VII. — VcrsTAbinc
R. — M. Fitzpatrick a é-é reçu princièrement. Le cardinal Rampolla lui ménagea une audience privée avec Léon XIII, qui accueillit le solliciteur général avec une bienveillance toute î)articulière. Le Saint-Père promit à M. Fitzpatrick d'étudier îte questions canadiennes « Lui-même ». M. Fitzpatrick est revenu convaincu, comme moi, qu'avant peu Sa Sainteté déléguera en Canada un des prélats de la Curie Romaine, avec pleins pouvoirs; nos amis ne doivent donc pas s'alarmer des lenteur.:! apparentes de certaines congrégations romaines. Ils peuvent avoir confiance. L'heure de la rétribution est proche et sous peu, les sujets catholiques de Sa Majesté n'auront plus à redoutei- l'état d'infériorité dans lequel on paraît vouloir les tenir, dans les provinces de Québec et du Manitoba, à cause de leur foi religieuse ».
Il faut noter ici que le fameux groupe, au nom duquel avait opéré Drolet, était parfaitement ignoré de tous et... de luimême; et que si cet émissaire avisé et plein de zèle n'avait pas parlé au nom du gouvernement, à peine dissimulé derrière sa personne insignifiante, pour mieux écarter tout doute, il ne serait certainement pas arrivé à se faire prendre lau sérieux, ni à s'imposer, ni à s'accréditer lui-même dans un milieu diplomatique qui ne jiéglige les formes en aucune circonstance. Plaintes du groupe inconnu, indignation chimérique du cardinal Jacobini, se valent comme inventions tendencieuses, si l'éloge du franc-maçon W. Laurier était dans le programme, comme, sans doute, ses promesses qu'on se garde de relater. D'ailleurs les armes que ce F . • . parvenu procure à son émissaire font tomber les masques et apparaître les mobiles du déplacement. Enfin, le but visé était atteint : Drolet emporta d'assaut le Vatican et les Congrégations; aussi il aura son Délégué apostolique enquêteur! Excusez du peu : on mettra Mgr Merry del Val, rien que ça ! à ses ordres ; ce qui devenait plus drôle que Drole't lui-même.
Pour les honnêtes gens ce fut, pour le moins, un é'r<^'-»>"ment
dcHit le sénateur Landry, qui se trouvait à Rome, se fit l écho autorisé auprès d'un membre du Sacré-CoUègf^, en ces termes :
A Son Eminence le Cardinal...
Eminentissime Seigneur; 11 vient d'être publié, au Canada, en date du 27 février dernier, le récit authentique des négociatioiio entamées avec le Saint-Siège dans le but d'obtenir la nomination d'un délégué apostolique, ayant mission d'étudier les affaires religieuses de ce pays en rapport dvec le règlement de la difficulté scolaire du Manitoba.
Ce récit est des plus instructifs et jette sur les Congrégations romaines en général, et sur certains cardinaux en particulier, une lumière tellement odieuse, et constitue une injustice si criante qu'il est de m)on devoir de signaler cet écrit scandaleux à votre attention et de protester, au nom de mon pays, contre la perpétrati<wi d'un pareil attentat.
L'auteur prétend que « l'arme favorite de certaines i)ersonnes est la calomnie. »
C'est cette arme dont il a fait usage dans la présœite occurrence et il en a abusé de la manière la plus perfide et la plus cutrageante possible.
Cet écrit malheureux, publié dans les journaux les plus répandus du Canada, distribué par milliers d'exemplaires en français et en anglais, donne à la nomination d'un délégué apostolique pour le Canada une signification telle qu'on considère cette nomination comme une humiliation pour l'épiscopat canadien qui est ainsi mis en tutelle.
Cette nomination, par les délais inévitables qu'elle impose au règlement de la question scolaire, met aussi celle-ci dans un péril imminent.
Lo jugement du Comité judiciaire du Conseil privé, en date du 29 janvier 1895, l'ordre de la Reine elle-même, fen date du 2 février 1895, la constitution du pays, les engagements solennels contractés par M. Laurier vis-à-vis de l'électo-
rai, tout impose aujourd'hui au premier ministre du Canada l'impérieux devoir de faire rendre ou de rendre lui-même les droits qu'on a volés aux catholiques du Manitoba.
Que fait M. Laurier?
Au lieu d'amener un compromis entre les deux parties liiig'antes, ou, à défaut de compromis, au lic-u de proposer la loi réparatrice que la Constitution lui indique, il s'abouche avec les persécuteurs de> la minorité, et, sans consulter cotte dernière, il conclut avec les premiers un arrangement qui consacre l'établissement d'écoles neutres et mixtes.
En même temps il envoie à Rome un homme qu'il ne veut pas même accréditer auprès du Saint-Siège, mais dont la mission secrète, avouée maintenant, est de créer une diversion, en portant contre le clergé canadien les accusations les plus atroce;-; et les plus invraisemblables.
Cet hommcj, ntilletmppt accir^dit^, porte ses accusations et demande la nomination d'un délégué apostolique.
La procédure la plus régulière, ce nous semble, aurait été de citer devant le tribunal de l'officialité dioeésaine les membres du clergé dont on croyait devoir se plaindre, pour ne recourir ensuite à Rome que dans le cas où justice n'aurait pua été rendue par le tribunal de première instance.
Les exigences poUtiques ont fait adopter une autre manière de procéder. On s'est adressé à Rome directement, sans passer par la filière ordinaire, et ce qu'il y a de plus navrant c'est qu'on veut obtenir que le délégué — qu'on demande pour régler cette question purement incidente de la conduite du clergé pendant les dernières éleclions — soit chargé, en même temps, de régler la question principale, cel!e des écoles séparées.
Qui donc? demande un délégué.
Est-ce l'épiscopat ? Non ; il est parfaitement uni et, dominant les partis politiques, il marche libre de toutes entraves vers la conquête de nos droits et le triomphe des vrais principes.
Est-ce M. Laurier? R s'en défend et ne veut pas même que
l'homme qu'il a envoyé à Rom« parle en son nom. Et d'ailleurs, si M. Laurier désire l'envoi d'un délégué, qu'il ait donc le. courage de le demander ouvertement.
Il ne fera pas telle demande parce qu'il sait qu'elle lui imposerait implicitement l'obligation d'accepter la sentence arbitrale du délégué, et M. Laurier ne prendra jamais lel engagement. »-
Mais une enquête sur un incident de la cause, sur la conduite du clergé par exemple, procure à M. Laurier tous les avantages sans l'exposer aux in onvénients de la no.ninatJon d'un délégué faite à sa demande.
Le Parlement canadien s'assemble le 25 du présent mois.
Comme le compromis Laurier-Greenway n'est pas satisfaisant et n'est pas accepté par la minorité — l'écrasante défaite du candidat de M. Greenway dans la récente élection de Sain t-Bonif ace le prouve — une nouvelle loi réparatrice sera présentée \)a.T les amis de la minorité.
La majorité du Parlement est favorable à l'adoption d'une telle loi. Le parti conservateur, qui l'a déjà présentée, est lié par son passé et par les réccn'es décl.:jrations de ses chefs, et les partisans, les nombreux partisans de M. Laurier dans la province de Québec, qui ne doivent leur élection qu'aux promesses solennelles ciu'ils ont f-iies de vo'.er en faveur d'une législation réparatrice, ne peuvent maintenant faire autre choce que do voter en faveur de la loi qui sera présentée.
Le succès de la mesure réparatrice est donc en bonne voie.
La nomination d'un délégué avec mission de s'occuper de la question scolaire paralyse tout. Les parlisans de M. Laurier ne tiendront plus compte de leurs engagements et, sous le futile prétexte de se montrer pleins de déférence pour l'acte du Saint-Siège, ils remet' ront à plus tard ce qu'ils consi lièrent aujourd'hui comme l'accomplissement d'un devoir sacré.
Nécessairement l'envoi d'un délégué entraîne des retards. C*<«t ce que veut M. Laurier. Mille fois heureux s'il peut obtenir ce résultat sans s'engager à quoi que ce soit. Il a
deux élections partielles à faire dans la province de Québec, et la province de Québec elle-même, dans quelques jours, va être le théâtre d'élections générales pour la législature .provinciale de Québec. Le retard, les délais provoqués par la nomination d'un délégué, vont admirablement servir les intérêts do M. Laurier et lui permettre, après la violation de toutes ses promesses, d'apparaître de nouveau à nos populations comme un homme spécialement protégé par le Saint-Siège, tenant les évêques en laisse, et voulant, au nom même de la religion, imposer aux catholiques du Manitoba les écoles que l'Eglise a condamnées.
Et tout cela M. Laurier espère l'obtenir par un homme qu'il no veut pas accréditer, sur une question purement incidente, et contre le gré de l'Episcopat tout entier, mais à son détriment et pour son humiliation.
Le parti conservateur qui s'est montré fidèle à la Constitution, qui a réussi à faire accepter par le Parlement le principe de la législation réparatrice, le parii conservateur qui représente la majorité réelle de l'électorat du pays, le parti conservateur a son mot à ^re dans la nomination demandée.
Comme il est évident que cette nomination devra donner à M. Laurier les avantages purement politiques qu'il cherche, le parti conservateur a droit de se plaindre d'un acte qui change la position des combatiants dans l'arène pol'tq;ue en dormant au parti libéral des avantages considérables à son propre détriment.
Le parti conservateur ne mérite certainement pas un tel traitement de la part du Saint-Siège. Que le délégué règle la question incidente, le parti conservateur ne peut s'interposer et ne veut pas empêcher que justioe soit rendue; mais si lé délégué, qu'on demande d'une manière si irrégulière, adopte une procédure quelconque qui donne au parti libéral, au détriment du parti conservateur, de? avantages p^ltiquTS, c'e:t une occasion pour le parti conservateur, non seulement de protester contre l'injustice qui lui sera faite, mais de déclarer
en même temps qu'il se désintéresse finalement de la question scolaire et qu'il laisse désormais à d'autres le souci et la responsabilité de combat. rc prair la minorité et de lui obtenir la restitution de ses droits les plus sacrés-
Si, comme le dit M. Laurier, nous sommes à la veille d'une guerre de religion, il me semble que l'apparition d'un délégué apostolique ne peut pas être non plus de nature à apaiser le sentiment protestant, surtout, si ce délégué évoque à son tribunal une cause qui a un caractère politique.
Pour ces causes, je demande humblement qu'on ne fasse pas, même involontairement, à la cause des écoles le tort dont elle est menacée, à l'épiscopat l'humiliation qui l'utend et à un des grands partis politiques l'injustice que lui a préparée un homme sans mission et sans responsabilité.
Rome, le 12 mars 1897.
P. Landry, Sénateur.