C. *A. Marois, prêtre, secrétaire
Le 11 avril du même mois, Mgr TaschéreaU écrivait luimême à Mgr Laf lèche - oe q:ui -suit :
Monseigneur, 'En réponse à la lettre de 'Votre Grandeur, en date du G, j'ai eti connaissance de la demande qni a été faite, otï plutôt renouvelée, de diviser le diocèse des Trois-Rivières. Lorsqu'en mars 1876 il en a été qfueâtion ' la première fois dans une de nos réunions, je me suis prononcé en faveur de l'opportunité et de la possibilité de cette division. Toutes les fois quo l'occasion - s'en est présentée, j'ai émis la même opinion. Il paraît, par la i lettre :du Cardinal Préfet, eai jdate idu 8. mars, que c'est le Saint-Bère ;qui .a jugé la (Question .proprio molu.
Veuillez agréer, Monseigneur, l'assurance jde mon dévouement,
t E. A., , Arch. de Québec.
Eh bien! dans la suite, nous établiront, Jdocuments là l'appui, qfue cet archevêque savait . parfaitement à quoi s'en tenir, que ce n'était pas xm. proprio motu qui était intervenu; mais ,que ses instances pressantes et réitérées firent que le Saint-Siège donna gain de cause à des intrigants de bas étage, dont il était;. à des faussaires dont il fut l'inspirateur et le protecteur. En disant que c'était par un motu proprio de la Sacré Congrégation que l'affaire se terminait ainsi, il mentait audacieusement : il le savait I
L'évêque de Chicoutimi qui aVait eu l'insigne faiblesse d'être l'intermédiaire à Rome de ces intrigants suspects et bas, en poursuivant, contrairement à l'usage, au bon droit, à la justice, et inalheureusement ,par des moyens que les tribunaux civils répriment rigoureusement, 'utie besogne manifestement misérable, eut au moinis la franchise d'écrire à Mgr Lailèche, le 22 avril 1883, . ce qui suit :
Monseigneur, En réponse à la lettre de Votre Grandeur en date du 17 courant, j'ai l'honneur de l'informer :
1° Que (juelques jours après mon -arrivée à Rome, j'ai .reçu une lettre me priant de présenter , à. S. Em. le cardinal-préfet^ certains documents qui .m'avaient été également adressés .par les mêmes pétitionnaires;
2° Qu'ayant donné conmilinication de ma lettre àSon'Eminence je lui ai présenté ces documents, qu'Elle a acceptés et déposés sur &on bureau ;
3'^ Que n'ayant pris aticUne note, je ne saurais relater toutes les raisons et les preuves contenues dans ce dossier sans m'exposer à faire erreur,
J'ai l'honneur d'être, etc.
t DoM., Evêque de Chicoutimi.
La lettre de Taschereau aU Canadien et celle de l'évêque de Chicoutimi, nous tranisportent en 1883, année où la troisième tentative pour la division du diocèse des Trois-Rivières s'organisait avec une scélératesse et une audace insignes, sous le couvert même de l'autorité pontificale.
Prôcisémxent, à la fin de cette année, l'inévitable abbé Marquis, qtie Mgr Laf lèche avait dû retirer de sa cure pour des raisons légitimes, sollicita la permission de faire le voyage de Rome et par surcroît, l'iiypocrisie étant dans ses manières, la bénédiction de l'évêque, qu'il trahissait. L'une et l'autre lui furent gracieusement accordées.
A cette époque, l'évêque de Chicoutimi, Mgr Dom. Racine, dont le diocèse était à cent lieues de celui des Trois- Rivières, qu'il n'avait d'ailleurs jamai,s visité, alla aussi à Rome. '
L'abbé Marquis entra en relations très intime^ avec Sa Grandeur, demanda son excorporation du diocèse des Trois- Rivières et son agrégation ,à celui de Chicoutimi ; puis il obtint de son nouvel léyêqiie la faculté de demeurer à Rome, oij. il était encore en 1883, et depuis deux ans, occupé uniquement ou surtout à poursuivre la division du diocèse dont il s'était séparé. Il obtint encore de cet évêque complaisant la recommandation à une décoration pontificale : ça lui manqtiait énormément!
Or, ce prêtre, était en disgrâce dans le diocèse qu'il habitait; il y est regardé, nous l'avons vu, comme un intrigant de has étage et forcené, fort peu scrupuleux s'ui* les moyens, ^t connu ptibliquement pour to homme qui avait jeté partout le trouble et la ruine sur son paJssage.
Quelque temps après son arrivée à Rome, Mgr de Chi-
coutimi remit, comme il en convint dans la lettre ci-dessus, à Son Eminence le Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, des docaments demandant la division du diocèse des Trois-Rivièreis, au nom des mêmes, c'est-à-dire des anciens pétitionnaires. Qui lui avait confié ces doeuments? Qui l'avait chargé de cet office? l'évêque complaisant ne le dit pas.
Marquis étant donc le seul à Rome venu du diocèse des Trois-Rivières et la seule personne qui eût en tête le démembrement, beaucoup crurent assez naturellement, il me semble, qtue c'était encore lui qui, excorporé du diocèse pout avoir plus de liberté, travaillait à amener cette division, se proposant de revenir avec révêque d^e nouvelle création, revêtu lui-même d'une dignité pontificale qui aurait couvert ses opérations et rétribué ses services.
Quoi qu'il en soit, tout était alors dans le diocèse des Trois-Rivières dans le calme le plus profond, quand en avril 1883, l'archevêque de Québec fit publier dans les journaux la lettre que nous avons donnée ci-dessus, annonçant que la division du diocèse était une affaire réglée par le Souverain Pontife lui-même.
Tel n'était point le cas; mlais le Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, croyant sans doute véridiques les documents reçus, avait écrit que le Saint-Père regardait comme opportune la division projetée.
Mgr Taschereau chercha donc aussitôt à faire croire à Mgr des Trois-Rivières que ce projet de démembrement était un proprio motu de Sa Sainteté, que la décision était finale, et l'invitait perfidement à procéder lui-même à la division de son diocèse avec ses collègues, à la réunion du 22 mai suivant. '
Bien entendu, le diocèse des Trois-Rivières tout entier : évêque, prêtres et fidèles, furent dans la istupéfaction et protestèrent énergiquement.
Mgr Laflèche, qui avait reçu du Saint-Siège son diocèse
56^6 pïena, et qui avait rempli son devoir dans la sincérité de son âme, savait bien que le Saint-Père n'avait pas dû agir de la sorte, et que la Sacrée Congrégation n'avait pas procédé sans informations.
Persuadé qtie ce projet de division était le résultat de nouvelles entreprises auprèis du Saint-Siège et que la Sacrée Congrégation 'de la Propagande avait été nijal renseignée, l'évéque ides Trois-Rivièr^ prit sans délai des informations précises, premièrement auprès des évêqlies de la Province, secondement auprès de son clergé. Bien que ce ne fût pas sans inconvénient, c'était pependant le seul moyten qu'il eût d'arriver ta connaître la vérité et de déjouer les intrigues.
Il apprit ainsi, par des témoignages écrits dont nous avons reproduits 'quelques-uns, q^ue ni les évêques, ni les prêtres, ni les fidèles de son diocèse n'avadent eu connaissance d'une nouvelle pétition de démembrement, et que, par conséquent, ils étaient complètement étrangers à une pareille jiémarche.
Il eut alors la preuve formelle, incontestable, que seul l'archevêque de Québec connaissait cette demande de division du diocèse des Trois-Rivièrés, et que c'était l'évéque de Chicoutimi qui l'avait mise devant le Saint-Siège, à l'insu de l'évéque diocésain, slir la foi de personnes étrangères tenues dans l'ombre, et plus probablement d'après des noms falsifiés. '
Cette pétition de démembrement de la part du clergé du diocèse, ou des anciens pétitionnaires, était donc certainement un faux de plus, .mis en avant pour trom;per le Saint-Siège, puisqu'elle était absolument contraire au propre témoignage du clergé tout entier, et des anciens pétitionnaires eux-mêmes.
Si quelques rares adhésion's eurent lieu dans la suite, ce ne fut que pour voiler l'indignité abonlinable de l'intrigue opiniâtre et triomphante. '
Tout avait été calculé par la cabale, chère à Taschereau, puisqu'elle n'avait rien de caché pour lui, tant pour surpren-
dre la Sacrée Congrégation d'um côté, que pour jeter, de l'autre, l'évêque des Trols-Rivières dans un impasse misérable.
Si ce digne évêque, qlii était la, loyauté en personne, n'eût pas soupçonné une exposition frauduleiuise à la Sacrée Congrégation, eût cru alix affirmations de l'archevêque, eût cédé à ses invitations isingulières, et se fût rendu à Québec pour participer à l'asisemblée du 22 mai 1883, son petit diocèse, sauvé jusqUe-là, était déchiré sans plus et à la grande satisfaction d'un meneur 'de bas étage qui avait voué à ison évêque une haine inexplicable, mais acharnée.
La Providence voulut que sa grande confiance dans la justice Idu Saint-Siège le mît, momentanément^ lui et les siens, à l'abri d'un pareil désastre.
Muni donc des précieux témoignages dont il est question ci-dessus, l'évêqtie des Trois -Rivières, malgré son âge et s©s infirmités, prit le chemin de Rome au commencement de mai
C'était son second voyage entrepris pour la défende de son diocèse contre sels ennemis personnels.
Sa Sainteté Léon XIII accueillit le digne Evêqiie avec une grande bienveillance, et lui dit d'exposer entièrem^ent et avec soin tout ce qui regardait l'affaire de son diocèse. C'est oe que Mgr des Trois -Rivières a fait dans l'important Mémoire déposé à la Sacrée Congrégation de la Propagande, et que nous allons reproduire in-extenso. Mais d'abord voyons l'œuvre des faussairels. ■