PREMIERS TRAVAUX APOSTOLIQUES DE L'ABBÉ LAFLÊCHE
Les sauvages de la Prairie, paresseux et dissolus, étaient tellement inaccessibles à la grâce, que l'abbé Thibault, missionnaire, écrivait à leur sujet, à Mgr Provencher : « Quand le dernier bison sera mort, on pourra alors tenter quelque chose du côté de la Prairie ». Façon de dire que, tant que la terre leur donnerait le nécessaire, les sauVages chassant « la vache » n'avaient nulle envie de songer au ciel; qu'en attendant la famine qui devait les assagir, il fallait diriger ailleurs ses pas. Et Mgr Provencher l'envoya, en effet, sur sa demande, vers les sativages des forêts.
L'abbé Thibault s'en ^lla donc, en 1842, au lac du Diable, où il trouva les esprits bien disposés. L'abbé. Bourassa fut adjoint à l'abbé Thibault, dès le quatrième jour de son arrivée à Saint-Boniface. Ensemble, ils fondèrent la Mission de Sainte-Anne qui devait prospérer, et ils excursionnèrent aux environs à la recherche des tribus errantes ^ Au dé-
1. Les romanciers ont fait aux Peaitx-Rouges une réputation terrible ■ qoie leurs rivalités féroces n'ont justifiée que trop souvent; mais qui, à bien f des égards, manque de fondement. En tout cas, les missionnaires les ont mieux traités; sans doute parce que leur amour des âmes les rendaient indulgents. L'était-il cependant outre mesure, l'abbé Thibault, collaborateur de Mgr Provencher qui, parcourant la Prairie et la Forêt à la suite ^- des tribus qu'il évangélisait, écrivait à son évêque, en mai 1845 : « Il y a 15 jours que je suis arrivé ici (au milieu des Montagnais, au lac Lapiche et à Edmonton où il avait baptisé en peu de jours 336 personnes et bénit des mariages) sur un petit canot avec un seul compagnon... JTe suis à l'œuvre et le jour, et la nuit, sans cesse Je suis entouré de 80 familles montagnaises dont je ne saurais satisfaire la faim et la soif de la justice. La miséricorde divine paraît ici avec éclat. Le jour et la nuit je suis em-
but de 1845, l'abbé Thibault porta encore ses pas vers le Fort de rile-à-la-Crosse, qui se trouvait à 550 kilomèltres de Sainte-Anne; il y fu-t accueilli par le bourgeois^ Mackensie, avec une grande bienveillance. L'abbé Laflèche, dans Etat général des Missions de Saint-Boniface, territoire de la Eivière-Bouge, consigne à cette occasion ce qui suit:
« Les pauvres sa;uvages, tout joyeux de voir enfin un envoyé du maître de la vie, dont ils avaient entendu parler depuis si longtemps, le (abbé Thibault) pressèrent de se rendre au portage la Loche. Il y alla et passa six semaines aVec eux ». Au Fort de l'Ile-à-la-Crosse et au Portage la Loche, il baptisa un certain nombre de sauvages et reconnut qu'ils avaient tous un sincère désir de s'instruire et d'embrasser l'Evangile. « Il en écrivit en conséquence à Mgr Provencher et dès lors le bon évêque prit les mesures nécessaires pour établir au plus tôt la résidence de Tlle-à-la-Crosse ».
« Le choix de ce poste, ajoute le juge Prud'homme dans
ployé aux saints exercices de la mission, et nos bons sauvages, dévorés d'une sainte avidité de connaître Dieu et les moyens de le servir, semblent se reprocher les instants de repos et de sommeil. Hâtons-nous, se disentils, car nous allons 'peut-être mourir bientôt et nous ^l'aurions pas le bonheur de voir Dieu... »
De tous les endroits le missionnaire donnait les mêmes bonnes nouvelles et notamment le 24 juin 1845, il écrivait encore du portage de la Cloche : « L'ouvrage nous accable partout où il y a des Montagnais. Plusieurs familles sont venues ici de fort loin pour entendre l'homme de Dieu. Tous ceux de cette nation que j'ai vus savent maintenant prier Dieu, et connaissent les principales vérités de la Religion. Ils ont un respect sans bornes pour le missionnaire, qu'ils regardent comme Jésus-Christ lui-même. D'après leurs rapports, toutes les nations qui sont d'ici au Pôle, soupirent après la connaissance du Dieu vivant, mais que les ouvriers sont .raies I Oui, si Dieu me donne la santé et les moyens, j'irai jusqu'aux extrémités du globe chercher ses brebis infortunées, qui périssent parce qu'elles ne peuvent trouver le bercail. Il faudrait ici deux missionnaires. Nous crions : A l'aide l Seigneur, à l'aide! nos filets se rompent, .nos chers Montagnais nous font mourir sous le poids de leur bonne volonté! »
Faut-il d'autres appels pour donner une idée des travaux pénibles et des longues courses évangéliques auxquels étaient appelés les auxiliaires de Mgr Provencher?
.1. On appelait Bourgeois les représentants et associés de la Compagnie du Nord-Ouest.
Cinq ans après (courte notice sur Mgr Taché, page 3), s'indiquait tout naturellement. Il se trouvait peu éloigné du Portage la Loche où se faisait le grand rendez-vous des brigades de la rivière MacRenzie avec celles du Fort Garry. L'Ile-à-la-Crosse se trouvait donc sur la grande voie de TOuest et du Nord et à la porte des trois grands lacs de rextrêm,e nord ».
Mgr ProVencher, dès l'année suivante, envoya des missionnaires à rile-à-la-Crosse; il désigna poux cette lointaine mission, M- Laflèche et le P. Taché.
Le 18 mars 1846, M. Laflèche se mit donc en maiche pour reconnaître la mission de la Baie des Canards, puis celle du Pas. Le P. Taché devait l'y rejoindre trois mois après pour se rendre avec lui à l'Ile-à-la-Crosse.
Mais quel ne fut pas l'étonnement du P. Taché, qui se rendait auprès de M. Belcourt à la Baie Saint-Paul, de rencontrer M. Laflèche, à la Mission de Saint-François-Xavier 1
C'est que celui-ci « avait été trompé par rapport à ses chiens », avait vu ses guides lui manquer, et mis ainsi en présence de difficultés insurmontables, il avait était forcé de revenir sur ses pas. « Ce petit contre-temps nous contraria d'abord, écrivit le P. Taché à son oncle de la Broquerie (25 juin 1846), mais comme il n'était pas de notre faute, nous nous en consolâmes dans la pensée que nous voyagerions ensemble tout l'été, car il est pénible de voyager seul et M. Lallèche eût été réduit à cette pénible nécessité pendant trois pnaois ».
Les deux amis se rendirent donc ensemble à la Baie-Saint- Paul, auprès de M. Belcourt, qti.i fut à l'évêché leur professeur durant l'hiver écoulé.
« Pendant notre séjour chez M.. Belcourt, raconte le P. Taché, nous fûmes témoins de la crue subite des eaux de la rivière Assiniboine. Comme il avait peu neigé de tout l'hiver, la glace était très épaisse, en sorte qu'elle se forma en digue dans les sinuosités de la rivière. Cette cause,