‹ Voix canadiennes: Vers l'abîmeChapitre 24 sur 83 · L.-S. Malo, prêtre · texte numérisé non relu

L.-S. Malo, prêtre

Est-ce bien clair? ,¥oiXà un honimel tout à fait opposé à la division de ,son diocèse et il donne les miotifs de son opposition, avec lucidité et fermeté.

Or, ati nom de cet homme, &0I13 sa signature, en lui en attribuant Todieuse paternité jet la lourde responsabilité, quelqu'un a rédigé, signé, fait suivre de nombreuses signatures également fausses et contestées, porté à Rome, confié à l'évêqUe de Chicoutimi qui la remit h la Sacrée Congrégation de la Propagan^de, la Sup^pliqlie qui va suivra; et cette Congrégation, trompée, s'en inspira, pour écouter, appuyer l'archevêque TaschereaU et pour lui donner finalement gain de cause contre Trois-Rivières et Une suprêmie satisfaction ardemment re'cherchée : la division inopportune et combattue par tous les intéresséis du diocèse de Mgr Laflèche, coupable Uniquement d'un dévouem'ent éclairé, inébranlable a|u' Saint- Siège apostolique.

Voici d'abord la Supplique faussement attribuée au curé Malo et que des Mémoires de Mgr Laflèche ont déjà refutée, et que révêqtie attristé dénonça en ces termies dans sa circuculaire aU clergé trifluvien, datée du 20 décembre 1883 :

Messieurs et Chers Coopérateurs, : 1° En volis adressant la présente circulaire avec les documents qui l'accompagnent, j'éprouve deux sentiments opposés qlie vous partagerez sans doute avec moi. Le premier est celui d'une profonde tristesse à la vue d'un acte criminel, que la justice humaine punit d'ordinaire par le châtiment du pénitencier, et que la^ justice divine a puni de pioit

dans la. personne d'Ananie et dans celle de Saphire ainsi qu'il est rapporté au livre des Actes des Apôtres.

Il s'agit d'un faux commis dans Un document officiel de la plus fiaute importance, adressé aU Saint-Siège pour démembrer le diocèse des Trois-Rivières et demander l'érection du diocèse de Nicolet.

Le second sentiment qui agite mon cœUr est celui que ressent toute âme honnête à la vue de l'heureuse découverte d'une trame indigne, ourdie dans l'ombre et dans le plus profond secret, pour arriver à la consommation d'une grande injustice, et pour exercer Une vengeance contre Un homme qui n'a fait que remplir courageusement son devoir. Cette découverte qui donne en même temps les imioyens d'arriver au coupable et le convaincre juridiquement de sa culpabilité devant le tribunal compétent, et par là même d'empêcher la consommation de l'injuste, assure à l'honame innocent que le conspirateur voulait atteindre, la protection à laquelle il a droit.

Cette pièce, œuvre d'un audacieux faussaire, a pour titre : «Supplique au Saint-Siège poUr demander l'érection du diocèse de Nicolet ». C'est un tissu de faussetés et d'exagérations sans mesure, en ce qui concerne les conditions dans lesquelles se trouve le diocèse des Trois-Rivières, et une longue série d'accusations que je • vous laisse le soin d'apprécier comme elles le méritent, contre l'évêque et aussi contre le clergé de ce diocèse, qu'il représente sous les couleurs les plus sombres; il sera facile de vous en convaincre en parcourant ce triste document.

Le coupable, craignant que la lumière ne se fît sur cette œuvre de ténèbres, la termine en adressant cette hypocrite prière à Son Eminence le Cardinal Préfet de la S. C. de la Propagande : « Que notre présente instance soit jugée de telle manière que nous n'ayons pas à subir de nouveau les scènes de 1877-1878; (c'està-dire, en termes clairs, sans enquête, de peur qu'il ne soit prouvé de nouveau comme il le fut alors par Mgr Conroy, que toute cette affaire est le fait d'un prêtre intrigant), car, dit-il, s'il fallait les voir se renouveler, mieux vaudrait pour nous, ce nous semble, que la question fût ajournée à des temps meilleurs. »

Enfin, ce faussaire n'osant point assumer la responsabilité d'un tel document en le signant de son nom a trouvé plus prudent d'y apposer impudemment le nom de M. L.-S. Malo, alors curé de Bécancourt, sans lui en donner aucune connaissance. Il le fait signer comme doyen du clergé du diocèse des Trois-Rivières et

premier signataire de la Requête présentée au Saint-Siège en 1875, pour demander l'érection du diocèse de Nicolet. Il le fait de plus, parler au pluriel dans le cours de la Supplique, pour donner à entendre qu'il agit au nom de ces mêmes signataires. Or, auctm de ces signataires n'a eti connaissance de cette Supplique, pas plus que M. Malo, ainsi que tous l'ont déclaré dans leurs lettres du mois d'avril dernier et plusieurs y sont aujourd'hui opposés comme lui.

Cette Suppliqtie est datée do Bécancourt, le 6 août 1881.

Dans tine lettre que M. Malo m'a adressée le 15 du courant, il a protesté avec indignation contre l'apposition 'de son nom au bas de ce document, en déclarant qu'il ne l'a point signé et que c'est tm faux; et il m'autorise à faire l'usage qu'il me plaira de cette lettre. Mon premier soin a été d'en remettre une copie authentique à Son Excellence Mgr Smeulders, et de la reproduire intégralement dans le mémoire supplémentaire qui accompagne la présente, avec celle qu'il m'adressait, le 18 avril dernier, au sujet de la division du diocèse.

2° En arrivant à Rome, le printemps dernier, mon premier soin fut de faire reconnaître au Cardinal Siméoni, qu'aucun membre de mon clergé n'avait renouvelé la demande de division de mon diocèse, qu'aucun n'en avait même eu la connaissance et qu'il n'avait chargé personne de le faire en son nom; que de même la chose avait été faite à l'insu des évêques de la Province. Cette information alarma le faussaire, paraît-il, car j'ai depuis appris de diverses sources, et je les crois sûres, qu'il écrivit à certains prêtres du diocèse qu'il savait oU qu'il croyait être favorables à la division, de faire eux-mêmes une demande officielle, parce que l'évêqUe des Trois-Rivières affirmait que pas un prêtre du diocèse n'avait fait cette demande.

C'était donc s'avouer coupable, et se reconnaître comme faussaire. Car s'il y avait déjà devant le Saint-Siège une demande authentique, appuyée sur de solides et véritables raisons, de démembrer le diocèse, qu'était-il besoin d'une nouvelle Supplique lorsque le Saint- Père avait déjà jugé la chose opportune? Evidemment, c'était pour donner le change, masquer le faux, et protéger le faussaire qui avait réussi à force d'intrigues à surprendre, la bonne foi du Saint-Siège. Sans aUcun doute, ces prêtres, s'ils ont donné dans le piège, et s'ils se sont laissés surprendre par les intrigues du faussaire, s'empresseront de la désavouer et de retirer leur demande, dans le cas où elle aurait

été faite, afin de ne pas paraître et devenir, en effet, ses compHoes.

3'^ Tel est le triste document que je dois aujaiurd'hui, pour l'acquit de mon devoir, porter à votre connaissance. Comme votis le voyez, il constitue tm faux ati premier chef, en matière extrêmement grave -et vis-à-vis le plus atiguste tribunal de la terre, le tribunal même d-u Souverain Pontife! De plus, j'ai en mains les moyens de faire la preuve juridique de ce crime. Les pièces sont aujourd'hui entre les mains de son Excellence le Commissaire Apostolique, et dans l'enqTiête juridique qu'il instituera à cet effet, il arrivera certainement à découvrir le oU les cotipables, et à mettre un terme à leurs complots contre le diocèse des Trois- Rivières, et à assurer potir l'avenir à l'Evêqlie, au clergé, aux fidèl-es de ce diocèse la protection à laquelle ils ont droit contre d'aussi criminelles entreprises.

On se demande pourqttoi cette Supplique, datée du 6 août 1881, est demeurée si longtemps dans l'ombre, car elle n'a vraisemblablement été présentée qu'avec les docimients remis par Mgr D. Racine, évêque de Chicoutimi, au Cardinal Siméoni, quelque temps après son arrivée à Rome à la fin de 1882, comme ce prélat le déclare dans sa lettre du 22 avril dernier. Il est assez difficile de voir au juste la raison de ce retard, et cela peut donner à réfléchir, surtout quand on se rappelle le ballon d'essai lancé dans les journaux à cette époque sur cette question, lequel constata l'opposition du clergé à ce projet.

La Providence cependant a permis, dans l'intérêt de la vérité et de la justice et pour l'honneur du Saint-Siège et le bien du diocèse, que ce doctunent soit atrivé à ma connaissance à temps pour que je prisse en constater la fausseté et la malice et sauvegarder les intérêts du diocèse qui m'est confié. Car si le Seigneur eût rappelé à lui dans l'intervalle le vénérable ex-cliré de Bécancourt, qui est aujourd'hui plus q^u'octogénaire, il serait devenu impossible de dévoiler cette iniquité, et peut-être de sauvegarder auprès du Saint-Siège, l'intégrité du diocèse et la réputation de l'évêqlie des Trois-Rivières et même de son clergé, si injustement représentés dans ce document.

La découverte de ce faUx aura encore pour résultat de jeter la lumière sur plusieurs faits ténébreux que j'ai déjà signalés dans mon Mémoire du 30 juin 1883. C'est ce que je me propose d'exposer au long dans tm document spécial que je vais préparer à cet effet pour Son Excellence le Commissaire Apostolique, afin d'élucider avec toute l'exactitude possible, dans l'encfuête qui va se

faire sur e^tte question, tous les faits laissés dans l'ombre et qui s'y rattachent.

Qu'il me suffise ici d'indiquer les deux suivants :

lo Dans les documents de 1875 demandant la division du diocèse, on avait inscrit les noms de plusieurs curés sans leur p^ermission, et même contre leur volonté ou en les trompant; ce qtii constituait déjà tm Yéritahle faux, en matière très grave, puisqu'on avait inscrit comme favorables à ce projet, des prêtres qui y étaient opposés, tels que MM. A. Desaulniers, N. E. Ricard, Ls Pothier, B. C. Bochet.

2° Bans une lettre du 24 mai 1876 le Cardinal Franchi me disait que l'Archevêque de Québec et trois de ses Suffragants avaient fait connaître à la S. Congrégation de la Propagande que, non seulement il était utile, mais même nécessaire de diviser le diocèse l

Or, le procès-verbal de l'assemblée des évêques du 23 mars 1876, les diverses lettres de l'Archevêque et de ses suffragants, et la lettre du Cardinal Siméoni du 6 avril 1878 prouvent que ces Prélats n'ont point fait connaître à la S. C.^e la Propagande une telle opinion, mais qti'ati contraire ils ont rejeté en grande majorité ce projet comme intem^pestif et nuisible à l'avenir du diocèse et au bien de la religion!

Qui donc a donné tin pareil renseignemeint à la S. C. de la Propagande? C'est ce que l'enquête devra mettre en lumière.

L'examen de toute cette question pourra aussi jeter la lumière sur d'autres faits qui semblent de prime-abord y être étrangers et qui cependant s'y rattachent par certains côtés, tels que les accusations portées devant la S. C. de la Propagande contre le clergé par des personnes inconnues et que le Cardinal Franchi a signalées à l'Archevêque de Québec dans Une lettre du 18 mai 1876. Tels sont encore plusieurs autres faits que j'ai signalés au Cardinal Siméoni dans Une lettre du 24 mars 1882 où je lui demandais communication des documents relatifs à ces accusations que je savais être grandement exagérées ou même complètement fausses afin de pouvoir les réfuter catégoriquement

Je terminais en lui demandant une enqtiête en ces termes :

« Ne serait-il pas temps, Eminentissime Seigneur, de mettre un terme à toutes ces accusations malveillantes et intéressées, en les mettant à nu par une enquête sérieuse, impartiale et prudente? Dans mon humble opinion, c'est le moyen le plus propre à faire la lumière sur ces accusations portées dans l'ombre, à

rétablir la confiance, la concorde et la paix : « Justitia et pax occulatae sunt. »

C'est encore mon opinion aujourd'htii.

Je . bénis donc le Bon Dieu de ce qu'enfin, dans une enquête sérieuse sur la question de la division du diocèse des Trois- Rivières, je vais pouvoir faire connaître au Saint-Siège la vérité telle qu'elle est, stir la situation réelle de ce diocèse et ce qu'en pensent véritablement le clergé et les fidèles qui y ont Un si grand intérêt.,.

El, maintenant, voici le document incriminé par révêqlie des Trois -Rivières et Si justement flétri par lui.

Supplique au Saint-Siège pour de;mander rérectioA du diocèse de Nicole t,

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