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Comme cela les regardait

» grande largeur de vue que Sa Grâce de Québec... Qu'il nous- » suffise d'ajouter que, s'il a souffert, sa récompense est compara- » tivement plus grande. Aussi le pays tout entier, sans distinction » de races ou de croyances, s'en réjouit-il de tout coaur. Adminis- » trateur sage et prudent de son diocèse, homme d'un caractère inat- » taquable, doux quoique ferme, d'un aspect sévère, et cependant » aussi sensible qu'un enfant, l'absence chez lui de tout fanatisme » en même temps que ses idées larges en face du progrès du siècle, » l'ont rendu cher à toutes les classes et ont fait respecter son nom » d'un bout à l'autre de la confédération. »

Il faut retenir les mots, d'une aussi grande largeur de vue, Vabsence chez lui de tout fanatisme, ses idées larges en face du progrès du siècle. C'est cela même qui faisait que l'allégresse devait être d'autant plus grande chez les ennemis de l'Eglise, qu'elle était plus réduite chez ses défenseurs ordinaires.

Après ces deux citations Mgr Têtu ajoute (p. 73) :

« On comprend la jubilation des catholiques, lorsque les protes- » tants eux-mêmes se réjouissaient de la sorte et faisaient de Son » Eminence un portrait si élogieux et en même temps si fidèle. »

Ce que c'est quand on contemple la même montagne d'un observatoire différent 1 les aspects changent et les impressions aussi I

« Il a fallu, dit encore Mgr Têtu, un long volume pour donner un compte rendu (des fêtes cardinalices) : ce volume est intitulé: Le premier cardinal canadien, et il est le digne couronnement de toutes les démonstrations et cérémonies qui eurent lieu pendant ces jours d'universelles réjouissances. Il a porté au loin l'écho de notre joie, il a dit éloquemment à Léon XIII notre éternelle reconnaissance. C'est dans ce livre qu'il faut lire les magnifiques et importantes adresses présentées à Son Eminence par les deux Chambres de la Législature provinciale, par le clergé, la Société Saint-Jean-Baptiste, etc. » (p. 74).

Et ce que Mgr Têtu oublie de nous apprendre, c'est que

ces fêtes cardinalices eurent lieu immédiatement après le Concile provincial de. Québec de 1886. Or, des prêtres en nombre et même des théologiens venus au Concile, s'eimpressèrent de quitter Québec, pour n'avoir pas à signer les adresses, ni à assister à ces démonstrations tendancieuses qui parurent, à plusieurs, le triomphe insolent du libéralisme.

Pour réduire à leur juste valeur les éloges de Mgr Têtu, comme la prudence, la science et la vertu de son cardinal, nos lecteurs reverront avec profit le Mémoire de Mgr Bourget (Voix canadiennes, vol. 1, p. 7 à p. 26); l'affaire Landry (Voix canadiennes, vol. 6, p. 346, etc.; Mémoire de Mgr La^ flèche, etc., etc.) ^. /

Dans un Appendice à sa notice bibliographique, Mgr ïêtu dit : « Le cardinal Taschereau vient de rendre sa belle âme à Dieu. Il est mort le 12 avril 1898 »... Mgr Têtu ne dit pas naturellement que le cardinal Taschereau était devenu foUy comme le cardinal Howard, assez longtemps avant cette belle mort; alors que Mgr Bourget mourut en 1885 avec le plein usage de sa noble intelligence. Et cependant, on a retenu qu'à Québec — à V archevêché — avec le cardinal Howard, à Rome, on répétait volontiers que Mgr Bourget, ami et collaborateur de Mgr Laf lèche, et celui-ci lui-même étaient fous!!! Quand on a la jaunisse...-

En vérité, et fort heureusement pour le réconrort dû à la véritable vertu, Mgr Taschereau ne fut jamais, à ce point, apprécié parmi les siens, et s'il jouissait de la confiance des ennemis de l'Eglise, s'il entretenait leur enthousiasme, c'est qu'il était des leurs ou leur avait du moins fourni des gages suffisants.

Et voici un exemple de la réserve qu'il justifiait, de la crainte qu'il inspirait, son caractère et ses opinions s 'étant déjà tristement affirmés dans ses diverses fonctions antérieures. :

1. Nous donnerons plus loin les dernières révélations sur l'éléyations de Mgr Taschereau à la dignité cardinalice.

C'était en 1870, Mgr Baillargeon venait de mourir; le rec- Eteur de Laval, le vicaire-général Taschereau, briguait sa suc- [oession. Le clergé du diocèse, dont une notable partie avait passé par les mains du candidat q;ui était aussi supérieur du Séminaire, redoutait son élévation sur le siège de Québec. Les opposants s'adressèrent à Mgr Taché, archevêque de Saint- Boniface, lui exposèrent leurs craintes, leurs griefs et finalement le chargèrent de présenter leurs objections au cardinal Barnabo, préfet de la Propagande.

Celui-ci, fort impressionné et très perplexe, répondit à Mgr Taché : « Que les prêtres du diocèse de Québec signent donc une pétition et nous la fassent parvenir, nous l'examinerons avec bienveillance et en tiendrons compte. »

Mais si on n'accueillait pas cette pétition avec toute la bienveillance désirable? si finalement on n'en tenait point compte suffisant et si, comme de droit, on donnait ensuite connaissance ou copie de la pétition au futur archevêque... et si cet archevêque était précisément Taschereau?

Voilà ce que se dirent et se demandèrent les prêtres avant le pétitionner; et la réflexion portant conseil de prudence, plus que de vaillance, douze prêtres du diocèse de Québec seulement osèrent signer la pétition, laquelle fut, en effet, connue de Taschereau, qui fut effectivement nommé au siège de Québec et ne manqua pas de demander des comptes et d'exercer sa vengeance 1

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