DES TROIS RIVIÈRES
Le temps s'écoulait, ropinion publique dans tout le Canada était surexcitée. Mgr Laf lèche, aussi désireux de luoaièr res que d'apaisement se permit donc d'insister auprès du coœmfissaire apostolique, pour hâter les opérations de l'enquête vers la solution si impatiemment attendue de tous.
Il fit donc écrire ce qui suit à la date du 20 février 1884 :
A Sof^i Excellence, Dom Henri Smeulders, Com. Apost. au Canada.
Excellence, Qu'il plaise à Votre Excellence que l'Evêque soussigné Lui expose respectueusement ce qui suit :
Le Très Rév. C. 0. Caron, Vicaire-Général de mon: diocèse, qui a éu- l'honneur d'une entrevue avec Votre Excellence, il y a quelques jours, m'informe que Votre Excellence \m a fait connaître qu'Elle s'était enquise par Ellemême de ce qui en est de la signature arguée de faux du Rév. Messire S. Malo, apposée au .bas de la Supplique du 6 août 1881 ; ou, en d'autres termes, que Votre Excellence a fait une enquête sur ce fait très grave, hors ma connaissancie.
Ces choses arrivant ainsi officiellement à ma connaissance, je m'empresse de communiquer à Votre Excellence la plainte que je me vois forcé de faire à ce sujet, pour: ne pas me
départir, cfans l'intérêt de la justice et pour l'honneur du Saint-Siège, du droit auquel, dans les circonstances actuelles, mon devoir me défend de déroger. Je proteste donc respectueusement, par les présentes, contre la procédure suivie en cela par Votre Excellence, laquelle est contraire à la demande légitime d'une enquête juridique que j'ai faite à Votre Excellence antérieurement et à plusieurs reprises, et au sujet de laquelle je n'ai pas eu l'honneur de recevoir la réponse que vous aviez bien voulu me promettre.
Votre Excellence se rappelle, en effet, que je Lui ai demandé formellement, comme c'était mon droit de le faire, à quatre reprises différentes, savoir, le 13 novembre 1883, par une Supplique écrite, le 22 décembre de la même année, par une Instance également écrite, le 1^^ janvier 1884, verbalement en présence de mon Grand-Vicaire, de mon Chancelier et du Secrétaire de Votre Excellence, et le 10 du même mois, par une lettre de mon Chancelier, que la voie juridique fût suivie, pour l'enquête à faire dans l'affaire de la division de înon diocèse.
Je lui ai fait connaître en même temï)S les raisons que j'avais de m'en tenir strictement au droit que m'accordent en cette matière les lois de l'Eglise. Ces raisons pouvaient se résumer comme suit : 1^ c'est l'intention formelle du Saint- Père, intention manifestée à moi-même, avant mon départ de Rome, comme à Votre Excellence, suivant ce qu'Elle m'a déclaré lors de notre première entrevue à Québec, le 30 octobre dernier, que la lumière complète se fasse sur l'affaire de la division de mOn diocèse, comme sur d'autres affaires; 2» cette volonté si formelle du Saint-Père ne peut être remplie, j'en ai la certitude, si la voie juridique n'est pas suivie dans l'enquête à faire sur cette question, et cela à cause surtout des intrigues de tout genre qu'il y a au fond de cette affaire, des menées ténébreuses qui s'y sont produites jusqu'à ce jour et qui évidemment s'y continuent encore (Pièces justifie. N^ 1), et des mensonges, des calomnies,
des faux que l'on n'a pas craint d'employer pour faire croire à ce qui n'existait pas et pour cacher ce qui existait; 3» c'est, au reste, mon droit de requérir ce mode d'encfuête, et, dans la circonstance, les intérêts que je dois protéger me défendent d'y déroger.
Malgré cela, Votre Excellence a trouvé bon de procéder par le moyen d'un examen ex parte fait à Bécancourt le ou vers le 15 janvier; et sa déniarche a été accompagnée de circonstances, qui ne peuvent en aucune manière se concilier avec la prudence et l'impartialité d'un Commissaire enquêteur ou d'un Juge. En effet. Elle est venue sur les lieux en compagnie et sous la conduite de personnes reconnues comme partie intéressée et adverse dans l'affaire; Elle s'est exposée pendant deux jours à l'influence de ces personnes et de leurs aJnis; Elle a par contre évité avec des précautions vraiment minutieuses la rencontre de la partie opposée, même celle de l'Evêque diocésain, le premier intéressé en cette affaire; Elle a ensuite examiné le rév. messire Saint- Malo, seul avec son secrétaire, pendant près de trois heures, ce qui était tout à fait propre à fatiguer ce vieillard plus qu octogénaire, à le gêner dans sa liberté, à opérer même sur lui mie pression nuisible à la véracité de son témoignage; enfin, à la suite de cette visite au dit rév. messire Saint-Malo, Votre Excellence a jugé bon d'examiner également ex parte et seule avec son secrétaire, M. Achille Blondin, registrateur du comté de Nicolet, lequel est aussi partie intéressée dans l'affaire. ,
Ce procédé est tout à fait contraire au droit et à la justice, et opposé à la procédure juridique que j'avais vivement sollicitée et requise. i
De plus, il a mis Votre Excellence en face d'un résultat, dont Elle sera elle-même tout à fait surprise.
En effet, il appert en second lieu par les informationjs que me donne M. le grand- vicaire, que Votre Excellence a déclaré avoir constaté d'une manière certaine que le rév.
ïn^essire Saint-Màlo- avait bien et dûment signé la dite supplique du 6 août lî881; qfue messire Saint-Malo avait même attesté sa signature an bas de la dite supplique; qne c'est, du reste, votre intention que l'on parte de ce point cx>mme d'un point certain. Et cependant, ce que Votre Excellence dit avoir constaté le 15 de janvier a été suivi le lendemain, le 10, d'une déclaration, qui n'est rien moins que contradictoire. Votre Excellence la trouvera ci-jointe (Pièces justiL N« 2). Cette déclaration qui, comme vous le voyez, €sst revêtue des formes et d'e l'autorité d'un pièce juridique, comporte que le rév. messire Saint-Malo n/a pas eu oonnais' sance de la dite supplique du 6 août 1881, avant que je la lui eusse communiquée moi-miême; qpi'il Tie l'a ni lue, ni rédigée; qu'il ne voudrait jamais la signer; que si son nom se trouve au bas de cette supplique, c'est par un indigne abus de confiance qu'il y w été misj et (ju'alorisi il le retire en protestant contre un acte de cette nature.
Dira-t^on qu'une contradiction aussi formelle doit' 9 ^expliquer par le fait que Messire Saint-Màlo n'a plus l'usage de ses facultés- mentales? Maits Votre Exceilenoe a reconnu, Gomme- l'atteste s-on long entretien avec le dit Rév. Saint-Mal», comme en' témoignent les informations de M. le Grand-Vicaire, que nous l'avions informée d'une^ manière tout à fait juste, en lui disant que Messire Saint-Malo possédait son plein jugement, et qu'il n'y avait que la mémoire des faits récents qui lui faisait défaut, ainsi qu'il' arrive généralement chez les personnes de son âge. Et si le témoignage du Rév. Saint-Malb, rendu lie 16 de janvier 1884, en pleine liberté et devant Dieu qtii le jugera bientôt, ne vaut rien, comment son témoignage de la veille rendu dans des circonstances propres^ à l'intimider et a le- presser, peut-il valoir, lorsque, dans l'intervalle, au lieu d'une altération de santé, il n'est survenu qu''un repos bienfaisant? Si de même le témoignage» de M. Malo vaut le 15 de janvier 1884, lorsque dans le» circonstances i sus^mentionnéeSj il atteste sa signature au
bas de la Supplique du 6 Août 1881, pourquoi n'était-il pas valable le 18 avril 1883, lorsqu'il déclarait en conscience qu'il n'avait pas eu connaissance que quelqu'un eût étéi chargé de renouveler k Rome, au nom des prêtres et deis fidèles diocésains, la demande d'une division du diocèse des Trois-Rivières (Pièces justifie. N» 3), ni le 15 do décembre 1883, lorsqu'il déclarait en parfaite liberté et connaissance de cause qu'il n'avait pas isigné la dite Suppliqiie du 6 août 1881, et qu'elle n'était qu'un faux? (P. J. N^ 4). De même encore, son témoignage devra valoir lorsque quinze jours plus tard, le l^^" février 1884, après -mûres réflexions, en pleine liberté et en .parfaite connaissance de cause, il fait en présence de deux témoins et devant son Souverain Juge, la déclaration que j'annexe en cinquième lieu à oe protêt (Pièces justifie. N^ 5), laquelle est écrite tout -entière et signée de sa main, apposée au bas de la Supplique elle-même et m'a été offerte par lui sans deniande préalable de ma part. Dans cette nouvelle déclaration, il répète qu'il n'a pas eu connaissance de la dite Supplique du 6 août 1881, avant que je la lui eusse communiquée, il y a quelques semaines; que si sa signature se trouve ,au bas de ce document, elle a été forgée, ou obtenue par tromperie et abus de confiance; qu'il ne voudrait pas emporter dans la tombe et devant son Souverain Juge le pojds d'un acte qu'il considère comme criminel.
Au reste, que oom'porte l'attestation que M. Malo a faite de sa signature devant Votre Excellence? Tout simplement que cette signature ressemble beaucoup à la sienne. M. Malo n'a pas pu dire plus que cela; il ne l'a pas voulu, comme il me l'a déclaré à moi-même depuis. Et quel homme peut affirmer sous son serment que telle signature est la sienne, lorsque cette signature se trouve au bas d'un document, dont le contenu est contraire à ses convictions, comme c'est le cas pour M. S. Malo, d'après ses déclarations, aujourd'hui surtout que les mjoyens de fa.lsification sont si nom-
breux et si efficaces? Ce qu'il peut raisoniiablement affirmer tout au plus, c'est que cette signature a tine ressemblance parfaite avec la sienne, et alors, il reste encore la p:>ssibilité d'un faux. Il faut (ïonc dans un tel cas que, par une procédure juridique, on produise d'autre témoignages de temps, de lieux ou de personnes propres à confirmer celui-là, s'il y a lieu, et à en établir la véritable portée, et capables de faire jaillir sûrement l'exacte vérité de l'inextricable jeu des intrigues, de l'audace et de la malhonnêteté.
Voilà donc, Excellence, le résultat auquel vous avez réellement été conduit sur ce point de la cause par la procédure ex parte qu'il vous a plu d'y suivre. Vous vous trouvez en face d'une contradiction formelle de la part du signataire de la Supplique en question, et cette contradiction, pour tout homme impartial et ami de la justice, ne peut faire conclure qu'à la nécessité qu'il y avait de faire l'enquête juridique que j'ai toujours demandée, et dont je n'ai pu en conscience me départir. Sans doute il n'était pas nécessaire que les événements vinssent ainsi démontrer une fois de plus la justesse de ma demande; mais la chose ayant lieu, j'en prends note, et j'en fais part à Votre Excellence.
Au reste, en présence de cette signature de la Supplique du 6 août 1881, et des déclarations qui B*y rattachent, il n'y a que trois alternatives possibles : ou il y a là un faux, ou il y a subreption, ou il y a mensonge. Si la signature de M. Malo a été apposée par un autre que lui sans autorisation de sa part, c'est un faux comme il l'a déclaré lui-même librement, en parfaite connaissance de cause et sans pression, dans sa lettre du 15 décembre; et l'on comprend quelle indignité il y a d'avoir fait procéder le Saint-Siège sur une telle pièce.
Si l'on a fait signer M. Malo de confiance et sous de faux préceptes, c'est une subreption, et il ne sera pas moins indigne d'avoir donné une telle base à une détermination aussi impoi-tante de la Cour romaine.
Si enfin M. Malo avait réellement signé le document en question en pleine connaissance de cause, ce que Votre Excellence veut que l'on tienne pour certain, il aurait menti daiiii ses lettres du 18 avril et du 15 décembre citées plus haut, et il aurait effrontément répété ce mensonge, dans les déclarations subséquentes du 16 janvier et du 1^^ février; et alors que penser du fait que l'on a induit le St-Siège à procéder à la division d'un diocèse sur la seule demande d'un tel homme? Que penser de cette demande elle même s'il n'y avait pour la supporter que le nom d'un homme, qui serait convaincu de mensonge, pour ne pas dire do parjure, et qui la renie maintenant, étant encore en pleine possession de son jugement, suivant le témoignage de Votre Excellence?
Je conclus donc très légitimement de là que dans l'une ou l'autre des trois alternatives seules possibles en présence des faits susmentionnés, cette signature de la supplique de 1881 ne vaut rien; d'autant plus que la supplique n'a été présentée au Saint-Siège que plus d'un an après la date de sa signature.
Que vaut maintenant la supplique elle-même?
Et d'abord, je prends la liberté de rappeler à Votre Excellence la. déclaration qu'elle m'a faite en présence de Mgr d'Ottawa, le 18 décembre 1883 (Pièces justif. numéro 6) que la supplique, dont j'ai été fortuitement mis en ptossession, est la même qui a été présentée au Saint-Siège et que Votre Excellence a par devers Elle.
Quelle est donc la valeur de cette supplique?
J'ai déjà eu occasion de le dire à Votre Excellence, elle n'est qu'un tissu d'exagérations, de mensonges et de calomnies. Tant que cette pièce indigne est restée dans l'ombre, elle a pu faire son chemin; aujourd'hui qu'elle est découverte, personne ne veut ni s'en reconnaître l'auteur, ni en supporter la respoiisabiHté. Qui donc répondra de cette pièce? M. Malo la renie formellement, et il en est le seul signataire.
Dan^j la supposition même où jl l'aurait sciemment ©t
librement signée, en 1881, aujourd'hui qu'il est encore en pleine possession de son jugement, suivant ce qu'a constaté Votre Excellence, il la révoque; il la trouve tellement mensongère, tellement calomnieuse, tellement indigne en un mot, qu'il la désavoue librement et de sa propre volonté, qu'il ne veut pas emporter dans la tombe et au tribunal du Souverain Juge la responsabilité de ce document.
Y a-t-il quelqu'autre nom responsable, car enfin j'ai peine à croire que cette supplique, sur laquelle on a décidé le Saint-Siège à déclarer l'opportunité de diviser mbn diocèse, se trouve réduite à la proportion d'une pièce anonyme et sans auteur qui en réponde? Qui donc va parler pour cette pièce? Qui va en soutenir les avancés, prouver la justesse de ses raisonnements, répondre 3es accusations qu'elle contient? Personne. M. Malo en était le seul signataire et il la renie. Et s'il n'y a personne pour répondre de cette pièce, que deviennent les avancés qui y sont faits? Et si ces avancés se trouvent renverses par là même, comme il n'y a pas à en douter, si toute la pièce tombe du coup, comment qualifier l'action de ceux qui, à force d'intrigues ont réussi à faire prendre au Saint-Siège, sur une pièce de cette nature, la détermination si grave de diviser un diocèse sans consulter ni l'Ordinaire, ni l'Episoopat de la Prevince, ni le clergé diocésain, ni aucun des intéressés?
Je sais que, entrevoyant déjà ces conséquences, et s 'apercevant du faux pas qu'ils avaient fait, les auteurs de ces intrigues, dès l'été dernier, pendant que j'étais encore à Rome, ont crié à la nécessité d'une nouvelle pétition, signée cette fois de noms responsables. Cette pétition est aujourd'hui par deyers Votre Excellence, je le sais aussi. Mais cette nouvelle demande de division de mon diocèse, postée rieure à la décision du Saint-Siège, en supposant qu'elle serait fondée, ce que je n'admets nullement, ne peut en tous cas, avoir un effet rétroactif; elle ne saurait faire que le Sain't-Siège n'ait pas décrété l'opportunité de diviser mon
diocèse, ni que ceux qui l'ont amené à cette détermination ne l'aient fait à l'aide d'un document indigne et sans valeur. Cette nouvelle demande du mois de septembre 1883 a été faite pour couvrir les vices de la première qui devenaient évidents, et elle est nulle devant la décision du Saint-Siège du mois de février 1883.
Cette Supplique du 6 août 1881 a eu encore pour effet, comme plusieurs actes antérieurs des anciens péd'ionnaires, de faire de la question de la division de mon diocèse une affaire litigieuse lau premier chef.
Les faux que l'on a commis, les supercheries et les mensonges qui ont été employés, les accusations injurieuses et calomnieuses dont on s'est servi pour le besoin de la cause et tout cela à mon insu, ont fait de cette question, une affaire contentieuse dans laquelle la procédure juridique est nécessaire. Il y a heu à procès et même à double procèis.
Le clergé et les fidèles diocésains ont été attaqués dans leurs droits; par l'entremise de leur chef, ils ont demandé justice, et ils ont droit de l'oètenir. Ils ont demandé à compaïaîtro devant le tribunal compétent, et à être confrontés avec leurs accusateurs et leurs agresseurs, pour que la vérité se fît jour, et que leurs griefs fussent redressés. D'un autre côté, j'ai été, moi, attaqué personnellement et je suis sous le coup d'accusations graves, accusations qu'on m'a toujours cachées, que Votre Excellence, le 13 novembre 1883, a dit à mon Grand- Vicaire ne pas exister (P. J., numéro 7) pendant qu'Elle avait en sa possession la Supplique arguée de faux sus-mentionnée, et qui ne sont arrivées à ma connaissance que par accident; voilà pourquoi j'ai demandé à être mis également en face de mes adveiisaires, et à être aussi confronté avec eux, afin qu'au moins l'honneur épiscopal fût sauvegardé par la reconnaissance et le châtiment des coupables.
On a voulu faire une objection de ce que l.i bonne foi du Saint-Siège aurait été surprise, et de ce qu'il importe souve-
rainement que la sagesse de ses décisions soit sauvegardée. L'objectior ne peut valoir. Que la bonne foi du Saint-Siège ait été surprise, c'est ce que voit aujourd'hui le pays entier, qui a les yeux sur cetie cause; c'est ce que déplorent amèrement bous les bonis catholiques, qui, en présence de ce fait, s'alarment pour leur foi même; c'est ce que reconnaissent également tous les ennemis de l'Eglise, qui s'en réjouissent et en espèrent un triomphe pour le mal. Mais comment peut-on prétendre que, sous de telles circonstances, la sagesse de la Cour romaine serait sauvegardée en laissant l'injustice sans répression, en assurant par son silence le succès de l'intrigue et de la malhonnêteté, en laissant un nouveau scandale s'ajouter au scandale déjà causé? C'est, au contraire, dans la proclamation de la vérité et dans le rétablissement de la justice qu'a toujours brillé et que brillera toujours la sagesse du Saint-Siège. C'est dans le redressement des griefs et dans le châtiment des coupables que la confiance trouvera un solide appui, que la foi s'affermira, et que le dévouement puisera une nouvelle force et une plus grande fermeté.
Il convenait aussi. Excellence, de calmer, par la garantie d'une enquête canonique, l'agitation si profonde des esprits. Dès que la promesse d'une telle enquête aurait été faite, les méchants auraient été forcés d'attendre dans le silence, et ils auraient cessé d'insulter les vrais enfants de l'Eglise; tandis que ceux-ci auraient repris confiance, dans l'espoir de voir bientôt les scandales finir et un remède efficace appliqué à nos maux.
11 convenait encore et particulièrement de protéger Votre Excellence, qui se trouvait exposée à être accusée à R.ome pour ses actes de justice et d'énergie, et qui se serait alors trouvée dans rimpossibihté de justifier sa conduite auprès du Saint-Père, si Elle n'avait eu entre les mains des pièces juridiques.
C'est pourquoi, aussitôt que je suis informé d'une ma-
nière (officielle, de l'examien ex parte fait par Votre Excelcellence à Bécanoourt comme susdit, ne v^oulant pas admettre ce procédé en aucune façon, ni compromettre mon droit h une enquête canoniqne, je le récuse comme injuste, nul et d'aucune valeur dans l'examen de l'affaire de la division de mon diocèse; je proteste respectueusement contre cette démarche de Votre Excellence, et j'en demande et en demanderai la nullité par toute voie que de droit.
Daté, scellé, signé et contresigné aux Trois-Rivières, en iotre palaij épiscopal, ce vingtième jour de février de l'année mil huit cent quatre-vingt-quatre.
t L. F. Ev. DES Trois-Rivières.
/ Par ordre,
F. X. Cloutier, Ptre, Chancelier.
Nous ne trouvions d'autre réponee à ces observations, qu'une lettre du Commir^saire apos'olique da'ée du 19 avril, par laquelle Son Exe. Mgr Smeulders annonce à Mgr Laflèche que la division de son diocèse ne paraît pas opportune au ])ien des âmes confiées à ses soins paternels, mais le priant de tenir cette décision secrète jusqu'à l'occasion favorable, sans doute prochaine de la divulguer^.
Voilà donc Mgr Laflèche tranquillisé. Le sympathique Commissaire apostolique avait d'riilleurs tant à cœur de lui assu-