Notion biologique de la famille humaine
On a beaucoup écrit et discuté sur l'histoire de la famille, sur les variations et l'évolution de l'idée
(le l'Minillc. li()iniiM(*i(M's, aiileiiis dinmnrKjucs. |)liilosoplies, sociologues ont apporté di s cloeunieiils el des appréciations variés. On a même signalé « la faillite de la famille dans le roman russe ».
Il est certain que ce qui change, ce qui évolue, ce qui est encore susceptible de nombreux perfectiomiements, c'est l'application de l'idée de famille, c'est l'organisation de la famille humaine dans les lois et dans les mœurs aux différentes époques et chez les différents peuples.
Il est évident, comme le disent Henri Goulon et René de Chavagnes, que, dans la famille romaine, par exemple, la femme qui avait, à l'origine, très peu de liberté, en avait déjà conquis beaucoup au temps de Ciceron. De même, la femme hindoue, (pii était mariée très jeune sans pouvoir choisir son éj)oux, sans être choisie par lui et dont la mort du mari même ne rompait pas les liens et l'asservissement, la femme hindoue voit, paraît-il, poindre une vie familiale plus conforme à nos idées européennes et modernes. En Angleterre, en France... les lois régissant l'organisation et la vie de la famille, les rapports mutuels des époux, des enfants avec leurs parents, sont l'objet de modifications incessantes qui expriment plus ou moins heureusement les préoccupations philosophiques de tous...
Mais, je le répète, tous ces changements, toute cette évolution ne portent que sur Vapplication de ridée de famille, que sur l'organisation de la
— :u; — famille luimaino. A colr, il y i\ iijie chose vraiiiHMil ioiulaincnlale qui ne change pas, doni la connaissance plus ou moins nette et précise s'impose jîlus ou moins logiquement aux mœurs et aux lois, dont l'essence scientifique vraie ne peut pas changer: c'est la conception même de la famille, basée sur la biologie humaine; c'est la conception biologique de la famille.
Sur ce terrain de la science positive, sur le terrain biologique, il y a une idée très nette de la famille humaine, qui se dégage logiquement de tout ce que je viens de dire sur les caractères biologiques de l'homme.
C.omme toutes les familles animales, la famille humaine a pour raison d'être et })OLir but la continuation (vt la perpétuité de l'espèce. Ceci dérive des caractères biologiques, communs à l'homme et aux animaux.
Mais il faut aussi tenir compte de la caractéristique biologique propre à l'homme. Dès lors, le but biologique de la famille n'est plus seulement de donner de nouveaux enfants à l'espèce humaine.
La famille doit non seulement faire naître des enfants, mais les former, les élever, de manière à leur permettre de devenir eux-mêmes des hommes dans toute l'acception du mot, participant à leur tour, activement et personnellement, au progrès psychique de l'humanité.
Les parents doivent à leurs enfants: d'abord des
soins physiques prolongés: lactation, surveillance de la santé dans les premières années, plus tard organisation des s])orts, des exercices et de Tentraînement physiques...
Mais, comme je l'ai dit plus haut, la famille est encore plus nécessaire pour orienter et diriger la fondation psychique des enfants, leur éducation dans la force complète du mot.
Car, il ne faut pas seulement donner à l'enfant de l'homme la connaissance, aussi complète que possible, des acquisitions intellectuelles faites par les générations antérieures, mais il faut, aussi et surtout, donner à l'enfant la plus haute culture |)ossible, cette culture qui, comme le disait encore lécemmcnt Routroux, « (mi dépit de Ions les changements survenus dans nos sociétés et, en particulier, en dépit des progrès inouïs de la science, demeure la condition de tous les progrès et le but suprême où doivent tendre nos efforts » ; cette culture humaine, qui, « pour être bien conduite », « doit être à la fois scientifique et littéraire, c'est-à-dire, en somme, universelle )>.
Je ne dis certes pas que la famille doive donner, elle seule, toute l'instruction aux enfants. Mais elle doit choisir ses collaborateurs, ses professeurs ; elle ne doit pas déléguer ses pouvoirs à ces dangereux « Anges gardiens » que l'auteur des « Demivierges ) a récemment dépeints et stigmatisés. Ln famille doit orienter et conduire celle culture, dont
elle est responsable biologiquejiient vis-à-vis de l'espèce Immaine.
Pour cette formation et cette éducation de l'enfant, la famille a, seule, tous les droits et tous les devoirs.
Certes VEtat (que tant de gens voudraient aujourd'hui substituer à la famille dans cette mission) l'état doit aider, de son mieux, la famille dans celte tâche laborieuse et difficile. Mais il ne peut remplacer la famille que dans les cas exceptionnels, où celle-ci est impuissante ou indigne.