CONCLUSIONS
Après avoir donné d'une manière très succincte l'histoire de l'admission de la province de Manitoba dans la confédération canadienne, je prends la liberté d'énoncer les conclusions suivantes qui me paraissent tout à fait naturelles.
1. Si tout d'abord on avait suivi le conseil donné par lord Granville, on aurait évité les difficultés de la Rivière-Rouge. Puissent des avis analogues, qui se donnent aujourd'hui, avoir assez de poids auprès de nos législateurs, pour leur faire éviter de donner lieu à des complications imprévues I
2. On ne peut sans danger, ni impunité priver une minorité de droits acquis qui lui sont chers.
3. Une fois engagé dans une fausse direction il est plus sage et plus expédient de se désister que de persévérer dans cette fausse voie.
4. Des négociations ouvertes, continuées et conclues sous la direction des aviseurs de Sa Majesté doivent être considérées comme assez importantes pour ne pas être répudiées à la légère.
5. Les droits d'une partie de la population de Manitoba, à l'usage de sa langue et aux Ecoles Séparées, ayant été reconnus par des lois fédérales et impériales, sont par là même des droits constitutionnels et ce serait certainement une détermination bien grave de la part des autorités provinciales que de songer même à les amoindrir.
Acceptez, Monsieur, mes remerciements pour votre bienveillance, et permettez-moi de vous souhaiter, à vous et à vos nombreux lecteurs, joyeux Noël et heureuse année.
Votre obéissant serviteur, (Signé,) f Alex. Arch.
de Saint-Boniface, 0. M. I.
Saint-Boniface, 22 décembre, 1889.
ne serait pas laissé à sa discrétion, ce qiie la loi dit pourtant explicitement. On peut juger par là qu'il s'agit d'instructions communes. Sans les connaître, il me semble qu'elles doivent porter sur l'intérêt général du pays, sur l'autorité de la Reine et de son parlement, sur l'autorité aussi du Parlement Fédéral ainsi que sur la Constitution qui régit chaque Province. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'au 31 Mars 1890, il y avait un doute sur la constitutionnalité des actes qui enlevaient à la minorité les droits et privilèges dont elle jouissait par rapport aux écoles et à l'usage de la Langue Française. Pour moi, le respect dû à ces droits acquis et garantis ne faisaii pas même rni doute et je regardais la chose comme assez certaine pour permettre au Lieutenant-Gouverneur de déclarer qu'U refusait la sanction de la Reine, ou au moins qu'il réservait le Bill pour la signification du bon plaisir du Gouverneur-Général. Je pris la respectueuse liberté de communiquer mes vues à Son Honneur; j'insistai pour qu'il prît la chose en sa plus sérieuse considération; je regardai cette réserve comme propre à conjurer bien des malheurs et à épargner bien des embarras. Je rappelai la conduite du Lieutenant-Gouverneur Cauchon, qui avait réservé un Bill identiquement semblable à l'un de ceux dont il était question; celui relatif à l'usage officiel de la langue française. J'ajoutai que je savais que l'Honorable Monsieur Cauchon s'était toujours félicité d'avoir tenu cette conduite et qu'il n'avait jamais eu à s'en repentir.
Animés du même espoir que moi, les six membres français de l'Assemblée Législative avaient présenté au Lieutenant- Gouverneur deux mémoires; le premier, contre l'abolition de l'usage de la langue française, fut remis à Son Honneur le 27 Mars ; l'autre, au sujet des écoles, le fut le 28 Mars. Ces mémoires avaient été préparés par l'Honorable Monsieur Prendergast. Les deux documents n'eurent point d'effet à Winnipeg, mais Son Honneur les transmit à l'Honorable Secrétaire d'Etat le 31 Mars, jour même de la clôture. Jusqu'au
dernier moment nous avons nourri l'espoir que les Bills seraient réservés. C'est la sanction elle-même qui dissipa cette illusion et la déception fut d''autant plus cruelle que le Lieutenant-Gouverneur réserva deux autres Bills qui venaient d'êtro passés dans la même session. Ces derniers actes avaient trait tous deux aux arrérages de taxes; évidemment leur importance et leur inconstitutionnalité étaient loin de l'emporter sur celles des actes d'écoles ou de l'acte proscrivant l'usage officiel de la langue française. Son Honneur fut le premier à faire l'application de ce dernier acte, qu'il venait de sanctionner; pour la première fois depuis la création de la Province, le discf^urs du Trône ne fut pas lu en français. L'œuvre de destruction était consommée, en autant du moins que la Législature de Manitoba est concernée. Les auteurs de ce crime politique et constitutionnel purent se dire :
Tout est gagné, hors l'honneur!
Hors l'honneur pour ceUx qui venaient d'agir; qui venaient de violer les promesses et les assurances les plus positives.
2° — Le Désaveu.
Tout espoir était ravi dans Manitoba, les opprimés tournèrent naturellement leurs regards vers Ottawa. Ils le firent par des pétitionis dont la prière finale avait sa variante qui en définitive tendait au même but, le redressement des injustices légales.
Le 7 Avril, les Membres de la Section Catholique du Bureau d'Education se réunirent en assemblée et adressèrent de suite une pétition au Gouverneur-Général en Conseil. Ce document, rédigé dans la forme la plus concise possible, indiquait les quatre points, dont j'ai fait l'historique dans les quatre phases précédentes de cette étude, et concluaient par ce qui fait l'objet principal de cette cinquième phase et la prière faite était celle-ci :
La Section Catholique du Bureau d'Education dans et pour la Province de Manitoba prie très respectueusement et très ardemment Son Excellence le Gouverneur-Général de désavouer les actes passés, pour toute fin et objet
La pétition fut signée par l'Archevêque de Saint-Boniface, 'Président, et par M. T. A. Bernier, Surintendant. La pétition fut remise au Lieutenant-Gouverneur qui la transmit officiellement à Ottawa et elle appert dans les documents de la session.
Le 14 Avril, l'Honorable J. E. P. Prendergast remettait à l'Honorable Secrétaire d'Etat une pétition signée par 8 membres de la loyale opposition de Sa Majesté, dans le Parlement de ]Manitoba, se plaignant des actes passés pour abolir l'ancien système d'éducation et le remplacer par un système nouveau qui privait les Catholiques de leurs droits acquis et garantis. Les pétitionnaires affirmaient que pour des raisons, longuement développées dans l'appendice D attaché à leur pétition, ils regardaient ces actes comme Ultra vire^ et ils priaient :
Son Excellence de vouloir bien prendre telle action et accorder tel soulagement et remède que Son Excellence trouverait c(hivenable et juste.
Les Honorables Girard, sénateurs, et La Rivière, M. P., -ittachèrent leurs noms à cette pétition.
Me souvenant du rôle qu'un Gouverneur-Général m'avait prié de jouer en 1870, je crus de mon devoir et de mon droit de rappeler ces événements à Son Excellence, le quatrième successeur de Lord Lisgar. Le 12 Avril, j'adressai un mémoire à Lord Stanley à l'effet de rappeler quelques-unes des promesses faites, non seulement au nom du Canada, mais bien au nom de Sa Majesté et c^a par son Représentant iiTimédiat, qui m'avait assuré qu'il n'agissait pas seulement comme Gouverneur-Général, mais bien comme honoré par Sa ^^lajesté d'une mission spéciale ad hoc. Mon mémoire, accompa-
■gné de pièces justificatives, se terminait par une prière adressée non au Gouverneur-Général en Conseil, mais bien au Représentant de la Reine, dans l'espoir que Son Excellence pourrait peut-être nous donner un secours spécial, à raison des promesses spéciales qui m'avaient été faites à moi et à la population au nom de la Reine et de son Gouvernement Impérial, et je disais :
Je prie donc très respectueusement et très ardemment Voti'e Excellence, comme le Représentant de notre bien-aimée Reine, de faire telle démarche qui, dans votre sagesse, vous paraîtra le meilleur lemède contre les maux ci-dessus menlionnés et ceux que les nouveiles lois préparent dans celte partie des domaines de Sa Majesté.
Ce mémoire et les appendices A. B. C. D. qui l'accompagnaient ont été insérés dans les documents publics.
Mon vénérable ami, Monseigneur Laflèche, nous prêta le secours de sa voix si sympathique dans une pétition qu'il adressa au Secrétaire d'Etat.
Les requêtes précitées demandaient tout ce qui pouvait être demandé, le désavtu ou toute action et tout remède convenable et juste.
Les pétitions adressées au Gouverneur-Général en Conseil sont de fait adressées à toute la Législature Canadienne. Le Gouvernement n'est que le Comité Exécutif de la Chambre, à laquelle il est responsable. Il n'est rien sans elle, il lui doit compte non seulement de ses actes, mais bien aussi de ses omissions. Tout membre du Parlement a le droit de connaître les demandes adressées au Conseil Privé ; non seulement il a le droit de les connaître, mais aussi celui de les apprécier, d'en presser l'acceptation ou le rejet, suivant ses convictions personnelles. Donc, quand des pétitions s'adressent au Gouverneur-Général en Conseil, elles s'adressent à tous les représentants du peuple, non seulement collectivement, mais encore individuellement. C'est donc une erreur parlementai-
re de dire que les demandes faites à l'Exécutif ne regardent pas le Chef de l'Opposition ou ceux qiii l'appuient. La proposition contradictoire serait vraie. S'il est quelqu'un qui, par position, doit plus que tout autre surveiller les demandes faites au Gouvernement et la manière dont elles sont accueillies par lui, c'est bien le Chef ou quelqu'un des membres de l'Opposition.
Ceci est si vrai, que dans le cas qui nous occupe, à peine nos pétitions étaient-elles rendues à Ottawa, l'attention des Communes sur ces pétitions fut attirée par
l'honorable EDWARD BLAKE.
Je prie ceux qui veulent bien s'occuper du Désaveu des lois d'écoles de Manitoba, de faire une attention spéciale h ce qui va suivre; il y a là quelque chose qui mérite d'autant plus d'être connu, que son ignorance a jeté bien loin au dehors de la voie que tout homme sincère veut suivre. Pour être plus clair et plus explicite, je dis à ceux qui ignorent ou oublient ce qui s'est passé en Parlement, je leur dis :
Ce n'est pas la miaorité de Manitoba, ce n'est pas Mgr Taché qui ont renoncé au Désaveu ; ce sont les Communes d'Ottawa qui par un vote unanime sur la résolution de M. Bïalie, ont rendu le Désaveu comme impossible.
Que l'on veuille bien me comprendre, ce n'est pas un reproche que j'adresse à un de nos hommes publics les plus distingués et les plus généralement estimés; l'Honorable Edward Blake n'a pas besoin de mon témoignage pour que son intelligence hors ligne soit connue et appréciée. L'honnêteté de M. Blake est bien connue, aussi quand il s'est levé en Chambre, je suis convaincu que ce n'était pas pour ajouter une difficulté de plus à la solution des questions qui venaient de surgir, non plus que pour atténuer en faveur de Sir John A. Macdonald l'inamense responsabilité que les
événements imposaient à ;son Grouvemement. En d'autres termes, M. Blake ne travailla ni contre nos écoles, ni en faveur do ses adversaires politiques. Il fut pourtant le premier à se saisir de la question qui nous occupe, il se leva aux Communes pour proposer la résolution suivante :