Formation psychique des enfants
Cette préparation de l'hérédité avant la naissance des enfants doit être ensuite complétée, après leur naissance, par la formation psychique de ces enfants.
C'est une loi biologique bien établie et qui découle d'ailleurs de ce que j'ai indiqué plus haut: l'homme ne peut utilement contribuer au progrès de l'humanité que s'il aborde la vie, bien armé de toutes les conquêtes psychiques des générations antérieures.
Or, il n'a pas toutes ces connaissances innées, comme l'abeille ou la fourmi ont, ancestralement acquises, toutes les connaissances nécessaires pour construire leur ruche ou organiser leur fourmilière.
L'homme naît avec les connaissances nécessaires pour respirer et pour digérer. Mais déjà pour marcher il a besoin d'aide, de leçon... Dans les premières années de son développement physique, il ne peut pas se passer de ses parents. A ce point de vue, l'espèce humaine est biologiquement différente des espèces animales, dans lesquelles le père et la
mère poiivciil (lis|),ii'aili(\ s'éloignor peu de lrmj)s a])i't's lii iiaissancc sans imiic au (lévcloppcincul régulier des enfants.
Mais la chose apparaît encore bien plus évidente, quand, toujours sans sortir du domaine biologique, on envisage le développement psychique de l'enfant.
Ici il a besoin de l'appui constant et de la direction incessante de ses parents, d'abord pour apprendre à parler, à écrire, à comprendre ce qui l'entoure, à raisonner, pour apprendre à apprendre, pour meubler son esprit des connaissances nécessaires à sa vie ultérieure, pour bien connaître ces acquisitions intellectuelles des générations précédentes, qui constituent le point de dépai't nécessaire de sa propre existence psychique.
Par les sens qu'il a et dont il sait se servir dès sa naissance, l'enfant entre en communication avec le monde extérieur; il peut acquérir des connaissances, mais il n'a là que l'instrument nécessaire. Il a absolument besoin de l'appui et de la direction d'autres hommes faits et expérimentés pour utiliser psychiquement ce que ses sens lui révèlent: il peut voir et entendre tout seul; mais il faut qu'on lui apprenne à regarder et à écouter, à comprendre ce qu'il voit et ce qu'il entend.
Des observations récentes du docteur Moreau de Saint-Etienne ont montré nettement qu'un aveugle né, auquel, par une opération, on donne, à huit ans, la faculté de voir, ne peut pas distinguer le
monde oxtérionr, si on no lui apprend pns à le voir. (( L'opération n'a qu'une valeur de préparation oculaire, Fédueation représente l'élément capital... Cette éducation doit se poursuivre pendant très longtemps avec une persévérance inlassable. »
Sans la direction de ses parents et des autres honmies, l'enfant serait condamné à revivi'e les âges primitifs de l'iiumanité; il serait privé de toutes les conquêtes du progrès accumulées par les siècles; il devrait, faible et désarmé, recommencer la lutte contre la nature entière, puissamment coalisée contre lui.
L'enfant a droit à cette civilisation de ses ancêtres; corrélativement les parents ont le devoir de lui en assurer le bénéfice.
D'où ce troisième devoir biologique imposé à riiomme: après avoir assuré sa participation personnelle à la vie psychique de l'humanité, après avoir préparé de son mieux son hérédité, il doit former, instruire, élever les hommes de l'avenir, les enfants, qui assureront la continuation et le progrès incessant de la vie humaine.
Ceci nous conduit tout naturellement à la conception biologique de la famille humaine.