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ŒUVRE DE FAUSSAIRES

L'abbé, Marquis, curé révoqué et excorporé du diocèse des Trois-Rivières, avait eu, et tenait à cœur, dirigé qu'il était par Québec, et de plus, ouvertement soutenu par Mgr Taschereau, de diviser le diocèse qui n'avait pas apprécié ses talents à défaut de ses vertus, miais l'avait finalement congédié pour cause d'indignité notoire.

. I/entreprise était lourde, elle ne rebutait pas cependant cette âme ambitieuse et vindicative, profondément déçue dans ses calculs, comme danjs ses espérances.

L'homme était de peu, c'est entendu; mais ses moyens étaient au-dessoU;s de l'honnêteté.

Marquis, à l'ordinaire, ne se mettait pas en tête d'une colonne d'opposants : en telle place, si on porte des coups, on en collectionne parfois, au delà même de ce qu'on peut endurer; et c'est alors la disgrâce ou la mort selon la nature du conflit, i

Or, Marquis ne tenait à mourir d'aucune façon. Aussi était-iltoujours en queue ou en tête de ce qui pc^uvait le ;Couvrir pour éviter tout dommage personnel. Mgr Conroy l'avait deviné déjà,- et sévèrement qualifié, lor's de ses premières tentatives contre Mgr Laflèche, il savait qu'on considérait ses dires et ses preuves sujets à caution; et il ne se fit pas faute d'aviser Mgr Laflèche auquel il écrivit ce qui

suit ' 3 février 1878.

Monseigneur, Je pense que V. G. ferait bien d'écrire Une banne et respectueuse lettre aU cardinal Franchi pour lui exposer ceci :

1° Que votre diocèse est trotiblé par les agissements de qlielques prêtres qui insistent à le faire diviser malgré vous et contre les règles de la province.

2° Que pour les raisons données dans votre Mémoire, Vous protestez respectueusement contre Une telle conduite de leur part, comme étant subversive de l'autorité épiscopaje.

3° Que vous suppliez Son Eminence de mettre un terme ^ cette agitation, parce qu'elle est dangereuse et nuisible à la rèli< gion... ! '

(Signé) : f G^- Conroy, délégué apostolique.

Mais l'abbé Marquis était un homme à ressources variées, im'prévues; on le pavait débrouillard ,et d'autant mieux q^u'il se révélait tenace, (insinuant, sans scrlipules; quant à son honneur, on n'en (parlait plus.

Or donc, pour livrer Un assaut suprêmje a^u diocèse qu'il trahissait avec une .indépendance de conscience et de cœur bien faite pour surprendre en tout homme, mais assez naturelle chez un iprêtre dévoyé qiii a fait litière de ce qui relève le sacerdoce dans la société, il entreprit de présenter au Saint- Siège une supplique irrésistible tant il la bourrerait de chiffres, de preuves et de raisonls; cette supplique, au s'ui^lus, serait rédigée et signée par un homlmle d'âge imposant |et d'une honorabilité incontestée, du doyen même du clergé trifluvien s'il le fallait, et dont l'intervention si fortemient motivée écarterait de la démarche pressante toute suspicion.

Ce suppléant honorable, indispensable. Marquis eût été fort empêché de le trouver dans tout le diocèse, hormis dans le séminaire de Nicolet; pourtant encore les directeurs intéressés et complaisants de cet établissement eussent-ils trouvé pareille initiative aventurée, jet s'eii seraient-ils prudemment abstenu. Mais une jSuppHque à la inla^nière de Marquis, cela pouvait se produire sans jsuppléant réel, ou plutôt au moyen d'uii suppléant imaginaire, par un faussaire, et voici comment cet homme ingénieux et fourbe résolut le problème scabreux, i .

Tl y avait à Bécândourt un brave cliré, très âgé, parfaitement honorable, l'abbé L.-S. Malo, qne Marqtiis, à diverses reprises, avait déjà cuieinéy simm tenté. Le curé Malo, crédule comine on le devient à tm âge avancé, avait prêté d'abord une oreille confiante, avait approuvé ; puis, après réflexion faite, s'était ressaisi ;et avait renié une première complaisance. C'était loin d être un ajlié de Marqtiis cet honnête homme qui répondait au questionnaire de Mgr Laflèche, le 18 avril 1883, ce qui suit :

Monseigneur, Je votis adresse aujourd'hui les réponses aux (Questions relatives à la division du diocèse des Trois-Rivières :

1° Avez-vous remarqué quelque indice de Véritable division entre le clergé du Nord et le clergé du Sud, soit avant, soit après k mouvement partiel et passager de 1876? Réponse : Non.

2° Quel avantage voyez-vous dans la présente division du diocèse? Réponse : Pas un seul.

3° Quels inconvénients y troUvez-vous ? Réponse : Communications difficiles, plus dispendieuses; soUs l'administration actuelle, rien ne souffre, personne ne se plaint. Après la division viendront les murmUres; chez les nouveaux diocésains, le mécontentement.

4° Quelle est votre propre opinion sur cette division? Réponse : Mon opinion est que cette division n'est pas nécessaire. Cette division ne peut aVoit lieu sur des motifs avouables.

6° Sans employer les moyens de manifestations publiques, dites quel est, à votre connaissance, le sentiment de votre paroisse sur cette division? Réponse : ToUs sont opposés à cette division.

6o S'est-il produit quelques plaintes sur les difficultés des voies de communication avec la ville épiscopale des Trois-Rivijères ? Réponse : Non.

70 Est-il à votre connaissance que quelqu'un ait été chargé de renouveler à Rome, aU nom des prêtres ou dès fidèles diocésains, la demande d'une division du diocèse des Trois-Rivières? Réponse : Non.

8° Avez-VoUs entendu dans ces dernières années, exprimer même le désir d'une pareille division du diocèse, oU de l'érection d'un Siège épiscopal à Nicolet? Réponse : Non.

9° Ne croyez-vous pas qUe cette division ne soit, comme le

pense le conseil diocésain, une catise probable de mine pour le diocèse? Réponse : Oui.

Je suis donc d'opinion pour les raisons ci^esstis, qu'on ne devrait pas diviser le diocèse des Trois-Rivières.

A mon avis, on a tout à gagner dans le statu quo, et aVec la masse pour ne pas dire la totalité du clergé, je regretterai toujours Une division du diocèse, qui se ferait pour des vii-es inopportunes et de persécutions.

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