Evêché des Trois-Rivières, 5 janvier
Messieurs, par la présente lettre, je défends que M. l'abbé C. Marquis, ancien Curé de Saint-Célestin, soit admis à célébrer la sainte Messe en quelque lieu que ce soit et à porter les insignes d'une dignité ecclésiasti. que quelconque, dans toute l'étendue du diocèse des Trois-Rivières, avant qu'il ait exhibé au Curé de la paroisse des lettres testimoniales dûment visées par l'Ordinaire de ce diocèse.
Je demeure,
Votre tout dévoué Serviteur,
t ^- F. Ev. des Trois-Rivières.
ser, puisqu'elles ont trait à une question qui touche directement à vos intérêts religieux et matériels. Voilà pourquoi, Nous qui avons la sollicitude de tout le troupeau de oe diocèse, Nous croyons de notre devoir dans les circonstances présentes de ne pas laisser plus longtemps vos âmes en proie aux anxiétés qu'elles éprouvent nécessairement.
Notre intention n'est pas toutefois de vous exposer auaujourd'hui en détail les phases diverses par lesquelles cette question a passé, ni les nombreuses péripéties de la lutte qu'avec la grâce de Dieu Nous soutenons depuis si longtemps pour vous ; NoujS le ferons plus tard si un jour ou l'autre la chose nous paraît nécessaire. Pour le moment^ nous voulons seulement, dans le but de rassurer vos âmes, porter h votre connaissance la décision rendue par le Saint- Siège en cette affaire, le 5 octobre dernier, ainsi que les faits principaux qui ont précédé et préparé cette décision.
Le 19 avril 1884, Son Excellence, Mgr Dom Henri Smeulders. Commissaire Apostolique au Canada, nous écrivait officiellement la lettre suivante :
Loué soit Jésus-Christ qui est ressuscité d'entre les morts.
A riilustrissime et Révérendissime Seigneur Louis-François Laflèche, Evêque des Trois-Rivières.
Montréal, 19 avril 1884.
Illustrissime et Révérendissime Seigneur, En vous transmettant ci-joint les authentiques des documents que vous m'avez dejnandés, je vous annonce que la question touchant la division du diocèse des Trois-Rivières a été résolue. La division proposée,; à raison du changement survenu dans les circonstances, ne paraît ni nécessaire, ni utile au salut des âmes. En conséquence la portion du peuple fidèle que le Vicaire de Jésus-Christ, icibas, le Pasteur Universel a confié à votre sollicitude pastorale, demeure tout entière soumise et confiée à votre direction et à vos soins paternels.
Je vous annonce cette solution de la question principale afin que vous mettiez de côté toute inquiétude à ce sujet, cependant
je Vous prie de vDiiloir bien la tenir «ecrète enccwe un peu de temps, et d'attendre une occasion favorable que je regarde comme prochaine, où vous pourriez plus convenablement et plus utilement la fairfe connaître.
Poursuivez donc vos autres œuvres aVec calme et grande confiance en Dieu.
Votre très dévoué serviteur en J.-C,
D'. Henri Smeulders, 0. C, Com. Apost.
Désireux de communiquer cette l^onue nouvelle au Clergé du diocèse, et par le Clergé au Fidèles, nous préparâmes, à la première occasion favorable, un projet de lettre Circulaire que, pour plus d-e prudence, nous soumîmes, avant sa publication, à l'approbation du Représentant du Saint-Siège. Son Excellence, Mgr le Commissaire Apotstolique daigna l'approuve]* en tous points par la lettre suivante, datée du 27 mai 1884 : '
Montréal, 27 mai 1884.
A l'Illustrissime et Révérendissime Seigneur L. F. LaflèchE;, Evêque des Trois-Rivières.
Illustrissime et Révérendissime Seigneur, J'ai reçu votre très honorée lettre en date du ^3 courant, accompagnée de certains documents et d'une Lettre Circulaire que vous vous proposez d'adresser au Clergé de votre diocèse.
Il m'a été très agréable de recevoir cette lettre de Votre Grandeur, et pour ma part je ne Vois rien qui s'oppose à la publication de la susdite Circulaire; ainsi vous mettrez fin à l'inquiétude générale des fidèles qui se réjouiront avec le Pasteur chéri de leurs âmes en J.-C. N.-S. qui console les siens dans toute tribulation et qui n'abandonne point ceux qui espèrent en lui.
Je demeure, etc., Votre très dévoué serviteur en J.-C.
D. Henri Smeuld-ers, 0. C, Com. Apost.
En conséquence, la publication de la dite Circulaire fut faite dans les diverses églises et chapelles du diocèse, le dimanche suivant, l^"" juin, jour de la Pentecôte, et le Te
Deum d'actions de grâces qu'elle prescrivait, fut chanté le même jour.
Le mardi suivant 3 juin, étant en visite pastorale on la paroisse de Saint-Pierre-les-B acquêts, nous reçûmes de Son Excellence, Mgr Smeulders, une lettre ainsi cionçue :
Montréal, 31 Mai 1884.
A Sa Grandeur Mgr L. F. Laflèche, Evêque des Trois-Rivières. Monseigneur, Je reçois à l'instant le télégramme suivant, que je me fais un devoir de vous communiquer sans délai.
Montréal. May. 31 1884.
By telegraph from Rome.
To Smeulders — Montréal — Canada.
Instante Archiepiseopo quœstionem divisionis diocesis Trlfluvianœ deferri ad Congregationem.
Episcopus si hahet alla exponenda, exponat.
(Signé), SiMEONi.
)Traduction). — A Mgr Smeulders, Montréal, Canada.
Je vous annonce que sur les instances de l'Archevêque, la question de la division du diocèse des Trois-Rivières est déférée à la Congrégation.
Si l'Evêque a quelque chose de plus à exposer, qu'il le fasse connaître.
(Signé) SiMÉONi.
Je vous prie, en conséquence^ Monseigneur, de suspendre la circulaire que vous aviez l'intention d'adresser à votre Clergé, et à laquelle, pour ma part, je ne trouvais rien à redire. Vous voyez que la question, « instante archiepiseopo », n'est pas comme je le croyais de bonne foi, finie. En union de prières je reste, Monseigneur, de Votre Grandeur, le trèis humhle et très dévoué serviteur,
D. Henri Smeulders, 0. C, Com. Apost.
Nous dûmes répondre le lendemain, 4 juin, à Mgr le Commissaiie Apostolique que sa communication nous était parvenue trop tard, et que la Circulaire, dont Son Excellence
nous priait de suspendre la publication, avait été lue dans les églises du diocèse le dimanche précédent.
Les regrets et la surprise que nous oxprimâmes dans cette lettre à Mgr le commissaire Apostolique provoquèrent de sa
part la réponse suivante :
Montréal, 9 juin 1884.
A Sa Grandeur Mgr Laflèche, Evêque des Trois-Rivières, Monseigneur, J'ai communiqué à Votre Grandeur, sans délai^ le télégramme reçu le 31 Mai dernier, cependant il est arrivé trop tard à votre connaissance, pour arrêter la publication de la Circulaire, que j'avais trouvée correcte. Nous ne somnies donc pas en faute, ni l'un ni l'autre, quant à cette publication, qlii al provoqué la joie de vos diocésains, ranimé les bons catholiques des autres diocèses, et m'a fait entendre des félicitations des hcmmes les plus remarquables du pays. Eh bien. Monseigneur, laissez donc la Circulaire qui est publiée dans la circulation, et le télégramme qiii est venu trop tard, dans le silence. Nous savons maintenaint que c'est « instante Archiepiscopo » que la vilaine question est pour retourner sur le tapis. Peut-être nous avons affaire à un pial qui n'est pas arrivé pour nuire. Aussi j'ai écrit à Rome «de différer la Position, et de vous accorder le temps de préparer votre défense, et surtout de m'autoriser à faire l'enquête que vous demandez. Quand j'aurai reçu une réponse, je vous la ferai savoir, et noti^s nous entendrons sur ce qu'il y aura à faire.
Veuillez agréer l'hommage de mon respectueux dévouement, avec lequel je reste en union de prière, de Votre Grandeur, le très humble Serviteur,
D. H. Smeulders 0. C, C. Apost,
La question de la division qui avait été réglée au mois d'avril 1884, ayant donc été, sur les instances de Mgr l'Archevêque de Québec, déférée à la Sacrée Congrégation de la Propagande, les Eminentissimes Cardinaux de cetiO Sacrée Congrégation la prirent en considération à leur réunion générale du 30 septembre dernier. Le sentiment des Eminentissimes Pères fut communiqué h N. T. S. Père le Pape, le 5 octobre, et Sa Sainteté a décrété oe qui suit :
Standum pro divisione diaeceseoS; eam vero ad effectum
non esse doducendam niisi postquàm noms Commissarius Apostolicus ad canadenisem provinciam mittatur.
(Traduction). Le principe de la division du diocèse est maintenu; mais cette division ne devra pas se faire avant qu'un nouveau Commissaire Apostolique ne soit lenvoyé dans la province du Canada.
Cette décision nous a été envoyée de Rome, par Son Eminence, le Cardinal Préfet de la Propagandet, le 5 de novembre dernier.
Voilà, N. T. C. F., où en est actuellement cette question de la division du diocèse. Comme vous le voyez, d'aprèls la pa^role de N. T. S. Père le Pape, le diocèlse ne sera pas divisé, si toutefois il l'est jamais, avant qu'un nouveau Commissaire ait été envoyé au Canada.
D'un autre côté, Son Excellence, Dom Henri Smeulders, ayant dernier em-ent terminé sa mission en ce pays, est ^xllé en rendre compta au Saint-Siège. Vous n'ignorez pas avec quel soin minutieux et quelle stricte impartialité cet homme éminent, dont la grande vertu et les fautes qualités font aujourd'hui l'admiration de tous ceux qui ont eu l'avantage de le connaître intimement, a étudié la question sur les lieux pendant les quatorze mois qu'il a passés au milieu de nous. Et vous voyez, d'après ses lettres que nous avons citées plus haut, comment il a jugé cette question, qu'il apporte « la vilaine question », faisant allusion par là aux moyens indignes qui ont été employés dans cette affaire par ceux à qui il a plu de se constituer les ennemis du diocèse. Vous voyez qu'il a été jugé au mois d'avril dernier, à peu près comme il l'avait été, en 1878, par Mgr Conroy et par Son Eminencc le Cardinal Siméoni, que la division n'est ni nécessaijîo ni utile au salut des âmes. N'y a-t-il pas là, N. T. C. :F., de quoi vous rassurer pleinement? N'est-il pas de la plus grande probabilité que Mgr Smeulders, en qui le Saint- Père repose une entière confiance, réussira par ses sages représentations -^t par ses preuves péremptoires, à démon-
Irer enfin au Saint-Siège ce qui se trouve vraiment au fond i
de cette question, et qu'alors un dernier mot de Sa Sainteté, ^
Léon XIII, sauvegardera définitivement et vos droits .acquis \
et vos intérêts les plus légitimes? Conservez donc la paix ;
au millieu de ces difficultés, et ne soyez pas étonnés de :
ces combats, qui constituent la vie normale de l'Eglise ici- i
bas, et qui en prouvent à la fois la divinité et la vitalité. \
Gardez-vous surtout d'imiter ces hommes pervers, et ces ^
catholiques indignes de ce nom, qui profitent de ces temps ]
difficiles pour faire une guerre sourde à Tautiorité, et pour ^
saper ainsi la isociôté par sa base. Vous les voyez se faire J
d'abord les défenseurs, même outrés, de l'autorité, tant que ^
l'autorité paraît être avec eux. Mais sitôt que le devoir \
éloigne cette autorité de leurs voies obliques et tortueuses, j
ils jettent le masque et se laissent aller vis-à-vis de leurs, j
supérieurs à des appréciations et à des pro'pois vraiment inju-5 !
rieux. Qui aurait pu croire que dans un pays catholique^ ]
comme le nôtre, le Représentant du Siège Apostolique, pou-^ ]
vait être l'objet de remarques et de critiques semblables à 1
celles que certains journaux n'ont pas craint récemment de \
se permettre sur le compte de Son ^Excellence, Mgr Smeul- j
ders ? Ah 1 il y a asisurément dans une telle licence, quand i
elle se manifeste ainsi publiquement, un symptôme vraiment -\
alarmant pour l'avenir de ce pays !" . \
Ainsi, nous croyons de notre devoir de protester au jour- j
d'hui solennellement contre une conduite si étrange et si ]
blâmable ,à tous égards. ,^
Ayez de tels procédés en horreur, N.T. C. F., et montrez- \
vous toujours respectueux e[ soumis à l'autorité, q^ui vient i
de Dieu, et à qui Dieu délègue ses droits sur vos actes et |
sur vos volontés : Qui resistit potestati, ï)ei ordinationi \
résista (Rom. 13-2). C'est ainsi que vous aurez toujours, ]
au milieu des conflits des intérêts et des passions et à tra- ]
vers les tempêtes de la vie, un guide sûr et un point d'appui j
inébranlable, et cette fidélité à la loi de l'obéissance vous \
assurera la victoire sur vos ennemis : Vir obediens loquetur victoriam (Prov. 21-28). En vous faisant ces recommandations, nous accomplissons notre devoir, -et nous nous conformons à la direction du Saint-Siège.
Sera notre présente Lettre Pastorale lue au prône de la messe paroissiale dans toutes les églises et chapelles du diocèse, où se fait l'office divin, et en chapitre dans les communautés religieuses le premier dimanche après sa réception.
Donné aux Trois-Rivières, sous notre seing, le sceau de diocèse, et le contre-seing de notre Chancelier, le 21 janvier
t L. F. Ev. ^DES Trois-Rivières.
Par ordre, J. F. BEL AND, Ptre, Chancelier.