CHAPITRE X
Popularité et modesfia de M. Laflèche. — Il rejoint ses amis Thomas et Ollivier Caron en qualité de professeur à Nicolet. — Ms'' Cooke, évêque des Trois-Rivières, le nomme vicaire-général avec résidence à Nicolet et il devient Supérieur du collège. — îl s'oppose à la fondation d"un nouveau collège aux Tiois-Rivières, opinant plutôt pour le transfert du Séminaire de Nicolet en la résidence de l'évêque, mais la Corporation de cette maison s'y refuse. — Détresse financière de Mg"" Cooke qui appelle M. Laflèche à son aide en qualité de curé des Trois- Rivières et de procureur de l'évêché. — M. Laflèche rétablit le crédit de l'évêché dont il réduit les charges et augmente les ressources. — M^"' Cooke demande à Rome d'avoir M. Laflèche comme coadjuteur avec future succession. — Répugnance de M. Laflèche qui tombe malade et finit par se résigner, joie des trifluviens. — Sacre de W Laflèche, évêque d'Anlhédon. — Historique de la question du transfert projeté du Séminaire de Nicolet, bienveillance finale de M^'' d'Anthédon pour le collège des Trois-Rivières. — Lettres intimes à propos de son sacre. — Sa première messe pontificale à Sainte-Anne de la Pérade. — Il est nommé administrateur du diocèse.
Uabbé L. F, Laflèche revenait à Sainte-Anne de la Pérade après douze années du plus rude labeur. Il était parti plein de vie, doué d'une santé robuste et il retournait de l'Ouest aussi chargé d'infirmités précoces que de mérites éclatants. La renommée avait fait son oeuvre; à tous les vents elle confiait alors les échos des hauts faits accomplis par ce héros canadien et désormais la vue des cicatrices, témoignages irrécusables de ses travaux apostoliques, feront battre pour lui toupies cœurs d'admiration et de plîié. On savait qu'il avait tout osé pour apprivoiser les âmes sauvages et les sauver; qu'il avait tout souffert pour la diffusion de la Foi et la gloire de Dieu. T^e sachant, et en le regardant aifaibli et boiteux, on se redisait que cet homme vaillant avait enduré mille privations au milieu de tortures physiques et morales sans
nombre, tantôt sous le soleil mordant qui mettait la Prairie en feu ; tantôt, toutes forces épuisées, en couchant d'interminables nuits sur la neige glaciale dont le linceul infini couvrait cette même Prairie, balayée par l'âpre bise. On contait comment il avait, vingt fois, couru risque de mort et on constatait avec une peine profonde que, si cette volonté de fer, mise au service d'une cause sainte, avait surmonté tant de périls et d'obstacles, le corps quelle animait avait gardé cependant la trace des atteintes cruelles des maux qu'il avait joyeusement affrontés, des intempéries auxquelles il fut si longtemps exposé. Pour ne parler que des cicatrices qui trahissaient sa modestie : il avait eu les pieds gelés, partiellement amputés et sa santé générale fut finalement ruinée dans un labeur surhumain. A trente-huit ans il ne paraissait plus qu'un invalide de l'apostolat ! On l'entourait d'égards; on l'admirait comme un confesseur de la Foi survivant à son martyre et les mères chrétiennes, vénérant ses blessures glorieuses, le proposaient comme un modèle aux enfants qu'elles voulaient guider dans le chemin de la vertu. Lui-même alors se dérobait et se reposait paisil^lement au milieu des siens. La vue des lieux où s'écoulèrent ses jeunes ans, l'air natal et des soins affectueux firent leur œuvre jusqu'à rendre de la vigueur à son corps meurtri et, à son cœur, une nouvelle envie de se dépenser.
Ils manquaient, en ce moment, dans Trois-Rivières, les prêtres et les resssurces nécessaires pour l'entretien convenable de la nouvelle Eglise qu'on venait d'y fonder. En effet, le diocèse de Québec, durant l'absence de M. Laflèche, avait été de nouveau divisé ; à la suite du démembrement survenu en 1852, le diocèse des Trois-Rivières avait été érigé, ayant pour premier évêque titulaire M. Thomas Cooke, qui fut sacré le 8 juin 1852.
On se rend facilement compte du remue-ménage qu'entraîne fatalement l'érection d'un nouveau diocèse dans un pays relativement neuf, ne jouissant encore que d'une organisation embryonnaire et ne disposant que de ressources trop limitées pour faire face à de grands besoins anciens et nouveaux. La situation du Séminaire de Psicolet, notamment, fut sérieusement m.enacée, et cette ville, qui espérait du moins être le siège du nouvel évéché, fut déçue.
La situation matérielle et morale du nouveau diocèse ne permettait de négliger aucune force d'organisation, de laisser inopérante aucune compétence, inemployée aucune bonne A'olonté.
Or, M. L.-F. Laflèche était compétent^ pleia ce bon vou-
loir, et il se trouvait précisément que MM. Thomas et Ollivier Caron, ses excellents et vieux amis, étaient en ce moment au Séminaire de Nicolet, le premier en qualité de Directeur, le second faisant office de Préfet des Etudes. Même, pour la rentrée d'octobre 1856, M. Thomas Caron était promu Supérieur de cet établissement. Une vieille et solide amitié, les besoins de l'heure, firent que Thomas Caron n'eut rien de plus à cœur que d'obtenir la collaboration de M. Lafièche qui, de son côté, avait conservé de son Aima Mater un souvenir précieux. De plus, le souvenir de M. Laflèche était resté vivace et vénéré en ce Séminaire.
L'invalide du Nord-Ouest n'avait d'ailleurs rien à refuser à ses fidèles amis d'enfance, Thomas et Ollivier, qui furent l'un et l'autre les confidents de ses joies, de ses peines quand il était à la Rivière-Rouge, où Ollivier faillit, du reste^, raccompagner. Il allait donc les rejoindre à Nicolet en qualité de professeur de mathématiques pour l'année 1856-1857 ; en 1857-1858 il était Préfet des Eludes en collaboration avec Ollivier Caron et, en même temps, professeur de philosophie intellectuelle ; en 1858-1859 nous le trouvons, seul, Préfet des Etudes ; en 1859-1860 et l'année suivante, il est Supérieur du Séminaire avec le Préfectorat des Etudes.
Pendant son séjour dans l'établissement, M. Lafièche aida à la constitution de la nouvelle Corporation du Séminaire de Nicolet, composée de l'évêque des Trois-Rivières, de son vicaire général résidant en celte ville, et de cinq membres internes de la maison, corporation qui fut approuvée par le gouverneur Sir Edmund Walker Head, le 24 juillet 1858. En ce temps-là furent également aménagés plusieurs locaux dont la privation s'était fait vivement sentir, notamment la chapelle qui est un modèle de simplicité et d'élégance, la bibliothèque qui possédait déjà 10.000 volumes, et le cabinet de physique auquel M. Lafièche, personnellement, donnait tous ses soins : il y réunit une excellente collection d'instruments pour multiplier expériences et démonstrations, ainsi que 1500 spécimens de minéralogie et de géologie. Outre l'organisation de ce cabinet de physique et la classification de ces collections précieuses, M. Lafièche avait construit dans le jardin des élèves un système planétaire, afin de leur inspirer le goût qu'il eut toujours lui-même pour les sciences et l'astronomie : c'était une œuvre d'art inédite en Canada et, sans doute, dans toute l'Amérique.
En effet, à l'une des extrémités de l'allés principale, sur un piédestal, un globe de quatre pieds de diamètre représentait le volume du soleil relativement aux autres planètes;
puis, de dislance en distance, on percevait d'autres piédestaux portant d'autres globes de moindres dimensions selon les planètes qu'ils figuraient en rapport avec le soleil, base de comparaison. Jupiter, par exemple, avait quatre pouces de diamètre alors que la terre n'en mesurait qu'un seul, et tout le reste allait de même proportionnellement. Les satellites girovaguaient au bout de longues baguettes mobiles qui se réunissaient toutes sur un pivot commun portant la planète. Des flèches enfin indiquaient le mouvement respectif des astres constituant le système ingénieux, tandisque sur les quatre côtés des piédestaux se trouvaient encadrées des cartes d'astronomie qui facilitaient l'étude de cette science. Pour les besoins de l'installation, vu l'espace réduit dont on disposait, les distances des astres avaient été ramenées conventionnellement au 25® de ce qu'elles auraient dû être en réalité et, telles quelles, elles s'étendaient encore sur une longueur totale de trois arpents. L'idée de ce système était l'œuvre de M. Laflèclie et sa construction était toute entière de ses mains; car, en missionnaire colonisateur et en pédagogue pratique, il maniait avec la même aisance la plume, le tour et le rabot. Cette construction, exposée à toutes les intempéries, dura sans doute, mais ne put indéfiniment braver les injures des ans. On finit par en recueillir les restes qui sont pieusement conservées en souvenir de leur auteur vénéré.
Le 17 décembre 1857, M^*" Cooke, évêque des Trois-Rivières, nommait M. L. F. Laflèche vicaire général par une lettre conçue en ces term.es flatteurs :
Monsieur le Grand Vicaire;, ce titre na vous est pas étranger; vous l'avez déjà porté avec honneur pour vous et avantage pour l'église de Saint-Boniface, aussi longtemps que vos forces vous ont permis de supporter les travaux da cette vaste et pénible mission.
Revenu aujourd'hui dans votre patrie avec une santé délabrée, il est juste qu'elle reconnaisse vos services et que vous y trouviez otium ciim dignitate.
Aussi suis-J8 heureux, mainteaanl que vous avez fixé votre résidence dans le diocèse, de pouvoir conlinuer le titre de Grand Vicaire, et vous accorder en cette qualité, pour le diocèse, les pouvoirs extraordinaires attachés à cette dignité.
Puissiez-vous, pour le bien de votre diocèse, jouir longtemps de ces privilèges et contribuer au bonheur d'une maison qui a lieu de se glorifier de vous compter parmi les élèves qu'elle a formés !
Ce témoignage de reconnaissance et de confiance sera sans doute agréé par vos nombreux amis.
Le G. V. Laflèche justifia la confiance que son vieil évêque se faisait un plaisir, mais éprouvait aussi le besoin de lui témoigner.
Lorsque, en 1859, il fut élu Supérieur du Séminaire de Psicolet, il sut faire de ce lieu un séjour attrayant et rayonnant, un foyer encore plus ardent des Sciences et des Vertus sacerdotales, si Î3ien que, à l'unisson, élèves et maîtres chantaient ses louanges, le secondaient avec le bel entrain que lui-même apportait à mener à bien ses travaux et ses œuvres.
Grâce à cette ardeur et bonne volonté communes, le supérieur donna aux études une impulsion si vigoureuse qu^eiies assurèrent à la maison les plus brillants succès avec la reconnaissance enthousiaste de l'évèque des Trois-Rivières et des familles. Le G. Y. Laflèche se donnait donc tout entier, cœur et âme, à son cher Nicolet ; il s'y attachait comme l'artiste à son œuvre préférée, commue un père à son enfant le mieux doué ; hélas ! et sans s'en douter, s'il s'y attachait si parfaitement, c'était comim.e le martyr à sa croix : car Nicolet perdra le souvenir d'un passé heureux et, avec une indépendance de cœur, imprévue, formera le centre irréductible d'une opposition pitoyable qui troublera longtemps sa vie laborieuse, déchirera sans raison et sans pitié le cœur aimant de son insigne bienfaiteur.
Cette épreuve poignante lui surviendra, comme tant d'autres de sa vie sacrifiée à la gloire de Dieu, sans doute parce que la Providence attendait beaucoup de lui et qu'elle tenait, en broyant son cœur, en mortifiant son esprit par l'affliction delà contrariété, à le préparer à ses hautes destinées et à la suprême perfection du chrétien. Car, il y a des sommets que l'âme ne peut atteindre que par les souffrances endurées pal' le Divin iNlaître lui-même qui voulut servir de modèle aux meilleurs de ses disciples.
C'est qu'alors 3,1^'' Cooke, tout aussi bien que son grand vicaire, M. Laflèche, aimait réellem.ent le Séminaire de Nicolet ; mais point d'un amour aveugle. L'un comme l'autre regrettaient son éloignement de la résidence de l'évèque. Au gré de la Corporation du Séminaire de Nicolet, l'un comme l'autre aussi avaient le tort grave de vouloir le transférer aux Trois-Rivières ; ou bien, ce qui ne convenait pas davantage aux opposants et aurait occasionné de grands frais, de songer à construire un second collège ou Séminaire pour l'édification et les besoins de la ville épiscopale. Et pourquoi le dissimulerioDS-nous ?
Le grand vicaire n'étaitpas tout à fait de l'avis de M^"" Cooke.
Il différait d'opinion avec lui en ce qu'il n'était pas favorable encore au projet de transfert de cet établissement, dont l'importance locale était indéniable et qui avait, en somme, demandé de grands efforts, rendu d'incontestables services. D'autre part, bien que désirable, il ne voyait pas l'opportunité de ce transfert, ni d'ailleurs la possibilité financière de fonder en ce moment un collège-séminaire dans Trois- Rivières.
Cependant, la question d'une pareille fondation, vivement agitée en 1859 et 1860, n'avait pas été soulevée par le Grand Vicaire, alors Supérieur du Séminaire de Nicolet. C'était une question vieille déjà, contemporaine même de la fondation du collège de Nicolet, réalisée avant la naissance de M. L.-F. Laflèche, c'est-à-dire à partir de 1803, par Ms'' Denaut.
A cette époque, déjà éloignée, c'était le grand vicaire i\oisieux qui réclamait en faveur des Trois-Rivières, àTenccntre de Nicolet, l'avantage de posséder un semblable établissement. On se rappelle que M^"^ Piessis eut le désagrément d^avoir à racheter à l'héritière de Ms' Denaut, décédé subitement, le Séminaire de Nicolet et ses dépendances. M. Noisieux trouva cette occasion favorable à ses vues motivées et il revint à la charge pour les faire prévaloir au bénéfice des Trois-Rivières, toujours en peine d'un établissement secondaire. Vain effort !
En 1825, il s'agissait de construire le nouveau Séminaire de Nicolet.
M. Cadieux, alors curé des Trois-Rivières, après avoir été comme le grand vicaire Laflèche supérieur au Séminaire de Nicolet, intervint à son tour auprès des évoques de Québec. Il multiplia ses démarches pressantes, demandant instamment qu'on renonçât aux constructions projetées à Nicolet, afin d'en doter les Trois-Rivières, qui y avait un incontestable droit, étant le chef-lieu du district en même temps que le centre de la vie industrielle et commerciale de toute la région.
Personne n'a jamais contesté le grand intérêt que, par ailleurs, iSI. Cadieux portait au Séminaire de Nicolet ; mais, il y a des problèmes dont l'évidence se passe de démonstration, et c'est pourquoi M. Cadieux fut de l'avis de M. Noisieux, auquel se rangeront à leur tour et forcément Ms"" Cooke et son grand vicaire Laflèche, déterminés par les mêmes considérations de convenance sociale etd'utilité confessionnelle.
Les efforts de AL Cadieux ne furent pas plus heureux que les instances de M. Noisieux: le Séminaire de Nicolet avait
s'ur eux l'avantage réel d'avoir eu un fondateur émérite, qui semblait du fond de sa tombe veiller encore à son destin. De plus, Nicolet avait déjà fait preuve de vitalité, formé des hommes capables de le défendre ; il avait aussi fait du bien et il entretenait de belles espérances. Il n'en fallait certainement pas plus pour que les évêques de Québec demeurassent d'abord fidèles à eux-mêmes, et puis à Nicolet qu'ils avaient incessamment favorisé; et dût Trois-Rivières en souffrir longtemps !
En 1852, cependant, Trois-Rivières devenait ville épiscopale. C'était bien un titre nouveau pour qu'un collège, un séminaire y fut créé, enfin ! Seulement, il fallait aller encore au plus pressé : un évéque est un grand honneur, un insigne bienfait, mais une réelle charge aussi pour la ville qui l'obtient, pour le peuple qui en profite. L'installation d'un évèque nécessite des fondations spéciales et diverses, et des œuvres nombreuses. Il fallait une demeure convenable pour l'évêque, des bureaux pour l'administration diocésaine, une cathédrale. I^e tout greva démesurément les pauvres finances du bon évoque qu'était M^'' Gooke, premier évêque des Trois-Rivières. Le spectre de la banqueroute montait déjà la garde sur le seuil de sa résidence, pourtant modeste, et cela suffît pour lui faire ajourner indéfiniment son projet constant, sans lui faire perdre l'envie de fonder un séminaire dans le lieu même de sa résidence.
Seulement, la population trifluvienne manifestait de diverses façons ses propres velléités qui persistaient malgré tout. Il fallut bien se rendre compte aussi que la privation de l'enseignement secondaire maintenait la population de la région, vis-à-vis des autres, dans un état d'infériorité intolérable.
Une campagne de presse s'engagea qui fut regrettable diversement, surtout parce que certains ecclésiastiques s'engageaient à fond en faveur de Nicolet, contre les velléités ou le projet des Trois-Rivières, et parce que le manque de mesure dans cette controverse, qui fut malsonnante parfois pour le parti adverse, força l'ensemble du clergé trifluvien à rester dans l'expectative.
De celte campagne de presse, ([ue le grand vicaire Laflèche désavouait ouvertement, datent des parti-pris et des animosités dont M*' L. F. Laflèche, dans la suite, subira injustement les effets pernicieux.
Néanmoins, Ms"^ Gooke, vu les vives instances de ses ouailles, vu aussi l'ordre du Saint-Siège donné aux évêques de fonder auprès d'eux un séminaire aussitôt que leur
moyens et les circonstances le leur permettent, consentit en 1866 à la fondation du Collège des Trois-Rivières. L'œuvre ainsi inauguréeiut louée par les uns, critiquée par les autres, et laissa indifférent un grand nombre. FI est à noter, toutefois, que ceux qui la blâmèrent n'hésitèrent pas à se jeter dans une opposition tapageuse et violente qui s'attaquait à Ûa personne de l'évêque aA'ec une rare indécence, mettant en cause son droit autant que sa sagesse et sa prudence.
Et c'est ici le lieu de le dire : le grand vicaire Laflèche, pour cause d'opportunité, comptait parmi les opposants ; mais, chez lui du moins, jamais on n'eut à regretter un excès de parole, un manque d'égards, la moindre absence de bonne foi ou de parfaite loyauté. Il manifeste sa <]ésapprobation avec la modération chrétienne qui dictait chacune de ses paroles, inspirait tous ses actes.
Le Grand Vicaire estimait que, pour le moment, une seule institution classique suffisait aux besoins réels et actuels du diocèse... Mais il tenait pour acquis que, si l'évêque persistaità vouloir son séminaire auprès de lui, aux Trois-Rivières même, ce qui était son incontestable droit, il devenait dès lors de l'intérêt bien entendu du séminaire de Nicolet luimême de se transporter dans Trois-Rivières, ne fût-ce que pour enrayer les controverses pénibles, les dissentiments scandaleux et la concurrence ruineuse ; neîut-ce encore que pour bénéficier de la protection et des faveurs épiscapales.
C'est dans cet esprit qu'il rédigea un Mémoire cru'ii soumit à la Corporation du Séminaire de Nicolet : Avantages du transfert de l'Institution aux Trois-Rivières : « Réunir ainsi, dans un milieu convenable, toutes les forces intellectuelles et tous les moyens matériels, c'était, selon le Grand Vicaire, le moyen d'avoir une institution vraiment grande, vraiment prospère et capable de lutter avantageusement avec les meilleurs collèges du pays. »
Cependant, ne pouvant persuader la Corporation et se rendant compte qu'il y avait à vaincre^ pour réaliser le transfert, des obstacles en quelque sorte insurmontables, il crut devoir se rallier à l'opposition et conjurer, si possible encore, la fondation d'un collège rival aux Trois-Rivières. Il se dévoua à la défense de celte cause, qui n'était pns la meilleure, ni la sienne, avec la haute intelligence et la rare énergie dont il était supérieurement doué.
Toutefois, ses idées se modifieront dans la suite au fur et à mesure que, mieux à même d'observer les hommes et les choses, il ()ourra apprécier à sa juste valear l'initiative du vieil évèquc dont il deviendra le coadjuteur, le successeur
par là même le continuateur de ses œuvres et malheureusement l'héritier de contrariétés imméritées.
Le collège des Trois-Rivières fut donc fonde malgré tout. Ses succès furent aussitôt satisfaisants ; mais î«s charges qu'il imposait n'en étaient pas moins sensibles. Les fina-nces de Févêque s'embrouillaient, s'obéraient de plus en plus, au point même d'en rendre la situation désespérée : rensemble des revenus de l'évèché n'arrivaient plus à couvrir les arrérages de sa dette ! Il fallait remédier à ce mal, trouver un administrateur capable et sûr, jouissant de la confiance publique.
Le choix de M^"" Cooke s'arrêta sur le grand vicaire Laflèche qui en fut avisé le 10 septembre 1861 par celte lettre touchante.
« Très cher Frère et Ami, depuis neuf ans et malgré notre grand âge. Nous avons porté à peu près seul le lourd fardeau de l'épiscopat. Les frais considérables auxquels Nous Nous étions condamnés pourla construction de Notre cathédrale, la modicité de nos revenus et le petit nombre de prêtres de Notre diocèse Nous empêchaient d'augmenter, comme Nous l'aurions désiré, !e personnel de Notre évêché. Nous avons esssyé dans tonte la ms^ure de Ne s forces de suffire à Nos besoins et Nous avons prolongé Notre travail peut-être au delà des bornes que Nous traçait la prudence, Nous reposant sur la pensée qu'il n'y a rien de plus salutaire que d'abréger ses jours au service de Dieu. Aujourd'hui, il Nous faut partagar le poids. Une grave maladie dont Nous relevons à peine et les infirmités de la vieillesse Nous le commandent. Nous devons donc, et pour l'acquit de Notre conscience et pour le bien de l'Eglise, Nous adjoindre un aide ou assistant. Nous avons jeté les yeux sur vous. Les talents qae Dieu vous a confiés, vos grands travaux pour sa gloire, les vertus dont vous avez donné l'exemple, vous désignaient depuis longtemps à Notre choix. Mais Nos fréquents rapports avec vous. Nos dernières entrevues et le vœu unanime du clergé, dont vous méritez à si bon droit l'estime, Nous déterminent à cet égard dune manière irrévocable.
« Nous avons pesé, avec le plus grand soin, les raisons que vous Nous avez données, toutes les précautions que la prudence chrétienne exige ont été prises, et tout cela nous conduit davantage à presser l'exécution de Nos desseins qui ne sont autres que ceux de la Providence.
« Aussi, bien-aimé Frère, de Notre autorité épiscopale, Nous vous appelons auprès de Nous.
« Venez sans crainte où Dieu et l'Eglise vous appellent : Vir obedïens loquetiir viclorias. Des grâces et des secours puissants sont prorais à tous ceux qui travaillent au gouvernement de son Eglise Vous êles faible, Nous le croyons ; mais Dieu vous fortifiera : Dominas erigit eli-
SOS. D'ailleurs, vous vous êtes généreusement sacrifié pour la conversion des infidèles dans des régions lointaines, ne sauriez-vous pas le faire pour le salut de vos frères dans le pays natal ? Oh ! non, vous n'hésiterez plus maintenant; l'obéissance donnant cours à tous vos généreux sentiments, vous avancerez d'un pas ferme dans le chemin que la Providence vous trace et vous déploierez courageusement pour l'amour de l'Eglise tout ce qui vous reste de force et de santé, tout ce que vous avez de connaissance et de vertus.
« Ainsi, sans tarder, préparez-vous à laisser la place que vous occupez et venez vous asseoir à Nos côtés pour Nous aider de vos conseils, partager Nos peines et jouir de ?>os consolations.
« Une seule chose pouvait Nous causer de la douleur et quelque inquiétude dans Nos présentes dispositions, c'est de priver Notre séminaire de Nicolet de vos lumières et de vos services, mais l'ordre demande que les intérêts d'un diocèse prévalent sur ceux de son séminaire. Dieu pourvoira donc aux besoins : voilà ce qu'il faut penser et ce que vous devrez répondre à vos confrères pour les consoler de leur perte.
« Maintenant, le saint Nom de Dieu invoqué, Nous vous nommons, par les présentes, en vertu d'un Induit de la Sacrée Congrégation de la Propagande, en date du i3 juin i852, Administrateur de notre Diocèse, en cas de maladie, d'absence, d'incapacité ou de décès de Notre part et vous accordons tous les pouvoirs qu'il Nous est possible de vous communiquer en pareil cas.
« Donné aux Trois-Rivières, etc.. »
L'éloiguement du Grand Vicaire pour la charge épiscopale n'avait pas diminué. Ms^ Cooke le savait, Tavait éprouvé. Voilà pourquoi nous le voyons si pressant et, de cœur, si éloquent. Il voulait que son àme endolorie prît contact avec un cœur qu'il savait généreux ; il ordonnait pour le bien au nom Je Dieu. C'était l'argument nécessaire pour réduire la résisiance du grand vicaire Laflèclie.
L'œuvre proposée au talent, au dévouement du supérieur de Nicolet était, d'ailleurs^ loin d'être enviée, attrayante encore moins; et ce n'était pas un léger sacrifice pour Texinissiounaire que de quitter, pour l'entreprendre, la maison ({u'il considérait comme un nouveau foyer, qu'il aimait ardemment et à laquelle, au retour de ses longues pérégrinations, il avait voué sa vie, consacré ses nouveaux labeurs.
Mais aussi, telle était la navrante détresse de l'évêque, si touchantes ses instances, que le Grand Vicaire ne put davantage se dérober. Il quitta donc son cher Nicolet et ses fidèles collaborateurs, toute une jeunesse alTectueuse et aj)p!i({uée dont il était le père réellement et qui l'aimait en retour; il abandonna un genre de vie qui lui convenait et,
alors que tous autour de lui voyaient en son éloigncment une perte cruelle qu'on disait irréparable, il s'en alla soumis à la volonté de son évêque qui lui semblait bien être la volonté de Dieu.
Cependant, la nomination de M. Laflèche à cette chnrge éminente ne laissa pas d'impressionner les amis, les bienfaiteurs du nouveau collège des Trois-Rivières, auquel il s'était montré résolument opposé et qu'il avait énergicjuement combattu. Et, de fait, incapable de dissumulalion, tout en travaillant de toutes ses forces au relèvement des affaires du diocèse, il prit vis-à-vis de cet éîablissement une attitude si réservée, d'aucuns disent si peu favorable, qu'elle entrava ses progrès.
Il n'en est pas moins vrai que le G. V. Laflèche, tout pénétré des obligations de sa charge et des intérêts supérieurs de l'Ëglise, sut concentrer les services religieux dans la nouvelle cathédrale et faire consentir au collège des Trois-Rivières, encore à l'étroit, la jouissance de l'ancienne église paroissiale qui, dès lors^ tint lieu de chapelle à celte fondation.
Cet abandon de leur vieille église paroissiale, consenti par les trifluviens en faveur du collège à la demande du G. V. Laflèche fut un premier succès qui encouragea ce dernier à tenter plus et mieux auprès des habitants de la ville, du clergé et des diocésains. Il leur demanda instamment, avec l'éloquence entraînante dont il avait le secret, pour leur honneur et dans leur propre intérêt, d'intervenir généreusement et d'aider enfin la (Corporation diocésaine à sortir de l'impasse angoissante oii la tenait, impuissante et humiliée, la pénurie de ses finances. Dès ce moment, l'obole du clergé comme celle des fidèles affluèrent vers la détresse de 1 évêque^ tant et si bien qu'en peu de temps l'honneur se trouva sauf et la situation éclaircie ; il y eut bientôt des excédents de recettes qui furent sagement gérés et appliqués par le G. V. à l'amortissement de la dette. Ce fut déjà la fin de la crise financière qui pesa si péniblement sur les actes de M^^'Cooke, enrayant les progrès possibles qu'il fallait sans cesse ajourner à des temps meilleurs, dont on ne voyait jamais Taurore.
La vie du V. G. Lanèche, à l'évêché, fut en tous points ce qu'avait espéré le digne évêque : activité dévorvanle, admirable dévouement. Il fut, pour M^"" Cooke, un conseiller éclairé et prudent, un aide zélé, inlassable et, ce qui mieux est, écouté et singulièrement heureux. II prodiguait secours et consolations, allégeait les charges trop lourdes, conti-
nuait les entreprises, celles mêmes qui avaient paru aventurées ou intempestives et il s'entendait à merveille à assurer le lendemain des œuvres charitables, toujours besogneuses, les misères étant partout constantes et sans nombre.
Telle fut l'unanime satisfaction que, d'une commune voix, clergé et fidèles demandaient aux hommes et à Dieu de donner cet homme de bien comme successeur à l'évoque qui avait su le distinguer et l'associer à ses labeurs.
Plus que tous autres, M?'' Gooke voulait Télévation de son Vicaire Général; mais il ne se contentait pas de former des vœux. 11 avait sondé son métropolitain, consulté ses collègues dans l'épiscopat; finalement il s'était adressé à Rome en une supplique qui fut favorablement accueillie.
Et le !*'■ mars 1867, par un mandement débordant de foi, de reconnaissance, de bonheur, M?"" Gooke portait à la connaissance de ses diocésains la bonne nouvelle que le V. G. Laflèche, sur ses instances, venait d'être nommé son coadjuteur avec future succession. Gomme à Saint-Boniface, la menace de cette charge, de cette dignité épouvante de nouveau M. Laflèche au point d'ébranler une seconde fois .sa santé ; au point de faire craindre à M^'" Gooke, comme jadis à M^^"^ Provencher que la révolte de sa nature ne pourrait arrivera subir cet accablement. 11 tomba malade : mais c'était assez d'épreuves : la santé revint et le mandement qui suit fut enfin publié :
« Depuis quelque temps, nos très chers Frères, nous sentons plus que jamais le poids des années et de la lassitude. Nos forces ne suffisent plus à porter seules le lourd fardeau de lEpiscopat. Nous avons jugé qu'il était opportun, dans votre intérêt etdaas celui de la religion aussi bien que dans le nôtre en particulier, de demander au Père commun des fidèles de soulager notre vieillesse, en nous donnant un aide et un appui. Notre supplique, présentée au Saint-Siège par l'entremise de Nos Se'gneurs les Evêques de la Province Ecclésiastique de Québec, a été couronnée de succès. Il a plu à Sa Sainteté, l'Illustre et bien-aimé Pontife, Pie IX, par des Bulles en date du aS novembre i866, de nommer notre très cher Fils en Jésus-Christ, M. Louis-François Laflèche, l'un de nos Vicaires-Généraux, Evêque d'Anthédon, in pariibus infidelium, et notre Coadjuteur.
« Cette nomination, nos très chers Frères, nous a été trois fois agréable, par les éminentes qualités du nouvel Elu, à cause des importants services qu'il nous a rendus, et enfin parce que^ comme il l'est de nous, il est siguhèrement aimé de tous.
« Les Lettres Pontificales dont nous venons de parler arrivaient à notre Evêché le i5 janvier dernier, et l'époque de la Consécration
épisGopale, fut fixée au aS février dernier. Mais, dans l'intervalle,, une naaladie assez grave atteignit subitement le nouvel Elu^ nous inspira même des craintes sérieuses et nous fit appréhender, pour le moins, que le jour de la grande cérémonie ne fût assez longtemps relardé.
« Heureusement il n'en a riea été, uos très chers Frères. Le Dieu bon, qui nous avait pour ainsi dire menacé de reprendre le don qu'il nous faisait, comme pour nous en faire mieux comprendre le prix, le rendit bientôt à nos vœux et à nos prières.
« C'est donc lundi dernier, 25 février, jour de la fête de saint Mathias, Apôtre, qu'eut lieu dans noire Cathédrale la consécration de, M^" Louis-François Laflèclie, Evêque d'Anthédon, désormais notre Coadjuteur, faite par Sa Grandeur W' de Tioa, Administrateur de l'Archidiocèse, assisté de Nos Seigneurs les Evêques de Toronto et de Saiat-IIyacinlhe, en notre présence et en présence de notre vénéré frèrel'Evêque de Kingston, d'un très grand concours de prêtres et d'une imjnensfi foule de fidèles.
« Que ce jour a été beau pour nous, nos très chers Frères, et pour tous- ceux qui^ l'ont passé avec nous! Que n'a-t-il été donné à chacun de vous d'en savourer les douceurs et d'en ressentir la vive allégresse.! Quoique la plupart de nos Diocésains n'ait pu contempler le magnifique spectacle de la Consécration épiscopale, et voir se dérouler sous leurs yeux les imposantes cérémonies du culte catholique et les rites sacrés de notre Sainte Eghse dans toute leur majesté et leur éclat, néamoias ce jour a été également précieux pour tous, puisque vous y avez tous reçu un Pasteur nouveau, un chef futur et plein de lumières, de mérites et de vertus.
« Mais c'est à nous surtout, à nous qui portons depuis longtemps la grande responsabilité du salut de vos âmes, que se révèlent toute la beauté et le prix d'un pareil jour. Nous connaissons mieux que personne la grandeur du secours présent et des espérances futures que ce digne collaborateur nous apporte. Il travaillera vaillamment à nos côtés pendant le reste de notre carrière, afin de la rendre au milieu de vous, nos très chers Frères, et. plus longue et plus douce, et quand il plaira au Seigneur de nous appeler à lui, il demeurera avec vous, comblé de nos plus abondantes bénédictions, comme autrefois Israël, afin devons conduire tous heureusement dans la terre de l'éternelle patrie. Rien ne sautait être plus agréable à un père que l'assurance de laisser sa famille bien-airaée entre des mains sûres, affectionnées et généreuses. La satisfaction des enfants ajoute sensiblement encore au bonheur de ce père fortuné. C'est ce que nous éprouvons en ce moment, nos très chers Frères. Nous avons vu, avec un vif plaisir, la joie universelle du clergé et des fidèles du Diocèse se manifester visiblement le jour de la Consécration de notre bien-aimé Coadjuteur, et éclater partout depuis, sur son passage, dans les commnnaulés et les paroisses
qi'il a visitées. Il sara heureux et abondant en fruits, sans aucun doute^ le pontificat commencé sous d'aussi beaux auspices.
« Mais pour qu'il en soit ainsi, il faut, nos très chers Frères, que vous n'oubliez jamais, que vous preniez un grand soin de conserver toujours le respect et l'amour que vous lui portez en ce moment, ce dont nous avons assurément la ferme confiance. Aussi nous ne vous rappellerons pas les paroles si terribles que l'Eglise a prononcées sur la léte du nouveau Consacré, quand elle a dit : Qui maledixeril ei, sit aie maledictus . Que celui qui maudira, c'est-à-dire qui l'insultera, le combattra, le persécutera, soit maudit lui-même. Non. Ces paroles sont pour les âmes dures et superbes ; elles ne sont pas pour le peuple au cœur généreux qui reçoit si amoureusement ses Pasteurs. Nous vous redirons plutôt et bien volontiers ces autres paroles si consolantes que l'Eglise prononce ensuite, que nous vous appliquons, nos très chers Frères, dans toute l'autorité de notre charge pastorale, avec toute l'affection d'un cœur de père, et dont nous vous recommandons de garder to (jours le souvenir : El qui benedixeritei, sit ille beneditus. Et que celui qui le bénira, c'est-à-dire qui le respectera, qui l'honorera, qui le servira et le secourra, soit lui même comblé de toutes sortes de bénédictions.
« Oui, c'est là, Nos très chers Enfants, le vœu que nous formons dans toute l'ardeur de notre âme. à la fois pour votre bonheur et pour le succès et la joie constante de celui que nous n'appellerons plus, dorénavant, que du doux nom de Frère.
u La fête solennelle de la Consécration de notre Goadjuteur a encore été pour nous l'occasion d'une autre et très vive satisfaction, que nous ne saurions vous dissimuler. C'est d'avoir vu de nos yeux, avant de laisser la terre, dans toute sa pompe et sa splendeur, le temple que nous avons, de concert avec vous, érigé à la gloire du Seigneur. C'est de nous y être rencontré, encore une fois, avec nos vénérables frères, les Evêques de la Province, presque tout notre clergé, un grand nombre de prêtres des diocèses voisins, et une grande multitude de nos enfants. Oh ! que ce spectacle a produit de profondes émotions dans notre àme ! La rare beauté de ce sanctuaire qui nous a coiàté tant de veilles et de sollicitudes^ son ornementation magnifique, le caractère auguste delà nombreuse assemblée qu'il contenait, la majesté des cérémonies du culte nous auraient instinctivement porté, si nous eussions donné cours à la vivacité de nos sentiments, à noiis écrier successivement avec le prophète royal : Quam dilecta tabernacula tua. Domine virtutum ! Concupiscit et déficit anima mea in atria Domini, Qm vos tabernacles sont aimables, Dieu des vertus ! mon âme est consumée du désir ardent de voir les parvis du Seigneur. Quam bonum, quamjucundum habilare fralres in ununi ! Oh ! quilest bon, qu'il est doux pour des frères d'habiter ensemble !
« Vous, Nos très chers Frères, vous reverrez sans doute des jours de pareille solennité, de semblable allégresse, si vous conservez la foi ;
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pour nous, notre âge ne nous permet plus d'en conserver l'espoir en ce monde. Néanmoins, nous sommes très heureux d'avoir vu celui qui vient de s'écouler. Nous en bénissons publiquement la divine Providence, et nous vous remercions, du plus profond de notre cœur, Nos très chers Frères, de nous avoir procuré, par vos généreux sacrifices, par vos offrandes multipliées à notre cathédrale, cette grande et si douce consolation.
« Ceux d'entre vous, plus heureux que les autres, qui ont partagé avec nous le bonheur d'assister à la fêle dont nous parlons, ont du sentir aussi leur âme s'élever délicieusement vers Dieu, et l'amour de la religion s'accroître dans leur cœur, avec une soif plus ardente des jouissances célestes. Ils n'auront pas regretté l'obole de leur aumône à notre oeuvre ; ils se seront au contraire sincèrement réjouis d'avoir donné à l'Eglise de ce diocèse les moyens de déployer aux yeux de ses enfants tout l'éclat et la magnificence qui conviennent à ses solennités et à ses triomphes. »
Les bulles qui élevaient Ms"" Laflèche à la dignité épiscopale avec le titre d'éveque d'Anlhédon in partibus infidelium comportaient la future succession au siège des Trois-Pvivières dont il était déjà l'administrateur.
Nul doute que ne fassent ainsi reconnus et récompensés de grandes vertus, beaucoup de science et de talents. Tout le peuple en témoigna donc, avec enthousiasme, sa reconnaissance et son bonheur.
Mais quel était alors Fétat d'âme de l'élu lui-même.
Il le confiera à ses deux nièces, les demoiselles Lanouette, fille de sa bien aimée sœur aînée Eléonore, Sœurs Grises d'Ottawa. Ces bonnes sœurs avaient recueilli les premiers échos de la grande nouvelle des TroisRivières : elles savaient la haute dignité échue à leur oncle vénéré. Ces échos restaient discrets, rien ne s'étant encore ébruité dans les milieux profanes. Les nièces, aussi heureuses que flattées, s'empressent de féliciter jM^^'" Laflèche qui leur répond textuellement du Séminaire de Nicolet, le 22 février 1867:
« Mes guères nièces. — J'avais résolu, en lisant cette lettre, de vous faire une réprimande, à cause des qualifications que vous vous permettiez de me donner. Ces lettres qui arrivaient à la poste avec les grands titres de Monseigneur, Sa Grandeur, me déplaisaient passablement, parce que cela faisait jaser les gens et que cela m'attirait des questions indiscrètes que je n'aimerais pas à me voir poser.
« Mais enfin, ce que vous désiriez peut-être et que je redoutais, ed que j'aurais bien voulu éloigner de moi, est arrivé.
« Le bon Dieu apparemment a voulu que je fusse coadjuteur de i'é-
xèque des Trois-Rivières. Cest le 25 du présent raofs que je recevrai l'oncticn épiscopale.
« Est-ce pour me punir de n'avoir pas eu le courage de mourir dacs les missions de la Rivière-Rouge que la Providence m'impose ce fardeau ? Est-ce la pénitence quelle a jugé convenable de me faire fai-e pour expier ce manque décourage ? Cela se pourrait bien.
« Toujours est-il que c'est une bien terrible responsabilité qui me tombe sur la tète.
« Vous pourrez désormais me donner les litres et qualifications de Monseigneur. Les inconvénients que je viens de signaler n'existent plus ; mais, mes chères nièces, tous ces grands mots et ces titres pompeux ne diminuent pas le poids du fardeau qui me tombe sur les épaules, et ne rendront pas moins terrible la responsabilité qu'entraîne la dignité épiscopale.
« Puisque vous aviez tant de hâte de me saluer sous ce titre, il me semble que vous n'en êtes que plus obligées de prier tous les jours le bon Dieu de me donner cette abondante effusion de TEsprit-Saint qui failles évêques selon son cœur.
« Le Seigneur n'a pas besoin du génie et des forces humaines pour accomplir son œuvre. Souvent même, il choisit ce qu'il y a do plus faible aux yeux des hommes, pour confondre ce qu'il y a de plus fort.
« Priez pour qu'il en soit ainsi à mon égard. Si je dois dire avec lanl de vérité que «je ne puis rien, que je ne suis rien », obtenez-moi du ciel que je puisse dire : « Je puis tout en Celui qui me fortifie ». Oui, avec le secours de Dieu, je pourrai remplir convenablement le ministère et les fonctions d'un évêque.
« C'est ce que j'attends de vous, mes chères nièces, et pour que vos pneres soieat plus efficaces, appliquez-vous avec un grand soin à la pratique des vertus qui font les bonnes religieuses : la. fidélité aux règles de votre maison, le renoncement à sa propre volonté, la patience, l'abandon complet à la volonté de la divine Providence — être en quelque sorte entre les mains de Dieu comme le bâton dans la main de 1 aveugle. Cest là le chemin le plus court pour arriver à la paix du cœur et à la tranquillité de l'àme, c'est-à-dire au plus grand bonheur qu'il nous soit donné de goûter ici-bas... »
Le nouvel évèque saisissait donc une occasion favorable pour rappeler afFectueusement à des personnes chères qu'il ne fallait pas se laisser tenter ni éblouir ; qu'il fallait, au contraire, se donner à Dieu dans l'esprit et dans la mesure en lesquels Dieu lui-même se donnait à l'homme, si peu nécessaire à la réalisation de ses desseins impénétrables.
J*Iais, si Télévation maintenait le modeste élu dans ces admirables sentiments d'humilité, de confiance et d'abandon en la volonté de Dieu; des cœurs moins vertueux, plus
confiants aux réalités de la terre qu'aux promesses des cieux, accueillirent sa nomination avec angoise. D'autre part, on savait que M. Laflèche était loin de chercher les charges et les dignités. Certaines indiscrétions de journaux avaient donné corps à des appréhensions que les antécédents de M^ Laflèche justifiaient: acceptera-t-il ! Refusera-t-il ? Ceci fut l'espoir de quelques-uns, mais la commune crainte que le mandement de M^"" Cooke dissipa.
C'est que Dieu parle aux cœurs autrement que les hommes. Le pape avait décidé que le vicaire général Laflèche assisterait M?"^ Cooke jusqu'à la fin de ses jours et qu'il lui succéderait. C'était là un ordre auquel les supplications d'un évèque courbé sous le poids des ans et l'attente de tout un troupeau anxieux donnaient une signification que Tâme d'un apôtre ne pouvait pas méconnaître. Il fallait donc prendre la houlette de l'évêque, précéder le troupeau ; il fallait montrer la voie, donner l'exemple ; il fallait veiller, souffrir, se sacrifier encore, toujours!... Elle va soupirer la victime du devoir,, mais elle s'inclinera et, dès lors, plus d'objections, plus de résistance ; dans sa dignité elle ne verra plus que son devoir et elle entendra le remplir sans réserve pour le salut des âmes, pour la gloire de Dieu. Voilà M='' L.-F. Laflèche, désormais coadjuteur des Trois-Rivières, appelé à occuper un siège sans passé, auquel sa vertu, ses œuvres, son incomparable talent donneront un lustre immortel.
Non ! Plus besoin désormais de parler des angoisses du prêtre que les faveurs du ciel accablaient des déchirements qu'il éprouva à ce coup, des péripéties de la lutte suprême qui s'engagea entre la conscience du devoir imposé et la perspective torturante du fardeau qui allait peser sur ses faibles épaules !...
Dieu le veut î dit-il ; et il embrassa sa croix à laquelle il s'attachait avec amour et confiance.
On sait l'opinion de M^' Cooke sur le sacre de son coadjuteur.
Le Journal des Trois-Rivières sur le même thème disait :
« ... On avait hâte d'arriver à ce jour parce qu'il devait nous apporter la réalisation des voeux les plus ardents des citoyens de cette ville, des habitante de ce diocèse et de tous les catholiques de ce pays. Car le désir de voir le nouvel évêque revêtu de la dignité épiscopale ne se bornait pas à cette ville, ni au diocèse, mais à tout le pays...
« ... Ah 1 c'est que l'élévation de M'"" Laflèche à la dignité épiscopale était plus qu'un fait particulier à cette ville, à ce diocèse ; c'était un événement d'un intérêt général, un évéaement dont le retentissement devait s'étendre à tout le pays... »
La messe de consécration fut célébrée à la cathédrale des Trois-Rivières par Ms'" Baillargeon, évêque de Tloa, assisté par son grand-vicaire, M. Cazeau et du grand-vicaire, Thomas Garon. Les évècjues assistants étaient M"""?. Larocque évêque de Saint-Hyacinthe, et Ms"" Lynch, évêque de Toronto» Plusieurs évêques et 150 prêtres figuraient à la cérémonie.
Dès le 24 février les Ursulines des Trois-Rivières portèrent à Ms'" Laflège leur don de joyeux avènement tribut de respect et de filiale soumission. M""" d'Anthédon les remercie en ces termes : Je dois vous rendre grâces des paroles si obligeantes que vous m'adressez au nom de toute votre communauté, à Toccasion de ma nomination à la Coadjutorerie des Trois-Rivières. Que tous les fidèles du diocèse se réjouissent de voir notre digne et vénérable évêque recevoir de la main du Saint-Père le secours que réclament l'afïaiblissement de sa santé et l'épuisement de ses forces, c'est ce qu'il est facile de comprendre ; mais, ma Révérende Mère, quand le pauvre individu qui a été choisi pour cette haute mission se rappelle qu'il en a été jugé incapable, il y a dix-huit ans, et cela dans un poste beaucoup moins important, quand il pense que le saint Concile de Trente a déclaré que ï'Episcopat est un fardeau redoutable que les anges eux-mêmes craindraient de porter, comment peut-il n'en être pas affligé ! Cependant malgré les raisons si graves que j'avais de prendre tous les moyens légitimes de m'y soustraire, je n'ai pas cru devoir dévier de la règle de conduite que je me suis toujours efforcé de suivre, de reconnaître la volonté de Dieu dans celle de mes Supérieurs, et voilà pourquoi je n'ai pas osé pousser la résistance jusqu'aux dernières limites pour ne pas m'exposer à aller contre la volonté de Dieu. J'ai donc di!i faire mon sacrifice en comptant sur la miséricorde de Dieu qui se sert souvent des plus faibles instruments pour accomplir son œuvre. Si je ne puis rien par m.oi-mênie, je dirai avec l'Apôtre des nations : « Je puis tout en Celui qui me fortifie ». Et cette force d'en haut, ma Révérende Mère, vous contribuerez, pour votre part, à la faire descendre en mon âme par vos prières et supplications. C'est surtout ce que je réclame pour le grand jour de demain. Oui, ma Révérende Mère, priez avec tout votre communauté, afin que le Seigneur me communique par l'onction sainte celte abondante effusion de l'Esprit-Saint qui fuit les Evêques selon le cœur de Dieu.
<i Vous l'avez déjà fait et je vous en remercie du fond de mon cœur ; c'est assurément le cadeau le plus précieux que vous puissiez me faire. En plusieurs rencontres, j'ai éprouvé l'efficacité des prières que vous faites pour moi ; permettez-moi de vous en témoigner aujourd'hui spécialement ma plus sincère reconnaissance tout en les réclamant de nouveau.
« Mais si les secours de l'ordre spirituel que vous m'avez obtenus
Téclament une reconnaissance particulière, la mitre précieuse et magnifique^ que votre communauté, après tant de sacrifices qu'elle a déjà faits, a eu l'extrême générosité de m'offrir, réveille aussi dans mon àme un sentiment de gratitude qu'il m'est bien difficile de vous exprimer. Vous voudrez bien, j'espère, agréer ce sentiment et être mon interprète auprès de votre pieuse et généreuse élève pour la part qu'elle a bien voulu y prendre (M"*^ Mary Larue sacrifia ses bijoux pour orner la mitre).
« Je vous avouerai, Ma Révérende Mère, que je suis vraiment confus en ce temps-ci de l'empressement et de la magnificence avec laquelle on a voulu me fournir les objets nécessaires à ma nouvelle position. Le seul défaut que je trouve à tout cela, c'est que c'est trop beau et trop riche. Mais on a beau faire, on ne m'empêchera pas de parler contre les richesses et la vanité. Inutile de dire, ma Piévérende Mère, que vous n'avez pas grand'chose à craindre sur ce chapitre. />
Parmi tant d'autres questions qui mériteront sa sollicitude, Me"" Laflèche prendra spécialement à cœur les affaires coîicernant l'instruction, et l'éducation de la jeunesse.
Nous l'avons vu, au collège de Nicolet, tout dévoué à cet établissement et, par la suite, restant très réservé en ce qui concernait le nouveau collège des Trois-Rivières.
Son opinion se modifiant, il ne voyait plus l'inopportunité de celte institution, car il se rendait coinpte des besoins très réels de la population catholique de cette ville et devait aussi reconnaître ses efforts généreux, déjà couronnés de succès. Dès lors, le digne prélat ne trouvait de solution honorable et équitable que dans le transfert du Séminaire de Nicolet aux Trois-Rivières.
Il faut le proclamer : autant il avait défendu Nicolet avec franchise et ténacité, autant il servira la cause des Trois- Rivières avec loyauté et justice. Il voulait une seule maison forte et prospère, sous sa surveillance bienveillante et immédiate. La réalisation de ce projet ne lui paraissait plus chimérique, maintenant que la province de Québec avait obtenu Tituiépendance de son administration. Il lui semblait que les difficultés, de ce coté, devaient être moindres qu'elles l'eussent été sous l'Union du Haut et du Bas-Canada.
Appuyé, encouragé par tous les amis du collège des Trois-Rivières, par le clergé trifluvien presque unanime, Ms'" Laflèche lit des démarches auprès des autorités publiques pour que celles-ci achetassent le collège de Nicolet aux membres de la Corporation de cet établissement.
[Malheureusement, il n'aboutit pas, non point tant parce que la Corporation de cette maison lui fut unanimement con-
traire : elle était en réalilé diyisée ; mais parce que, de partipris avoué^ elle exigeait pour son établissement un prix exorbitant, manière de signifier à lévêque son opposition réfléchie, son refus catégorique.
Cet échec fut on ne peut plus sensible à M^'' Laflèche, iVous verrons dans la suite ce que cette corporation tentera contre l'homme intègre qu'elle accusera et menacera dans ses intérêts, les plus sacrés.
Sur ces entrefaites, les forces de M?"" Cooke faiblissaient de jour en jour. Le digne vieillard, ne se faisant plus d'illusion sur son état, se décida à confier à Me"" d'Anthédcn, son coadjuleur, l'administration complète de son diocèse. Il rendit sa décision publique par une lettre pastorale, datée du 11 avril 1869, dont nous citons ces passages:
«... Nous ne jouissons pas, nos très chers Frères, de la vigueur et de la santé exceptionnelle dont notre I^ère commun (Pie IX) nous offre, sous Je fardeau pastoral, un si bel exemple, et qui faisait, hier même, le sujet de raille actions de grâces. La divine Providence, qui Nous a traité néanmoins avec une très grande générosité dans le partage des années, a voulu pour des raisons toujours adorables, pleines d'équité et de convenance, que nous éprouvions plus tôt le poids de l'âge et des infirmités. Depuis longtemps, ainsi que Nous vous Tavons déjà fait connaître. Nous sentons graduellement nos forces nous abandonner. C'est pourquoi Nous demandions, il y a trois ans, au Saint-Siège, l'aide d'un Coadjuteur, qui nous fut alors accordé.
« Comme l'homme a été créé pour travailler, et que Nous tenions à employer le reste de nos forces au service du Seigneur, auquel, nous les avons consacrées dans notre jeunesse, Nous n'avons pas cessé, selon notre capacité, même depuis cette époque, de nous occuper de l'administration de notre Diocèse, conjointement avec notre bienveillant Coadjuteur. Mais voici que ces forces diminuent rapidement et trahissent notre volonté. Nous ne pourrions plus, sans péril pour nous-m:me et sans danger pour vous, nos très chers Frères, porter le fcrdeau l'nne si grande administration, qui doit maintenant reposer cntièreraent sur des épaules plus jeunes et plus robustes. Comme le laboureur épuisé. Nous laissons les mancherons de la charrue, et nous entrons, à son exemple, dans la retraite et le recueillement de nos demi' rs jou s. Nous confiant donc pleinement dans la prudence et la sagfsre de ^i' tie bien-aimé Coadjuteur, Nous nous déchargeons, dès ce mcmeat, totalement sur lui du soin de vos âmes.
" Ainsi, et à cette cause, le saint Nom de Dieu invoqué, rn v '.u d'un Induit spécial, sollicité par Noiis en mai 1867 et gracieusement obtenu de la cour de Rome, le 3o septembre de la même année, No^ii avons nommé et établi, nommons et établissons par les présertes Sa
Grandeur, Ms"" Lcuis-François Laflèche, Evêque d'Ânthédon, jusqu'ici Notre Goadjuteur, Administrateur de notre Diocèse, avec toute l'autorité, les droits et privilèges que celte charge comporte, et Nous enjoignons au Clergé, aux Communautés religieuses et à tous les fidèles sous notre juridiction de lui porter le respect, l'obéissance et. l'amour qu'ils doivent au premier Pasteur de ce Diocèse....
« .., Nous croirions manquer à un devoir de justice envers ce très digne et très zélé Collaborateur, si Nous ne profilions pas de cette circonstance, pour lui donner un témoignage public et solennel de Notre entière alïection et de Notre très vive reconnaissance. Malgré que des hommes égarés ne voudraient pas que l'on rendit hommage au mérite. Nous nous plaisons à reconnaître ici les nombreux et incessanls travaux qu'il a accomplis, au su de tons, en Notre laveur, depuis plusieurs années, notamment ceux qui ont trait à notre Cathédrale et à la défense des saines doctrines. Il Nous a même soulagé, nous le déclarons; au point de prolonger longuement nos jours, et nous voulons que la méUiOire en soit conservée pour le temps où Nous ne serons plus. Aussi, quoique Nous n'ayons pas à bénir Celui que l'Eglise elle-même a solennellement consacré, Nous n'en élevons pas moins la voix vers le Seigneur pour le prier iustamrnent de rendre au Centuple au nouvel Administrateur ce qu'il a faiL pour Nous, et Nous espérons que ce cri de notre àme sera entendu.
« C'est donc avec une entière confiance et un grand bonheur, nos très chers Frères, que Nous vous remettons aujourd'hui entre ses mains. ... »
Ms'' Laflèche savait ({ue son manque d'empressement pour le collè:g'e des Trois-Rivières y avait causé des soucis et des alai'mes, même des craintes sérieuses pour l'avenir dont M. Richard, son directeur distingué, souffrait particulièrement. Il était donc à souhaiter dans l'intérêt do tous qu'il y eût détente, sinon cordiale entente, et ce fut Ms"" Lallèche ^qui en prit généreusement l'initiative par une démarche spontanée.
■C'était le 18 mai 1869. Avant de partir en tournée pastorale, laissant ses occupations multiples et pressantes. Sa Grandeur se rendit de Ijonno heure au collège et prévint M.:Richard qu'il tenait à visiter la •maison et toutes les classes. Le directeur, qui n'avait pas été jusque-là accablé de prévenances, en fut tout bouleversé et cependant fart heureux: Son bonheur augmeatait au fur et à mesure que l'évèque, pai'courant les lieux, les inspectant avec soin, interrogeant maîtres et élèves, témoigna à tous une bienveillance sensible. Les conseils de l'évèque traliissaieut une sollicitude profonde, empreinte d'une pat^i'P.elie bouté. Ce fut tout un événement dans ce petit LiriJsrneau et M. Richard ne se
lassait plus d'en rendre grâces à Dieu. La protection épiscopale pour celte maison ne devait plus cesser de se faire sentir. Le personnel de l'établissement et le public trifluvien furent prodigieusement étonnés en apprenant que M^"" d'Anihédon, dès la fondation de leur collège, avait songé à y amener le Séminaire de JNicoiet ; qu'à cette heure môme, malgré toutes les objections produites, il n'avait pas renoncé à ce projet bienveillant.
M»"^^ Laflèche trouva à l'évéché des Trois-Rivières, comme collaborateur, son ami Ch.-O. Garon. Né à Saint-Antoine de la Rivière du Loup le 24 octobre 1816, Ch.-O. Caron était de deux ans l'aîné de M^^ Laflèche, et il fut aussi ordonné prêtre dans l'ancienne église de Nicolet près de deux ans avant lui, en môme temps que son cousin, Thomas Garon supérieur de Nicolet avant M^'' Laflèche.
MM. Garon, Olivier et Thomas^ de concert avec M. Laflèche, venant après M. Raimbault et H. Leprobon, avaient conservé au Séminaire de Nicolet son auréole de science et de vertu ; ils la transmirent intacte à leurs successeurs.
En 1857, Ms'' Gooke avait nommé M. Gh.-O. Caron vicaire général et chapelain des Dames Ursulines des Trois-Rivières. Sa vie entière sera une suite ininterrompue de bonnes actions et de mérites éclatants ; il avait été et il sera pour M?"" Gooke d'abord et puis pour son successeur un auxiliaire précieux ; il assistera son évoque comme théologien en cinq conciles; il sera chargé de prendre canoniquement possession du diocèse au décès de Më^"" Gooke, au nom de Ms"" Laflèche, celui-ci étant retenu au Concile du Vatican, et à cinq reprises différentes, lors de ses voyages en Europe, le nouvel évêque lui confiera l'administration de son diocèse, puisqu'il en connaissait à fond les affaires et les besoins.
D'autres amitiés ou relations précieuses du nouvel évêque seraient à signaler dès maintenant parce qu'elles seront opérantes durant son long épiscopat; mais il faut se borner.
Citons néanmoins celle du juge en chef Dorion, son compatriote qui, né à Sainte-Anne de la Pérade la même année que lui, le 27 janvier 1818, fit aussi ses études à Nicolet en même temps que lui. A l'opposé de Ms' des Trois-Rivières, j\L A. Dorion fut libéral de bonne heure et comme tel se fit élire député à Montréeal en 1854; il devint ministre avec le portefeuille des Terres de la Couronne. Ce fut un tribun habile qui trouva dans Sir Georges-Etienne Cartier un adversaire à sa taille et dans M^'" Laflèche un vis-à-vis digne de lui ; mais, dira M. L.-O. David : « Son malheur fut d'être le chef d\iu parti qui ne comprenait pas son temps et mon-
trait plus d'ardeur et d'enthousiasme que d'habileté. » Il eut cependant un frère qui fut curé distingué d'Yamachiche ; une sœur qui fut longtemps supérieure du couvent de la Providence à Montréal.
Un dimanche, rappela Ms'' Laflèche, dont les souvenirs étaient vivaces et toujours intéressants, je traversais la rivière de Sainte-Anne de la Pérade lorsque j'entendis sonner les cloches gaiement. Elles annonçaient que les perles de la rosée baptismale, en tombant sur des têtes chéries, avaient donné des enfants à Dieu, des héritiers à la gloire éternelle et des hommes au monde. Comme mon canot approchait de la rive, je vis sortir de l'église un double compérage^ c'était celui d'Edmond et de J. Eric Dorion, frères jumeaux. Ce dernier, adolescent, se jeta dans la politique et deviendra V Enfant Terrible de \ Avenir et du Défricheur, ce fut un radical farouche.
Ms^ Laflèche, encore vicaire général, prêchait une retraite à l'Avenir. Le terrible Eric, malgré ses opinions avancées, en suivait assidûment les exercices. M. le Grand Vicaire, s'autorisant de sa qualité d'ancien ami et de prêtre, lui fit visite et fut reçu avec bienveillance à ce double titre. La retraite finissait le dimanche suivant et M. Eric Dorion contribua généreusement à une collecte faite dans la paroisse pour les incendiés de Saint-Roch ; puis il se mit en route pour rentrer à ^Montréal. Mais avant d'arriver à sa demeure, il tomba frappé d'une maladie de cœur à laquelle il succomba après avoir, cependant, réclamé les secours de la religion dont M. Laflèche venait de lui redire les consolations et les nécessités.
Citons encore l'Hon. John J. Ross, né à Sainte-Anne de la Pérade en 1832, que nous retrouverons, ami aussi bien que compatriote de M»"" Laflèche, sénateur et président du Sénat. Homme de manières affables et d'un physique distingué, de plus chrétien fervent, il se montra un parlementaire habile et intègre qui tint un rôle brillant à rassemblée législative au Canada jusqu'à la Confédération; et à la Chambre des communes jusqu'en 1874. Quand la Province de Québec obtint un gouvernement indépendant, il se consacra à la politique provinciale et y remplit, comme administrateur et ministre, des fonctions utiles et très remarquées.
Le père du D'' J. Ross, Georges Me Intosch Ross, Anglais de naissance, épousa M"" Gouin de Sainte-Anne, femme énergique, intelligente et chrétienne éclairée. Elle mit à son mariage avec G. Ross la condition qu'il embrasserait d'abord la foi catholique. Ses charmes eurent raison des
scrupules relatifs de son prétendant qui fit tout ce qu'elle voulait et devint, d'un protestant indifférent, un catholique peu pratiquant, mais sincère. A l'approche de la mort, il demanda l'assistance de M&'^ Laflèche qui avait sa confiance. L'évéque absent fut remplacé à son chevet par M. Gill, curé des Grondines, et M. Ross, parfaitement consolé, fit une fin édifiante sous les yeux du D'" John Ross, son fils unique.
L'un des amis les plus chers de Monseigneur des Trois- Rivières, et qui lui fut ravi des premiers, était Joseph Bailey, également son co-paroissien et condisciple à Nicolet. Il fut ordonné prêtre en même temps que lui le 7 janvier 1844. M. J. Bailey, pendant que son ami se dévouait dans l'Ouest, se jeta en pleine épidémie au milieu des Irlandais pestiférés à la Grosse-Ile, près de Québec (1846). Le choléra amoncelait ses victimes, multipliait les veuves et les orphelins. J. Bailey ne quittait pas la brèche, ni le chevet des mourants, consolant, encourageant les victimes, leur facilitant le passage d'une vie misérable à l'éternité heureuse au milieu d'une détresse effroyable qui réduisait les corps, troublait les esprits de ces émigrés, tel un vil bétail sans ressources sur une terre étrangère. Le digne prêtre fut atteint à son tour et sur le champ même où sa charité s'exerçait sans répit; il y demeura mourant. Diea, le réservant à une immolation plus entière, le sauva en lui laissant le germe de la maladie qui devait le mener à lui prématurément. Il mourut saintement le 13 mars 1866 à Saint-Pierre les Becquets.
M?"" Cooke, quoique accablé par l'âge et les infirmités, veut aller aux obsèques de M. J. Bailey qu'il eut comme vicaire pendant six ans aux Trois-Rivières ; son vicaire général Lailèche tient à l'accompagner. Et c'est comme compatriote et ami que ce dernier, après l'absoute, monte à la chaire pour faire l'éloge funèbre du cher émigré vers la gloire éternelle.
Transiit benefaciendo, s'écrie l'orateur ému jusqu'aux larmes. Et, dans un discours vibrant, son amitié fidèle se fait l'interprète éloquente de la reconnaissance et de la douleur d'un peuple affligé. Ses adieux touchants au vénéré défunt, dont il voulut contempler les traits aimés une dernière fois, arrachent des larmes à tout l'auditoire, qui lui sait un gré infini d'avoir traduit en termes aussi élevés qu'émouvants son attachement durable et son affliction qui ne voulait être consolée que par l'Espérance et la Foi qui accompagnent les élus dans leur bonheur.
Enfin, M-' Laflèche est sacré évêque pour combler les
vœux des trifluviens qui se répandirent à cette occasion en des manifestations joyeuses. Le cadeau le plus précieux qu'il reçut alors lui arriva de Sainte-Anne de la Pérade.
M. Dupuis, qui en était alors le très sympatique curé, tint à honneur d^offrir un don qui fut digne de l'élu. Accompagné du D"" John Ross M. P. P. il se rendit aux Trois-Rivières et présenta à S. G., au nom de ses paroissiens, une crosse de grand prix, car elle resplendissait de diamants au milieu d'ornem.ents -artistiques et une mitre magnifique, le tout pour rappeler à l'enfant préféré de Sainte- Anne l'afTeclion de ses compatriotes. Comme ce sentiment était partagé, l'évêque promit de célébrer sa première messe pontificale, paré de ces dons, à Sainte-Anne de la Pérade.
Ms"" d'Anthédon se trouvait peu après, le 21 mars 1867, à Saint-Pierre les Becquets. C'était un jeudi et l'après-midi; quatre carrosses attelés de chevaux pompeusement harnachés arrivent devant le presbytère pour prendre S. G. et sa suite. M^"" d'Anthédon monte dans la voiture du D"" J. Ross, le G. V. Caron dans celle de M. Méthot de Sainte-Anne ; vingt autres voitures suivent pour gagner cette localité.
Tous les paroissiens sont sur pied ; ils se sont portés au bord du fleuve et sur la terrasse de l'église. Il y a partout des oriflammes, des guirlandes et des fleurs ; les cloches sonnent joyeusement. Le cortège s'engage sous l'allée des arbres qui conduit à l'église ; les acclamations de la foule, les coups de fusils et de canons se joignent au carillon, et cette s-cène émouvante fait battre les cœurs autant de plaisir que de fierté.
L'évêque, au passage, peut lire sur tous les tons et sous toutes les formes la bienvenue qu'on lui souhaite si bruyamment. 11 entre dans l'église où la foule l'accompagne ; il revêt le rochet et la mantelletta, gagne à la balustrade un siège paré pour la circonstance, ayant à sa droite le G. V. Caron, à sa gauche M. Fréchette, curé de Batiscan. Le D"^ J. Ross s'approche et lui lit cette adresse :
Monseigneur. — Permettez aux habitants de la paroisse de Sainte- Anne de profiter de roccasion de votre présence au milieu d'eux, pour vous témoigner la joie et le bonheur qu'ils ont éprouvés à la nouvelle de votre élévation à la dignité de Tépiscopat, et pour vous exprimer leur reconnaissance pour le bon souvenir que vous leur avez toujours gardé.
Le choix du Souverain Pontife, que le pays entier a accueilli avec la plus grande satisfaction, a été reçu ici avec des transports de joie et de gratitude. C'est donc pour nous un devoir bien doux et bien agréable
d'offrir à Votre Grandeur, en cette circonstance, nos félicitations ks plus sincères et les plus cordiales.
La paroisse qui jouit de l'immense faveur de vous avoir vu naître, Monseigneur, vous a accompagné dans vos lointaines missions. Elle connaît tout le zèle et le dévouement sans bornes que vous y avez déployés : elle a pris connaissance de vos immenses travaux, des luttes que vous avez eu à soutenir, des conquêtes que vous y avez faites. Heureuse st fière, et pardessus tout reconnaissante envers la Providence, elle vous a vu revenir pour continuer dans le Canada, notre chère et commune patrie, votre belle et grande œuvre.
Depuis votre retour elle a été témoin de vos succès dans la sainte mission que vous vous êtes donnée, et aujourd'hui que vous avez été choisi pour venir en aide à notre ancien et vénérable Evéque, son bonheur est au comble, car elle pressent les plus heureux avantages pour le diocèse, qui sera guidé dans le vrai sentier par des mains aussi habiles et aussi dignes.
Notre bon curé, en invitant V. G. à se rendre au milieu de nous., a bien deviné un de nos plus chers désirs, car veuillez croire, Monseigneur, que nous sommes loin d'être insensibles aux marques si évidentes d'intérêt et de sympathie que vous nous avez données et dont votre présence en ce jour est une nouvelle preuve ; non, Ms% rien n'égale noire reconnaissance, si ce n'est votre extrême bonté.
Veuillez encore, M=% nous servir d'interprète auprès de notre vénérable et bien-aimé Evêque, M=' des Trois- Rivières. Veuillez lui porter le témoignage de notre dévouement, de notre amour et de notre vénération. Dites bien à S. G. qu'à tant de preuves de sollicitude qu'Elle nous avait données déjà, Elle en a ajouté une bien ineffaçable dans le choix de son Coadjuteur.
Ms'', les habitants de Sainte-Anne forment les vœux les plus sincères et les plus ardents pour que le fardeau de lépiscopat vous soit léger et pour que le ciel nous trouve longtemps dignes de vous conserver, de marcher d'après vos conseils et sous votre protection.
M^"^ d'Anthédon répond à peu près en ces termes:
— M. le Docteur, — Je vous remercie bien cordialement de l'adresse bienveillante que vous venez de me présenter au nom de vos concitoyens et de mes anciens coparoissiens. Le Seigneur a pourtant dit : « Personne n'est prophète dans son pays : » et voici que vous me faites une réception à mon arrivée dans ma paroisse natale, comme bien peu de prophètes en ont reçue dans le lieu même de leurs missior.<3.
Gomment expliquer ce phénomène? Faut-il croire que votre extrême bienveillance à mon égard fait une exception à cette règle énoncée par Celui qui a dit « Je suis la vérité? » C'est, en effet la seule explication
que je puisse m'en donner ; il faut que le nombre des années qui se sont écoulées depuis mon départ de celte paroisse, et surtout la distance à laquelle la Divine Providence m'a envoyé travailler à l'œuvre commen ■ cée par nos Pères dans la Foi, m'aient rendu assez étranger à cette paroisse pour vous faire perdre de vue mes misères et mes défauts ; et en ce sens, je ne suis pas ici dans mon pays. Mais le bon Dieu m'ayant trouvé impropre à continuer l'œuvre admirable pour laquelle les Lallemant et les Brébœuf ont répandu leur sang m'a ramené dans notre cher Canada ; votre bonté dès lors s'est complue à ne voir en moi que le prestige du Missionnaire. Puis, le premier Pasteur du diocèse m'ayant appelé auprès de lui pour me confier l'œuvre que vous connaissez, il a plu à la Divine Providence de faire voir, une fois de plus, qu'elle sait se servir des plus faibles instruments pour accomplir ses desseins et montrer plus visiblement son action. Enfin le choix du Saint-Père qui m'a élevé à la dignité de l'épiscopat, malgré mon indignité, a produit celte magnifique démonstration de votre foi et de votre piété, à mon arrivée parmi vous. Et voilà pourquoi, M. le Docteur, vous vous plaisez à me trouver tant de qualités et de mérites. J"ai trop d'intérêt à vous laisser sous cette impression pour essayer de vous tirer celte illusion, qui est la preuve de votre bon cœur et de vos sentiments religieux.
Vous me dites que j'ai plusieurs fois donné des marques de l'intérêt que je porte à cette paroisse. C'est vrai, M. le Docteur, et en cela je me suis efi'orcé d'acquitter une dette que le temps ne peut prescrire, la reconnaissance. C'est dans cette paroisse que le bon Dieu m'a accordé les plus insignes bienfaits ; c'est dans cette église que j'ai reçu la vie de la grâce par la régénération baptismale. Je vois devant mes yeux la place même où j'avais le bonheur de m'asseoir pour la première fois à la table sainte, il y a trente-six ans. A l'ombre de ce clocher reposent les cendres de ceux que j'ai le plus aimés dans le monde, mon bon père et ma tendre mère.
Comment, M. le Docteur, aurais -je pu oublier cette paroisse, qui me rappelle des souvenirs que le Créateur a gravés lui-même en caractères de feu dans le fond de l'àme humaine ?
Vous demandez au Pasteur suprême de nos âmes de me rendre léger le fardeau de l'épiscopat. Oui, c'est un fardeau bien lourd que celui-là. Avoir sur les épaules la charge de i3o mille âmes dont il nous faudra rendre compte au tribunal du Souverain Juge, âme pour âme. c'est quelque chose d'effrayant. Ce vœu m'a touché sensiblement ; il est pour moi la garantie que tous les fidèles de cette paroisse, par leur bonne volonté et leur docilité à la direction du premier Pasteur, me rendront facile à porter ce lourd fardeau. Une comparaison vous rendra sensible ma pensée. Voyez ces énormes locomotives dont le poids fait trembler le sol à une certaine distance dans la rapidité de leurs mouvements. Un homme ou deux suffisent pour les mettre en mouvement
sur des lisses convensblement fixées ; mais des centaines de chevaux ne pourraient pas les remuer, si elles sont tombées à côté de la voie. De même, rien de plus facile à conduire pour un évêque qu'une population docile et animée d'une bonne volonté ; mais aussi rien de plus pénible pour son cœur de Père que de rencontrer des enfants rebelles. Jamais donc il ne se rencontrera dans cette belle paroisse de Sainte- Anne de ces obstacles que l'évêque, hélas ! a quelquefois la douleur de rencontrer sur le chemin par où il doit conduire au bonheur social aussi bien qu'au bonheur éternel le peuple qui lui est confié.
J'ai accepté avec plaisir la demande de votre digne curé de venir chanter ici ma première messe comme évêque, et j'ai la confiance que V3US voudrez bien vous unir à moi, dimanche, pour remercie le Bon Dieu des bienfaits qu'il m'a accordés.
MS'" d'Anthédon donna ensuite, de l'autel, la bénédiction solennelle. La journée se poursuivit par une séance récréative à l'école et il y eut illumination générale le soir.
L'église fut ornée pour la solennité du dimanche. Deux superbes couronnes étaient suspendues à la voùle, Fune au-dessus du chœur, l'autre dans la nef. Six guirlandes de verdure et de fleurs, partant de la voûte, venaient effleurer les couronnes et, faisant demi-cercle, remontaient sur les murs du monument. Le chœur était aussi richement paré. On lisait au-dessus du Maître-Autel : Benedictus qui venit in nomine Domini, et au-dessus du trône : « Vive S. G. M*^' d'Anthédon ! » Sur la façade des jubés, au milieu de pompeuses décorations, on remarquait les armes du nouvel évêque.
Selon sa promesse l'évêque officiait pontifîcalement, entouré d'un nombreux clergé. Un chœur formé par les paroissiens et conduit par MAL Richard, directeur du Collège des Trois-Rivières, et Proulx, curé de Saint-Tite, exécuta les chants de l'office.
M^"" d'Anthédon chanta les vêpres, fit éloquemment le panégyrique de saint Joseph et à quatre heures, sous les guirlandes et les fleurs, au son du clairon de volontaires, aux acclamations d'une foule énorme qu'il avait conquise par ses bonnes grâces, il quitta Sainte-Anne.