I. — Vers l'Abîme
Québec, ont-elles effacé des esprits, mis en éveil, le souvenir des procédés de la conquête britannique ?
La guerre alors, un moment suspendue, avait recommencé entre colons français et anglais du nord américain, avant même d'être officiellement reprise entre les métropoles ennemies. Sans déclaration diplomatique d'aucune nature qui pût présager des malheurs, selon leur coutume ancienne et leur usage constant dans la suite, les Anglais ouvrirent les hostilités sur mer, par surprise et à coups de canons, comme firent les Japonais, leurs émules et alliés, tout récemment encore, en Corée et à Port- Arthur.
Le marquis de Vaudreuil, gouverneur français du Canada, durant l'hiver de 1756, gagna à la cause de nos colons les Peaux- Rouges de l'Ohio et s'aventura jusque dans la Virginie et la Pensylvanie : les territoires en litige étaient la région du Niagara et les abords du lac Ontario. Anglais et Français s'y fortifiaient pour mieux soutenir par la force leurs droits contestés.
Si vous le voulez bien, nous citerons un peu les Archives et les laisserons parler. Oyez un instant les braves gens qui vous sont restés si chers et à bon droit. La tragédie canadienne touchait au dénouement :
« ... Il arriva des secours importants pour l'époque et pour le pays : deux bataillons, de la Sarre et de Royal Roussillon. soit 1.100 hommes qui, joints à ce qui se trouvait sur place, formaient un effectif de 3.800 français. Le commandement échut au marquis de Montcalm.
« Né près de Nîmes, d'une famille de Rouergue dont le nom était célèbre dans les fastes des chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem, Louis de Montcalm entra au service à l'âge de quatorze ans. et il avait conquis ses grades dans la guerre de Succession d'Autriche. C'était, comme nombre de ses compagnons d'armes, un lecteur, un méditatif. Il avait la curiosité des choses antiques et l'on raconte qu'il espérait, pour couronnement de sa carrière, un siège à l'Académie des inscriptions. Ainsi, après Vauban, après Guibert, idole des salons à intelligence. un Carnot, et, plus tard, «Bonaparte, membre de l'Institut, général en chef de l'armée d'Egypte. »
« Montcalm et sa petite troupe arrivèrent à Québec le 3 mai 1756 et le 17 à Montréal. « C'est, écrivait un officier, une ville fort grande et fort sujette à l'incendie, toutes les maisons étant bâties de bois. Le ton français y règne, la vocation pour le mariage y domine ; nous y avons déjà cinq officiers de mariés ; on y est orgueilleux, quoique pauvre, et il n'y a que le particulier qui a régi des postes qui soit en état de suffire au train qu'il mène. »
« Dans l'administration coloniale, si le gouvernement s'obérait, si le militaire était mal nourri et si les forts étaient mal approvisionnés, si le commerce était peu encouragé et la colonisation peu facilitée, le fonctionnaire faisait fatalement fortune : un poste aux colonies étant une sorte de ferme. Le gouverneur du Canada, le marquis de Vaudreuil, honnête homme en ce qui le concernait, travailleur de cabinet, mais tatillon, paperassier, bureaucrate et petit esprit, fermait les yeux sur ces abus qui scandalisaient et irritaient Montcalm et ses lieutenants.
« Au premier coup d'œil et dès la première sortie vers la forêt et les grands lacs, l'aspect du pays les enchante et ils le dirent. Ils n'ont point, il est vrai, pour arrêter les rayons et les projeter en couleurs, le prisme merveilleux d'un Chateaubriand ; mais leurs notes vraies et simples ont leur vivacité, et il n'est pas encore sans intérêt ni sans piquant de les comparer aux croquis sur nature du Voyage en Amérique, aux décors « truquas » des JNfatchezaux paysages composés et achevés à l'atelier, du chefd'œuvre du maître, les Mémoires (T outre-tombe.
« Les étapes sont longues, les chemins difficiles ; on navigue jusqu'aux rapides, on débarque et tantôt on grimpe à pic,tantôt on barbote dans l'eau jusqu'à la ceinture. Et, tout comme au Maroc, et dans le Sud-Oranais aujourd'hui, le Français au pied d'oeuvre étant toujours le même. « Le soldat, de qui nous avons tout lieu d'être content, ne se rebute point, son ardeur augmente à chaque coup de collier. Quand les canots ne peuvent plus le porter, lui, ses armes, son sac et ses provisions, c'est lui qui porte les canots.»
« La navigation sur le Saint-Laurent est délicieuse. « Ce ne sont, de Québec à Montréal, que des îles contiguës, et comme
ses deux bords sont habités, on a la plaisir de faire soixante lieues entre deux villages... Les habitants sont fort à leur aise ; ils ne payent ni tailles, ni autres impôts ; ils chassent et pèchent librement, en un mot on peut les regarder comme riches ; les plus pauvres ont trois arpents de front et quarante de profondeur. »
« Et alors quelles chasses ! Il y avait en particulier, d'étranges vols de pigeons : un officier en a tiré quarante d'un coup, des soldats assuraient en avoir tué quatre-vingts, les Canadiens prétendent aller jusqu'à cent vingt I « Il me semble que ce soit une manne que Dieu envoie puisqu'elle nourrit pendant quatre mois tous les habitants du Canada. »
« Ces habitants — c'est-à-dire les colons et les créoles — « sont grands, robustes et infatigables, surtout pour les marches ; fort ignorants, n'ayant aucune idée de science, ne s'attachant qu'à leur commerce ; cela n'empêche pas qu'ils soient présomptueux et remplis d'eux-mêmes, s'estimant au-dessus de bien des nations, grands menteurs. Le sang du Canada est assez beau ; les femmes y sont généralement jolies, grandes, bien faites, spirituelles, babillardes, maniant la parole avec aisance, paresseuses en tout, et pour le luxe au dernier point. »
« Ce portrait, peu flatteur, était-il fidèle ? On en peut douter. Ceux qui peignaient cela, comme leur général, étaient du Midi.
« Montcalm garde, à l'user et après l'expérience d'un hiver, une impression bien plus favorable que celle de ses lieutenants, à l'arrivée, au passage. « Montréal vaut Alais, dit-il, dans les temps de paix... Pour Québec, comme pour les meilleures villes du royaume, quand on en a ôté une dizaine, moins que Montpellier, mieux que Béziers, Nîmes, etc., le climat sain, le ciel pur, un beau soleil... Des jours de poudrerie, l'hiver, insupportables, où il faut rester enfermés ; les dames spirituelles, galantes, diverses ; à Québec, joueuses ; à Montréal, conversation et danses. »
« Dès la fin de juillet, Montcalm se mit en route pour le lac Ontario, et sa troupe fit connaissance avec nos auxiliaires sauvages. Nous voilà en pleine réahté, et fort loin des Natchez, sen-
sibles et grandiloquents, chez qui le « frère d'Amélie » rechercha le bonheur aux bras de Céluta. Chateaubriand, qui en rencontra, les vit « tous barbouillés comme des sorciers, le corps demi-nu, les oreilles découpées, des plumes de corbeau sur la tête et des anneaux passés dans les narines. » Un petit Français, poudré et grisé, habit vert pomme, veste de droguet, jabot et manchettes de mousseline, raclait un violon de poche et faisait danser Madelon Friquet à ces Iroquois... On lui payait ses leçons en peaux de castor et en jambons d'ours !... »
« Us parlaient, même en ce pays de domination française, à peine quelques mots de notre langue. Les dialogues, fort succints, qu'on avait avec eux, ne donnent aucune idée des interminables et métaphoriques discours des chefs dans les romans du lac et de la prairie. Ils se tenaient en anglais, en phrases décousues, en « petit nègre ». Tout se reste semblait bien être l'invention des Homères de France et des Etats-Unis.
« Les Français de 1756 les montrent portant, l'hiver, ou quand ils vont à la guerre, une couverture de laine ou de peau sur le dos ; l'été, ils vont nus, sauf un brayet, sorte de ceinture de drap, et des guêtres qui montent à mi-jambes. « Ils paraissent assez bien disposés pour nous, écrivait Montcalm à sa mère ; ce sont de vilains messieurs, même en sortant de leur toilette, où ils passent leur vie. Vous ne le croiriez pas, mais les hommes portent toujours, avec le casse-tête et le fusil, un miroir à, la guerre, pour se bien barbouiller de diverses couleurs, arranger leurs plumes sur la tête. »
« Les hommes, tout maquillés qu'ils sont, sont encore décoratifs. Il faut déchanter avec les femmes. Les voici au naturel : « de taille qui passe la médiocre, laides et crasseuses, elles ne peuvent tenter que des sauvages ; elles portent leurs cheveux roulés derrière le dos avec un cordon, ou mis dans une poche de fer blanc ; elles sont couvertes depuis les épaules jusqu'au genou. » 0 Céluta ! ô Mila ! ô sommeil de René entre les deux jeunes Siminoles sous la pluie de roses de magnolia !
« Et que René avait raison de dire : « J'ai laissé des songes
partout où j'ai traîné ma vie ! » S'il prit pour deux vierges ces deux filles peintes, sylphides de la forêt, au moins vit-il les hommes comme ils étaient : « Des mendiants à la porte d'un comptoir. » Trente ans avant, lors de la guerre d'indépendance, r ils mangeaient encore les prisonniers, ou plutôt les taés : un capitaine anglais, puisant du bouillon dans une marmite indienne avec une cuiller à pot, en retira une main ». Main de Français, sans doute, car l'aventure se passait chez les Iroquois, alliés des Anglais. Montcalm observait du reste les mêmes mœurs chez nos Iroquois à nous : bavards, féroces et « cabotins » dans les moelles.
« Il faut avoir avec eux une patience d'ange, écrit Montcalm. Depuis que je suis ici, ce ne sont que visites, harangues et députations de ces messieurs. Les dames des Iroquois, qui ont toujours part chez eux au gouvernement, en ont été assis... Ce* messieurs font la guerre avec une cruauté étonnante. Ils enlèvent tout : femmes, enfants, et vous enlèvent la chevelure, opération dont on meurt pour l'ordinaire, très proprement. » La mode est quasi passée de brûler les prisonniers. « Nous leur en achetons de temps en temps qui, passant dans nos mains, sont traités suivant les lois de la guerre. »
« Les Iroquois même en ont un », disait Montesquieu à propos du droit des gens. Celui-là était, avec plus de symboles, de l'espèce de celui de Brid'oison : tout en formes. Avant d'entreprendre une expédition, Montcalm réunit un conseil des « nations » sauvages, où chaque nation se plaça selon ses préséances, après quoi, « il leur présenta, au nom du roi, un collier de 6.000 grains pour lier tous ces peuples entre eux et avec lui ». Il était périlleux de manquer aux rites. Lors de la prise d'Oswego, sous prétexte qu'ils n'avaient pas été liés par le cérémonial de la remise du collier, les Iroquois se ruèrent sur les prisonniers et en tuèrent une trentaine. Les officiers français se lamentent, s'indignent. « Je ne vous parlerai pas, écrit l'un d'eux, des horreurs et des cruautés des sauvages... Il est malheureux de faire la guerre avec de pareilles gens, surtout quand ils sont ivres. » A la prise
du fort William- Henry, les Français eurent soin de jeter tout ce qu'ils trouvèrent d'eau-de-vie et de liqueurs. Les sauvages déçus s'en vengèrent sur les femmes et sur les enfants. « Nous aurons, écrivait Bougainville, 8.000 hommes, dont 1.800 sauvages, nus, noirs, rouges, rugissant, mugissant, dansant, chantant la guerre, s'enivrant, demandant du bouillon, c'est-à-dire du sang, attirés de 500 lieues par l'odeur de la chair fraîche et l'occasion d'apprendre à leur jeunesse comment on découpe un humain destiné à la chaudière. » Mêmes appétits et de pires au camp des auxiliaires anglais. « La représaille est effrayante, écrit un officier, et l'air qu'on respire ici est contagieux pour l'accoutumance à l'insensibilité. » Les chevelures sont tarifées ; les héros se présentent aux réceptions et aux cérémonies publiques décorés de ces ignobles trophées. S'ils laissent un prisonnier en \ie, c'est après l'avoir dépouillé, nu comme un ver : pareille horreur se revit, et plus d'une fois, durant les guerres d'Espagne, après 1808. Lors du grand massacre, au fort Henry, Montcalm, au désespoir, tâcha d'arracher des victimes à ces forcenés. « Puisque vous ne voulez pas écouter la voix de votre père, tuez-le le premier ! » s'écrië-t-il. Les sauvages s'arrêtent à sa voix ; ils cèdent, mais avec quelle étrange méprise sur le caractère de son intervention. « Mange, mon père, de cette mauvaise viande à qui tu donnes la vie I »
Mais, à quoi bon évoquer par le détail des scènes effroyables ? Montcalm fut heureux en 1757 et 1758, et il garda tous les territoires en litige. Cependant, pour tirer parti de ces avantages., il aurait fallu des hommes, de l'argent, l'empire de la mer et, en France, des politiciens à la hauteur des circonstances, surtout moins distraits ! Aussi, Chateaubriand, méditant les misères, les défaillances et les fautes de la mère-patrie, hypnotisée en Europe, absorbée par ce qu'elle croyait des soucis plus pressants, d'écrire : « Je me demandais comment le gouvernement de mon pays avait pu laisser périr ces colonies qui seraient aujourd'hui pour nous une source d'inépuisable prospérité. » Hélas ! quel langage tiendrait -il aujourd'hui, et ne devons-nous pas songer que
la France, ayant reconstitué en Afrique, en Asie, en Amérique, un empire colonial plus étendu, plus prospère, ne courra jamais un nouveau risque d'être dépouillée que pour les mêmes causes et par les mêmes pirates, vraisemblablement.
Toujours est-il qu'en ces temps-là, l'Angleterre, ayant mordu dans les colonies françaises et les ayant trouvées à son goût, poursuivait en Amérique, aux abords du Canada, une guerre sournoise d'abord, cynique bientôt, tout appliquée à créer à la France des conflits sur terre et des entraves sur mer : il fallait intercepter les renforts ou s'opposer à leur embarquement, isoler les colons, décimer leurs défenseurs, puis faire main basse sur ces arpents de neige dont elle avait su apprécier la richesse, escompter l'avenir. Elle ne manqua pas à cette tâche. Ayant jeté tour à, tour sur les bras de la France, et l'Autriche, et la Prusse, c'est sur le lac Ontario et sur les rives du Saint-Laurent qu'elle défendit les libertés autrichiennes, et facilita la conquête de la Sibérie ! Chypre ressemble au Canada à cet égard et vint à l'Angleterre de même façon. Chacun emporta sa proie ou ses gages, la France seule perdit le Canada dans cette bagarre internationale.
Voilà quelques faits et souvenirs qui hantent obstinément notre pensée. Difficilement nous nous faisions à l'idée que le peuple farouche, implacable, qui battit en brèche vos remparts et ravagea vos premiers foyers, put avec grâce et dignité présider aux fêtes commémoratives de la naissance de ce qui sera, un jour, la nation franco-canadienne du nord-américain.
Lord Grey avait trop le sens des réalités et des convenances sociales pour s'aventurer sur un terrain mouvant. Il attendit, se fit solliciter, approuva d'un sourire, encouragea d'un geste ; il promit ceci, cela, et laissa Chapais barboter dans l'incohérence d'une entreprise que j'estime encore contre nature, en laquelle eût sombré, si on n'y avait pas pris garde, la dignité d'une race qui avait su jusque-là forcer l'estime du vainqueur et préparer les puissances à la bien accueillir un jour dans le conseil des peuples souverains.
Le Professeur. — On ne pouvait mettre ttfCitéute l'esprit conciliant de lord Grey ni l'élévation de ses vues, ni l'impartialité de ses actes. Il représentait dignement parmi nous un suzerain libéral, dont les droits, certes, cessaient de nous porter ombrage. Son Excellence ne voulait voir autour d'elle ni vainqueurs, ni vaincus, ni Français, ni compétiteurs, ni ennemis ; mais rien que des fils satisfaits d'une même terre fortunée qui ne demande qu'à devenir une commune patrie, en quelque sorte enchantée.
Le Sollicitor. — C'était bien l'air anglais de la chanson du Tricentenaire I M. Chapais a sauvé une situation qui s'embrouillait en donnant le ton et la mesure de l'enthousiasme officiel, tolérable. Mais, ce faisant, il n'agissait pas lui-même. Le programme des fêtes, qu'on s'accorde à trouver merveilleux, vint de Londres et d'Oxford à l'usage de M. Lascelles ; les plans étaient dits originaux, et de confiance aussi proclamés prodigieux. Surtout la Société Saint- Jean-Baptiste avait un grand rôle à jouer, un contrôle à exercer ; et puis, comme les Canadiens français sont catholiques, on eut soin de respecter sur la scène un décor pieux, conçu pour les flatter : Veni Creator au début, à la Fête-Dieu ; messe en plein air, sous le portique de Notre- Dame, suivie d'une procession grandiose qui vit quatorze chœurs fixes, et aussi des chœurs mobiles et des trompettes et des fanfares, un dai'- luxueux, mais un seul reposoir boulevard Langelier. On inaugura, pour la circonstance, la statue du premier évêque de la Nouvelle France, et l'on fêta le Saint- Jean-Baptiste avec un invraisemblable éclat : Te Deum, banquets, discours, lampions, pétards, et... le reste... C'est tout ce qu'on \oulait tolérer comme fêtes franco-canadiennes qui devaient cependant rappeler l'origine de Québec et son histoire tout en conservant un caractère exclusivement catholique.
Mais ce n'était pas ce que désiraient le maître et ses partisans : libéraux, juifs, protestants et francs-maçons. 11 leur fallait des fêtes profanes ; ils entendaient rapprocher l'objectif jusqu'au jour de la conquête britannique dont, eux, se réjouiraient con-
tradictoirement en cette occasion. Aux chants religieux et messes solennelles, ils répliqueraient par des fêtes d'autre caractère et de signification plus précise, auxquelles les Anglais se mêleraient plus volontiers : tableaux rétrospectifs, cavalcades, grandes revues navales en mer, revue de 20.000 hommes au camp de Charlesbourg, et que d'autres choses encore ! Eh bien ! Messieurs, pour si peu ou pour autant, on n'avait pas à s'emballer (1).
(1) Le 3 juillet 1908 sera le troisième centenaire de la mémorable fondation de Québec. On comprend que les Canadiens-Français aient à cœur de le célébrer par de grandes solennités patriotiques. Je dis les Canadiens- Français. Car tout est bien Français, dans ce centenaire. C'est un roi de France, l'un des plus aimés, qui envoie les colonisateurs du Canada ; ce sont des Français, MM. de Monts, Pontgravé, Champlain, qui prennent part à l'entreprise et la mènent à bonne fin ; c'est le drapeau de la France que l'on arbore, avec la croix, le 3 juillet 1608, sur les hauteurs de Québec, et il y flottera pendant plus de cent cinquante ans ; c'est une ville toute française qui germe là, le 3 juillet 1608, qui grandit, qui se développe, qui devient la riche métropole de la colonie ; et, jusqu'au 17 septembre 1759, jusqu'à la capitulation de Québec, cette magnifique colonie porta le nom de Nouvelle- France. Oui, nous pouvons bien dire, avec fierté et sans nulle forfanterie, que la fête canadienne du troisième centenaire de Québec doit être avant tout une fête française, sans quoi elle perdrait toute sa signification.
Je sais bien que certains Canadiens anglomanes essayent d'enlever ce caractère aux solennités prochaines, au risque de les dénaturer. Ils adoptraient assez volontiers l'idée du gouverneur britannique, lors Grey, et feraient de ce centenaire patriotique, non pas la fête de Champlain, non pas la fête de Québec, non pas la fête canadienne-française, mais la fête du grand tout Canadien, la fête de V Empire 1 La Vérité de Québec écrivait, à ce propos, le 1er février dernier : S'il en est ainsi, au lieu de la fondation de notre belle cité, ce sera la prise de Québec par les Anglais, que nous célébrerons, malgré nous ; « au lieu de l'œuvre de Champlain, ce sera l'œuvre du général Wolfe ; au lieu de trois centième anniversaire de la plantation de la croix et du drapeau de nos pères sur le cap Diamant, ce sera le cent quarante-neuvième anniversaire de la défaite de nos ancêtres par les troupes anglaises ; au lieu des débuts de notre histoire, on nous fera célébrer les débuts de la domination britannique au Canada ».
La pensée, le désir des vrais Canadiens-Français, est bien de fêter avant tout « la Nouvelle- France de Champlain, le berceau du Canada », c'est-à-dire, le lieu... où ils sont attachés par tant de chers souvenirs. De là, pour les anglomanes, l'occasion de mettre en doute le loyalisme des Canadiens- Français ! Il serait aisé de réfuter cette odieuse calomnie, en détaillant, l'histoire en main, toutes les preuves héroïques que les Français du Canada ont multipliées de leur fidélité loyale envers leur souverain ! Mais s'ils sont loyalistes, ils sont aussi patriotes, ils aiment leur pays, ils aiment son glorieux passé, ils aiment leurs ancêtres venus de France, ils aiment le drapeau de la France qui les a protégés pendant un siècle et demi, ils aiment ce drapeau de Carillon, le drapeau bleu fleurdelisé, à la large croix blanche ; ils aiment à le saluer comme le vrai signe de leur puissante nationalité ; ils aiment à chanter les belles stances de leur poète Crémazie :
Ah ! bientôt puissions-nous, ô drapeau de nos pères, Voir tous les Canadiens unis comme des frères ; Puisse des souvenirs la tradition sainte, En régnant sur leur cœur, garder de toute atteinte, Et leur langue et leur foi !
Tout ceci, en effet, se passe chez nous plus ou moins chaque année. Sous prétexte de centenaire, on força quelque peu la note. Seulement, était-ce bien sur le passage d'un cortège, même historique, à la faveur d'une mascarade, qu'on allait apaiser un peuple ou le résigner à l'humilité, à l'incertitude de son sort î Le Tricentenaire de la fondation de Québec, quelque louable effort que l'on ait fait, ne pouvait plus être, ainsi contrefait et tout travesti, une fête vraiment nationale où tout Canadien put prendre une part égale sans réserve ou sans regret ; autant eût valu alors ou la remettre pour faire mieux, ou bien s'en abstenir. Car, qu'arriva-t-il en juillet 1908 ? On fit de la musique et des discours, il y eut des fusées et pétards, on vit surgir des revenants avec des épées de bois et des perruques poudrées, portant jaquettes bleues, roses et cailles, qui défilèrent le jour, imposants et graves, et tourbillonnèrent le soir en rondes folles !... Alors les Canadiens du Comité et quelques autres, ravis autant qu'illusionnés, dirent : ce fut l'apothéose de notre œuvre ! Le Tricentenaire !
Cependant, l'Anglais, narquois, s'en est allé répétant à la ronde : l'esclave a bu, il a dansé à la Wolfe Montcalm célébration l
Et que resta-t-il le lendemain de l'orgie inexplicable ? Les Canadiens français, du moins, avaient-ils appris des spectres hâves, inquiets, qu'ils rappelèrent du passé lointain, ce qui leur restait de devoirs à remplir, d'efforts à faire, de reprises à exercer ? Avaient-ils une idée plus nette de leurs forces, de leurs droits, de l'avenir qui les attendait s'ils osaient, s'ils savaient
% Que le peuple anglais, que les Anglais du Canada ne prennent pas ombrage de ces généreux sentiments, de ces fidèles souvenirs. La France, que les Canadiens aiment passionnément, ce n'est pas la France d'aujourd'hui, asservie aux sectes anticatho- Mques et abaissée de toute manière par les aventuriers qui la gouvernent ; ce n'est pas même la France du xixe siècle, avec ses gloires et ses malheurs ; mais c'est la Vieille France, la France d'autrefois, la fille dévouée de l'Eglise, l'apôtre de toutes les nobles causes, le soutien assuré des faibles contre les forts, cette France dont un gouverneur anglais du Canada, lord Dufferin, disait : « Effacez de l'histoire de l'Europe les grandes actions accomplies par la France, retranchez de la civilisation européenne ce que la France a fourni, et vous verrez quel vide immense il en résulterait » (Etudes religieuses, 5 mai 1908).
y tendre avec opiniâtreté ? Ou de l'orgie n'ont -ils gardé que le remords morne, mais résigné qui laisse clamer impunément entre impériaux comblés d'aise : juillet 1908, prise définitive de Québec. Hurrah !
Le Directeur. — La vigilance légendaire des Canadiens français n'aura pas été, espérons-le, là plus qu'ailleurs, prise en faute : leur fierté, autant que leur ténacité, les aura sauvés de la servitude honteuse ; les mêmes vertus leur assureront le pouvoir et l'indépendance par surcroît.
Le Professeur. — Vous étiez décidément opposés à ces fêtes. Mais cette indépendance !
Le Sollicitor. — Je dis et je répète que, personnellement, je tenais pour les fêtes de Québec, mais telles que nous, les vrais Canadiens, nous nous les promettions : qu'elles devaient remémorer, pour nous réconforter, ces nobles traditions de nos pères, dont parlait lord Dufferin, et nos jours glorieux du 3 juillet 1608, -6 mai 1706, 8 juillet 1758 ! Et ces fêtes-là, je les aurais acclamées de toutes mes forces. Si l'Anglais, à ces souvenirs, restait forcément indifférent ; si, à de telles fêtes, il se montrait contraire, c'était que ses propres souvenirs différaient des nôtres ; que ses espoirs et ses projets n'entraient pas dans nos vœux. Mais, honnis soient les plaisirs causés par nos douleurs. Et puis, demande mon compagnon, cette indépendance ?... Ah !... Tenez, n'en parlons pas.
Le Professeur. — Parlons-en, plutôt.
Le Directeur. — Pour faire rager ! A quoi bon, mon Dieu ; vous en manque-t-il d'autres raisons encore ?
Le Sollicitor. — Si je n'en parle pas volontiers, c'est que j'y pense sans cesse.
Le Directeur. — Oh ! Gambetta songez ainsi toujours. Mais, annexés comme des Alsaciens, après tant de lustres d'années écoulés, avez- vous encore, comme nous, des Prussiens à vos portes ?
Le Sollicitor. — J'aime mieux vous rappeler que, aux temps héroïques qui furent le martyre de nos pères vaillants,
les Canadiens français se trouvaient 60 à 80.000 dans le paysT avec une poignée de défenseurs valeureux, le tout isolé, oublié par la France. Les colons anglais étaient, vrais Prussiens, plus de 200.000 à nos portes, alliés aux pires d'entre les sauvages, soutenus par d'incessants renforts accourant d'Europe à chaque marée ; et la guerre nous fut faite, vous l'avez rappelé, d'une façon sournoise, puis ouvertement, sans trêve, sans égards, sans merci : l'ennemi indigène convoitait nos chasses et nos terres ; l'Angleterre cherchait, à nos dépens, une colonie prospère de plus. Elle arriva à ses fins, en 1763, par le plus déplorable des traités. Les soldats de France quittèrent le Canada avec les mieux pourvus d'entre les colons.
Ceux qui restèrent, les pauvres : artisans et laboureurs, et les trappeurs, infatigables coureurs des bois — corps solides et cœurs vaillants — vouèrent aux hérétiques, écumeurs de leur nouvelle patrie, une haine invincible. Ils se groupèrent autour de leurs prêtres patriotes et, sans défaillance, se remirent à l'œuvre, s 'attachant au sol qu'ils avaient primitivement conquis. Us repoussèrent avec dédain toute tentative de rapprochement de la part des conquérants, comme ils se montrèrent absolument et constamment réfractaires à tout essai d'assimilation avec eux ; mais ils gardaient pieusement dans leurs âmes sensibles le culte de la patrie perdue, transmettant à leurs fils un fidèle amour pour la France.
Ce que firent ces hommes de cœur ? Vous le savez. Ce qu'ils devinrent ? Regardez : un peuple qui, par sa volonté et son travail, par son nombre inspire pour le moins du respect. Il compte près de quatre millions d'âmes, dont plus de 2.500.000 dans le Canada proprement dit, gardant le sol natal ; et plus de 1.500.000 qui tentent fortune aux Etats-Unis de l'Amérique du Nord.
Ce que firent les Anglais ? Vous ne l'ignorez pas davantage. Ils soumirent d'abord les annexés au régime militaire avec toutes ses rigueurs (1763-1774) ; et quand survint le régime civil, il ne fut pour les vaincus ni plus équitable, ni guère plus doux. Sans.
doute, Y Acte de Québec (1774) accordait la liberté des cultes et l'usage des lois civiles françaises mais il établissait un pouvoir civil absolu qui justifia le mécontentement et les revendications obstinées des Canadiens français. Arrivait en 1776 le mémorable soulèvement de la Nouvelle- Angle terre, fomenté par Washington, encouragé par Lafayette et Rochambeau. Les Canadiens français étaient loin d'être heureux ou satisfaits. Des émissaires vinrent à eux, les prièrent de se joindre aux insurgés du Sud, de tendre de leur côté à leur affranchissement. Les Canadiens français ne virent pas l'utilité pratique de changer de régime et de maîtres. Ils s'en ti irent donc loyalement au traité de Paris et refusèrent de s'unir aux hommes du Sud pour partager leur indépendance. Ils furent récompensés de leur fidélité par les vexations du général Haldimant et par la tyrannie de lord Durchester.
En 1791, la colonie fut divisée en deux provinces, le haut et le bas Canada, les Anglais étant maîtres dans la première et les Français, jouissant d'une apparente liberté, dans la seconde. Les contestations ne s'en multiplièrent que mieux et les luttes intestines ne s'envenimèrent que davantage, les Canadiens français se tenant toujours, iort prudemment du reste, mais avec la plus grande énergie, sur le solide terrain des revendications légitimes. Les gouverneurs Prescott, Milnes et Graig se signalèrent par la dureté réglementaire de leur administration qui s'adoucit en 1815, sous sir George Provost ; si bien, il est vrai, que les Canadiens français, toujours honnêtes, prirent fait et cause en faveur de l'Angleterre, en 1812, et la servirent les armes à la main contre les Etats-Unis. Ce rare oubli des injures passées n'empêcha pas les luttes de race et de religion de reprendre avec plus d'acharnement dès 1815, sous l'administration de lord Dalhousie, de sir James Kempt et lord Aylmer, au point même de provoquer aux élections de 1831 un conflit sanglant, et, le 7 novembre 1837, une insurrection qui souleva une partie du Bas Canada et partiellement le Haut Canada lui-même. Mais les insurgés, armés de faux, de fourches et d'un seul canon de bois, ne purent tenir devant les troupes anglaises, qui exercèrent des répressions
impitoyables sur le terrain, et que suivirent des exécutions de justice implacables.
Le peuple était réduit, mais point soumis ; lors Durham pensait en finir en faisant voter par le Parlement, en 1840, Y Acte d' Union, qui réunissait les deux provinces ennemies et abolissait la langue française. Mais alors les Canadiens français étaient déjà 850.000 ; les opprimer davantage devenait périlleux. On songea donc à les satisfaire enfin : en 1848, le Parlement anglais réhabilitait la langue française ; lord Elgin prononçait le discours du trône en anglais et en français en janvier 1849 ; et dès 1860, on étudiait le projet de la Confédération actuelle qui, sous le nom de Y Acte de V Amérique britannique du Nord fut voté par le Parlement d'Angleterre en 1867. Les Canadiens français voyaient confirmer le libre usage de leur langue, qui est maintenant sur le pied d'égalité avec la langue anglaise dans les actes officiels, comme au Parlement ; les immunités du traité de Paris ont été ratifiées et toute la population canadienne, sans exception de race, jouit des plus grandes libertés politiques et religieuses.
Tout cela ne sont pas des dons gratuits ni gracieux ; il a fallu les acquérir à la force du poignet, avec de longs efforts et la plus méritoire ténacité. Nous ne sommes pas, pour le moment, trop mécontents de notre sort, qui est perfectible et que nous voulons améliorer encore par des moyens honnêtes, toujours pacifiques, sans jamais rien sacrifier de notre foi que les sectes, aux gages du pouvoir, voudraient altérer, et rien non plus de notre patriotisme fait de regrets, de souvenirs et d'espérances. •
Pour atteindre nos fins, il nous faut nous multiplier encore, grandir sans cesse : c'est par l'honneur et la fécondité de nos foyers que nous ferons une Patrie forte du Canada à venir.
Le Directeur. — Et quand donc vos femmes vaillantes réaliseront-elles vos vœux patriotiques ?
Le Sollicitor. — Patience, cher Monsieur ! Songez à ce que, en fort petit nombre, elles ont fait en si peu d'années, et vous saurez ce que, plus nombreuses, elles feront à l'avenir. Qu'il vous suffise de savoir que la Canadien français est comme
un arbre touffu à l'ombre épaisse duquel étouffe l'Anglais, qui recule ou disparaît. Généralement, il faut le noter, l'Anglais se retire à temps, réalisant terres et maisons au meilleur cours, et allant manger ses rentes dans la ville voisine, ou même au-delà des mers. Le Canadien, au contraire, achète toute terre disponible, la répartit entre les siens qui la font valoir ; et ainsi cette race, prolifique à souhait, étend ses racines en prolongeant son domaine ; et qui dira où s'arrêtera son incessant progrès ?
Le Directeur. — Je venais alors de terminer dans les tomes IV et V des Voies canadiennes, lre édition, les difficultés de Laval avec l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, et je compulsais mon volumineux dossier relatif à Mgr LafJèche et à son diocèse si lamentablement morcelé à la suite d'intrigues odieuses et de faux manifestes qui égarèrent l'opinion des juges et la sagesse du siège apostolique. La lecture de tous ces documents m'avait passablement fatigué ; écœuré aussi au delà de ce que je pourrai dire ; et navré, je me demandais déjà si cela valait bien la peine de poursuivre ma tâche ; lorsque m'arriva de la Reçue franco- Américaine de Québec la lettre que voici, adressée en même temps à des notabilités politiques et littéraires de France, parmi lesquelles, bien a tort, on me rangeait :
Québec, 31 janvier 1910.
« Monsieur, — Il y a dans l'Amérique du Nord, tant au Canada qu'aux Etats-Unis, environ 3. 500. 000 (ils n'étaient que 63.000, en 1763) canadiens Français, restés malgré la conquête, fidèles à leurs langue, à leur foi, et aux traditions de leur race.
« Voulez-vous, sur réception de cette lettre, et comme première impression, dire en quelques lignes, à la Revue Franco- Américaine, ce que vous connaissez et pensez de cette « France d'outre-mer.
En vue de la collaboration future dont vous voudrez l'honorer nous vous faisons tenir une copie de la Revue.
« Avec l'espoir que vous voudrez accepter notre démarche avec quelque faveur, je vous prie de croire, Monsieur, à la très haute considération de votre tout dévoué,
« J.-A. Lefebvre.
Et je répondis séance tenante et sans façon.
14 février 1910.
« Mon cher Confrère, — Bien volontiers, si je ne savais rien, je résumerais encore en quelques mots, pour votre estimable Fevue, ce que je supposerais du Canada et ce que je souhaite de bon cœur pour sa vaillante population franco-canadienne.
« Seulement je suis surabondamment documenté sur les choses canadiennes, dont je m'occupe presque chaque jour. Du moins, durant tantôt trois années écoulées, et pendant trois années à venir encore, dans mes Voix canadiennes, Vers V Abîme (1) (dont cinq volumes ont déjà paru) je cherche à apprendre à vos compatriotes, et je ne me lasserai pas de leur révéler toujours, avec un sentiment très net de notre fraternelle solidarité, ce qu'ils ont le droit, même le devoir de connaître ; mais ce que vos libéraux dominateurs, jaloux de leur pouvoir, dissimulent avec un soin farouche qu'une meilleure cause ne saurait excuser.
« Vous ne l'ignorez pas, sans doute, une singulière terreur s'est emparée de vos janissaires, dès mes premières révélations, et, après quelques velléités batailleuses, d'accord enfin comme larrons en foire, autour de mes publications accablantes et les nombreux documents officiels, inconnus ou secrets, qui ne se réfuteraient pas, ils ont vivement organisé la conspiration du silence. On eut dit que pour étouffer ces Voix importunes et vengeresses les pactes des mauvais jours étaient renouvelés.
« En effet, vos libéraux de droite et vos libéraux de gauche se consultaient des yeux avec effarement et ils murmuraient entre eux, vrais complices en détresse : Frères, pour Dieu 1 ne soufflez mot ; de grâce, n'en parlons pas l
e Ainsi, sur un champ de bataille ravagé par les fureurs homicides toutes à la fois déchaînées, on peut voir parfois des groupes de combattants décimés, éperdus, hypnotisés par les monstres d'acier qui les dominent pour les foudroyer,à la vue des sinistres lueurs de charges formidables, se précipiter ventre à terre pour laisser passer la rafale de fer et de mort. Que ne prévoyaient-ils pas, — et encore pour quel aboutissement ! — que le feu est incessant, qu'il se rectifie, que la mitraille amenée au niveau de leur détresse ou de leur courage doit les clouer au sol sans qu'ils aient pris le loisir de se défendre.
« Il en va aujourd'hui pour vos libéraux, comme pour ces infortunés
(1) Voix Canadiennes, Vers V Abîme, par Arthur Savaète, 8 vol. in-8 carré, '55 francs (chez A. Savaète, éditeur, Paris).