront alors, non comme un code rival et antagoniste du code biologique, mais comme le complément nécessaire de celui-ci: ce qui est, pour nous, la solution vraie du prétendu conflit, dont on parle tant aujourd'hui, entre la sociologie et la morale.

2. — Caractères biologiques communs à rhomme et aux autres êtres vivants.

Les caractères biologiques de l'homme, d'où nous devons tirer les règles et les lois biologiques de sa conduite sociale, sont de deux ordres: 1. caractères communs à l'homme et aux animaux (et à l'ensemble des êtres vivants) ; 2. caractères propres à l'homme.

Des premiers je ne dirai presque rien, parce que je dois en parler ailleurs, en étudiant « la matière et la vie » (1) et parce que, de ces caractères communs à l'homme et aux autres êtres vivants, il n'y a rien à déduire pour mon sujet d'aujourd'hui.

(1) Voir, plus loin, page 55, la Coiiicrenre sur la Matière et la Vie.

L'organisai ion biologique de la famille et tie la sociélé luiniaines est en effet absolument différente de l'organisation des associations animales ou végétales. Si l'on a récemment parlé des « associations amicales des plantes », c'est uniquement pour souligner une analogie lointaine, dont l'exemple et rétude n'éclaireraient en rien notre sujet.

Il suffit donc de rappeler que la caractéristique biologique conmiune de Thomme et de tous les êtres vivants peut être formulée ainsi : chaque individu naît, se développe, se reproduit et meurt; })endant toute sa vie, il se défend et défend l'espèce contre l'étranger (matière, énergie et vie nocives).

Ce qui caractérise l'être vivant, c'est cette fonction de défense que j'ai appelée antixénîque, c'està-dire l'orientation de tous ses actes vers et pour la défense de l'individu et de l'espèce.

Le caractère spécifique de l'être vivant est l'individualité active avec une finalité antixénique constante.

3. — Caractères biologiques propres à Phomine: Supériorité psychique.

Plus importante pour notre sujet est l'étude des caractères biologiques propres à l'homme.

Le premier et grand caractère biologique propre à l'homme, qui domine et commande tous les autres est sa supériorité intellectuelle: l'appareil et la fonction psychiques de l'homme sont incompara-

blement supciieurs à lapparcil cl à la fonclion psyeliiques des aiiiniaux, c'est-à-dire des êtres vivants les plus proches de lui.

Ce qui le prouve nettement, c'est la maîtrise intellectuelle que l'honmie a prise du monde vivant et du monde inerte, malgré son infériorité évidente à tous les autres points de vue.

Il apprivoise, domine, utilise pour son service, son alimentation ou son bien-être des animaux dont la force physique écraserait aisément plusieurs hommes réunis, si cette force physique était dirigée par une force psychique égale à celle de l'homme.

Non seulement l'homme, grâce à son intelligence, domestique le cheval, mate le taureau et l'éléphant; mais il triomphe du microbe, plus facilement que le lion ne se débarrasse du moucheron.

De même, il asservit la matière.

Alors que ses sens sont très bornés, sa vue bien inférieure à celle de l'aigle, son orientation bien inférieure à celle du pigeon, son odorat bien inférieur à celui du chien, il étudie et utilise la lumière, la chaleur, la force mécanique.

Il découvre et utilise des rayons qu'il ne voit pas en deçà du rouge ou au delà du violet du spectre. Alors qu'aucun de ses sens ne perçoit l'électricité, il la connaît et la manie de mille manières. De même, il adapte à ses besoins et à son service ces ondes hertziennes, trop rapides pour être perçues directement et grâce auxquelles il parvient à porter secours aux naufragés on phnn désert océanicjue.

La raison de celle domination de l'homme sur r univers, organisé el non organisé, esl lout enlière et exclusivement dans sa supériorité psychique.

Certes je ne nie pas (et il serait ridicule de nier) le psychisme des animaux; mais il serait encore plus ridicule et faux de nier leur notoire infériorité inlellectuelle ou psychique par rapport à l'homme. Personne ne peut sérieusement contester et ne conteste qu'ils sont inférieurs à l'homme comme force intellectuelle et comme spontanéité psychique ; leur automatisme psychique est aussi fort, souvent plus fort, que celui de l'homme. Mais leur psychisme supérieur est, par cela même, infiniment moins développé.

Rémy de Gourmont a bien montré cette supériorité psychique de l'homme s'affirmant, dès les premiers âges, lors de la découverte du feu.

« Toutes les espèces animales, dit-il, se sont trouvées en présence du feu ; mais le feu ne leur a

pas parlé; le feu n'a parlé qu'à l'homme seul Le

chat et le chien savent cacher en lieu sûr le surplus de leur nourriture; on n'en vit jamais d'habiles à faire glisser dans le foyer la bûche qui l'entretiendrait: l'homme seul a le génie du feu. »

A partir de l'heure mémorable où il a fixé et entretenu le feu, « l'homme n'est plus un simien; il n'est plus un primate: il est l'homme ».

A cette belle pensée, le même philosophe ajoute

un dévoloppcniciil dans lequel je ne peux plus le suivre: « l'homme, dit-il, n'a pas été nécessairement à l'origine l'homme intelligent; son intelligence ôtée, l'homme blanc d'aujourd'hui n'en serait ni plus ni moins homme, au point de vue biologique ».

Je me permets d'être d'un avis tout différent: j'estime (ju'au point de vue biologicjue l'homme sans son intelligence n'est plus l'homme vrai et complet.

Le fou qui n'a plus son intelligence, même le somnambule qui. momentanément ])rivé de son psychisme supérieur, volontaire et conscient, est réduit à son automatisme psychique, ne sont pas des hommes complets au sens biologique du mot.

« La constance intellectuelle ». cpie nous verrons proclamée ])ar Rémy de Gourmont à travers toutes les générations humaines, prouve bien que ce psychisme supérieur est et a toujours été la caractéristique essentielle de l'homme et de l'espèce humaine.

De même, je ne peux accepter l'opinion de Le Dantec quand il écrit :

« Habitudes individuelles, habitudes ancestrales, tout est là; nous sommes formés de cela: le protozoaire ancêtre, le protoplasme initial, plus des habitudes; et voilà l'homme ! Cela est certain pour un biologiste, qui cherche la vérité sans idées préconçues ! »

L'éminent professeur de Biologie générale à la

Sorbonne me permettra de faire quelques réserves sur cette « certitude » chez les biologistes: l'analyse impartiale de la nature humaine oblige le biologiste à constater, comme élément constituant essentiel de l'homme, cette force psychique supérieure, qui a paru dès les premiers siècles de l'humanité. Attribuer cette supériorité psychique de l'homme à des habitudes ancestrales n'est pas scientifique et positif; c'est là une de ces affirmations « gratuites » et sans preuves, auxquelles Le Dantec prétend que se réduit ma propre argumentation.

Faculté de progrès psychique indéfini.

La grande caractéristique de riiitelligence humaine n'est pas seulement sa force plus grande ; c'est aussi et surtout sa faculté de progrès indéfini C'est là le second et capital caractère biologique, propre à l'homme.

Comme dans toutes les espèces fixées depuis des milliers de siècles, les organes de l'homme ne changent pas, ne se perfectionnent pas. On ne peut pas dire que notre œil voie plus loin et que notre oreille entende mieux que l'œil et l'oreille de nos ancêtres, il y a mille ans.

Noire appareil psychique, lui-même, ne paraît pas perfectionné; du moins, nous ne pouvons pas faire la preuve d'une supériorité acqaise de notre cerveau sur le cerveau de l'homme des cavernes.

Sans })arler du tango, d'allure si moderne, qui paraît pouvoir être rattaché, non seulement aux plus pures traditions grecques, mais encore aux danses de l'ancienne Egypte il y a environ trentecinq siècles — on peut bien dire que l'art grec au cinquième siècle avant Jésus-Christ n'a jamais été dépassé, même par l'art contemporain.

Rémy de Gourmont a insisté, avec autant de raison que d'éloquence sur ce fait que « l'intelligence humaine s'est maintenue, à travers les siècles, invariable en son fond, en son pouvoir ». C'est ce qu'il appelle la loi ou le fait « de constance intellectuelle ».

A l'appui de cette idée, il cite non seulement la découverte et la conservation du feu, mais le façonnage de la pierre, de l'aiguille ((( cette humble chose, l'aiguille à tricoter, invention quasiment miraculeuse »), la poterie, le levier, le plan incliné, le premier laboureur

(( Voilà des gestes dans lesquels il y a bien du génie. Ils équivalent aux plus beaux mouvements de pensée d'un Lavoisier ou d'un Pasteur ».

En quoi consiste donc le progrès chez l'homme et dans l'espèce humaine, ce progrès dominateur qui est indiscutable et que les derniers cent ans signent si éloquemment ?

Il consiste essentiellement dans la faculté qu'a le psychisme de lliomme d'accumuler et d'utiliser

les découvertes et les acquisitions psychiques des générations et des siècles antérieurs.

Cette faculté n'existe pas chez les animaux, même les plus élevés. La ruche des abeilles et l'organisation sociale des fourmis sont remarquables à bien des points de vue, mais ne marquent aucun progrès, aucun changement dans un sens quelconque, depuis les plus anciennes descriptions. Le castor n'a réalisé aucun progrès dans son art ancestral d'élever ses huttes ou ses barrages.

Le contact avec la vie humaine a pu développer et perfectionner, chez quelques animaux, un certain nombre de réflexes de défense: les chiens se font moins souvent écraser qu'au début de la circulation des automobiles ou des tramways.

Mais il est impossible de prouver un progrès vrai, réel, acquis dans la vie des animaux: le poisson a nagé de tout temps et ne nage pas mieux qu'autrefois; de même que l'oiseau a volé de tout temps et ne vole pas mieux qu'autrefois.

Nativement bien inférieur au poisson et à l'oiseau à ces points de vue, l'homme a conquis cette faculté de se mouvoir librement dans l'eau et dans l'air, en découvrant le sous-marin et l'aéroplane.

De même, grâce au microscope et au téléphone, il voit des dimensions et entend à des distances inaccessibles à ses sens naturels

Quelle plus belle démonstration peut-on rêver de l'infériorité originelle de l'homme et de sa supério-

rite croissante par la force de son intelligence et de ses facultés psychiques.

C'est bien là un caractère spécifique de l'homme: seul il est capable d'un progrès intellectuel indéfini grâce à l'accunmlation des acquisitions successives de l'humanité antérieure.

Chaque génération humaine apparaît, dès sa naissance, hissée sur les épaules du géant que forment toutes les générations passées et dont la taille s'accroît constamment. Le point de départ de chaque génération est ainsi plus élevé que celui de la génération précédente et alors le même effort progressif conduit chaque génération beaucoup plus haut que la précédente.

Si les expériences de Galvani et de Volta n'avaient pas été faites et surtout si leurs successeurs n'avaient pas eu, pour point de départ de leurs propres travaux, les faits acquis par Galvani et par Volta, nous n'aurions aujourd'hui ni le télégra- })he ni la lumière électrique

Voilà la loi du progrès humain: faculté de progrès psychique continu et indéfini, sinon de l'individu, du moins de la société humaine.

Notez d'ailleurs que ce progrès, psychique, c'està-dire intellectuel et scientifique, dans son point de départ et dans son essence initiale, s'étend, par ses applications, à toutes les formes de la vie humaine: bien être, longévité, défense contre la maladie... Et ainsi tous les membres de la société hu-

— Of

maille prolilenl de ce progrès, comme ils en sont, tous, les artisans et les auteurs.

De là découlent, pour tous les hommes, des devoirs biologiques spéciaux. Car, c'est une loi biologique générale, que, dans chaque espèce, tout individu doit aider de son mieux à la réalisation du but biologique de son espèce.

Pour les animaux, la chose est simple: ils n'ont qu'à appliquer leur automatisme héréditaire et leurs dispositions ancestrales pour défendre leur vie et celle de leur espèce. Pour l'homme, la chose est plus compliquée à cause de cette loi du progrès indéfini de l'humanité, qui lui impose des devoirs tout particuliers.

Ces devoirs sociaux, propres à l'homme, peuvent être groupés sous deux chefs: 1. rôle personnel de chaque individu dans cette marche ascendante de l'humanité; 2. préparation des ouvriers futurs de ce progrès; ou, en d'autres termes, 1. vie psychique personnelle; 2. préparation de la vie psychique des enfants.

5 — Devoirs biologiques de l'homine. Participation personnelle à la vie psychique de lliumanité.

Chaque homme doit contribuer, pour sa part et de son mieux, à ce progrès de l'humanité: il doit s'instruire, travailler, produire...., chacun dans sa sphère, dans les limites et avec l'adaptation spéciale de ses facultés personnelles.

Ceci s'a])j)li(|ue à tous les hoiniiies, non pas seuleiiienl aux arlislos, aux lillcraleurs et aux savants, mais aux industriels, aux nianouvriers...

Nous ne congédions même jjas de la <( République » les poètes, après avoir répandu des parfums sur leur tête et les avoir couronnés de bandelettes. Chacun a sa place marquée et utile dans la société, pourvu que tous se conforment à la règle posée par Platon: que le cordonnier y soit simplement cordonnier et non pas, outre cela, pilote; que le laboureur y soit laboureur et non pas en même temps juge; que le guerrier y soit guerrier et non pas encore connnerçant; et ainsi des autres.

Il ne faut pas qu'une fausse conception de Tégalité sociale fasse croire aux hommes qu'ils ont droit à légalité des fonctions et fasse naître chez eux cette maladie, si répandue, que j'ai appelée anisophobie et qui se caractérise par la peur de l'inégalité.

Les hommes sont égaux en devoirs vis-à-vis d'eux-mêmes et vis-à-vis de leurs semblables, comme vis-à-vis de Dieu. Corrélativement, ils ont tous droit à la protection des lois et des autorités sociales.

En dehors de cela, c'est dans une sphère différente et sous des étiquettes différentes, que tous doivent remplir leurs devoirs sociaux. Leurs devoirs militaires, hygiéniques sont les mêmes pour tous ; mais leurs devoirs professionnels varient d'un individu à l'autre...

G. — Préparation de l'hérédité.

Ce développement de la vie psychique individuelle n'épuise pas tous les devoirs biologiques de riiomnie considéré connne facteur du progrès indéfini de l'humanité. L'homme doit aussi et surtout préparer son hérédité.

Voilà, au point de vue biologique, le plus grave des devoirs sociaux qui s'impose à chacun de nous.

Certes il y a, dans l'hérédité, un élément inéluctable sur lequel nous ne pouvons rien; mais le rôle de cet élément apparaît de plus en plus minime et réduit. Notre influence croît tous les jours sur l'hérédité que nous transmettons.

On cite souvent cette phrase de l'Ecriture: les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées. C'est vrai. Mais il ne dépend que des pères de ne pas trop manger de ces raisins verts, en pensant précisément aux dents de leurs enfants.

Pour que vos actions ne soient vaines ni folles, Craignez déjà les yeux futurs de vos enfants.

a dit très justement le poète Jean Lahor, qui n'oubliait pas la science du docteur Cazalis.

Les morts gouvernent les vivants, a dit Auguste Comte. Oui. Mais, avant d'être les morts, les hommes ont été des vivants, dont la vie dirigeait déjà l'orientation et la destinée des enfants.

(llinque génération a la responsabilité de la généialion qui la suit. Les trois premiers quarts du XVI II' siècle ne sont-ils pas les vrais responsables du quatrième quart, comme les bommes de 1789 et de 1793 sont responsables de la réaction qui a suivi ?

Il en est des individus comme des peuples. Ils ont à leur disposition de nombreux moyens pour intluencer lieureusement la destinée et l'avenir de leurs enfants.

C'est d'abord la surveillance médicale du mariage dont il est aussi ridicule de nier que d'exagérer l'importance. Les lois de la consanguinité veulent que l'on n'accroisse pas les tares pliysiques d'vnie famille en les superposant dans le mariage tle deux j)arenls rapprochés ou de deux tempéraments morbidement semblables.

Mais le devoir social de la préparation individuelle de l'hérédité s'impose surtout pour diriger la conduite de tous les hommes.

Quand un homme s'alcoolise, fume de l'opium, s'enivre avec l'éther, quand il s'expose volontairement à contracter l'avarie, quand il se conduit mal, oublie toute morale et roule, tête baissée, vertigineusement, dans l'inconduite, l'amoralité et le crime..., il ne commet pas seulement un attentat contre sa propre personne, contre sa propre vie : il prépare une hérédité lamentable de dégénérés, de fous, de déséquilibrés, de criminels... II prend toute la responsabilité de tous les attentats contre la

société qui seront commis pnr ses enfants et ses petits enfants.

Il manque terriblement au plus absolu des devoirs sociaux : la préparation de l'hérédité par V individu.

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