‹ Voix canadiennesChapitre 48 sur 51 · I. — Vers l'Abîme · texte numérisé non relu

I. — Vers l'Abîme

Le Sollicitor.— 11 n'y a pas de libéralisme au Canada, disait le Grand Vicaire Raymond ; mais, lui répondit encore M. Dinan, d'abord, l'expression de l'opinion publique lui donne un démenti formel. En effet, s'il n'y avait pas eu ou presque pas de libéralisme en Canada, pourquoi l'opinion publique, parmi les catholiques de cette province, est-elle partagée en deux camps très distincts l'un de l'autre ? Cette division est profonde et elle se traduit par des polémiques, des discussions indiquant une divergence non ordinaire et qui existe non seulement chez les laïque?;, mais chez les prêtres et dans l'Episcopat. Deux camps tranchés sont en présence l'un de l'autre ; l'un réclamant les franchis;, toutes les franchises de l'Eglise, l'autre prêchant la fausse prudence, sollicitant l'ajournement de certaines questions à des temps plus opportuns et allant, l'archevêque Taschereau de Québec en tête, jusqu'à s'opposer à ce que des mesures sollicitées par un évêque (Mgr Laf lèche) ne soient pas accordées telles que demandées. Certes, jamais scission ne fut plus profonde entre catholiques. Or cette ligne de démarcation si prononcée, qu'indique-t-elle ? L'union ? Assurément non ! Car jamais les divergences d'opinions, les polémiques ardentes et les manières tout à fait différentes de voir, de penser, de parler et d'agir ne furent des signes, des éléments d'union et de concorde. Cette divergence, ces polémiques indiquent une division. Mais s'il y a division parmi les catholiques du Canada, s'il y a chez eux deux camps parfaitements distincts, quels noms donner à ces camps ? Nous le demandons à, Raymond ? Quelle que soit sa réponse, elle révélera,

dire, comme l'a fait M. Raymond, qu'il n'y a point ou presque pas de libéralisme en Canada.

Septième Syllogisme. — Quand, dans un pays, des politiques, des prêtres et même des Evêques, directement ou indirectement, font que Vautorité ecclésiastique n'obtienne pas ce qu'elle demande et ce qui lui est dû, il est faux de dire que, dans ce pays, il n'y a point ou presque pas de gallicanisme : un des caractères du gallicanisme étant de refuser à l'autorité ecclésiastique ce qu'elle veut et ce qui lui est dû.

Or, en Canada, des politiques, des prêtres et un archevêque viennent, ainsi que le prouve le récent bill pour les registres, de faire que Vautorité ecclésiastique de Montréal n'a pas obtenu ce qu'elle demandait et ce qui lui était dû :

Donc, il est faux de dire, comme l?a fait M. Raymond, qu'en Canada, il n'y a point ou presque pas de gallicanisme.

elle accusera deux camps, deux écoles, deux drapeaux, et par cela même, elle témoignera contre Raymond. Elle confessera que M. le Grand-Vicaire a eu tort de donner à entendre dans sa lecture sur Y Action de Marie que tous les catholiques du Canada vivent de la même vie, partagent les mêmes principes, les mêmes opinions, les mêmes idées et qu'ils sont généralement unis.

Pour nous, en face de ces deux camps, nous dirons : l'un est ultramontain, l'autre est libéral-catholique. Celui-ci est libéral-catholique parce qu'il demande des ménagements et une temporisation que le Saint-Père lui-même a qualifiés du nom de libéralisme-catholique ; celui-là, au contraire, est ultramontain, parce qu'il proclame des principes, toute une ligne de conduite que le Pape a qualifié du nom d' ultramontanisme.

On commence à comprendre comment V opinion publique, telh qu'elle est réellement en Canada, avec ses divergences et dei divisions profondes, offre un démenti formel à l'assertion principale de Raymond. Mais ce n'est pas tout.

A différentes reprises, Mgr de Montréal (Mgr Bourget), le doyen de l'Episcopat canadien, c'est-à-dire, celui de tous les Evêques qui a été le plus à même de suivre la marche des choses et la conduite des hommes, a accusé formellement le libéralismecatholique d'être une de nos plaies religieuses et sociales. Mgr des Trois -Rivière s (Mgr Laflèche), homme d'une vertu, d'une science et d'une sainteté peu communes, a aussi rendu le même verdict ; dans sa lettre d'approbation des conférences de M. l'Instituteur Villeneuve (1), Sa Grandeur disait :

« Cette publication arrive dans un moment bien opportun et met en lumière des principes méconnus ou mal compris par un trop grand nombre de nos compatriotes et repoussés et combattus par plusieurs catholiques, qui sont devenus les malheureuses victimes de l'Ecole rationaliste. Dans la huitième et la neuvième conférence surtout, vous combattez avec une sûreté de doctrine et un courage tout à fait digne d'éloge les deux grandes erreurs de notre temps, le Catholicisme-libéral, etc., etc. »

(1) Voir tome VIII des Voix Canadiennes.

Mgr de Birtha a plus d'une fois encouragé les écrivains catholiques, soit en les louant de leurs écrits, soit en mettant lui-même au service de la vérité et contre le libéralisme-catholique canadien, avec sa haute et noble intelligence, sa plume de polémiste et d'écrivain distingué. Avec de telles autorités, se présentent les trois quarts du clergé canadien qui accusent assez haut Mgr l'Archevêque de Québec (Mgr Taschereau), nos Seigneurs les Evêques de Rimouski, de Saint- Hyacinthe et d'Ottawa, les Séminaires de Saint-Sulpice et de Québec, l'Université Laval et plusieurs journaux d'être imbus de l'erreur libérale-catholique. A cela s'ajoute des journaux et des écrivains encouragés de leurs Evêques et honorés des bénédictions de Pie IX, qui combattent le libéralisme catholique canadien. Raymond dira-t-il maintenant que l'opinion publique est pour lui ? S'il affirme avoir pour lui tout un camp, nous lui concédons la véracité de son assertion et nous reconnaissons ce camp pour celui du libéralisme- catholique, dont il nie l'existence parmi nous ; mais, en même temps, nous lui rappelons cet autre camp, honorable, nombreux, très nombreux même, et qui affirme ce que lui, Raymond, nie avec une assurance si peu fondée.

Le Professeur. — Convenez-en : ce bon Raymond a été passablement la tête de Turc de nos Ultramontains qui s'en donnaient à, coeur joie à ses dépens. Après Dinan, ce fut Luigi qui l'éreintait à propos de son libéralisme et de son gallicanisme inexistants. Il était pourtant modéré, le bon apôtre, il ne pouvait se faire à l'idée que les gens aimables et conciliants qui l'entouraient et lui ressemblaient à s'y méprendre, fussent condamnés dans leur généralité, seulement pour être pacifiques, tolérants.

Il ne trouvait nullement exorbitant qu'un catholique fût, par nature et par éducation ami de la paix. La concorde entre les misérables humains, déjà de par ailleurs battus par les rafales de tant de passions troublantes, n'est-elle pas, en effet, un bien assez appréciable que, pour se l'assurer, on puisse à l'occasion tenir moins rigoureusement à la vérité stricte, à la justice absolue ! Si autour de nous le prochain est affligé de maladies morales

ou de malaises intellectuels ; s'il souffre dans son corps, s'il peine dans son âme et se traîne douloureusement entre Terreur incertaine et la vrai nébuleuse, pour l'attirer et se l'attacher, pour l'éclairer et le guérir, pour qu'il abjure insensiblement, faut-il le rudoyer sans cesse ? ou mieux faut-il lui concéder ce qu'il demande pour vivre heureux ! C'est rendre habilement la main que de céder ainsi, légèrement,sur les principes à des adversaires qu'on ne peut ramener que par la douceur. L'inflexibilité éloigne. Il importe, vraiment, d'assaisonner certaines vérités de nécessité relative de telle façon qu'un sacrifice, souvent de pure forme, sauvegarde notre influence, notre autorité, nos intérêts même que de trop de rigueur ne saurait que compromettre.

L'abbé Raymond raisonnait ainsi ; ainsi raisonnent les libéraux catholiques dans leur ensemble : et tous tiennent comme Evangile qu'il ne faut pas risquer dans la défense des causes justes son bien, sous quelque forme qu'on l'envisage, si on n'est pas certain d'un bon aboutissement ; qu'on peut taire la vérité en face de qui en est offusqué ou irrité ; qu'on n'est pas obligé de s'amender, de rétracter, de réparer quand, comme le furent si gravement le recteur Hamel, et l'Archevêque Taschereau, l'Université Laval, ou les Sulpiciens de Montréal, on est engagé dans une voie mauvaise, embourbé dans l'erreur et l'injustice, si de l'aveu de ses torts, même évidents, on peut attendre une diminution de crédit ou d'autorité ; qu'il faut subir l'erreur pour éviter l'outrage à la vérité sainte ; qu'il vaut mieux laisser les coupables dans la bonne foi du mal, que de les morfondre par le spectacle attendrissant du bien ; qu'il faut tolérer la licence du vice pour mériter la liberté de la vertu ; qu'il faut dire la vérité de façon à éclairer quelques-uns tout en ménageant les illusions et la paix des autres.

Du libéralisme chrétien, en voilà et qui n'en ressent plus ou moins au fond de son âme !

Le Sollicitor. — Cette généralité du mal libéral est bien ce qui me désole ; elle attriste tous les amis de la morale catholique, qu'ils veulent sans faiblesse comme sans compromission.

Les libéraux dissimulent, amoindrissent la vérité pour la rendre supportable ; et ce faisant, qu'ils le sachent ou l'ignorent, ils aident efficacement à la diffusion de l'erreur qu'ils déplorent sans doute, sans oser la combattre. Ce modérantisme est-il vraiment condamné par l'Eglise ?

Le Directeur. — A n'en point douter. La dernière proposition que Pie IX condamne dans le Syllabus est celle-ci en effet : Le Pontife Romain peut et doit se réconcilier et transiger avzc le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne.

Donc, pas d'accommodement entre le vrai et le faux, le bien et le mal, et on ne fera rien pour ménager l'erreur et la laisser se répandre : or le libéralisme catholique n'est autre chose qu'une conciliation incessante et un accommodement sans fin par le moyen de concessions répétées, progressives, entre des principes irréconciliables par leur nature. Et c'est cette disposition débilitante pour la morale chrétienne que le Pape a condamné sans le moindre ménagement.

Mais le libéralisme existe-t-il au Canada ? M. Binan a prouvé jusqu'à l'évidence qu'il existait -chez l'abbé Raymond et chez ceux qui opinaient comme lui en Canada, dans un état presque virulent. M. Luigi choisit le Vicaire-Général Cazeau^ de Québec, pour en faire une autre démonstration, non moins suggestive. Cazeau, à le bien considérer, était une nullité relative arrivé aux honneurs par ses complaisances. Caseau était aussi ambitieux que nul, et, voyant son bien dans une autorité progressive, sans limites, il fit ce qu'il fallait pour se l'assurer. Et le voilà, nous dit Luigi dans sa brochure : Il y a-t-il du libéralisme et du gallicanisme au Canada (1) :

« Désireux d'exercer une grande influence au service des idées et des mesquines passions d'une foule d'intrigants, de libéraux et de gallicans qu'il s'imagine cependant diriger. Il les sert ainsi doublement : c'est un masque et un instrument. Du reste, c'est un excellent homme, chez qui l'on trouve un cœur d'or et de hautes vertus.

(1) Imprimerie du Franc Parleur, Montréal, 1873, pp. 6 et suiv.

« Voyons-le donc un peu à l'œuvre.

« Pour ne pas remonter plus haut qu'en 1865, je rappellerai qu'alors on travaillait dans la presse de Québec à faire naître le goût des études chrétiennes et catholiques. On voulait, au moyen d'écrits, aussi irréprochables pour le fond que pour la forme, persuader qu'il était temps d'en venir à mettre sérieusement en pratique les prescriptions de l'encyclique Inter multipliées relativement à l'éducation de la jeunesse. Afin de donner une preuve sans réplique que les vies de nos Saints valent autant pour le moins, au seul point de vue de l'intérêt, que les vies des prétendus grands hommes du paganisme greco-romain, on donnait de temps en temps, notamment dans le Courrier du Canada, une esquisse de la vie de certains saints. Un jour enfin fut publié le martyre de l'héroïque vierge chrétienne, Fébronia. Or, comme l'histoire de son martyre dit que l'illustre vierge fut dépouillée de ses habits sur la place publique par des bourreaux qui voulaient user d'un raffinement de barbarie, M. le G.-V. Cazeau, à l'instigation de ceux qui ne pouvaient souffrir qu'on parlât de christianiser davantage l'enseignement, choisit la circonstance pour adresser au Courrier un Communiqué qui le ramenât au devoir. Il disait dans ce communiqué que nulle part dans les auteurs païens on ne trouverait des descriptions ou des narrations qui alarmassent autant la pudeur que le déshabillé qui régnait dans l'histoire de sainte Fébronia. »

« Quelques semaines après la publication d'une pièce aussi significative, M. le G.-V. Cazeau visitait toutes les imprimeries de Québec et faisait stricte défense, avec menaces d'encourir sa disgrâce, celle du Séminaire et de l'archevêché de Québec, si l'on allait contre cette défense, de rien publier en faveur de la réforme chrétienne de l'enseignement, dans le sens de l'Encyclique Inter Multipliées. En même temps, non seulement il laissait publiquement attaquer l'enseignement chrétien et prôner l'enseignement païen, mais, de plus, il encourageait fortement ceux qui écrivaient dans ce sens-là.

« S'il apprenait que, même dans les diocèses étrangers, quelqu'un élevait la voix pour affirmer que l'idée chrétienne doit pénétrer tout enseignement, de suite il lui écrivait pour le ramener à l'ordre selon lui, ou au moins l'engager à se taire.

« Enfin, M. le G.-V. Cazeau exerça tant de tyrannie contre ceux qui tentaient, pour le plus grand bien de l'Eglise et de l'Etat, de faire prévaloir parmi nous la réforme chrétienne de l'enseignement, réforme voulue par Pie IX, qu'ils furent obligés de se cacher pour écrire, de recourir aux brochures et de les faire imprimer à grands , irais à une grande distance de Québec.

« Lorsque la question des classiques, question demeurée libre partout et qui doit l'être, eut été à peu près étouffée au Canada par la trop fameuse circulaire que Mgr Baillargeon adressait au clergé et aux fidèles de son diocèse, dans le mois d'août 1868, M. le G.-V. Cazeau crut qu'il pourrait enfin jouir de la paix. Les libéraux aiment tant la paix ! Il se trompait, malheureusement.

Luigi en arrive alors à l'affaire de l'abbé Alexis Pelletier (1) et de la Gazette des Campagnes, créé par ce brave homme de prêtre pour défendre les bonnes mœurs et surtout les saines doctrines fort en baisse au Canada, pensait-il avec raison.

L'abbé Pelletier et ses collaborateurs faisaient un échenillage vigoureux dans les œuvres libérales, en vogue, et les patrons comme les maîtres de Cazeau n'étaient pas ménagé plus qu'il ne fallait et Cazeau en voulait mal de mort à la Gazette des Campagnes surtout depuis le jour qu'elle releva cette assertion de M. 0 Dunn, dans la Minerve : Un des résultats les plus heureux du futur Concile œcuménique sera de réconcilier V Eglise avec la société moderne.

Cette proposition malsonnante, formellement flétrie dans le Syllabus, était, selon M. Dunn, la pensée même de Dupanloup. La Gazette des Campagnes eut beau faire, elle n'arriva pas à découvrir cette paternité et elle le dit" avec des ménagements qui ne purent apaiser Cazeau. Et c'est alors que surgirent les incidents multiples que vous trouverez, Messieurs, détaillés par M. l'abbé Pelletier lui-même dans son exposé anonyme : La Source du mal de V Epoque en Canada (Voix Canadiennes, Vers V Abime,\. IIIy p. 73 et suiv.).

Le Sollicitor. — Ce Cazeau était un gaffeur monumental ; il le fut sous le patronage de Mgr Baillargeon, il continua de l'être sous l'égide de Mgr Taschereau ; et tout ce monde îà était parfaitement de cet avis extraordinaire que pour éclairer l'erreur, il n'y avait rien de mieux à faire que de houspiller la vérité et ses défenseurs.

Le Directeur. — Cet avis les tenait d'autant plus qu'em-

(1) Décédé en 1910.

busqués eux-mêmes en fort bonne place dans l'erreur combattue, ils recevaient naturellement les plus rudes coups portés à l'ennemi. Mais comme pour prouver, une fois de plus, que ceux que Jupiter veut perdre il les aveugle, ce brave, Cazeau publiait ou laissait publier coup sur coup, par mégarde ou sans observations, le Manifeste du Correspondant, où l'autorité pontificale était mise à mal ; les Observations de Dupanloup et la Lettre de ce dernier à Louis Veuillot, tous documents émaillés de coquilles doctrinales et historiques : les libéraux ne ménageaient ni les uns ni les autres, dans l'ardeur de leurs polémiques. Mais encore une fois, Messieurs, lisez la Source du mal de l 'Epoque, Les Questions des classiques, de Martel, de Routhier ; celles de Laval, des paroisses de Montréal et autres; ils ne laisseront pas de vous impressionner et de vous apprendre combien était intolérable déjà à cette époque (1865-1880) le régime des libéraux catholiques, qui, retranchés dans l'Archevêché et le Grand Séminaire de Québec, opprimaient la conscience des fidèles amis de l'Eglise romaine. Ici, Messieurs,, d'aucune façon, les documents le prouvent bien, la parole ne dépasse ma pensée éclairée et sincère.

Le Professeur.— A vrai dire, Cazeau m'intéresse peu et je vous l'abandonne : il manquait de la prudence humaine la plus commune et j'ajoute, d'une justice professionnelle rudimentaire. Un certain Fabre,de Y Evénement, recevait les confidences de cet étrange Vicaire -Général, administrateur du diocèse de Québec durant l'absence de Mgr Baillargeon, retenu au Concile du Vatican, Fabre aimait plaisanter, art facile qui dispense souvent d'un effort sérieux, et c'est par la plaisanterie lourde, bouffonne qu'il entreprenait de démolir sérieusement Louis Veuillot, ainsi que ses admirateurs au Canada. L'avocat Routhier, les abbés Martel et Pelletier tenaient tête avec avantage, pour la meilleure manifestation de la vérité. Cazeau aurait dû s'en réjouir ; il en fut, au contraire, très alarmé et d'autant plus que Mgr de Birtha, résidant alors à Montréal où il faisait fonction d'évêque, en l'absence de l'Ordinaire, avait écrit à MM. Routhier et Martel pour les féliciter. Gazeau, en sa foi libérale, fut si troublé qu'il se per-

mit d'écrire à Mgr Birtha une lettre extraordinaire, comme sa personne, en laquelle il disait les encouragements du prélat, intempestifs ; l'invitait de se tenir tranquille ou de ne se mêler que de ses affaires !

Mgr de Birtha n'avait pas froid aux yeux, ni n'était manchot. Il colla à Gazeau une réponse fort peu gazée (1) qui ne le fit point encore se « tenir tranquille » lui-même.

Sault-aux-Récollets, 5 mars 1870.

« Mon cher Grand Vicaire,

« Soyez bien persuadé que je suis bien innocent de ce que vous me reprochez dans votre lettre du 27 ult. Absit a me hoc peccatum ! J'espère que vous ne trouverez pas mauvais que je fasse mon petit commentaire sur ce qu'il vous a plu de m'écrire pour vous décharger le cœur. Donc, vous avez deux griefs contre moi.

« Premier grief : ma lettre à M. le curé Martel.

« Vous avez consacré la seconde page de votre lettre à l'accuser de grossirreté, d'impatience, d' outre- cuidance, etc., puis vous ajoutez : « J'ai regretté de voir un évêque venir donner sa sanction à tout cela, et je n'ai pu m'empêcher de trouver sa démarche intempestive. Eh bien ! mon cher Grand Vicaire, permettez que je dise que vous avez beaucoup trop vu dans ma pauvre petite lettre, en y voyant tout cela.

« Veuillez relire ma lettre et surtout ayez soin d'en remarquer la date, et vous n'y verrez cette fois qu'une seule chose fort légitime et nullement intempestive à savoir, un encouragement au brave curé qui est digne d'estime pour avoir combattu contre l'empiétement du laïcisme dans l'éducation ; c'est-à-dire que j'ai fait précisément ce que désirent nos conciles provinciaux et le Pape dans ses diverses encycliques. Montrez-moi que j'ai fait seulement une petite partie de ce que vous me reprochez en bloc, et je ferai mon mea culpa bien humblement, car je rougirais d'être réellement tombé dans votre tout cela.

« Second grief : ma lettre à M. Routhier.

« Je citerai vos paroles, car elles sont énergiques et font image. J'ai regretté que V. G. qui pouvait si bien rester tranquille, soit venue nous donner le croc-en-jambe par une nouvelle démarche intempestive.

« Ici encore, j'ai beau m'examiner, je ne trouve pas matière au plus petit mea culpa, et j'en conclus que si ma lettre vous a donné un croc-en-jambe, c'est qu'apparemment votre jambe se trouvait là où elle n'aurait pas dû se trouver. Je regrette assurément beaucoup de vous avoir donné un croc-en-jambe, sans m'en douter aucunement, mais je regrette bien davantage que votre Très Révérende jambe se soit ainsi trouvée en travers du bon chemin sur lequel j'avais assurément le droit de passer, au temps où j'ai jugé convenable de le faire.

« En effet, je lis dans le Courrier un excellent article sur Veuillot, je félicite l'auteur d'être venu grossir le petit nombre de laïques qui voient la Sainte Eglise Romaine avant tout, et l'aiment par-dessus tout. Est-ce là une démarche intempestive ? N'est-ce pas ce qu'ont fait le's plus illustres Evêques et même Pie IX, en bénissant et protégeant Veuillot et sa vaillante école ? Que de crocs-en-jambe vous avez dû recevoir depuis le règne glorieux de Pie IX, qui a si souvent encouragé le journalisme catholique et les écrivains catholiques combattant pour l'Eglise ?

« Mais je voulais, dites-vous, empêcher toute discussion dans les journaux, et M. Routhier a paru dans l'arrne, malgré l'autorité ecclésiastique. A quoi je n'hésite pas à répondre, avec tout le respect possible, que vous vouliez une chose impossible et assurément très intempestive, car elle dépassait de beaucoup les limites de votre autorité.

« M. Routhier n'avait pas de permission à vous demander, et vous n'avez pas de

Le Sollicitor. — Al. Pelletier, Martel, Routhier étaient descendus dans l'arène, malgré Tautorité épiseopale : Gazeau le disait naïvement et il combattait leurs écrits ne pouvant leur imposer silence. Or, ces militants admirables n'étaient allés au combat qu'appelés par les provocations libérales ; ils ne défendaient non plus que les bonnes moeurs, et que les saines doctrines romaines sans atténuations, sans doute, ni mélanges suspects. Laval, et l'archevêque, et Gazeau les en blâmaient véhémentement ! Faut-jl, Messieurs, d'autres preuves pour conclure que

défense à lui faire. Puisque vous avez cru avoir une si grande autorité, que n'en faisiez-vous usage contre les journaux qui ont arboré le drapeau du catholicismelibéral à Québec ? Pourquoi tant de ménagements en faveur de l'agresseur, et tant de sévérité contre le défenseur ? Quand l'évêque d'Orléans, par lui-même et par ses amis, attaque avec la plus extrême injustice le premier journal catholique du monde, parce qu'il soutient des doctrines proclamées par le Saint-Siège, vous, Grand Vicaire et administrateur, vous voulez imposer silence à ceux qui se rangent à côté du grand écrivain que Pie IX encourage et bénit ! Et vous vous fâchez contre un évêque qui ne fait qu'obéir aux désirs du Pape, exhortant les évêques à encourager les écrivains catholiques qui prennent la défense des doctrines romaines ! Et vous appelez cela vous donner intempestivement un croc-en- jambe ! Et, dans de telles circonstances, vous croyez devoir user de votre autorité pour imposer silence et laisser par là le libéralisme, condamné par le Pape, s'infiltrer librement dans la métropole !

« En janvier dernier, dans un bref adressé à un rédacteur d'un journal catholique

de Rio-Janeiro, le Pape dit : « Criez, criez ; sonnez la trompette le journalisme

catholique est un des moyens les plus efficaces pour dissiper l'erreur, etc. » Et vous, mon cher Grand Vicaire, vous dites au journalisme catholique de Québec : Silence, silence ; pas de discussions, etc., et cela par prudence !

« Saint Paul n'a-t-il pas dit : Oportet sapere ad sobrie tatem ! Prenez garde que votre prudence ne soit de l'espèce de celle dont il est écrit : prudentia carnis, mors est.

« Mais, ajoutez-vous, Veuillot a péché en proclamant que le concile devait, pour premier acte, donner une définition de V infaillibilité.

« Je réponds, 1° : Vous seriez bien en peine de montrer où et quand Veuillot a dit ou écrit une pareille impertinence. C'est tout simplement une fausseté que quelque catholique-libéral vous aura débitée, en vous donnant cette fois un croc-en- jambe pour ,Tous faire crier contre Veuillot. 2° Veuillot a admirablement combattu en faveur des droits du Pape et a exprimé convenablement comme mille autres : évêques, prêtres, laïques, le désir de voir le concile définir cette vérité catholique. Mais je défie tous vos catholico-libéraux de Québec de prouver qu'il ait fait plus que cela. 3° C'est ainsi, et uniquement ainsi, que Veuillot a péché en compagnie des évêques Deschamps, Pie, Manning, et cent autres. Si donc à Québec on lui refuse l'absolution, Veuillot pourra s'en consoler et ne pas trop trembler pour son salut.

« En conclusion, je ne peux avoir fait aucune démarche intempestive, quoique j'aie pu vous contrarier, sans le savoir ni le vouloir. Donc, jusqu'à plus amples preuves du contraire, je ne vois pas que j'aie rien à rétracter, ni aucune apologie à faire, pas même à votre Très-Révérende jambe.

« Sur ce, je vous prie, qu'il vous ait en sa sainte garde comme dit l'Empereur, et veuillez me croire, etc.

« -{• Ad. év. de Birtha.

P.-S. — Vous avez la permission de vous venger de mes deux lettres intempestives, en faisant imprimer celle-ci, qui ne l'est pas.

« Ad. évêque de Birtha. »

les persécuteurs de ces défenseurs de l'Eglise étaient les ennemis de cette Eglise et que par cette indigne oppression ils ne faisaient que se couvrir eux-mêmes et se protéger contre le blâme de libéralisme qu'ils méritaient à tant de titres !

Le Directeur. — La persécution libérale de Cazeau ne fut pas limitée à la seule Gazette des Campagnes, de l'abbé Pelletier ; Je Courrier du Canada, le Nouveau Monde et toutes feuilles franchement catholique partagèrent ce sort de martyr pour la foiT infligé par la main pastorale de ce Grand- Vicaire, servant de l'Archevêque de Québec et de l'Université Laval, personnifié dans le Grand Séminaire de cette ville. Et où ce Cazeau se rendait particulièrement odieux c'est quand il remplissait ses fonctions lors des nominations aux cu^es et aux bénéfices ecclésiastiques dans le diocèse de Québec. Luigi nous dit, sans avoir été contredit :

« On tient surtout compte du plus ou moins de zèle que les candidats ont mis et mettent à faire prévaloir les idées et opinions de M. le G.-V. Cazeau. Si un prêtre, qui est dans toutes ïes idées ultramontaines, se trouve peu avantageusement placé, au point de vue temporel, M. Cazeau s'en réjouit et laisse échapper cette parole : II pourrira là. Un autre, au contraire, se donne-t-il, soit feinte ou conviction, comme embrassant toutes les manières de voir de M. Cazeau, de suite on le qualifie d'homme supérieur, et fut-il en réalité le plus triste personnage possible, sous tous les rapports, on lui confie, aussitôt que l'occasion s'en présente, l'un des postes les plus importants et les plus lucratifs. « Il faut, dit M. Cazeau, bien placer nos amis, ceux qui pensent comme nous, qui nous soutiennent. » J'hésiterais, en vérité, à enregistrer ces indignités si elles n'étaient pas partout connues dans le diocèse de Québec, même chez les laïques.

« Qui aurait jamais pu imaginer que la nomination aux cures et à n'importe quel office ou bénéfice ecclésiastique deviendrait ainsi, contrairement à toutes les prescriptions du droit canon que, un moyen d'exercer une espèce d'apostolat en faveur des idées gallicanes et libérales ? Et pourtant c'est bien le cas, si bien le cas que des indignes, reconnus publiquement pour tels, comme l'abbé Chandonnet, par exemple, ont été maintenus dans les plus hautes positions par M. Cazeau, pour la raison qu'ils pensaient comme lui et défendaient ses idées ; tandis que des prêtres d'un très grand mérite ont été forcés de s'expatrier parce que, tombés en disgrâce à cause de leurs idées

ultramontaines, ils n'avaient d'autre perspective que de pourrir dans des positions qui deviennent intolérables quand elles durent toujours.

A ce propos, je rappellerai le nom d'un homme extrêmement vénérable par ses talents, son savoir et ses vertus, l'une de nos gloires nationales en un mot, et qui fut la triste victime de l'odieuse conduite que M. le G.-V. Cazeau s'est fait un devoir de tenir à l'égard de ceux qui ne partagent pas ses manières de voir. Cet homme est M. Louis Proulx, mort l'an dernier (1872), curé de Sainte-Marie de la Beauce et vicaire général du diocèse de Québec.

Ce prêtre éminent, que la voix publique appelait à l'épiscopat, fut obligé de quitter l'archevêché de Québec d'abord, puis ensuite la cure de Québec à cause de M. Cazeau. On le relégua dans la Beauce. Le souvenir des déboires que M. Cazeau lui avait fait éprouver était toujours si présent à son esprit qu'au commencement de 1870, il écrivait à l'un de ses confrères, à propos du rédacteur de la Gazette des Campagnes : « Dites donc à ce jeune Monsieur que je lui conseille de cesser, au moins pour un temps, de défendre la vérité, s'il tient à se conserver. Si, malgré mon conseil, il continue dans la voie où il est entré, je louerai son courage comme héroïque, car il doit savoir que la Beauce est une colonie pénale. »

M. Proulx voyait juste : ce fut justement dans la Beauce qu'on voulut reléguer l'abbé Al. Pelletier, après l'avoir arraché au Collège de Sainte-Anne dans la même année 1870.

C'est encore Cazeau qui chassa le célèbre P. Braun de Québec, parce qu'il mettait également à mal, libéraux et gallicans. C'est encore Cazeau qui s'immortalisa dans l'affaire des registres civils, travaillant à restreindre les droits de l'Eglise au lieu de les défendre, personne, en somme, ne songeait à les menacer, ni demandait à les réduire !

Et Luigi ajoute avec raison :

« Il y a de l'incroyable, de l'inconcevable même, là-dedans ; une conduite semblable accuse un gallicanisme tellement outré qu'on l'aurait généralement désavoué dans les temps et les lieux où le gallicanisme exerçait autrefois le plus d'empire. On conçoit que des séculiers tentent d'usurper les droits de l'Eglise et de limiter sa juridiction ; mais ce qu'on ne conçoit guère, c'est que des prêtres, des dignitaires de l'Eglise poussent des séculiers à commettre ces excès.

« Et en face de faits aussi nombreux que significatifs, Raymond de Saint- Hyacinthe viendra nous dire d'un front serein que nous nous inquiétons grandement à tort, à propos de libéralisme et de gallicanisme ; qu'il n'y en a nulle trace au Canada ! Ou nous rêvons avoir entendu M. Raymond émettre cette singulière proposition, ou il rêvait lui-même quand il l'a émise. »

Le Professeur. — Qu'il y ait du libéralisme chez nous, je ne tente pas de le contester. Il s'y trouve, il prospère, il devient tout puissant ; mais qu'il me semble inopportun, même pour le démontrer, de rappeler et de mettre en lumière tant de faits navrants ! Est-ce amoindrir la vérité que de jeter un manteau sur les misères humaines. Cham fut maudit pour avoir rit de son père... distrait ; et nous, que méditons-nous en découvrant, sans utilité pratique la lèpre qui ronge l'Eglise du Canada ?

Le Directeur. — Voilà, Monsieur, voilà : est-ce bien sans utilité pratique que nous avons tenté cette besogne qui répugne aux uns, qui est hors de la portée des autres, et qu'on interdit pour laisser au mal en marche, toute liberté ! Alors, il faut, dans une autre sphère supprimer médecins et médicaments, et les chirurgiens plutôt que le reste ; la gangrène, prend, s'étend, vogue la gangrène et ne l'enrayons pas : c'est cela votre méthode. Je la trouve héroïque vraiment, mais j'y reste rebelle. Vous arrivez au bord de l'abîme libéral et je crie sans crainte des soubresauts : Halte -là 1

Le Sollicitor. — Allez-y pour l'abîme libéral: il est béant, il est profond, il donne le vertige et nous entraîne. Le gallicanisme est moins redoutable ; c'est un mal complaisant qui supporte des accommodements.

Le Directeur. — Pas tant que cela : les erreurs s'appellent les unes les autres, et se développent en commun. Le gallicanisme engendre îe libéralisme et il faut s'en défendre pour échapper à la contamination ancestrale.

Puisque Luigi vous connaît et en parle, citons-le encore et de préférence, à ce sujet, puisqu'il est de chez vous et se trouve d'accord avec Dinan :

« Le gallicanisme refuse de reconnaître l'Eglise comme société indépendante et parfaite, ayant ses droits propres et imprescriptibles, et il veut l'asservir à l'Etat. Il accorde, en conséquence, à la puissance civile le droit de s'ingérer dans les affaires ecclésiastiques, d'examiner, de juger les causes qui sont du seul ressort de la puissance spirituelle, et de se prononcer sur ses causes.

Cela étant rappelé et, par là même, admis, j'attirerai l'attention sur ce fait capital et patent qu'au Canada l'enseignement du droit civil s'est constamment donné par le passé, et se donne encore actuellement par l'intermédiaire de livres gallicans, au moyen surtout des œuvres très gallicanes de Pothier que l'on continue de regarder comme le prince de la science du droit civil.

Or, force nous est d'admettre le principe suivant : à moins d'une dérogation aux lois de la nature, la moisson est nécessairement de même espèce que la semence. Si vous semez du blé, vous récolterez du blé ; si vous semez du seigle, vous récolterez du seigle ; si vous semez de l'ivraie, vous récolterez de l'ivraie. L'enseignement n'étant qu'une semence déposée dans l'esprit, il faut donc absolument admettre, sans qu'il soit besoin de pousser plus loin les investigations, que, puisqu'en Canada l'on a régulièrement semé, depuis près de deux siècles, du gallicanisme dans l'enseignement du droit civil, on a récolté du gallicanisme en abondance et qu'il domine dans nos lois.

« Ce raisonnement est fort clair, mais il est aussi d'une force qui défie tous les arguments du monde de pouvoir l'ébranler. L'honorable juger J.-H. Baudry, à la page 2 de son Code des Curés, n'a pu s'empêcher de s'incliner devant lui et de reconnaître que les faits le confirment avec une telle rigueur qu'on pourrait les dire mathématiques.

Parlant des matières qui sont du ressort des deux autorités (ecclésiastique et civile), il dit :

« La plupart des auteurs qui, en France, sous le régime qui s'appliquerait au Canada, ont traité ces matières, étaient plus ou moins Jansénistes, parlementaires ou gallicans, et plusieurs de leurs ouvrages ont été mis à V Index ; néanmoins ces écrivains, à défaut d'autres, ont fait autorité dans nos cours de justice, et ont, jusqu'à un certain point, fixé notre jurisprudence, en sorte qu'il ne faudrait rien moins qu'une législation spéciale pour la changer. »

« Ainsi, de l'aveu même de l'honorabje juge Baudry, nous sommes pour un grand nombre, j'entends, des gallicans de vieille roche, des gallicans munis du meilleur des brevets.

« Et ce bon M. Baudry, qui affecte un moment de regretter que notre législation soit trop entachée de gallicanisme, fait de son mieux pour nous convaincre, dans le cours de son Code, que nous serions bien difficiles si nous en rêvions une autre plus parfaite. Il déclare de son propre mouvement que des ouvrages mis à Y Index font ici autorité en matière de jurisprudence, et malgré cela, il dépense son temps, son encre et son papier à la défense des doctrines que renferment ces ouvrages. Il ne se contente pas d'autant ; il en vient jusqu'à exprimer le désir que notre législation devienne plus gallicane qu'elle n'est. En effet, à propos de certains articles qu'une disposition de la loi déclare devoir être appliqués aux paroisses canoniques non érigées civilement ainsi qu'aux missions, il fait la remarque suivante :

« Cette disposition pouvait être utile dans le commencement ; aujourd'hui elle ne l'est plus également et devrait être rappelée... En refusant aux missions et aux paroisses simplement canoniques la cotisation compulsoire sur les fidèles, on les obligera de se faire reconnaître civilement, et on mettra fin à des difficultés sans nombre qui surgissent de l'absence de la reconnaissance civile. // faudrait donc rappeler cette disposition et ne donner effet qu'aux autres articles rédigés pour les paroisses reconnues civilement. »

« Et quel moyen M. le juge Baudry suggère-t-il pour mettre fin aux difficultés sans nombre qu'il plaira à nos hommes de loi de soulever pour empêcher la reconnaissance civile ? Il serait bon de l'indiquer. Je pense que le meilleur serait de décréter que toute paroisse canoniquement érigée devient, par là même, paroisse civile ; le pouvoir séculier mettrait ainsi fin à des difficultés sans nombre, que des légistes mal disposés et tracassiers, opposent au libre exercice de la juridiction ecclésiastique. »

Le Directeur. — Pensez-vous que le Séminaire de Québec, que l'Université Laval, et les archevêques Baillargeon, Taschereau, que Cazeau avec eux., aient jamais fait obstacle à ces théories contraires aux intérêts qui leur étaient confiés ?

Le Sollicitor. — Je ne le pense pas. Et je sais que nous avons nombre de lois détestables qu'ils n'ont pas cherché à faire amender, ce qui leur eut été d'ailleurs fort facile, vu les dispositions honnêtes des pouvoirs publics.

Le Professeur. — Précisément parce que nos législateurs sont honnêtes, il fallait les ménager. Leur demander à tout pro-

pos un remue-ménage législatif, c'eût été déchaîner l'opposition.

Le Directeur. — Ce n'était vraiment pas à craindre. D'autres que moi, dans la suite, en feront la démonstration péremptoire.

Le Professeur. — Mais pourquoi attendait-on des libéraux canadiens, plus et mieux que des autres ? Le libéralisme tel que condamné par l'Eglise se ressemblait ici et là, et c'était bien aux vieilles civilisations, aux vieux rouages politiques à faire avant nous preuve de souplesse et de renoncement. L'exemple ne vint pas, au contraire ; et on nous fait des griefs dont on dispense les autres.

Le Sollicitor. — Où voyez-vous prodiguer ces dispenses ? On résiste ailleurs comme chez nous, voilà tout : une erreur, pour être partagée n'excuse personne, ce me semble. Ailleurs, Messieurs, les libéraux endurcis sont conséquents avec eux-mêmes ; ne pouvant s'accommoder de la doctrine de l'Eglise, ils se tiennent à part, sinon hors d'elle ; tandis que nos libéraux canadiens veulent en prendre autant qu'en laisser, et surtout rester dans l'Eglise malgré l'Eglise pour le seul bénéfice qu'ils en tirent. Ce ,:ont des hypocrites autant que des renégats. Et pour se donner une posture décente malgré les condamnations répétées qui les démasquent, ils disaient, ils répètent : « Le libéralisme condamné par Pie IX, est le libéralisme religieux qui est européen. Quant au libéralisme canadien, il n'est pas le même, il s'en faut, que le libéral'sme européen, car il n'est pas religieux comme lui, mais purement politique. Donc, les condamnations, que le Pape a lancées contre le libéralisme, n'affectent pas le libéralisme canadien et nous pouvons le professer en sûreté de conscience. »

Les œuvres de Laval et du cardinal Taschereau n'accréditeront sûrement pas cette définition du libéralisme canadien. Et du reste, y avait-il, à l'époque, ces deux sortes de libéralisme : européen et canadien ?

Le Directeur. — On ne peut l'affirmer que par ignorance ou que dans l'intérêt d'une mauvaise cause :

« Il y a le libéralisme avancé ou impie, que professent tous les

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