‹ Voix canadiennes: Vers l'abîmeChapitre 76 sur 83 · Laudetur Jésus Christus, qui resurrexit a mortuis · texte numérisé non relu

Laudetur Jésus Christus, qui resurrexit a mortuis

lllmo ac Rino. Dominn^ Duo Lud'jvico Francisco Laflèche^ Diocesis Trijluviance, Episcopo. Marianapoli hac die 19 Aprilis 1884.

Illme ac Rme Domine, Dum adjuncta transmitto, quae requisivisti, Documentorum apographa, iinâ annuntio Tibi, qnaestionem motam de divisione Diocesis Trifluvianae, esse resolutam. Proposita divisio, habita ratione circumstantiamm intérim mutatarum, neque necessaria videtur neque saluti animanim utilis. Quapropter portio populi fidelis, a Christi in terris Vicario et Pastore Universah pastorali Tuae sollicitudini commissa, pio Tuo regimini ac paternse curse indivisim concredita atque commendata remanet.

Hanc principalis qusestionis solutionem Tibi annuntio, ut omnem de câ iniquietam curam seponas; precor tamen Te, ut velis eam adhucdum aliquantisper secretam tenere, donec bonâ, occasione, quam brevi adfutaram

rer ce réconfortant apaisement que, dès le 23 avril 1884, il lui faisait écrire par son secrétaire ce qui suit :

A Sa Grandeur Mgr L. F. Laf lèche, Evêque des Trois-Rivières,

Monseigneur, Son Excellence, lé Commissaire Apostolique est bien désireux de savoir si sa lettre à Votre Grandeur datée du 19e, Vous est parvenue.

Un petit mot de Votre part, Monseigneur, mettrait fin à ce doute, c'est pour cela qao je prends la liberté de l-e solliciter de Votre Grandeur.

Je profite avec bonheur de cette occasion pour féliciter de tout mon cœur Votre Grandetir de l'heureuse nouvelle qne contenait la lettre de Son Excellence et j'espère que tout le reste se décidera aussi pour la plus grande gloire de Dieu.

Daignez agréer, etc.

G. F. DE BiE, Sec.

Montréal, 23 avril 84.

Mgr Laflèche s'eTnt)^re83e de répondre ce qui sui^ formulant des réserves bien naturelles :

A Son Excellence, Dom Henri Smeulders, Commissaire Apostolique au Canada.

Excellence, J'ai l'IiiQnneur d'accuser récep'ion de la lettre de Votre Excellence, en date du 19 du courant, par laquelle V. E. 'me fait connaître dans les termes su;ivants le jugement qui a été porté sur la question de la division de mon diocèse : « ... Annuntio tihi quœstionem motam de divisione diœcesis Trifluvianœ esse resoluiam. Proposita divisio habita ratione circumstantiarium intérim mutât arum neque necessaria videtur neque saluti animarum utilis'\..

Tout en prenant acte de ce jugement sur le fond de la

coiijicio, eam meliori utiliorique modo notam facere possis. Caetera tranquillo animo et cum bonâ in Deo fiduciâ peragito. Devotissimus Tuus ia Chris to servus,

D. Henricus Smeulders, 0. C.

Com. Apost;

question, je ne puis m'empêcher de me plaindre de ce que V. E. n'a pas jugé en cela le litige que le Saint-Siège me paraît l'avoir chargée de juger.

Je n'ai pas oomï)ris, par les paroles que N. T. Saint-Père le Pape lui-même m'a adressées, dans l'audience que Sa Sainteté a bien voulu m'accorder au moment de mon départ de Rome, l'automne dernier, que V. E. fût chargée de se rendre au Canada pour y juger des événements futurs, <m du changement de circonstances qui pourrait survenir à l'égard de la division de mon diocèse. Il s'agissait pour le Saint-Siège de bien connaître la valeur des raisons et des motifs invoqués par les pétitionnaires de la division, dans leur supplique à cet effet; et V. E. a dû être chargée, comme du reste, Elle a bien voulu me déclarer, le 30 octobre dernier, qu'elle l'était en effet, de venir s'enquérir sur les lieux de ce que valaient ces raisons et ces motifs.

Je n'ai entrepris le voyage de Rome, le printemps dernier, que parce que j'étais bien convaincu que les informations fournies au Saint-Siège n'étaient point fondées; et les représentations que j'ai faites à ce sujet au Saint-Père ont déterminé Sa Sainteté à m'accorder la faveur de faire reconsidérer la décision, qui avait été rendue Sur ces informations.

Toute la question se réduisait à constater sûrement si le Saint-Siège avait été informé avec honnêteté et justice, dans le but de promiouvioir les intérêts de notre Sainte religion, ou si sa bonne foi avait été Surprise, Dans le premier cas, la décision rendue devait être rnaintenue; dans le second, elle devait être révoquée, vu que l'autorité du Saint-Siège ne doit pas ni ne veut servir à favoriser l'injustice Ou la malice des hommes.

Dans la conviction que l'enquête voulue et ordonnée par le Saint-Père allait faire briller la vérité sur tout ce qui concerne cette affaire, je quittai Rome presque en même temps que V. E. pour revenir dans mOn pays soutenir le débat, qui allait s'y engager.

Mon premier soin en arrivant a été de demander à V. E. de vouloir bien me faire connaître la teneur même de la demande, qui avait éj;é faite au Saint-Siège de diviser mon diocèse, et les pièces qui avaient été produites à l'appui de cette demande, afin de me mettre en état de contredire ce qui s'y trouverait de faux ou d'erroné. J'ai en même temps prié V. E. d'obliger les auteurs de cette demande, à prouver en ma présence la vérité de leurs allégués.

Votre Excellence n'ayant pas accédé à mes supplications, des personnes étrangères m'ont par hasard fait connaître que le Saint-Siège avait été saisi d'une demande de division du diocèse, portant la signature de l'abbé S. Malo, curé de Bécanoourt et doyen du clergé de mon diocèse, à la date du 6 août 1881.

Mais comme cette information manquait d'authenticité, ]e me suis adressé à V. E. pour savoir si cette demande de l'abbé S. Malo avait réellement été présentée au Saint- Siège : ce que V. E. a reconnu avoir été fait.

Cette supplique de l'abbé S. Malo est donc celle sur laquelle le Saint-Siège a jugé opportun le temps de diviser mon diocèse. Or, cette demande, outre qu'elle repose sur des allégations exagérées, fausses, calomnieusos pour mon clergé et pour ma personne, et sur des hors-d'œuvre, n'est, de plus, rien autre chose qu'un faux, suivant les déclarations plusieurs fois répétées de la manière la plus solennelle par l'auteur présumé, l'abbé S. Malo.

Votre Excellence sait que j'ai ainsi argué de faux devant Elle cette supplique du 6 août 1881, et que j'ai demandé, à différentes reprises, d'en faire la preuve.

Il est donc arrivé que le Saint-Siège a jugé opportun de diviser mon diocèse, sur les représentations les plus fausses et sur des pièces arguées dé faux.

Sur mes pressantes supplications, le Saint-Père avait ordonné que toutes ces chois es fussent mises au grand jour, afin que, la vérité étant connue, le bien de la religion fût par là procuré; et cependant, je regrette de le constater.

V. E., envoyée au Canada à cette fin, n'a pas encore obligé les personnes, qui ont demandé la division de mon diocèse, à prouver la vérité et l'honnêteté des motifs de leur demande; Elle no m'a pas accordé l'enquête que j'ai demandée à quatre reprises; Elle ne m'a pas entendu sur la question: et voilà qu'Elle m'annonce qu'il a été décidé que mon diocèse ne doit pas être divisé, à raison du changement de circonstances survenu depuis le décret du Saint- Siège, ou depuis son arrivée au pays.

Sous de pareilles circonstances, m'est-il permis de croire que les volontés de N. T. Saint-Père le Pape ont été remplies ?

C'est la quatrième fois, depuis dix ans, que le Saint-Siège est appelé à se prononcer sur la division de mon diocèse 1

En 1875, un certain nombre de prêtres demandèrent au Saint-Siège cette division. Celui-ci renvoya la pétition aux Evêques de la province, qui se prononcèrent, le 23 mais 1876, presque à l'unanimité contre le projet. Deux seulement furent favorables au démembrement, et encore l'un d'eux ne le fut que oonditionnellement « pourvu que la chose pût se faire sans injustice pour les créanciers de l'Evêché ».

Cela n'empêcha pas le Préfet de la Propagande d'alors, le Cardinal Franchi, de m'écrire, à la date du 24 mai 1876, que, vu que trois évêques suffragants avec l'Archevêque* avaient fait savoir à la Sacrée Congrégation que la division du diocèse des Trois -Rivières était non seulement utile mais même nécessaire, les Eminentissimcs Cardinaux allaient s'occuper de l'affaire.

Je fis des représentations, et la chose en resta là. En 1877- 1878, l'affaire revint devant Mgr Conroy, Délégué Apostolique, qui trouva que c'était « un non^ens d'ériger un nouveau diocèse à Nicolet ». Le Cardinal Siméoni, devenu Préfet de la Propagande, confirma cette manière de voir en m'écrivant, le 6 avril 1878, que la demande des pétitionnaires n'étant pas appuyée du suffrage des Evêques de la pro-

vince, ne pouvait être accordée, et que les choses resteraient comme elles étaient.

En 1581, une nouvelle requête, portant la signature prétendue de l'abbé S. Malo, est présentée au Saint-Siège, et le 18 février 1883, le Saint-Siège juge qu'il est opportun de diviser le diocèse.

Je fais de noav elles représentations, et finalement V. E., envoyée par le Saint-Siège, jug^e que, Vu le changement de circonstances, la division du diocèse n.'est ni nécessaire, ni utile au salut des âmes.

Mais cette dernière fois, je découvre que je suis accusé et calomnié de la manière la plus grave, de même que mon clergé, et cela dans le but de me faire perdre tout crédit auprès de mes ouailLŒ et auprès du Saint-Siège; et il advient que je reste accusé et calomnié, quoique chargé de continuer à paître mon troupeau.

Outre les accusations et les calomnies contre ma personne et contre mon clergé, il y a eu dans cette affaire beaucoup d'intrigues et de supercheries ; et les calomniateurs, les intrigants, les complices restent impunis.

J'ai éprouvé des torts oonBidérables en tout cela, on m'a forcé injustement de faire de grandes dépenses et de m'impose:" beaucoup de sacriticeB; et ces torts faits pourtant en pleine connaissance de cause, restent sans réparation.

Sous de telles circonstances, je ne puis m'empêcher de protester respectueusement, et de faire remarquer que non seulement il y a injustice à mon égard, mais que le prestige du Saint-Siège en souffre. Aussi est-il de mon devoir de m 'adresser de nouveau à Votre Excellence, et de lui dire que, tout en prenant acte du jugement qui vient d'être rendu sur la question de la division de mon diocèse, je demande avec plus d'instance que jamais qu'une enquête juridique soit faite sur la demande de division, et sur ses motifs, et sur les procédés suivis par le pétitionnaires, afin que la lumière pleine et entière soit produite, qu.e la. justice ait

soîi cours, et que l'autorité du Saint-Siège et le respect dû à la dignité et à l'autorité épiscopales soient par là sauvegardés.

Je prie Votre Excellence d'agréer l'assurance de mon complet dévouement.

t L. F. Ev. DES Trois-Rivières.

Evêché des Trpis-Rivièros,

ce 28 avril 1884.

Mgr Laflèche ne pouvait décemment se contenter de cette solution qui ne tranchait rien, et laissait dans l'ombre, impunis, intrigants et faussaires. Le 23 mai 1882, il demandait encore une enquête juridique sérieuse bien que discrète.

CepeDdant toute cette affaire continuant à troubler profondément l'opinion dans son diocèse, Mgr Laflèche avait hâte de rassurer les fidèles en leur faisant part de la décision favorable intervenue. Il le fit par la circulaire à son clergé du 24 mai 1884, que voici, doat il communiqua, d'ailleurs, par déférence, le texte au Commissaire apostolique :

Messieurs et bien-aimés Coopérateurs,

Vous apprendrez aVec bonheur, sans doute, comlne je l'ai appris moi-même, que le Seigneur a écouté favorablement les ferventes prières, qui Lui ont été adressées depuis plus d'une année en faveur du diocèse des Trois-Rivières, pour le maintien de son intégrité. La division proposée de oe diocèse a été écartée à Rome, et mise de côté, comme n'étant ni nécessaire, ni utile au salut des âmes; en conséquence l'intégrité du diocèse est maintenue, et c'est une question définitivement close.

Voilà ce que m'a fait comiaître Son Excellence le Commissaire Apostolique.

En me donnant cette bonne nouvelle, Mgr D. H. Smeûlders ajoutait : « Je vous annonce cette solution de la question principale, afin que vous mettiez de côté toute inquiétude à ce sujet. »•

Nous pouvons donc désormais, sur cette information officielle du Représentant du S. Siège, bannir de nos cœurs toute crainte concernant ce pro^t de division du diocèse des Trois-Rivières,

puisque la demande qui en avait été faire a été mise de côté et que c'est une question close; nous pouvons regarder l'avenir avec la même confiance et le- même calme que nous le faisions, avant que cette regrettable question eût été soulevée, il y a dix ans.

Les informations données au S. Siège par Son Excellence, n'ont pas manqué, sans doute, de faire connaître les faits étranges que vous savez, et qui se rattachent à la question principale. 11 est à croire qu'après la solution de ces questions secondaires, les promoteurs de ce triste projet ne seront pas tentés d'y revenir de si tôt! Je ne doute pas que la divergence d'opinion qui avait surgi chez quelques-uns, ne disparaisse bientôt en présence de cette décision. La concorda et l'union, qui ont toujours distingué le clergé de ce diocèse, et dont je suis heureux de lui rendre témoignage en cette circonstance, n'en |ieviendront que plus intimes, et plus fermes que jamais. Elles continueront à faire son honneur et sa force dans l'avenir, comme elles l'ont fait dans le passé. C'est un nuage qui a assombri le ciel pendant quelque temps : mais qui ne fera que le rendre plus serein désormais.

Cette union des volontés, vous le savez, cette bonne entente 'des prêtres entr'eux et avec leur évêque, nous ont permis de sauver ce diocèse des graves difficultés financières où il se trouvait, il y a une vingtaine d'années, tout en pourvoyaint en même temps aux besoins nombreux et pressants de l'administration et des œuvres diocésaines naissantes.

C'est encore, sans aucun doute, cette bonne entente du clergé avec son évêque, cette union intime des esprits et des cœurs qui nous donnera le moyen le plus sûr et le plus facile de conduire à bonne fin ce que nous avions si heureusement commencé.

Nous continuerons à dire avec bonheur : « Ecce quàm honum et quàm jucundum habitare fratres in unum ». « Ah! que c'est une chose bonne et agréable que les frères soient unis ensemble! » Le Seigneur réjoui du spectacle si consolant d'un diocèse où les Fidèles, le Clergé, et l'Evêque n'ont qu'un cœur et qu'une âme, « cor unum et anima una », pour travailler à sa gloire et au salut des âmes, chacun à son poste, continuera à répandre sur nous, comme dans le passé, et sur le peuple confié à nos soins, ses plus abondantes bénédictions.

Il ne nous reste plus qu'un devoir à remplir, devoir bien doux pour des cœurs généreux, c'est celui de la reconnaissance. Nous

offrirons au Seigneur nos plus sincères remerciements pour l'heureuse solution donnée à cette question, qui nous a causé tant de soucis et d'inquiétude depuis une année. En annonçant cette bonne nouvelle aux fidèles confiés à vos soins, par la lecture de la présente, vous les inviterez à s'unir à vous dans cette commune action de grâces.

A cet effet, dans toutes les églises et chapelles du diocèse, où se fait l'office divin, on chantera un Te Deum solennel avec les versets et oraison ordinaires pour actions de grâces, à l'issue de la grand'messe le premier dimanche après la réception de la présente circulaire...

Sur ce je vous prie d'agréer. Messieurs et bien-aimés Coopérateurs, l'assurance de mon estime et de mon affection les plus sincères, et je demeure dans ces sentiments,

Votre très humble et tout dévoué serviteur^, t L. F., Ev. des Trois-Rivières,

En recevant communication de ce projet de circulaire, Son Exe. Dom H. Smeulders répond à Mgr Lailèche ce qui suit :

Marianopoli 27 Maii 1884.

lllmo ac Rmo. Domino

Dno L. F. Laflèche, Episcopo Trifluv. Illme ac Bme Domine,

Veneratas Tuas litteras datas die 23 currentis mensis cum adjunctis documentis et Schemate Circularis Epistolae ad Clerum Tuae Diocesis mittendae, rite accepi Litterae illae Tuae mihi imprimis gratae fuerunt et acceptae; neque ex parte meà quidquam obstat, quominus praedictam Circularam Epistolam ad Clerum Tuum dirigas; itaque finis imponatur communi fidelium inquietudini, (Omnesque cum amato animarum suarum Pastore gaUdeant in Dopino Nostro Jesu Christo, qui consolatur suos in omni tribula tione, nec relinquit eos,'qui sperant in eo. Cum debito venerationis affectu permaneo, Amplitudinis Tuae Rmse Devotissijnus in Christo servus.

D. Henricus Smeulders 0. C. Com. apost.

Rome ayant aiasi approuvé, la cause était bien finie. Vous le croyez? Mais non.! Ce serait oublier qu'alors l'impénétrable Taschereau veillait à Rome même. Sa victime lui échapperait, la justice aurait raison de la fourberie et de lui-même 1 Cela, il ne pouvait le souffrir et il donna de sa personne, au risque de se découvrir, d'attirer sur lui toute la responsasabilité, tout l'odieux de cette longue et inqualifiable cabale. Que lui importait. Il voulait la fin; en avant donc tous les moyens,, et puis qui révélerait jamais sa bassesse et ses tristes agissements? L'Histoire? il l'avait faite jusque-là; il la façonnera bien aussi pour l'avenir; les trompettes de la Renommée ne sonnent-elles pas à son gré et pour sa cause seulement? Donc il intervint et avec une telle ardeur qn'aucun répit n'est plus accordé : le câble vibrera des élans de sa 'haine vigilante. Aussi dès le 31 mai 1884, Son Exe. Dom H. Smeulders devait écrire à Mgr Laflèche ce que voici :

Monseigneur, Je reçois à Tinstant le télégramme suivant, que je me fais un devoir de vous communiquer sans délai.

Montréal, may 31 — 1884.

By telegraph from Rome,

To Smeulders — Montréal —- Canada. Instante Archiepiscopo qu^estionem divisionis diocesis Trifluvianae deferri ad congregationem. Episcopus si habet alia exponenda, ^^?on^^. (Signé) SiMÉONi.

Je vous prie, en conséquence, Monseigneur, de suspendre la circulaire que vous aviez l'intention d'adresser à Votre clergé, et à laquelle, pour ma part, je ne trouvais rien à redire. — Vous voyez que la question, « instante Archiepiscopo » n'est pas, comme je le croyais de bonne foi, finie. En union de prières je reste Monseigneur, de Vous, etc.,

D. Henri Smeulders, 0. C. Com. apost,

Le 4 juin suivant, Mgr Laflèche, qui était alors en visite pastorale à Saint-Pierre-le-Becquets, répondait au commissaire Apostolique disaiit :

Saint-Pi erre-les-Becquets (en visite pastorale) ce 4 de juin 1884.

A Son Excellence, Mgr D. H. Smeulders, Com. apost.

Monseigneur, Votre Excellence comprendra facilement l'étonnement que m'a causé le télégramme du Cardinal Siméoni, en date du 31 mal dernier, ainsi conçu « Instante archiepiscopo, qiiœs'ionem divisionis diocesis Trlfluvlani^ deferri ad Coîigregationem, Episcopus si hahet alla exponenda exponaf », télégramme que Votre Excellence ne communique dans sa lettre du même jour, reçue seulement hier.

En conséquence de cette dépêche, Votre Excellence • mo prie de suspendre la Circulaire que je lui ai communiquée et que j'af adressée à mon clergé avec son approbation. A cela, je dois répondre qu'il est trop tard, et que cette Circulaire a été lue dans toutes les églises du diocèse, dimanche dernier, jour de la Pentecôte.

Puisque la question principale de la division de mon diocèse n'est pas finie, comme vous me l'aviez annoncé de bonne foi, me dites-vous, et sur des informations officielles pourtant; puisque, après ce règlement formel de la question, on me demande encore d'exposer ce qu'il me reste à dire sur le sujet, je dois rappeler à Votre Excellence; 1^ que je n'ai encore rien exposé olficiellement à Votie Excellence sur cette question; 2° que j'ai, dès le mois de novembre dernier, j| demandé, à Votre Excellence de faire une enquête juridique en cette affaire; 3» que chuque fois que les circonstances l'ont exigé, ou que l'occasion s'en est présentée, j'ai renouvelé auprès de Votre Excellence cette demande d'enquête juridique; 4^ que j'ai même protesté dans l'occasion contre certaine démarche de Votre Excellence, parce qu'elle était contraire à la procédure juridique, et que je ne voulais pas qu'il se glissât là de ma part une admission capable d'affaiblir mon droit à une enquête juridique; 5° que, lorsque Votre Excellence me communiqua la nouvelle que la question prin-

cipale de la division de mon diocèse était réglée dans la négative « ratione habita circumst antiarum intérim mutatarum », je lui fis aussitôt absenter que trois chbses essentiellas à l'affaire, savoir, les raisons de la demande de division, les procédés des pétionnaires, et les accusations portées contre moi, n'étaient pas jugées, et q'en conséquence, je continuais de demander une enquête juridique sur cette affaire.

J'ajoute aujourd'hui que je renouvelle auprès de Votre Excellenco avec plus d'instance que jamais, cette demande d'enquête juridique, sur toute l'affaire de la division de mon diocèse, parce que, on présence du revirement étonnant que vous me faites connaître, il sera, je pense, évident cette fois du moins pour tout le monde, que c'est là mon unique planche de salut, mon unique moyen de sauvegarder les intérêts du diocèse qui m'est confié, et de protéger le Saint- Siège contre les incroyables intrigue qui l'assiègent. C'est, du resle, un droit que l'Eglise m'accorde, et je n'ai entendu, en aucune circons tante, m'en départir, malgré les pressantes sollicitations qui m'ont été faites à ce sujet, jo ne puis même le faire en conscience, car ce serait exposer mon diocèse à une ruine, sur laquelle Votre Excellence n'a plus de doute aujourd'hui.

Il est donc évident. Excellence, que, comme M. l'abbé Provencher me le dit dans la lettre ci-jointe que je vous communique, comme plusieurs hauts personnages de Rome me l'ont fait dire à différences reprises, il est évident, dis-je, que l'on « m'a fait cette concession pour m'amener à céder le reste de mes droits ». Quelle chose incroyable! Il est évident, de plus, que Votre Excellence a été trompée, et qu'Elle a elle-même aujourd'hui à se défendre contre les intrigues qui se jouent à Rome. Protéger Votre Excellence contre ces intrigues que je redoutais en toute raison, puisque je les avais plusieurs fois expérimentées et que j'en avais été la victime, était un des grands motifs qui me portaient

et qui me portent encore à demander une encjuête juridique. Des pièces juridiques seules me paraissent capables d'arriver sûrement à la Sacrée Congrégation, et d'y faire voir les cbosets sous leur vrai jour. Aussi, je préviens Votre Excellence que j'attends en toute hâte la réponse qu'Elle jugera à propos de me faire sur ma demande d'enquête juridique, afin que, si je ne puis l'obtenir de Votre Excellence, je vois à me pourvoir ailleurs. Je la préviens de plus que je vais prendre des mesures immédiatement, pour présenter à qui de droit les plaintes que j'ai à formuler contre certains employés de la Propagande, plaintes que je lui ai fait connaître en substance à la dernière entrevue que j'ai eu l'honneur d'avoir avec Elle. Je l'informe encore que je vais écrire directement au Saint-Père, pour lui dévoiler les intrigues qui l'entourent, pour lui faire connaître cette véritable ligne de circonvallation qu'on m'assure être établie autour de sa Personne sacrée pour empêcher les informations exactes et véridiques sur mes affaires de Lui arriver. J'ose même prier Votre Excellence de vouloir bien le faire de son côté : la justice, l'honneur du Saint-Siège et votre propre personne y sont grandement intéressés. N'est-il pas évident, en effet, qu'aussi longtemps que les informations sur nos affaires, surtout si elles ne sont qu'officieuses, passeront par ces employés de la Propagande, tout mourra là, ou en sortira après un travertissement complet?

Je ne vous cache pas. Excellence, que je suis profondément affligé de voir une telle manière d'agir; et, quand je considère les tristes conséquences que ces procédés vont avoir pour le Saint-Siège, j'en suis effrayé. Que va, en effet, penser de cela le clergé du diocèse, à qui j'ai annoncé officiellement, sur vos informations et avec votre approbabation, que le projet de division avait (été écarté à Borne et que la question de la division était close?

Que va en penser le pays entier, qui a depuis si longtemps

— isoles yeux sur cette affaire, et qui connaît déjà sans doute ce règlement désormais illusoire de la question?

Voire Excellence comprend assurément qu'avant tout, il faut arrêter totite démarcîie ^et tout procédé -devant la Sacrée Congrégatron de la Propagande sur cette affaire de la division de mon diocèse, afin que j'aie le temps de faire au préalable mon exposé juridique. Que Votre Excellence veuille donc prendre les mesures pour celai

Si vous jugez nécessaire que j'interrompe ma visite pastorale, pour vous rencontrer et procéder à l'enquête, veuillez me le faire savoir: je me rendrai aussitôt à vos désirs. Ne perdons pas de vue cependant que l'interruption subite de cette visite éveillera bien des soupçons, et causera, en définitive, un nouveau scandale, qui rejaillira sur le Saint-Siège, en même temps qu'il me discréditera moi-même. S'il n*y a pas de risque, je pense qu'il serait mieux d'attendre à la fin de ce mois, où je dois aller à Montréal pour la fête de la Saint Jean-Baptiste, et où nous pourrions nous entendre facilement sans causer aucune alarme.

Je prie toutefois Votre Excellence de vouloir bien me faire savoir au plus tôt si Elle jm'accorde l'enquête juridique, et ce qu'elle entend faire. ■

Je prie également Dieu de venir en ^ide à Votre Excellence dans cette circonstance difficile, et je demeure,

de Votre Excellence.

Le très humble et très dévoué sersriteur ten Jésus-Christ.

t L. F. ,Ev. DES Trois-Rivières.

Mgr Smeulders répond aussitôt :

Montréal, 9 juin 1884.

A Sa Grandeur, Monseigneur Laflèche, Evêque des Trois-Rivières,

Monseigneur, J'ai communiqué à Votre Grandeur, sans délai, le télégramme reçu le 31 mai dernier, cependant il est arrivé

trop tard à Votre connaissance, pour arrêter la publication de la Circulaire, que j'avais trouvée correcte. Nous ne sommes donc pas en faute, ni l'un ni l'autre, quant à cette publication, qui a provoqué la joie de vos diocésains, ranimé les bons catholiques des autres diocèses, 'et m'a fait entendre des félicitations des hommes les plus remarquables du pays. Eh bien Monseigneur, laissez donc la Circulaire qui est venu trop tard, dans le silence. Nous savons maintenant, que c'est « instante Archiepiscopo » que la vilaine question est pour retourner sur le tapis. Peut-être nous avons affaire à un mal qui n'est pas arrivé pour nuire. Aussi j'ai écrit à Rome de différer la Position, et de vous accorder le temps de préparer votre défense, et surtout de m'autoriser à faire l'enquête que vous demandez. Quand j'aurai reçu une réponse, je vous la ferai savoir, et nous nous entendrons sur ce qu'il y aura à faire.

Veuillez agréer l'hommage de mon respectueux dévouement, avec lequel je reste en union de prière. De Votre Grandeur, le très humble Serviteur, ^ h. Smeulders 0. C„ Com, Apost.

Et maintenant qu'on s'en accommode ou qu'on no s'en accommode pas, le principal coupable dans toute celte vilaine affaire, vilaine à tant de titres divers qui apparaisSient au grand jour, ou s'effacent dans une ombre transparente ^t n'ont rien de commun avec la justice, ni avec l'honnêteté, n'est autre que 1' « Instans archiepiscopus » c'est-à-dire Tasche- REAU. Le Commissaire Apostolique nous le désigne, disant : Du moins, nous savons maintenant que c'est — Instante ARCHIEPISCOPO — que la vilaine question est retournée sur le tapis.

Nous donnerons la suite de la correspondance échangée entre Mgr Laf lèche et le Commissaire Apostolique, sans commentaire, leur sens et leur portée ne laissant subsister aucune ambiguïté :

Evêché des Trois-Rivières, 16 juillet 1884.

A Son Exe. Mgr D. M. Smeulders, Com. Apost.

Monseigneur, Votre Excellence me disait dans sa lettre du 9

juin dernier : « J'ai écrit à Rome de différer la Position, et de vous accorder le temps de préparer votre défense, ot surtout de m'autoriser à faire l'enquête que vous dem,andez. Quand j'aurai reçu ma réponse, je vous la ferai savoir, et nous nous entendrons sur ce qu'il y aura à faire. »

Ayant terminé ma visite pastorale, je désire me mettre à l'œuvre sans délai, et préparer les documents nécessaires à l'enquête juridique que j'ai demandée. Il y a déjà plus d'un mois que Votre Excellence a demandé à Rome les pouvoirs à cet effet; je la prie de me faire connaître le résultat de cette demande aussitôt qu'EUe l'aura reçu, ce qui ne peut tarder longtemps.

En attendant, je la prie de me donner communication des Lettres Apostoliques, par lesquelles le Saint-Siège vous a chargé de ce qui Concerne la question de la division du diocèse des Trois-Rivières, ainsi que communication des pièces qui sont au dossier de cette affaire. La connaissance de ces documents m'est nécessaire pour commencer mon travail.

Votre Excellence voudra bien aussi me faire connaître, aussitôt qu'Elle le pourra, l'époque précise de sa venue aux Trois-Rivières. " En attendant l'honneur et le plaisir de son séjour ici, je vous prie d'agréer, etc.

t L. F. Ev. DES l^ROIS-RlVlÈRES.

Montréal, 22 juillet 1884.

A S. Gr. Mgr Laflèche, Evêque des Trois-Rivières.

Monseigneur, Attendant tous les jours une réponse de Rome, j'ai tardé à répondre à votre honorée lettre du 16 courant. Jusqu'ici, je n'ai encore rien reçu. Cependant je voudrais soumettre confidentiellement à votre examen quelques documents, qu'il est dans mon pouvoir de vous communiquer; mais je ne puis pas vctis les envoyer par la poste; de plus, je désirerais beaucoup avoir une entrevue avec Votre Grandeur. Ne vous serait-il pas possible. Monseigneur, de faire une petite excursion à Montréal? Je suis a votre disposition tous les jours, et j'aimerais vous voir le plus tôt possible.

Veuillez agréer. Monseigneur, l'hommage de mon respectueux dévouement, avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc..

D. Henri Smeulders, 0. C. Comm. Apost.

A Son Exe. Dom Henri Smeulders^ Corn- Apost. au Canada.

Excellence, J'ai l'honneur .d'accuser réception Je votre lettre du 22 courant, par laquelle Votre Excellence me fait connaître 1° qu'Elle n'a pas encore reçu de Rome la réponse à Sa lettre du commencement du mois de juin, demandant pour Elle « rautorisation de faire l'enquête » que je demande; 2'^ qu'Elle « voudrait soumettre oorifidentiellemer t à mon examen quelques documents », Ce pourquoi Elle d'sire que je me rende à Montréal le plus tôt possible, et que j'aie une entrevue avec Elle.

Tout d'abord, je prends la liberté de faire remarquer à Votre Excellence qu'Elle ne m'a pajs hWoré d'uno réponse à ma demande deux fois formulée par écrit, savoir : le 16 avril 1884 et le 16 juillet courant, de vouloir bien me donner communication des Lettres Apostoliques, en vertu desquelles Votre Excellence est chargée par le Saint-Siège de traiter l'affaire de mon diocèse. Cette demande, que je renouvelle présentement pour la troisième fois, repose cependant sur des motifs que je crois très graves. Il appert en effet par les paroles que Sa Sainteté Léon XIII a daigné m'adresser lors de mon départ de Rome, l'été dernier, ainsi que par celles que Sa Sainteté a dites ,à Votre Excellence, suivant ce que V. E. m'a déclaré à notre entrevue du 30 octobre dernier, que V. E. a été chargée par le Saint-Père de faire enquête sur l'affaire de mon diocèse. De là il faut ccnclure que, ex officio, et d'après les lois de l'Eglise, Votre Excellence est revêtue du pouvoir nécessaire à faire l'enquête juridique que je demande sur cette affaire.

Il appert cependant, d'un autre côté, par les paroles que V. E. ma écrites le 9 juin dernier, à savoir, qu'Elle avait écrit à Rome pour être autorisée à faire l'enquête demandée, que les Instructions données à V. E. ne sont pas en conformité avec les volontés fei clairement exprimées du Souverain Pontife. Je suis du moins forcé de le conclure.

Et si les Instructions que V. E. a reçues ne comportent

pas l'enquête voulue par le Saint-Père, il n'est pas étonnant que Votre demande « d'autorisation à faire l'enquête demandée » soit encore sans réponse à un mois et demi de date. 11 ne serait pas même impossible, vu ce qui est déjà arrivé, qu'elle resterait sans réponse, du moins sans réponse favorable, pendant tout le temps requis pour que les intrigues, qui semblent visiblement se jouer à Rome, puissent faire leur cliemin.

Je me permettrai de rappeler ici ce que j'avais l'honneur de dire à V. E. lors de notre dernière entrevue, qu'il 'me paraît que, sous de telleis circonstances. Elle devrait faire connaître directement au Saint-Père comment Ses volontés suprêmes sont méconnues.

Pour moi, je veux continuer de travailler à le faire dans la mesure de mes forces, pour l'iionneur du Saint-Siège et dans l'intérêt de la justice, et le bien des âmes qui me sont oonfiées. Voilà pourquoi, je prie une troisième fois V. E. de vouloir bien me donner communication de ses Lettres Apostoliques, afin que je puisse fournir par là, comme tout Le fait présumer, la preuve certaine quô l'on a voulu mettre V. E. en demeure de ne pas accomplir ïes intentions du Saint-Père, En tous cas, cela me permettra de découvrir pluiS sûrement où se trouve l'obstacle à l'accomplissement des volontés du Souverain Pontife, et au cours de la justice.

Votre Excellence comprendra de plus que pour peu que la réponse de Rome se fasse encore attendre, nous serons bien forcés de considérer ce retard comme une tactique de ceux à qui il a plu de se faire nos adversaires déclarés et les ennemis irréconciliables de nos droits. Plus que jamais alors, il deviendra nécessaire de se plaindre d'eux, au lieu de s'en rapporter à leurs avis et à leur direction, qui évidemment sont voués à des intérêts étrangers plutôt qu'à la cause du bien et à celle de la justice. Nous devrons en finir avec eux, avant qu'ils aient eu le temps de remanier la, question de la division de mon diocèse, sans enquête

juridique et sans rapport officiel Je votre part : ce qui papaît être leur plan bien arrêté, d'après des informations que j'ai lieu de croire exactes. Au reste, les sévères appréciations qu'a provoquées dams le pays la rumeur que la question do la division du diocèse allait être reconsidérée, et les paroles d'un véritable mépris pour la Cour de Rome qui s'en sont suivies de tous côtéfe, créent une nécessité pressante de mettre fin à Je si indignes menées et de faire cesser au plus tôt un tel scandale.

Votre Excellence me fait l'honneur de me dire en second lieu qu'Elle « voudrait soumettre oonfidentiellement à mon examen quelques documents », et en conséquence, Elle me prie de me rendre à Montréal le plus tôt possible.

Votre Excellence comprendra facilement que, comme il est devenu évident que seuls des procédés juridiques peuvent rendre la vérité et la justice victorieuseis des odieuses ma- ^ nœuvres qui leur font obstacle, je ne puis, quoîq'u^aVec regret, me rendre à Ses désirs, devant m'en tenir strictement aux procédures officielles et régulières.

Enfin, Excellence, comme je suis bien convaincu que l'enquête que je demande me sera accordée, aussitôt que nous aurons réussi à faire connaître au Saint-Père les intrigues qui se jouent autour de Lui, Sa Sainteté n'ayant à cœur que d'avoir la lumière pleine et entière sur la question difficile qui nous occupe, je dois coînmencer immédiatement à me préparer à cette enquête, et en conséquence, j'attends avec confiance les Lettres Apostoliques, dont je vous ai officiellement demandé communication, et toutes les pièces relatives à l'affaire de mon diocèse, lesquelles ont déjà été aussi plusieurs fois régulièrement demandées.

Je demeure avec la plus haute considération, etc. t L- F., Ev. DES Trois-Rivières.

Evêché des Trois-Rivièrets, ce 24 juillet 1884.

Montréal, 27 juillet 1884.

A S. Gr. Mgr Laflèche, Evêque des Trois- Rivières.

Monseigneur, Mais ce que vous exigez avec tant d'instance ne dépond pas de moi, et n'est pajs dans mon pouvoir de vous accorder. Je ne puis pa^ v^ous envoyer « les Letres Apostoliques en vertu desquelles Vous me supposez cliargé de traiter l'affaire de votre diocèse », pour la bonne raison, que je n'ai pas de telles lettres, qui regardent spécialement cette affaire. Je n'ai que le Bref de nomination de Commissaire Apostolique, qui a été publié, et qui vous est certainement connu, et dont d'ailleurs je vous aurais donné lecture, interprétation et copie si vous l'aviez voulu, et si vous vous étiez rendu à l'entrevue que je vous ai proposée. Mais, vous le savez, dans ce document il n'y a rien de particulier relativement à l'affaire de votre diocèse. Aussi cette affaire ne paraît pas avoir été la raison déterminante de ma mission en ces lieux. D'ailleurs, et c'est positif, je n'ai pas le pouvoir de porter un jugement sur cette affaire. Je ne doiis, ni ne puis faire autre choise que faire une relation de commodo et, incanimodo divisionis. Voici les termes textuels : « Referira qtianto creda utile la progettata divisione délia diocesi di Trois -Rivières ». Maintenant, vous comprendrez facilement. Monseigneur, en quel senjs j'ai donné ma relation dans le temps. Le résultat vous l'a fait connaître suffisamment. J'ai écrit, et je l'écrirai encore, que la division de ce diocèse n'est ni nécessaire, ni utile au salut des âmes. Mais l'archevêque de Québec, appuyé par quelques-uns des évêques de la Province, prétendent le contraire. Il- s'est rendu à Rome pour me contredire et pour y plaidoyer le contraire. Vous connaissez le télégi'amme : « Instante archiepiscopo, etc ». Il va sans dire. Monseigneur, que l'affaire est maintenant plus à Rome qu'ici; mais cela ne dépend pas de moi, ni je ne puis rien y faire.

Quant à l'enquête que vous exigez. Monseigneur, je ne

puis pas l'entreprendre sans une autorisation et des instructions spéciales, que je n'ai pas. Vous devez bien comprendre que par mon mandat je suis astreint à la question de commodo et incommodo divisionis, sur laquelle vous poui*riez vous-même me procurer les meilleurs renseignements. Et c'est pour cela aussi, Monseigneur, que 'je suis obligé à me refuser à toutes vos demandes, qiii ne se rattachent, pas à cette question, et soyez bien persuadé que cela ne dépend pas de ma volonté. Pour ma part, je serais très aise de vous contenter en tout, mais ce qlii est contraire à mon, devoir, je ne puis pas le faire. Vous avez votre correspondant et vos avocats à Rotoe. Faites-vous autoriser à demander toutes les pièceis que vous voulez, et, si je les ai, je vous les communiquerai sans la moindre difficulté : mais, sans cette autorisation, je ne puis pas le faire. Soyez donc bien persuadé, Monseigneur, de ma bonne volonté à votre égard, mais ne me demandez pas de cboses que je ne puis pas vous accorder sans agir contre mon devoir.

Voilà. Monseigneur, ce que j'ai cru devoir porter à Votre connaissance pour vous faire bien comprendre ma position dans cette affaire, qui n'est rien moins qu'agréable pour moi, et que j'aurais réglée depuis longtemps, si cela avait été dans mon pouvoir, et, vous n'en doutez pas, je crois, vous en auriez été content sous tous les rapports.

Enfin, Monseigneur, ce que je viens de vous écrire est tout à fait confidentiel, et ne doit servir que pour votre usage particulier dans l'affaire que nous traitons. Et à cette occasion, permettez-moi de vous exprimer une certaine crainte que j'ai, que vos adversaires à Rome ne fassent valoir contre vous la grande publicité qu'on a donnée ,à cette affaire, et qu'on ne fasse croire que vous en avez appelé à l'opinion publique, et que de simples laïcs se posent en juges d'une question purement ecclésias tique et exclusivement du ressort du Saint-Siège. Et quoique ce ne soit pas la vérité, des adversaires habiles peuvent représenter le fait

sous un aspect défavorable. Avec cet avis, que je vous exprime dans toute la sincérité do mon cœur, veuillez agréer, Monseigneur, lliommage de mon profond respect, avec lequel j'ai rHonneur d'être, etc., t

D. Henri Smeulders, 0. C, Com. Ap.

A Son Exe. Dom Henri Smeulders, Com. Apost.

Excellence. Je remercie cordialement V. E. des sentiments de bienveillance qu'EUe m'exprime dans sa lettre du 27 ultimo, et je prends en même temps la liborté de Lui donner quelques mois d'explication, en réponse aux reproches qu'EUe m'y fait. ' f '

J'ai déjà eu l'honneur de donner à V. E. les graves raisons pour lesquelles j'ai demandé communication des pièces relatives à l'affairo de mon diocèse, -et des pouvoirs conférés à V. E. de traiter cette affaire. Si j'ai du me montrer importun en renouvelant souvant celte demande depuis bientôt neuf mois, c'est que je n'ai jamais eu l'honnear d'une réponse avant le 27 ultimo. Si V. E. avait bien voulu me dire, dès le commencement, qu'EUe n'avait pas la liberté de m'accorder ce qui je demandais, j'aurais aussitôt cessé d'exiger d'EUe avec tant d'instance ce qu'EUe m'aurait déclaré n'être pas en son pouvoir.

D'un autre côté, je ferai remarquer àV. E. que je ne Lui ai pas demandé communication de Lettres Apostoliques, qui regardassent spécialement ou exclusivement l'affaire de mon diocèse; j'ai simplement demandé à connaître la Commission quelle qu'elle fût, spéciale ou incidente, en vertu de laquelle V. E. était chargée de s'occuper de l'affaire, qui me touche plus particulièrement.

V. E. me dit qu'EUe n'a que le Bref de nomination de Commissaire Apostolique, qui a été publié, et dans lequel il n'y a rien de particulier relativement à l'affaire de mon diocèse. J'ai sous les yeux ce Bref, ^u du moins la traduc-

tiou française qui en a été publiée par la « Vérité », numéro du 3 novembre 1883, et, en effet, je n'y Vois rien qui ait trait à l'affaire de mon diocèse, que cette phrase peut-être, dont le sens indéterminé pourrait s'appliquer à cette affaire; « nous avons voulu en même temps le chiarger de traiter quelques autres affaires ecclésiastiques qui regardent la même contrée ».

Je n'y vois rien qui puisse traduire a-vec la moindre fidélité le^ mots : « Referira quanto creda utile la progettata divisione délia diocesi di Trois-Rivières », que vous voulez bien me citer textuellement. D'où il me faut conclure que ces mots sont le texte d'un autre document, qui est nécessairement officiel comme le premier, puisque c'est là ce qui détermine la mission de V. E. vis-à-Vis mon diocèse en particulier. Que j'aurais été heureux, et qu'il me serait encore utile do posséder une copie authentique de cette pièce, à l'aide de laquelle ma position serait plus clairement dessinée! j V. E. me fera sans doute la justice de croire qii'en deman- I dant cette communication, ou toute autre, je n'ai nullement eu l'intention de demander ce que V. E. ne pouvait m'acoorder sans manquer à son devoir; mais qu'au contraire j'avais pour but d'accomplir aussi fidèlement que possible l'un de mes plus impérieux devoirs, celui de protéger mon diocèse menacé, et d'user pour cela d'un droit que me confèrent les saints canons. i

V. E. me dit que par ces paroles, Referira, etc., Elle a été chargée simplement de faire une relation de commodo i et incommodo divisionis. C'est aussi ce que je pensais. Je n'avais pas de raisons de croire que V. E. fût autorisée à porter un jugement en cette affaire. Mais quant au mo;de à suivre pour vous mettre en état de faire cette relation de commodo et incommodo divisionis, je croyais et je crois encore que V. E. devait adopter le mode juridique; et c'est toujours à ce point de vue que je me suis placé pour traiter

cette question, dans le but que le Saint-Siège fût renseigné d'une manière authentique. • '

En suivant un autre mode, V. E. a été amenée à faire rapport que la division de mon diocèse n'est ni nécessaire ni utile au salut des âmels, et cela à raison des circonstances survenues depuis le décret d'opportunité rendu par le Saint-Siège. Mais en adoptant le mode juridique. Elle aurait été conduite à constater et à a- tester si les allégations, faites auprès du Saint-Siège pour t)btenir le décret sujs-mentionné, sont vraies ou fausses, et si ce décret a été obtenu légitimement ou, comme" je l'ai toujours prétendu, par subreption ou par suite d'un faux.

Autre différence essentielle. Par le n/ode suivi, le rapport de V. E. est exposé à être niis de côté sous l'influence des intrigues, dont l'existence et le pouvoir sont depuis longtemps indubitables et dont le télégramme du 31 mai est une nouvelle preuve; par le mode demandé, la vérité en serait nécessairement résultée.

Voilà pour le passé. Pour le présent, V. E. me dit qu'Elle ne peut entreprendre l'enquête que je demande sans une autorisation et des instructions spéciales, qu'Elle n'a pas, et que, par son mandat, Elle est ,astreinte à la question de commodo et incommodo divisionis, sur laquelle je pourrais moi-même Lui procurer les meilleurs reniseignements. J'avoue que je ne puis comprendre comment, lorsque V. E. est chargée de se renseigner et de renseigner l'autorité sur le commodum et Vincommodum de la division, Elle soit dépourvue de juridiction pour adopter le seul mode d'obtenir des informations authentiques.

Au surplus, je n'ai jamais refusé de fournir sur la question les renseignements que je suis en état de donner. Au contraire, j'ai toujours demandé et je demande encore à ce qu'on m'accorde la liberté de le faire, mais d'une manière juridique et non autrement; car, il n'est pas besoin de le faire remarquer, toute information qui n'est pas soumise à

TépreuvG de la critique et de la. contradiction, manque d'autorité et de crédibilité absolue.

J'ai prévenu votre avis et je me suis adressé à qui de droit à Rome, pour obtenir que l'enquête que je demande soit faite.

Je comprends toute la difficulté de la position que l'on a faite à V. E,, et veuillez croire que je prends une large part aux misères que l'on vous a créées; mais soyez égament convaincu que ce que je demande est, dans mon humble opinion, en même temps que le moyen de protéger mon diocèse et ma personne contre les intrigues, celui de venger l'honneur du Saint-Siège, et de soustraire V. E. aux embarras dans lesquels Elle se trouve.

Quant à la crainte que V. E. exprime que nos adversaires à Rome ne fassent valoir contre moi la grande publicité donnée à cette affaire, je ne vois pas qu'elle soit fondée. En effet, c'est Mgr l'Archevêque qui, le premier, il y a déjà plus d'un an, a publié sans nécessité la décision du Saint-Siège, et l'a faussement représentée auprès des populations comme irréformable ; ce qui était évidemment fait dans le but de m'humilier, et ce qui a eu pour conséquence d'affliger grandement mes diocésains." Au reste, il a été dès lors notoire pour la population instruite et particulièrement pour les hommes de loi, que cette décision du Saint-Siège avait été prise hors la connaissance de l'Evêque intéressé et sans son consentement, de même que sans enquête sur le commodum et Vincommodum de la division. De plus, cette décision avait des conséquences nécessairement publiques, comme celle de détruire des relations civiles et commerciales, au grand préjudice d'une partie de la population. C'est ce qu'attestent de nombreiuses lettres que j'ai alors reçues de personnages importants, et que je puis au besoin communiquer à V. E. Cette décision faisait encore pressentir dès lors un grand scandale, en ce qu'on soupçonnait qu'elle fût le résultat d'intrigues et de manœuvres fraudu-

leuses faites auprès du Saint-Siège. N'eussent été, en effet, ces sentiments existant dans la population, il est évident qu'après la décision du 19 avril dernier, V. E. n'aurait pas reçu les lettres de félicitations, que des Hommes des plus importants du pays Lui ont adressées, suivant ce qu'Elle a bien voulu me faire connaître.

Malgré cela, et bien que les journaux protestants et impies du pays aient mis en circulation toutes sortes de nouvelles sur les procédés de V. E. dans l'affaire de mon diocèse, et cela à mon détriment bien entendu, la population de mon diocèse, pendant l'espace de plus d'une année, q^ui s'est écoulé avant la décision du 19 avril, s'est abstenue de toute manifestation, et la presse catholique a gardé le plus profond silence. Ce n'est qu'auprès la décision rendue et promulguée avec ragrément de V. E., que mes diocésains ont fait d'éclatantes manifestations, d'autant plus légitimes qu'elles avaient un langage absolument conforme a^vec la décision du Saint-Siège.

Pour ce qui en est des laïques ,que l'on pourrait représenter comme s'étant posés juges de questions ecclésiastiques, il faut remarquer que pas un d'eux n'a prononcé un jugement. Les plus instruits seulement, étant au fait des intrigues et des manœuvreB qui existent au fond de cette affaire de la division de mon diocèse, ont demandé, une enquête solennelle, pour que le Saint-Siège puisse connaître sûrement les coupables, et régler ce que de droit.

Je prie V. E. de croire à mon entier dévouement en Notre- Seigneur. | L F. Ev. des Trois-Rivières.

Evêché des Trois-Rivières, ce l^r août 1884.

EvÊCHÉ DES Trois-Rivières, le 10 août 1884.

A Son Exe. Mgr D. II. Smeulders, Comm. Apost. Monseigneur, J'ai l'honneur de transmetlre à Votre Excellence, avec la présente une copie de la demande que mon

Procureui à Rome, M. L. Désilets, vicaire général, a faite au Cardinal Siméoni, d'une enquête juridique stir tout ce qui' concerne la qu^tion de la division du diocèse des Trois- Rivières. Je vous prie en même tempss de faire connaître à Son Eminence que j'ai pris communication de ce document, que je l'ai trouvé solidement et exactement motivé, que je l'approuve et lui donne pleine et entière confirmation.

En conséquence, j'insiste de nouveau auprès de Son Eminence, tant en mon nom qu'au nom de mon clergé et âe mes diocésains pour lui demander de faire instituer par Votre Excellence une enquête juridique sur cette question, afin que justice soit rendue à qui de droit.

Voilà neuf ans passés que des personnes qui se sont toujours cachées dans les ténèbres de l'intrigue, qui ont toujours dérobé à la connaissance des intéressés les documents défectueux dont ils se sont servis, travaillent à cette œuvre du démembrement de mon diocèse. Il m'a fallu faire pendant ce temps des dépenses considérables pour le défendre contre leurs tentatives déloyales, et ces dépenses sont inévitablement retombées sur ce diocèse déjà . obéré d'une lourde dette. I i

La justice. Excellence, ne demande-t-elle pas que ces dépenses retombent sur ceux qui les ont causées sans aucune raison plausible et injustement? Or, une enquête juridique seule pourra constater si ces personnes avaient le droit de faire une telle demande, si elles avaient le droit de faire une telle demande, si elles avaient des motifs justifiable^ de la faire, si les documents qu'elles ont présentés portent des signatures authentiques et responsables, et contiennent des allégués exacts et vrais.

Mais si cette enquête démontre le contraire et prouve que ces personnes ont agi sans droit, à l'insu des intéressés, ont eu recours à l'intrigue et au mensonge, qu'ils n'avaient aucune raison plausible de faire une telle demande; ne s'ensuivra-t-il pas évidemment qu'elles se sont rendues coupables

d'une grave injustice envers ce diocèse, et que, par conséquent, elles sont obligées de la réparer?

Or, Monseigneur, j'ai l'intime conviction que c'est là ce que constatera l'enquête juridique que je demande.

Ce n'est donc pas seulement pour sauvegarder l'honneur du Saint-Siège péniblement engagé dans cette question à la face du pays tout entier, et préserver mon diocèse d'un démembrement ruineux, que j'insiste tant sur oet'e demande, mais c'est encore pour obtenir la réparation convenable des injustices dont mon clergé et mes diocésains ont eu à souffrir en cette affaire; c'est pour justifier le clergé et l'évêque de ce diocèse si indignement calomniés devant le Saint-Siège dans quelques-unjs de leurs documents.

Voilà, Excellence, ce que je vous prie de faire connaître à Son Em. le Cardinal Préfet, avant qu'il fasse la position de cette question devant la réunion générale des Cardinaux de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

Veuillez aussi lui faire connaître que c'est la réponse que je me crois obligé de faire à la demande de son télégramme du 31 dernier : « Episcopus si habet alia exponenda exponat ».

En effet, j'ai encore bien des choses à exposer sur cette question; mais j'ai toujours demandé depuis l'automne dernier, et je demande encore à les exposer dans une enquête conduite selon la procédure juridique.

Dans l'espoir que Son Eminence fera droit à une demande aussi juste et aussi conforme aux règles de l'Eglise, j'ai l'honneur de me souscrire avec la plus haute considération. De Votre Excellence, le très humble et tout dévoué serviteur,

t L. F. Ev. DES Trois-Rivières.

DIVISION DU DIOCfcSE DES 1 ROIS-RIVIÈRES MGR LAFLÈCIIE ANNONCE LE FAIT ACCOMPLI A SON CLERGÉ

Le 5 janvier 1885, Mgr Laflèche frappe d'interdit l'abbé Marquis, l'intrigant de bas étage, selon Mgr Conroy, dél. apostolique^, et par cette lettre pastorale datée du 21 janvier de la même année, il fait part ^ son clergé du démembrement de son diocèse.

Louis- François Laflèche, par la miséricorde de Dieu et la grâce du St Siège Apostolique, Évêque des Trois- Rivières, etc , etc-

Au Clergé et aux Fidèles de ce diocèse, Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Nos Très Chers Frères, Un certain nombre de journaux répandent depuis longtemps des nouvelles de boutes sortes, souvent même les plus étranges et les plus invraisemblables, concernant la question de la division du diocèse des Trois- Rivières. Nous comprenons, N. T. C. F., les vives inquiétudes que ces rumeuns si diverses sont de nature à vous cau-

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