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Catholiques conservateurs

lecteurs sous une fausse impression en disant que Mgr Smeulders a fait connaître le jugement du Saint-Siège dans l'affaire du diocèse des Trois-Rivières, savoir que la division de ce diocèse n'est ni nécessaire, ni utile au salut des âmes, me parlant d'une certaine résolution de la Sacrée Congrégation de la Propagande et me demandant de publier le tout.

» Le numéro de la semaine étant déjà sous presse, je suis allé immédiatement prévenir M. le secrétaire de l'impossibilité matérielle où je me trouvais de publier sa lettre dans la Vérité du 10.

» Le 9, vendredi, j'ai répondu à la lettre du 7, demandant respectueusement des éclaircissements et faisant observer, entre autres choses que je n'avais fait que répéter textuellement un jugement communiqué officiellement par le représentant du Saint-Siège au Canada à Mgr l'évêque des Trois-Rivières, et promulgué régulièrement par celui-ci, ajoutant que je ne connaissais nul jugement contradictoire, promulgué officiellement, qui détruisît le premier.

» Le 10, samedi, Monseigneur a bien voulu me faire répondre qu'il m'invitait à aller le voir, attendu que les éclaircissements demander, seraient longs à donner par écrit.

» Lundi, le 12, j'ai écrit au secrétaire de Monseigneur que je tenais beaucoup à avoir une réponse par écrit afin de renseigner exactement mes lecteurs. Pour rendre cette réponse très courte, j'ai résumé ma première lettre dans une seule question qui ne demandait qu'un oui ou non, savoir : Fallait-il considérer cette partie de la lettre du 7 qui traite de la résolution du 30 septembre comme une promulgation officielle, authentique, complète et formelle de la dite résolution? Et j'ai ajouté, comme explication que je n'avais fait que répéter, dans des termes pour ainsi dire identiques, le jugement communiqué officiellement par Son Exe. le Commissaire Apostolique à Mgr l'évêque des Trois-Rivières et porté régulièrement par ce dernier à la connaissance de tout le pays : que, dès que l'on me ferait connaître officiellement un jugement contradictoire détruisant celui-là je m'empresserais d'en informer mes lecteurs, étant toujours disposé à accepter les décisions de Rome, quelles qu'elles fussent.

» Le même jour Monseigneur m'a fait répondre qu'il persistait dans sa volonté de me voir pour traiter le sujet dont il s'agissaid plutôt que de le faire par correspondance.

» Le lendemain, mardi le 13, j'ai écrit de nouveau au secrétaire de Monseigneur pour savoir si je devais considérer sa der-

nière lettl^ comme un refus formel et définitif de La part .de Sa Grandeur de me donner une réponse par écrit.

» Le numéro de samedi dernier a été mis sous presse (commo à l'ordinaire) le mercredi.

» Je n'ai pas encore reçu un accusé de réception de ma dernière lettre.

» Samedi, le 17, Monseigneur a envoyé la lettre de son secrétaire en date du 7 à tous les joiîrnaux français mentionnés plus haut par Une communication dans laquelle il est dit : « Voilà deux numéros de ce journal (la Vérité) qui paraissent sans que ma réclaxnation ait été publiée. Bien plus dans le numéro de ce jour (page 2, col. 3) il répète oe qu'il avait avancé. Invité h venir s'entendre avec moi, il a refusé. »

» Voilà les faits sans commentaires. Au public de dire si les attaques de la Presse sont justifiables.

» J.-P. Tardivel. »

Le public aujourd'hui répond qu'elLes ne l'étsderxt à aucun titre, pas plus que la oommmii cation de Mgr Taschereau. Certaine susceptibilité excessive résulte, d'ailleurs, d'un remords cuisant ou d'une culpabilité qfui cherche à se faire illusion.

Mais le but vdsé à rarchevêché était atteint : la haine libérale se déchaînait contre le porte-drapeau de rultramontanisïne à Québec; francs -maçons, libre-penseurs et libre-po seurs, juife et libéraux se défendaient en ayant l'air de couvrir l'archevêque, leur otage autant que leur instrument.

Nous lisons dans la Patrie, organe de M. Beaugrand, francmaçon de haut étage et éminont degré ^, nunïéro du 21 janvier 1885, ce qui suit :

1. M. Beaugrand, faisait, en réponse au Protecteur Canadim, la déclaration suivante, dans le n» du 26 janvier 1878 du journal la ÈépuhUque, qu'il rédigeait à cette époque, aux Etats-Unis :

« Eh bien. Protecteur, redites-le à vos lecteurs :

» 1° Nous sommes franc-maçon et même franc-maçon avancé;

» 2o Nous sommes libéral et même libéral avancé;

» 3° Nous sommes l'admirateur enthousiaste des principes de la révolution française, et partisan de la déclaration des droits de l'homme. »

Cet homme était évidemment tout indiqué peur s'indigner contre Tardivel, surtout potir défendre Mgr Tasehereau, aspirant à la pourpre romaine.

« Encore "une tuile sur la tête d'un castor.

» Après avoir dit que des prêtres et des évêqties s'étaient rendus coupables de crimes à propos de la division du diocèse de Trois-Rivières; après avoir dit que cette division était projetée par l'armée du mal, et après avoir indiqué rarchevêque de Québec et l'évéque de Chicoutimi comme les principaux coupables, M. J.-P. Tardive! se permettait d'inventer des nouvelles de Rome en contradiction formelle avec les faits.

» Mgr l'archevêque de Québec, par la main de son secrétaire, a cru devoir adresser à la Vérité une lettre protestant contre les assertions de son rédacteur, et déclarant formellement que le décret ordonnant la division du diocèse est maintenu par les autorités romaines.

» Vous croyez que le saint homme va accepter avec respect cette petite leçon venant de son archevêque? Vous le connaissez bien peu. Non seulement il ne publie pa^ la lettre, mais dix jours après, il répète les assertions qui la lui ont valu.

» L'archevêque invite l'effronté page à s'entendre avec lui; l'effronté page refuse.

» C'esc alors que la tuile arrive — et une rude — sous la forme d'une lettre relatant les faits, signée par l'archevêque lui-même, et adressée jà tous les journaux de Québec.

» Et ce Tardivel est le même individu qui ne peut publier un seul numéro de sa feuille nauséabonde sans dénoncer la Patrie comme un journal antireligieux et sans respect pour le clergé 1

» VEtendard n'a plus qu'à maudire l'archevêque. Toucher au Tardivel de son cœur, c'est un sacrilège pour le moins; et nous ne serions pas surpris de voir l'armée du bien se lever en mass^ pour défendre l'un de ses plus brillants coryphées. »

D'mi autre côté, nous lisons dans r Evénement, le Figaro du Canada, numéro du 21, même mois :

« Et samedi encore, qu'apprenions-nous?

» Que la Vérité, journal ultra catholique, sustenté par le cercle catholique, refusait d'accuser réception d'une lettre de Mgr l'archevêque qui s'obstine à croire que dans la hiérarchie ecclésiastique, l'épiscopat est placé avant le cercle catholique.

» Gens de V Etendard qui avez subi les condamnations de Rome, indirectement, et de votre épiscopat, à vif; gens de la Vérité condamnés, archi-condamnés, jnais récalcitrants et révoltés; gens du Nouvelliste qui sermonnez votre archevêque et empoisonnez la jeunesse j)ar vos écrits malsains; membres du cercle catholique, de la cour des miracles de la castorerie; siffleux, petits manteaux, cambrioleurs, caroubleurs, feurineurs, fourlines, chineurs, faiseurs, etc., tous tant que vous êtes, il est apparent que vous êtes moins bons catholiques que nous qui ne le crions point sur les toits. »

Comme en termes aimables toutete ces chioses-là sont dites! Nous lisons encore dans VUnion de Saint-Hyacinthe, satellite de la Patrie, numéro du 24 janvier 1885, sous le titre : « Tardive! refuse de se soumettre », la tirade que voici :

« En parlant il y a quelque temps de nos difficultés religieuses, nous avons dit combien un schisme devait être redouté ici dans notre pays, tant l'hypoerisie et l'orgueil de ceux qu'il fallait frapper étaient grands.

» Hélas! nous ne suppoisions pas que l'avenir nous donnerait si tôt raison. Il est vrai que ce n'est pas encore le schisme aveic toutes ses erreurs grossières et condamnables qui a éclaté. Mais on peut bien dire que c'en est le prélude. Oe n'est pas encore la guerre ouverte à notre religion que l'on fait, mais on se targue de refuser obéissance à la plus haute autorité ecclésiastique de notre province.

» Il est à remarquer maintenant que cette dés.obéissanoe est faite par un homme qui se vante d'être catholique, plus catholique même que ses ciontradicteurs. Il en a toujours été de même de tous les schismatiques et de tous les secta,ires qui ont cessé d'appartenir à la communion catholique.

» Tardivel est celui qui vient de donner le signal de la révolte ouverte aux injonctions de son évêque. Il est le premier à arborer le drapeau de la rébellion. Cet exemple si funeste peut avoir des conséquences assez graves. Car nous connaissons grand nombre de membres éminents du clergé qui reposent pleine confiance dans ce faux catholique, et qui depuis quelques années travaillent constamment à répandre son journal, la Vérité, dans nos campagnes et dans Jeurs familles. Mais nous savons trop la bonne foi de ces membres du clergé pour qu'ils donnent (sic) plus longtemps cours à la petite cabale qu'ils avaient mise en vigueur pour répandre' ce

journal dont le rédacteur refuse carrément de se soumettre aux ordres de son évêque.

» La Vérité ne doit donc plus avoir l'appui d'aticun catholigue sincère, car 'ce serait encourager les querelles religieuses et le schisme presque probable dont nous sommes menacés.

» D'ailleurs, du m.oment qu'un journal refuse d'obéir aux injonctions de «son évêque, il y en a déjà suffisamment là potir prouver que cette feuille ne doit pas avoir la confiance des hommes soucieux de conserver notre religion. Et la preuve de cette désobéissance, nous ne la prenons pas dans les écrits de M. Tardivel, où peut-être on pourrait interpréter faussement sa pensée; mais dans une lettre de Mgr Taschereau où l'éminent prélat déclare fe fameux programme en guerre ouverte avec l'Eglise (ah!) parce qu'il semble (Ue pas vouloir reconnaître comme fondés les décrets émanant /dii Pape lui-même. Voici cette lettre de l'archevêque. »

VUnion oointinue ainsi :

« Tardivel invité par M'onseigneur d'aller le voir, refuse. Il aime mieux mentir, il aime mieux tromper son évêque.

» Et l'on va nous dire que ces gens-là sont catholiques!

» Qu'on jle remarque, c'est ce même TardiVel, qui voue» sans cesse les libéraux au feu éternel.

» Quelle religion drôle ils ont ces gens-là, tout de même!

» Ils se (prétendent les seuls fidèles observateurs des préceptes catholiques. Mais du mome'nt qu'on veut leur faire observer oee préceptes, ils refusent. On a mis dans les asiles d'aliénés des personnes /qui Raisonnaient mieux. »

Encore un chevalier tout indiqué pour venger les gaffes do ce pauvre archevêque et, comme réplique dans la Vérité du 31 janvier même année, Tardivel remarque :

« Nous faisons ces longues citations afin que nos lecteurs sachent bien quel langage violent les feuilles libérales, qui se répandaient naguè're en insultes et en impertinences à l'adresse du représentant du Saint-Siège aU Canada, emploient contre nous au nom du tespect dû à l'auto^rité religieuse! Nos amis sont assez intelligents pouï tirer les conclusions qu'impose la logique.

» Cela devient amusant à la fin!

» Naturellement, nous ne répondrons pas à Une seule de ces sottises; elles se trouvent réfutées par notre réponse à la Presse. Nous y renvoyons nos amis les ennemis, bien convaincu, cepen-

da^t, qu'ils n'en tiendront aucun compte. Nous connaissons la bonne foi et la loyauté de ces messieu'rs.

» Nous n''ép'rouvons pas, du reste, le besoin de nous défendre contre la Patrie, l'Evénement et l'Union. Nous avons déjà dit tout ce qfu'il faut pour que le public impartial puisse se faire une idée juste de cet incident qu'on exploite avec tant de haine et do tage contre nous. Ce que nous pourrions ajouter pour nous défendre n'e&t pas Une nmtière qu'on peut convenablement traiter dans la presse.

» Rome sera sans doute appelée à juger cette question; c'est pourquoi nous ne la discuterons pas, quelles que soient les provocations de nos adversaires.

» D'ailleurs, quand sera écrite l'histoire impartiale de nos pénibles luttes religieuses, et en particulier des tentatives faites depuis plus de huit ans pout diviser le diocèse des Trois-Rivières, l'opinion catholique poiiera un jugement équitable sur le rôle d'un chacun.

» En attendant le jugement de Rome et celui de l'histoire, nous pouvons mép'riser chrétiennement les insultes et les attaques injustes 4e nos ennemis.

» Voilà notre dernier mot sur cette affaire. »

Rome, au sujet du diocèse des Trois-Rivières, jugea il est vrai, contrairement aux désirs, à Tattente de Tardivel, mais, Rome, en toutes cliioises ne prétend pais à rinfaillibilité, Dieu merci! Et l'Histoire documentée dira qu'en ce cas-ci, Rome a été trompée par un intrigant hypocrite, vindicatif et lâche, qui sut mériter les faveuns des ennemis de TEglise et abuser du talent des faussairets.

D'ailleurs, et à bon droit, M. Tardivel se plaignit à Rome de procédés qui n'avaient rien de particulièrement chrétiens et il le fit en ces termes : ■ '•

A Son Eminence le Caïdinal Simeoni, Préfet de la Sacrée Cong'régation de la Propagande.

Eminence, , — Le soussigné demande respectueusement la permission d'exposer à V. Em. les faits suivants :

Le soussigné est propriétaire et rédacteur en chef d'un journal catholique ptiblié dans la ville de Québec et intitulé : la Vérité.

La direction donnée à la Vérité par le soussigné a valu à cette feuille les sympathies et l'appui de l'immense majorité du clergé de jla Piovince de Québec et d'un grand membre de laï(ïues pieux et édsàvés. C'est dire que la Vérité a toujours défendu, de son mieux, les doctrines cathodiqfues et a su rester dans les limites assignées par l'Eglise au rôle de la presse catholique-. Ce journal n'a jamais empiété sur les attributions des évêques, se bornant à p'ropager et à populariser les enseignements dti Pape et des Pasteurs. 'Mgr le Commissaire apostolique qui vient de passer quatorze mois dans notre pays,, pourra dire à V. Em. si ce n'est pas là la stricte vérité.

Or, malgré les constants efforts qu'il a taits pour ne mériter aucune censure^ le soussigné constate aiwec p-eiae (jcr'il est mal vu de son Ordinaire et mal traité par lui.

Déjà, à la fin de 1881, le soussigné a eu l'occasion d'exposer à V. Em. la manière arbitraire dont l'archevêque de Québec lui avait imposé silence sur une question d'intérêt social : le repos du dimanche.

Plus tard, en 1884, il a dû se plaindre à Mgr Smeulders d'une ccndamnation irrégulière et injuste portée par un prêtre du diocèse de Québec, au nom de l'Archevêque, contre la Vérité qui n'avait fait que défendre les droits de l'Eglise et des pères de famille en matièTe d'éducation contre les empiétements du pouvoir civil.

Et voici que l'atchevôcfue de Québec vient de porter contre la Vérité un nouveau coup très cruel et très injuste dans les circonstances suivantes :

Répondant à divers journaux, qui répandaient toutes sortes de b'ruits au sujet de la division projetée du diocèse des Trois-Rivière^, le soussigné avait rappelé les termes mêmes de la décision rendue dans cette affaire, le printemps dernier, au nom du Saint-Siège, par Mgr le Commissaire apostolique, et promulguée officiellement par Mgr l'évêque des Trois-Rivières, savoir que cette division n'était ni nécessaire ni utile au salut des âmes.

Le 7 janvie'r dernier Mgr l'Archevêque fit écrire par son secrétaire au soussigné que la Vérité, en répétant cette décision rendue par Mgr le Commissaire apostolique, avait mis ses lecteurs sous une fausse impression. Dans cette lettre du 7 janvier étaient cités les quatre premiers mots du décret du Saint-Père en date du 5 octobre dernier; et le soussigné était prié de reproduire, dans son journal, cette commlmication du secrétaire de Sa Grandeur.

Le soussigné répondit aussitôt qu'il n'avait fait qu'employer les termes mêmes de la seule décision connue du Saint-Siège

sur cette question; qfu'il s'empresserait cependant, de publier la lettre du 7 janvier, mais (Ju'il croyait devoir auparavant solliciter cei tains éclaircissements.

L'A'rchevêque Itii fit répondre que les éclaircissements demandés seraient trop longs à donner par écrit.

Le soussigné, dans Ime deuxième lettre, pour rendre, la réponse à donner très courte, demanda tout simplement s'il fallait considérer cette partie de la communication du 7, où il était question du décret du 5 octobre, comme une promulgation officielle, authentique, complète, et formelle du dit décret. On voit aujourd'hui toute rimpo!rtance de cette demande; car Mgr Tévêque des Trois- Rivièïes ayant promulgué officiellement le décret du 5 octobre, il se trouve que la citation partielle qu'en faisait Mgr l'Archevêque ne rendait nullement la véritable pensée du Saint-Père.

Mgt" l'Archevêque ne pouvant plus dire que la réponse à cette question serait trop longue à faire par écrit, se contenta d'exprimeï de nouveau le désir de traiter l'affaire verbalement, bien qu'une réponse par écrit fût absolument nécessaire.

Le soussigné écrivit donc de nouveau au secrétaire de Sa Grandeur pour savoir si Mgr l'Archevêque refusait positivement de donner la réponse écrite demandée.

Au lieu de répondre, et pendant que le soussigné attendait au moins un accusé de réception de sa dernière lettre, Mgr l'Archevêque lança dans les journaux de Québccj la lettre de son secrétaire en dSite du 7 janvier, insinuant que le rédacteur de la Yérité avait, par un grossier mépris de l'autorité, négligé de tenir compte de cette communidation, l'accusant carrément d'avoir refusé de s'entendre avec lui, et ne faisant pas même allusion à la correspondjance échangée entre le secrétaire de Sa Grandeur et le soussigné.

Or, le soussigné n'étiait pas en retard d'une seule journée et il n'îavait pas refusé d'aller voir Sa Grandeur. Il voulait tout simplement siavoi'r auparavant si Sa Grandeur refusait positivement de répondre par écrit. Et Sa Grandeur n'a pas même daigné lui donner un oui ou un non.

Dans sa lettre aux journaux, l'Archevêque a cité des paroles de S'a Sainteté Léon XIII de manière à les faire appliquer par le public 'au rédacteur de la Vérité, ce qui constitue une autre grave injustice, attendu que le soussigné n'a absolument rien fait pour mériter de telles censures.

Le soussigné a fait Voi'r, dans une lettre particulière à l'Archevêque les t[rois graves injustices que Sa Grandeur avait commises

à son égalrd. Jusqfu'à ce jour, l'Archevêque n'a ni contesté la légitimité des pl'aintes portées dans la lettre du 21 janvier, ni rien fait pour réparer le tort très grave causé au soussigné.

Vctro Em. pouri^ juger de la gravité du tort causé au soussigné par l'Archevêque en lisant certains extraits de la presse libérale et m'açonnique de la Province, qui se prévaut de la lettre de Sa Gi^andeur aux journaux pour injurier brutalement le rédacteur de la Vérité.

La conduite si arbitraire et si injuste de l'Archevêque à l'égard du rédacteur do la, Vérité étonne d'autant plus les catholiques de cette Province que Sa Grandeur n'a pas un met de protestation publique contre les journ'aux libéraux de son diocèse qui ont naguère grossièrement insulté le représentant du Saint-Siège au Canada.

Pour avoir reproduit une décision du Commissaire apostolique et pour n%voir pas reproduit un décret tronqué, le soussigné est publiquement frappé; tandis que sous les fenêtres mêmes du palais 'archiépiscopal, les journaux libéraux injurient le représentant du Pape, librement et impunément.

JusqUes à quand, Eminence, de pareils scandales dureront-ils? jusques à quand les catholiques de ce pays auront-ils à souffrir de telles injustices?

J'ai l'honneur d'être, de Votre Em., le très humble serviteur.

(Signé) : J.-P. Tardivel, Rédacteur propriétaire de la Vérité.

Québec, février 1885.

On voit par tout ce qui précède que le futur cardinal de Québec avait des spécialités qu'il exerçait avec uno virtuosité consommée. ' ' il

DERNIÈRES ANNÉES DE MGR LAFLÈCHE SON CARACTÈRE, SA VIE, SES ŒUVRES ET SA FIN

Les grandes questior^ qui occupèrent jusqu'alors l'acti' vite débordante do levêque des Trois-Rivières étaient vidées provisoirement ou solutionnées selon l-es rues de Rome ; le- calme so fit donc peu à peu dans les esprits, Tapais em^t dans les cœurs. . ' .

Question scolaire, Programme catholique, VInfluence spirituelle indue, Question Laval el Division du diocèse des Trois- Rivières, autant de cauchemars vécus par MgY Laflèche, autant de sujets de méditations pour l'historien, (jui doit conclure.

Nous nous contentons, qu'on le retienne bien, d'accumuler des matériaux au pied-d'œuvre, en faveur de l'homme intègre qui voudra les utiliser, les coordonner, les amalgamer avec les efforts de l'adversaire', dont la bonne vo lonté, il faut le faire remarquer aussi, sinon, la câî)acité, tarde bien à se manifester au service de l'Histoire impartiale.

Nous prions le lecteur, en attendant qu'on nous contredise ou qu'on l'éclairé mieux, de vouloir bien, après avoir parcouru ce livre, rapprocher les unes des autres quelques dates suggestives. Dans la question Laval, comme dans la question do la division du diocèse des Trois-Rivières, les faits Baillants, décisifs, se produisent de 1876 à 1884.

En 1876 paraît le décret ponlifical relatif à l'établissement de la succursale Laval à Montréal. Québec en triomphe et

note son succès comme une défaite de Trois-Rivières qu'il fallait déco uiager dans l'humiliation. •

Donc, en 1876-77 .se produisit la première tentative de division du diocèse des Troie-Rivières. C'est à retenir.

Et dès lors, rapprochez les uns des autres, dates et documents, et vous constaterez qu'on semble, à chaque étape, procéder par attaques et ripostes : Mgr Laflèche luttant inlassablement pour le bon droit, le respect de l'autorité, pour les boimes moeurs et les saiaes doctrines, pour la vérité, la justice et pour l'infaillible et souveraine autorité de l'Église, qu'il servait avec autant d'amour que de dévouemenî ; Mgr Taschereau avec Laval, au contraire, résistant sans grand souci de l'intérêt supérieur de la société civile ou religieuse pour la conservation de leurs droits acquis et de leurs privilèges privés, mal fondés ou abusifs, en vue d'étendre leur influence ou d'augmenter leurs biens.

Les mobiles qui animent les adversaires, égoïstes et mesquins, d'une part, désintéressés et généreux de l'autre, caractérisent les manœuvres et dirigent les coups. Mgr Laflèche marche au grand jour, le cœur meurtri, mais vaillant, le front haut, l'œil au soleil, comme l'âme au ciel, tandis que Mgr Taschereau, selon les circonstances, rampant ou superbe, s'en va, pour aborder, par les sentiers sombres et tortueux: il intrigue, il manœuvre son rival dans les coulisses: il l'observe et ses alliés l'espionnent; tous les artifices sont bons; toutes les ruses, mises 3, profit; point de cœ.ur dans l'action, encore moins de scrupules dans les procédés; et, dans l'assaut final, c'est l'élan sauvage du fauve inassouvi, qui se démasque à son heure, étrangle à son gré une proie longuement épiée et surprise dans son repos.

L'âme bien née, à ce spectacle écœurant, vole à la victime innocente et, ne pouvant l'écraser, du moins, elle maudit le félin féroce. L'observateur informé, de son côté, s'arrête et songe. Son jugement est troublé; son cœur, émul Comment? Rome peut ainsi laisser surprendre sa justice; et son

Vl. - Vers l'Abîme. ,.

équité, en cette occasion, fut mise à ce point en défaut, que ses coups, mal dirigés, accablèrent son serviteur lo plus fidèle, le plus confiant; que des faveurs, détournées de leur cours, drapèrent de pourpre un intrigant doublé d'un faussaire et protecteur de faussaires I

Nous savons qu'à Rome même, il y a des considérations qui se passent parfois de raisons et qu'alors elles sont la source do combinaisons déconcertantes. Mais Dieu, en qui le chrétien, le héros, le martyr, comme Mgr Taché (jualifiait déjà Mgr Laflèche, avait mis sa foi inébranlable ^t sa confiance suprême; Dieu, que fit-il en sa faveur?

Le Maître de Rome comme de Québec consola ineffablement son serviteur tout dévoué et si résigné; il bénit par lui son peuple et ce qui lui restait de diocèse à édifier ou à organiser; il fit régner la paix dans son âme, la joie dans son cœur; il le combla d'une plénitude de jours féconds en mérites éclatants et l'attira finalement à Lui avec les signes manifestes de prédestination qu'il ne prodigue qu'envers ses élus.

A l'exemple de tous les caractères fortement accusés, Mgr Laflèche, qui n'était indifférent à personne, eut des amis admirables et des adversaires acharnés. Nous n'osons pas ajouter, après tout ce que nous venons de lire, qu'il n'y eut point d'âmes assez déformées pour agir contre lui en ennemis déclarés, irréductibles. i *

Pour mieux faire connaître ce digne évêque et faire valoir d'autant ses idées, ises oeuvres et durer sa mémoire, nous voulons le montrer dans sa vie intime d'abord, et le présenter ensuite dans sa vie publique : apôtre zélé, patriote ardent et l'adversaire irréconciliable de tous les principes pervers, susceptibles de déformer l'idéal chrétien et de perdre l'avenir politique et social de la race française au Canada.

Nous le verrons mourir enfin plein d'années, chargQ de

mérites, accompagne^ des regrets les, plus vife ée tous ses enfants, comme de tous les Canadiens.

Pour finir, je laisserai à Mgr Bruchesi, en rééditant l'éloge funèbre qu'il prononça aux Trois-Rivières, le soin de dire à nos lecteurs que nous n'avons pas témoigné à notre héros plus de respect et de confiance, et que nous ne lui avons point prêté plu.^ de science, de loyauté et de talent qu'il n'ait manifesté et publié lui-même du haut de la chaire de vérité et de justice, avec la franchise, avec l'autorité qui le distinguent éminemment.

Et nous aimons à croire, malgré tout, que si un dissentiment, si léger soit-il, s'est élevé entre nous sur l'opportunité, sur la nécessité même de ce travail, à nos yeux urgent, ce n'est là qu'une divergence de vues parfaitement honorable, absolument Hcite, qui ne saurait réduire en aucune mesura notie liberté dans le désir de bien faire, ni notre droit de dire la vérité intégrale, selon les indications mênies des Souverains Pontifes.

Dans l'intimité, Mgr Laflèche était bon, affable, d'une humeur égale, enjouée, d'un abandon ordinairement charmant. Sx douceur, malgré une sévérité inhérente à son souci de l'ordre et du devoir, était exquise, son commerce agréable, et ses discours édifiants. Ayant un fonds d'étude et de lecture prodigieux, il était connu comme un causeur plein d'humour et d'agréments, généralement intarissable. Tous les sujets lui semblaient familiers. En connaisseur pratique, en érudit exactement renseigné, sans la moindre prétention ou affectation, mais avec le naturel captivant qui lui était propre, et le faisait rechercher, on le voyait aborder, avec une aisance stupéfiante, toutes les questions : il causait droit et jurisprudence avec les avocats, les magistrats; affaires politiques avec les journalistes et les parlementaires; crédit, échange avec les financiers; entreprises avec l'industriel ou le commerçant; anatomie avec le chirurgien; maladies avec le médecin ; botanique avec le naturaliste et astronomie avec

les Moreiix et les Flammarion du Nouveau-Monde, les étonnant tous par la précision de ses vues, l'étendue de ses connaissances, et l'habileté consommée avec laquelle il faisait ressortir riiarmoiiie merveilleuse é'.ablie par l'ELe nelle Sagesse entre la création qui est l'œuvre de Dieu et le savoir humain qui s'y adapte pour en célébrer les infinies beautés.

Dans son diocèse, particulièrement aux Trois-Rivières, Mgr Laflèche n'était pas l'évêque magnifiant, . inabordable dans une dignité hautaine et insolente; il était au contraire l'ami, le conseiller de tous ses enfants. Il avait pour devise, suaviter et for titer; il s'y conformait instinctivement, administrant le champ que le Seigneur avait confié à sa sollicitude, en bon père de famille, également éloigné des faiblesses et des inutiles rigueurs. Tous les jours, sa messe di'.o, vers sept heures du matin, la belle saison venue, on pouvait le rencontrer se promenant sur le boulevard Turcolte, sous la verdure, face au fleuve. Il m.^rchait claudicant, à pas lents, égrenant le chapelet interrompant Ave ou Gloria pour saluer catholiques ou protestants, tous l'honorant d'une égale vénération, ou pour tapoter la joue d'un bambin familier, ou pour féliciter la mère heureuse, soit encore pour s'informer d'un malade ou pour donner l'aumône.

Il avait rendu son abord si facile, que la porte de son évêché n'avait pour ainsi dire ni serrure ni garde; la franchissaient en tou'e -liberté, pauvres et riches, jeunes et vieux, et celui qui voulait s'instruire ou être soulagé, comme celui qui avait besoin de conseils, de consolations ou de secours. C'était le patriarche que son amour du prochain arrêtait à l'entrée de sa tente pour y donner l'hospi'aliié; c'était le bon prince assis au grand air, à l'ombre,, pour donner avis et rendre justice. Pas de protocole, point de cérémonial: qui connaissait la disposition des . Heux entrait, . frappait à sa porte, et une voix chaude, vibrante et cordiale, disait : « Entrez : mais entrez donc! » On entrait sans façon; il re-

cevait sans apparat, et l'on causait sans qu'il imposât à s€3 enfants la distance respectueuse, qui honore en troublant.

Malgré cela, à cause de cela, nous le supposons, il né.tait Trifluvien qui n'abordât ce bon père à genoux, le front baissé, pour se relever enfin heureux, confiant et béni.

Veut-on un exemple ou deux entre mille, qui caractérisent sa bonté? Eh bien! il avait 75 ans sonnés : c'était un dimanche de juillet, le soleil était ardent, l'air embrasé; il avait célébré la messe et prêché longuement; il venait encore d'assister aux vêpres, et cependant il se rendit à pied à l'hôpilal Saint- Joseph, silué à l'exîrémi'.é de la ville, et cela malgré sa fatigue extrême et ses infirmités. Pourquoi tant de hâte ? Il avait à envoyer de suite une garde pour un malade qui la lui demandait 1 Et, lorsque cinq ans plus tard il agonisait lui-même, il appela à son chevet une pauvre sauvagesse, recueillie dans le Nord-Ouest, souvenir de son apostolat. Il tenait à l'exhorter, à la consoler de sa perte, il voulait lui montrer par l'exemple et dire instamment qu'elle devait, confiante en Dieu seul, persévérer jusqu'à la fin. Quelques heures après, il montrait lui-même aux assistants attendris comment un 'juste rend une âme ennoblie dans le devoir et la souffrance à son divin Modèle, qui daigna mourir sur la Croix. D'ailleurs, telle était s% sollicitude pour les âmes, qu'il se passait peu de jours .qu'il ne se rendît au chevet d'un moribond pour le fortifier et pour l'aider à franchir le pas pénible qui le séparait encore de l'éternité.

Son dévouement était à la hauteur de sa générosité inépuisable. Une amitié touchante l'unissait à Mgr Taché, archevêque de Saint-Boniface. S'étant rencontrés parmi les sauvages, ils avaient su s'apprécier dans le labeur apostolique, au milieu d'indicibles souffrances. Mgr Tâché, plus jeune que Mgi Laflèche, mourut pourtant avant lui. L'ami des Trois- Rivières fit 500 lieues pour revoir les traits du cher disparu, et, à cette occasion, il prononça, sur la tombe qu'il bénissait, une oraison funèbre qui compte parmi les chefs-d'œu-

vre du genre dont s'honore le Canada. Ce jour-là, quand la liaute silhouette de l'évêque des Trois-Rivières se penchait douloureusement vers le catafalque où sommeillait son ami dans la paix sereine d'une mort enviable, le peuple manitobain, profondément reconnaissant envers ses deux apôtres qu'un si grand deuil rapprochait sous ses yeux, entourait l'évêque trifluvien qui faillit être le sien, et qu'il considérait toujours comme son père dans le Christ; il l'entourait, l'admirait, se disait que lui étant déjà redevable de la foi, il avait encore à lui témoigner sa gratitude de la sollicitude qu'il avait témoignée depuis la date fatale qui ouvrit la période de ses vicissitudes scolaires. Mgr Laflèchè soutint le peuple manitobain et ses pasteurs, il les défendit avec sa fougueuse ardeur, sa tenace énergie, par tous les moyens et de toutes ses forces, avec un tel courage, que l'Histoire ne saurait manquer de s'en faire l'écho ému, ni le peuple ainsi secouru, d'en garder à jamais la mémoire.

N'avait-il pas été d'ailleurs élu pour le gouverner, et, durant 12 années qui font époque dans les ,annale!S de Manitoba, n'avait-il pas parcouru tous les bois et la prairie immense de ce pays? n'avait-il pas appelé à la vie chrétienne ce peuple reconnaissant?

Ce n'étaient pas seulement les sauva-ges, les métis et les Canadiens-Français qui se faisaient une fête de voir et de posséder Mgr Laflèchè; peu d'hommes marquants allaient au Canada sans pousser jusqu'à Trois-Rivières pour voir un homme et un évêque. De ce nombre comptait le comte de Paris qui lui fit visite et resta émerveillé de s-on éloquence. Un jeune Russe alla prendre auprès de lui une consultation sur l'éducation; le Père Monsabré conféra longuement avec lui lors d'un de ses voyages à Paris. La conversation roula sur les conférences du savant dominicain à Notre-Dame et celui-ci fut frappé d'admiration en entendant de si belles et si judicieuses remarques dans la bouche d'un Canadien qu'on aurait pu croire moins solidement versé en ces matières.

Et lors du concile du Vatican n*arriva-t-il pas que Mgr Laflèche, discutant au milieu d*un groupe d'évêques durant une heure de loisir, fut entendu par Mgr Dupanloup. L'évêque d'Orléans ne comptait pas Tévêque des Trois-Rivières parmi ses partisans, bien au contraire. Il écoutait donc le prélat canadien à distance et quand celui-ci se fut ;éloigné, il s'informa du n<>m et de la nationalité de cet orateur véhément. On lui expliqua que c'était un jeune .évêqlie, tout récemment désigné pour le siège des Trois Rivières et que déjà tous connaissaient. « Ahl fit Mgr Dupanloup, s'il prononce assez mal, il pense fort bien ». Ses relations épiscopales étaient étendues et élevées. Mgr Pie compta jusqu*à. sa mort parmi les amis fidèles de Mgr Laflèche que Mgr Papi, secrétaire du cardinal Satolli, désignait ainsi : « Vieillard aux allures patriarcales, juste et franc, pieux et simple, savant comme un Père de l'Eglise et modeste comme un catéchumène ».

Sa cordiale familiarité resta toute sa vie ce qu'elle létait le jour où, par exemple, du fond du Nord-Ouest sauvage, s 'adressant à Thomas Caron, il lui confiait : « Dis au bonhomm<' Gill de m'écrire, affranchis ses lettres, et je te paierai en acquittant des messes ».

Et il consacra toutes ses ressources en fondations utiles, en œuvres charitables, en aumônes et en secours discrets, s'oubhant totalement : sa sobriété, en effet, était légendaire, sa simplicité monacale, on ne lui connut jamais ni chevaux, ni voitures, bien qu'infirme et d'un âge finalement fort avancé.

La vie publique de Mgr Laflèche ne fut pas moins remarquable que sa vie intime qui nous a été révélée édifiante, éminemment chr'étienne. Homme d'études; écrivain duii raro mérite; missionnaire zélé, infatigable; patriote ardent; orateur fécond et convaincu; évêque vigilant et saint; tout dans cet homme de Dieu, qui se prêtait merveilleusement à la grâce, trahissait et affirmait une personnalité extraordinaire, dont l'ascendant naturel s'étendit d'abord dans tout le Nord-Ouest

qu'il évangéHsait, pour s'exercer ensuite jusqu'à sa mort iJans toute la confédération canadienne où son nom. fut et jesbera, à tant de titres, doux et glorieux.

Nous le savons : c'était des ennemis aussi peu scrupuleux dans leurs paroles que nous les avons vus malicieux dans leurs actes, qui le disaient complaisamment un esprit rétrograde, U.1 caractère mo;enagLux, iO''.s'j:uctix>nniste emporté eu face des Idées et des progrès modernes, dont il voulait, sans discernement, obscurcir les horizons radieux par ,amour pour la routine. La vérité était à l'opposé de ces .affirmations audacieuses autant, que diffamatoires: on voulait, en le calomniant, Fentrâver ou le discréditer,

Lf amour de Mgr Laf lèche pour sa patrie d'abord, pour la Vieille-France dont Isonpays était l'émanation vivante, et pour la civilisation française était connu de tous. Il saisissait du reste tou' es les occasions pour le manifester efficacement. Quand il parlait à son auditoire, jeune ou vieux; il rappelait avec une émotion qu'il communiquait laisément que Cartier, .en omettant le pied sur le sol canadien, y planta tout d'abord la Croix pourv remercier la- Providence d'y avoir guidé; ses. pas; et, ce; devoir. :du cœur rempli, qu'il prit possession de cette terre nouvelle au i nom du Dieu -créateur du monde et de laa France,- sa fille aînée sur la terre. La Croix donc, insistait révêque, sera ^ pour vous, le signe de ralliement.

C-e ralliement, il le sonnait sans relâche, dans toutes délibérations publiques: ou manifesta lions nationales:; il applaudissait aux: hauts faits T de l'histoire canadienne, . entonnant lui-même des hymnes-: joyeux,.. enthousiastes* au ^souvenir des actions nobles ou i glorieuses qui: pouvaient relever l'idéal autour de lui et fairer vibrer» l'âme, d'intérêt; de fierté et de patriotisme dans ce pelit. peupte fidèle ài ses otradi tiens, à ses origines, à sa :foi,i et; qui; avait été sauvé miraculeusement des idésastees d'un autre- ;siècle. Homme i de son temps, quoique pour raraoindrir, dans, les. polémiques; on osait af-

firmer le contraire, avide de progrès réel, le favorisant de toutes ses forces et le bénissant en toutes circonstances, il gémissait sur les idées subversives qui se faisaient jour, sur des bouleversements qui s'annonçaient proches, sur des tendances de plus en .plus aventurées qui entraînaient visiblement un peuple jeune, accessible aux illusions, loin de l'idéal. qui lui était propice et qu'il fallait réaliser cependant pour son bonheur. Il prêchait la fidélité inébranlable aux souvenirs héroïques d'un passé glorieux; il recommandait de garde]' les vieilles et saines tradi ions auxquelles lerj francocanadiens devaient leur union .dans^ l'épreuve et devront leur force irrésistible dans, la victoire qui les -attend. '

Si le speclacle inquiétant des progrès rapiles, incessants du libéralisme au Canada lui arrachèrent tant d'appels désespérés et de cris si déchirants, c'est qu'il y voyait l'affaiblissement de la loi des aïeux,- la perte du respect des bonnes mœurs comme i celui des ;; saines doctrines, aussi des icoutumes nationales; il .y jvoyait l'oubli des devoirs qui conservent l'honnêteté, par .SHite, l'effacement des caractères, la division des^espri's, l'émietiement dos force?, le dér'hirement du peuple franco^eanadién que> l'erreur libérale, doublée des vices qu'elle tolère, poussait par les voies de l'apostasie, à rasservissement final ; asservissement don' i! s'était pour'ant si vigoureusement gardé jus cftie-là, bien qu'on l'eût ten'.é par la persécution, . par l'assimilation, ou encore par la fusion avec des forces matériel lement supérieures, destinées aie réduire enfin dans . l'impuissance. -

Pourquoi ne pas le dire ea un mot, Mgr Laf lèche voulut, au. Canada, l'accomplissement des destinées de la race française avec « l'extension du royaume de Dieu par la formation et la consolidation d'une nationalité catholique avant tout ».

Ce but, on le lui voit poursuivre sa vie durant, dans tons ses actes, dans, tous ses enseignements; et il y était porté avec une conviction pnofonde, acquise par l'étude et l'ob-

servation, par un sens élevé des responsal3ilités, résultant do sa charge des âmes. Selon lui, la ^ace française avait t'eçu une mission civilisatrice et chrétienne en Amérique. Bien qu'il y croyait fermement, il prêcha toujours aux Franco-Canadiens rattachement au sol conquis par leurs pères avec Téloignement pour l'émigration. Il voulait que le race française jetât dans la terre canadienne de si fortes racines, qu'elle pût se propager de proche en proche, s'étendre partout et répandre, avec son flot montant sans cesse, les idées françaises et la foi catholique. Comme il avait confiance en l'avenir des Canadiens-Français et catholiques, et qu'il fondait sur eux les plus vastes comme les plus légitimes ^pérances, il tenait à leur conservation sans mélange, saiis compromission sur le terrain religieux, alors qu'il ne cessait d'être un loyal sujet de l'Angleterre.

On se plaisait à retrouver dans l'évêque Laflèche lea traits caractéristiques du cardiaal Manning, dont la réputation était alors mondiale : même taille imposante, rehaussée par une même maigreur ascétique, qu'achevait un profil qu'on eût dît destiné à quelque illustration par médaille commémiori^ tive. Et qui mieux est : au moral, même caractère agissant, énergique que tempérait heureusement une âme sacerdotale aux dons exquis; une charité aussi prévenante qu'inépuisable; et quant à l'endurance morale, un courage soutenu, sans à-coups ni défaillance, également ferme devant les clameurs des foules, et devant leis murmures de ses fidèles, dès qu'il s'agissait d'affirmer un droit méconnu bu de remplir un devoir de sa charge. Il était, de plus, tm esprit observar teur et investigateur à qui rien n'échappait; qui consacrait son meilleur temps à l'étude des sciences sacrées et des problèmes sociaux. Pour compléter le rapprochement avec le très distingué cardinal anglais, on faisait remarquer 0,vec attendrissement, que, comme lui, Mgr Laflèche était mort sur la brèche, en tournée pastorale, cionfirmant, prêchant, bénissant, parcourant les paroisses les plus reculées de son

diocèse, s'en allant ainsi gagner leis âmes vers le Dieu des miséricordes qui l'avait envoyé pour instruire son peuple, laissant sur ses pas les parfums suaves d'incomparables vertus. Do plus, comme le cardinal, il ne laissait pas un liard vaillant pour perpétuer sa mémoire ou réjouir ses héritiers.

Mgr Laflèche était un orateur parfait, si, comme le définissait Quintilien, il suffit, pour le personnifier, d'être : « Un homme de bien sachant parler ».

L'évêque des Trois-Rivières était incontestablement un homme de bien; et déjà simple administrateur de son diocèse lors du Concile du Vatican, il parlait si éloquemment, que Mgr Dupanloup, même combattu par lui, ne put s'empêcher d'en convenir. Ses homélies se donnaient sur un ton familier, fraternel; mais dans les circonstances solennelles, la note s'élevait comme la pensée, et il planait alors à des hauteurs inaccessibles à la plupart. Il suffisait pour l'enlever qu'un intérêt majeur fût en cause ou qu'un danger sérieux menaçât l'intégrité de la doctrine chrétienne. S'il est vrai, comme dit saint Paul, qu'on n'enchaîne pas la parole de Dieu, il l'était tout autant qu'on n'étouffait plus la voix de Mgr Laflèche, que rien ni personne ne pouvait réduire au silence. Sa parole restait simple cependant, mais châtiée, dépouillée du fard (oratoire ou des artifices de la rhétorique; elle coulait de source naturelle, abondante, enflée seulement par une science sûre, variée, et par une sagesse mûrie dans la controverse et les combats. L'élévation, comme la justesse de ses idées, pajs plus que sa personne, ne restaient indifférentes.

Cet homme de bien qui savait parler, parla donc éloquemment toutf' sa vie parce qu'il avait une foi vive et parce qu'il aimait ardemment. Aussi, à cause de son zèle enflammé pour le salut des âmes qu'il semblait avoir hérité du plus éloquent des apôtres, de saint Paul lui-même, tous ceux qui ont compris Mgr Laflèche, qui l'ont admiré et vénéré pour ses éminentes vertus et ses talents extraordinai-

res, ont vu dans le don de parole, dont il jouissait si étonnammenl, la consécration de la sainteté de sa vie et l'héroïcité de ses vertus : pour ces motifs, sa mémoire est toujours vivace.

Quant à ceux qui ne lont pas compris ou qui, aveuglés par rintérêt ou la passion ne voulurent pas comprendre ce prélat qui: eût fait bonne figure dans les plus beaux jours de l'Eglise; quant à ceux qui l'ont méconnu de parti pris et combattu sansy loyauté, sans scrupule comme sans:m-esure; quant à ceux qui l'ont soupçonné, haï, cette sentence : Credidi pr opter quod locutus sum,. j'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé, qui allait si bien; à Monseigneur Laf lèche, fut et restera à jamais contre eux la justifiGqition et la défense efficace du grand évêque des Trois-Rivières. Parla-t-il jamais hors de propos ou ea.vain? Il parla avec son audace ; d'apôtre indomptable et persévérant pour; répandre la bonne semence et .gagner les âmes; pour ;éclairer et conduire son troupeau, pour le défendre aussi \ contre les tentations et les erreurs, travaillent partout, toujours au progrès moral,; à l'avancement surnaturel de ses ouailles qu'il aimait en père. Il voulait et cherchait leur bien-être dans le temps, leur bonheur dans l'éternité. Il croyait, et cela déjà lui suffisait pour être un apôtre sans peur et un évêque sans reproche.

C'était, parce qu'il croyait de ; toute la sincérité de son âme qu'il fut le champion irréductible- de - la vérité; intégrale. Toute son; intelligence, tous ses talents, touît son cœur ;- furent voués à défendre la cause du beau, du juste et du vrai ; cause . sublime dont il disait avec un saint transport : «Il mf tarde d'aller connaître dans le sein du Dieu des lumières, auxquelles aspirent tantes les puissances de mbn âme; il me tarde d'aller: connaître si j'ai eu tort ou raison d'aimer et de .défendre ainsi ce que j'ai cru être le vrai. » Et en effet, sur 1© point de rendre sa belle âme au Dieu de toute vérité, comme de toute justice, consolé de tant de> conttadiG--

• lions violentes, apaisé après tant Je combats acharnés, inoffablement confiant dans le Maître qu'il avait servi avec un dévouement inlassable, il se redressa, et, laissant écliapper du fond de sa conscienco en paix sa constante pensée, il dit avec la fierté des héros dont la tâche s'achève avec honneur : « Dites à Mgr Bégin qu'en face de la mort l'évêque des Trois-Rivières ne regrette rien de ce qu'il a di!^, rien de ce qu'il a fait au sujet de la question des Ecoles ». Et il n'avait rien d'autre à regretter/Et cette belle âme, enbaumée de saints désirs et par une constante prière, se détacha alors doucement du monde pour aller jouir enfin du repos et de la gloirei'des' Elus. Co martyr de la vérité devait donc parler et il parla sans cesso dans l'irrépressible ardeur de sa con-

• viction profonde, et comme parlèrent, du reste, tous les confesseurs de la foi: sans hésitation, sans faiblesse, étranger à tous calculs humains, se montrant tour à tour. Jurant sa longue et 'féconde existence apostolique, conquérant infatigable de l'âme sauvage, éducateur ingénieux de la jeunesse, administrateur habile et heureux pasteur, aimé du peuple, écrivain inspiré et docteur écouté, dans la chaire chrétienne, toujours sur la brèche, sinon à la victoire, . et enlevant de haute lutte une place enviable, parmi- les serviteurs éminents que peut-être un jour on dira : Pères de l'Eglise.

. Il croyait et il devait parler, parce que, penseur distingué, il avait trouvé dans les traditions et la foi chrétienne, les enseignements et les inspirations qui eurent toujours son adhésion entière; il y trouva l'expression sensible de la vérité intégrale qui fut le culte et la passion de toute son existence. Aussi, les traditions, les enseignements de l'Eglise catholique que de longs siècles de vicissitudes et de contradictions n'ont ni réduits, ni entamés, Mgr Laf lèche les a exposés avec force et clarté, et il les a défendus avec toute l'énergie de son tempérament combatif, avec toute la puis-

sance, avec toutes les ressources de sa conviction profonde et généreuse.

Cependant, telle ^dst la déformation dn caractère humain et la violence des hommes, que toute la conviction communicative du vaillant évêque des Trois-Rivières ; que sa générosité, son zélé, son dévouement, son courage; que toutes ses nobles qualités qu'une vertu austère avait cultivées et portées à un degré d'abnégation ou de perfection vraiment héroïque, n'étaient, par certaines gens, ni appréciés ni même compris; que dis-je? elles inspirèrent une opposition irréductible, une haine farouche et parfois, par ses moyens, et ses effets, criminelles à certains esprits qui, pour leur excuse et aussi pour leur confusion, eurent fréqtiemment à pâtir des assauts impétueux que livrait, autant que besoin, ce champion ardent de la vérité contre les erreurs chères à leurs faiblesses ou utiles à leurs compromis.

Ces gens-là n'avaient, pour se sauver la face, que l'insulte ou que la calomnie et ils y eurent recours, hélas I sans réserve et sans scrupules. Aussi, à les entendre, Mgr Laf lèche était, pour le moins, un toqué, un moyennageux, comme si de pareils propos, sans un commencement de preuves, sans une ombre de raison, dans la bouche de libéraux mis à mal, et de libres-penseurs confondus, n'étaient pas un éloge d'une exquise saveur 1

Un toqué! mais en ce sens, qui le furent plus que tous les saints et que le Christ lui-même? Tous les contempteurs de la vertu, qui fait honte au vice, ont tenu pareil langage, et les Pharisiens, pour cacher au peuple leur confusion, n'eurent pas d'autre défense.

Toqué! Mgr Laf lèche! 11 Ce n'est pas ce que disait le peuple canadien qui se pressait autour de sa tombe, et ce n'est pas non plus ce qu'inscrit sur ses tablettes l'impartiale histoire. Nous y lisons, au contraire, que ce soi-disant maniaque ou toqué était un athlète, sain de corps comme d'esprit, fortement trempé au moral, d'une inteUigence djvi-

nement lumineuse qui s'attaciuait, oomme c'était son Jrait d'honnête homme et sion devoir d'évêque, à toutes les erreurs qui faisaient ombre sur s<on idéal rayonnant dans la sérénité des cieux, où il l'admirait, s'en inspirait paur le montrer au monde et le faire désirer par lui.

Ce toqué était un homme sincère qui avait l'amour de la vérité intégrale, et non pas le culte complaisant d'une fraction de la vérité : le surplus restant monnaie de compromis et d'échange.

Il voulait la vérité des libertés humaines et catholiques plus ou moins fidèlement respectées.

Il voulait la vérité des principes conservateurs SK^uvent; mal compris ou faussement appliqués.

Il ne voulait de portion de vérité en rien; il en revendiquait la plénitude en tout, montrant lui, l'homme d'un bon sers robuste, le philosophe philanthrope, qu'il avait le moyen d'éclairei par l'abondance de ses lumières accumulées, toutes les obscurités des toqués qui l'entouraient en l'outrageant.

Il éclairait la sottise du monde, et celui-ci, confus par tant de ridicules, l'attribuait à qui le faisait ainsi ressortir; ce qui dispensait d'abord de s'en corriger.

Et c'est pour se venger que la libre-pensée :&ournoise et le libéralisme complaisant cherchaient ces termes insidieux : toqués, emballés, moyenâgeux, qu'ils intercalaient dans leurs éloges équivoques pour réduire une popularité dont ils prenaient ombrage, et ternir une mémoire dont l'éclat était fait pour les amoindrir. Ils insinuaient que, hypnotisé par les mérites d'un autre âge, malgré de réelles qualités, il méconnaissait les besoins et les droits de la société moderne, comme s'il ne s'en était préoccupé toute sa vie, n'avait travaillé sans cesse à résoudre les problèmes sociaux les plus irritants et n'avait su acquérir par ses formules et ses résultats la faveur des vrais patriotes; comme si toute la race francocanadienne et tous les catholiques ne lui avaient pas élevé dans leurs cœurs xm monument de vénération et de recon-

naissance que raclion du temps ne fait que consolider et en^bellir.

La société i moderne que Mgr. Laf lèche ne comprenait pas, n'avait pas à connaître et ne supportait pas : « C'est celle qui répond à la conception étroite, subversive du bon ordre chrétien et moral, dont se targue la libre-pensée, autrement dit le libre-mensonge. La société moderne à laquelle Mgr : Laf lèche avait voué tous ses efforts d'apôtre et d'évêque, comme avec lui, avant lui ou après lui, to:US ceux qui voient clair et juste dans les desseins providen'iels de Dieu sur i'humaiiité en général; sur la race française en Amérique, particulièrement, elle convient aux temps présents comme aux premiers âges de la , civilisation chrétienne et aux siècles médiévaux : c'est celle qui inspire des principes immuables de l'Evangile, dont la salutrdre influence, à travers les é'apes normales du progrès temporel bien entendu, doit infailliblement conduire les peuples à leur fin dernière qui est l'éternel bonheur en Dieu.

» Cette: société moderne, la seule vraie, Mgr Laflèche l'a si bien comprise, qu'il a travaillé sans relâche à son établissement définitif au Canada, convaincu qu'il était que les ancêtres, en prenant rini'ative intelligence de cette constitution sociale, ont fait la gloire et la prospérité de leur, race dans 1er passé. 11 comprenait que la permanence de la race française dans le Nouveau Monde et l'influence qu'elle^est appelée à y exercer étaient essGn'iellement subordonnée au succès plus ou moins grand, à la fidélité plus ou moins parfaite . avec lesquels les chefs religieux ou civils francocanadiens travaillaient à élablir solidement dans le Canada français ce type chrétien de société moderne».

Nous verrons Mgr Bruchesi, dans son oraison funèbre, insister aussi sur ce point et affirmer avec force que Mgr Laf lèche avait été un grand évêque, mais aussi un grand patriote. Qu'il ait été, outre cela, un évêque du moyen âge; nous ne voyons pas bien comment ce qualificatif à allures'

miurieuses dans la bouche des libres-penseurs, puisse 3on* ner poui nous à l'égal d'un outrage. N'est pas ,évêque du moyen âge qui veut:; et, certainement, Mgr Taschereau ^e fût trouvé déplacé, fort mal à Taise dans les rangs, pressés, de ces homntes de foi vive, de cœur aimant, de science étendue et dé solide vertu, que Léon XIII, alors, et Pie X aujourd'hui, proposait et donne comme modèles à suivre à leurs successeurs dans l'épiscopat.

Nous en convenons, et sans le moindre embarras, que toute sa vie Mgr Laf lèche fut l'adversaire résolu, irréconciliable du libéralisme doctrinal et sectaire dont U ne cessa de dénoncer l'astuce, la perversité. Il suivait l'ennemi pas à pas, le dévisageait sans la moindre timidité, le démasquait sous toutes ses formes, dans toutes ses entreprises, le poursuivait par les sentiers les plus sombres, les plus tortueux, le forçait dans ses derniers refuges et mérita ainsi sa haine implacable sans cesser de s'offrir en plein jour à ses coups les plus sauvages, subissant les effets de sa fureur sans hésitation, sans la moindre défaillance, forçant finalement l'estime, l'admiration de tous, jusqu'à gix)uper autour de lui ceux qui refusèrent de le seconder, de le suivre et qui lui firent enfin cortège, saluant avec respect leur chef et leur modèle incomparable.

Mais la fatigue des ans et le poids de ses travaux se firent sentii même à ses épaules robustes ; et la hache du destin commun étant à la racine, chêne presque séculaire jusque-là inébranlé, il tomba tout d'une pièce, de toute sa hauteur, dans le noble sillon qu'il avait tracé, sans que la Providence soumît ce héros superbe aux suprêmes humiliations des défaillances ordinaires de la chair qui subit son inévitable sort.

Il avail célébré au milieu de manifestations enthousiastes, attendrissantes, ses jubilés épiscopaux et sacerdotaux, ses: divers anniversaires jusqu'au quatre-vingtième.

L affection de tous aimait le crope immortel, il ne l'était

pas, et Von s'en aperçut tout d'un coup avec une inconsolable tristesse :

« Lorsque, dit M. le curé Cloutier en retenant ses sanglots ; lorsque Monseigneur, le 30 juin dernier (1898), sortit pour terminer sa visite pastorale, il était en parfaite santé. Nous remarquions même qu'il était plus gai qiie d'habitude. Il se rendit d'abord à Saint-Jean des Piles, une paroisse qu'il venait récemment d'ériger, ensuite à Saint- Jacques des Piles, puis à Sainit-Timothée, autre paroisse notivelletnent érigée. Il commençait alors à se sentir indisposé. Il devait, ce jourlà, présider une assemblée qui menaçait d'être longue et mouvementée. . .

» L'assemblée eut lieu à une heure de l'après-midi, le 3 juillet, par une chaleur accablante. Monseigneur en sortit épuisé. C'était trop pour ses forces. Les médecins sont d'avis, cependant, que s'il eût interrompu là sa visite pastorale et pris un peu de repos, il serait encore au milieu de nous. Son zèle ne l'admit pas.

» Il se rendit à Saint-Narcisse, paroisse voisine. Là, le malaise s'aggrava tant, q;u*on voulut empêcher le vieil évêque de prêcher. Mais il avait à commenter l'Encyclique Affari vos, encyclique qui, il le déclara face à la mort, fut la grande joie de sa vie. Il parla, mais pour descendre de la chaire, il fallut le soutenir et, le soir, le médecin s'opposa à son voyage à Saint-Maurice. Il y envoya ses prêtres et le isurlen demain il les y suivit : il dut se mettre au lit en arrivant.

» Chose extraordinaire, qui témoigne de son énergie héroïque, il quitta $on lit de diouleur pour aller confirmer cent cinquante personnes et, comme d'habitude, il voulait prêcher après la cérémonie; il n'y parvint plus et dut s'aliter de nouveau. C'était son dernier champ de bataille et son dernier combat; il tombait là, où avait succombé, quelques mois avant lui, l'un de ses plus vaillants collaborateurs, M. le chanoine Jean Prince. On le ramena en toute hâte aux

Trois-Rinères, à l'hôpital Saint-Joseph : c'était le Jeudi 6 juillet.

» Dès ce moment, Monseigneur pressentait sa mort et il le dit en entrant dans la chambre qui lui était réservée : « C'est dans ce lit que je vais mourir ». Tout fut tenté en vain et la science se reconnut bientôt impuissante.

» Le mardi suivant, Monseigneur prit ses dernières dispositions, régla sa succession temporelle et autant que cela lui était possible, sa succession spirituelle. Il se sentit alors soulagé. Hélas! la faiblesse allait augmentant, on l'administra ce jour-là, et avec quelle piété, quelle foi, il reçut le viatique du chrétien l

» Le lendemain, mercredi, il eut une syncope et crut mourir. Il fit ses adieux à son chapitre, à son clergé, à ses diocésains, puis il dit : « J'ai fait tout ce ,que j'avais à faire, j'ai dit tout ce que j'avais à dire ». Et il entra en oraison.

» Il conserva sa Incité d'esprit presque jusqu'au dernier moment, répétant fréquemment : « Quel bonheur de croire en face de la morti »

Il entra en agonie et sa fin calme ressembla au sommeil de l'homme de bien après une journée bien remplie..., sa mort fut de celles dont l 'Esprit-Saint a dit : « La mort du juste est précieuse devant le Seigneur ».

Le deuil de Mgr Lafièche fut un deuil national. Les fidèles accoururent de toutes parts, les chemins de fer, pour répondre aux vœux de ses admirateurs durent baisser leurs tarifs, c'est dire qu'à ses funérailles l'affluence fut .énorme comme la popularité du défimt était universelle.

Arrêtons-nous ici. Nous voudrions nous faire l'écho des douloureux regrets, des éloges unanimes de la presse et du peuple canadien; nous nous contentons de citer la note émanée de la Semaine religieuse de Québec, dont personne, en la circonstance, ne suspectera la sincérité.

Cette note de la Semaine religieuse est signée des initiales D. G. qui dissimulent son directeur, M. G-osselin :

Lé; deiixièririe évéque des Trois-Rivières^ Mgr Louis-François-Richer Laflèche/ est décédé le 14 juillet dernier (1898), dans sa ville, épiscopale, dans la 80 année de son âge, la cinquante-cinquièmo dé son sacerdoce, et la trente-deuxième do son épiscopat.

Ce -vaillant évoque est tombé les armes à la main/ au cours Je sa visite pastorale. Frappé mortellement^ il lui a fallu rentrer dans sa ville presque immédiatement et quelques jours plus tard il rendait son âme à Dieu en pleine possession de ses facultés mentales.

Le clergé et les fidèles du diocèse des Trois-Rivières perdent en la personne de ce vieillard aux allures patriarcales, non .seulement un évêque qui faisait leur orgueil par sa vertu et la variété do ses connaissances, mais Un pore dont la bonté et la sollicitude à l'égard de ses enfants d'adoption ne sauraient être surpassées.

Il les a aimés^ il les a protégés comme la prunelle de ses yeux, il s'est dépensé, sans compter, à promouvoir, dans la mesure du possible, leurs intérêts spirituels et temporels.

Aussi, il laisse un. clergé uni et pleinement soumis à l'autorité, des diocésains dont, en général, le sens catholique n'est guère émoiissé, un diocèse parfaitement organisé sous tous les rapports.

C'est ce que ses œuvres continueront à proclamer, lorsque se sera écoulé le flot de générations qui ont eu l'avantage de vivre sous sa houlette. ^

L'Eglise du Canada perd aussi en Mgr Laflèche l'un de ses chefs les plus distingués; tm érudit, un orateur, tm champion de ses droits, un apôtre et un prophète. „

Son érudition, elle, n'avait d'égale que son htimilité.

Orateur, il l'était à tm très haut degré. On pourrait même le rahger parmi les princes de l'éloquence.

Champion des droits de l'Eglise en tout ordre de choses, il l'a été jusqu'au dernier jour de son pèlerinage, sans jamais se laisser rebuter par les contretemps. Toute sa vie il n'a cessé de les proclamer et de les revendiquer par la parole et par la plume. Seulement il semblait être sous l'impression — du moins vu à distance — que l'intrépidité suffit pour assurer le triomphe de ses causes, el que la tactique, en pareil cas, n'a qu'une importancei secondaire.

Al Aire, il l'a été non seulement dans les plaines du Nord-Ouest, mais dans toute sa carrière sacerdotale et épiscopale. 11 a tenu

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à riionneur d'être, ayant tout et par-dessus tout, raiss-ionnaire de la vérité et l'adversaire infatigable de l'erreur.

Toujoxirs et partout, comme on le rappelait lors de ses noces d'or, il a confessé Jésus- Christ, travaillé à faire aimer et estimer la véxité apportée du Ciel.

Aussi, il n'a pas manqué d^être en butte aux contradictions dont le Divin Maître lui-même et les apôtres n'ont pas été exompts. Il a vu se déchaîner contre lui, sans en être troublé, tous ceux dont les erreur;? modernes sont le principal CredOy que sa parole hardie gênait ou dérangeait dans leurs calculs. Ce sera sa gloire impérissable. Le monde ne s'attaque qu'aux forts, ne combat que ceux dont il redoute la valeur, qu'il soit, capable de déjouer ses plans et de faire échouer ses machinations.

Prophète, ce qualificatif peut sembler exagéré, mais il n'est pas moins mérité que les premiers. Plût à Dieu, comme on l'a souvent insinué, qu'il n'eût été qu'un visionnaire et non pas un voyant! Loin d'en être humilié, il eût été le premier à s'en réjouir, si les événements étaient venus démentir ses prévisions. Malheureusement il n'a pas eti cette suprême consolation. Lorsqu'il est entré dans son éternité, il avait pu constater, dans toute l'amertume de son âme, qu'il n'avait pas guerroyé contre de simples fantômes, mais contre des erreurs dont l'incarnation n'était que trop réelle et trop visible.

De plus, la patrie canadienne perd en Mgr Laflèche un grand patriote, tm homme dont le patriotisme se confondait presque avec son amour de. l'Eglise. Comme le disait dernièrement l'évêque d'Orléans dans son oraison funèbre de Mgr Affre, « plus on est prêtre, plus on est patriote. ;» Cette vérité, évidente a priori, il est peu de carrières apostoliques qui la mettent plus en lumière que celle de l'illustre défunt.

Tel est, en somme, le jugement que portent sur l'Evêque des Trois-Rivières la plupart de ses contemporains, et tel sera, nous en avons l'intime conviction, le jugement définitif de l'histoire ecclésiastique.

Bien plus, comme l'a si bien dit l'un de ses diocésains qui a eu le privilège de le connaître intimement, sa mémoire ne fera que grandir avec le temps.

A une sommité en vue parmi les contemporains, il faut l'éloignement, la perspective, comme il en faut pour bien juger d'une montagne. Plus tard, quand les courants d'idées qu'il a combattus auront développé toutes leurs conséquences, on jugera mieux de sa claire vue des hommes et des choses et on mettra sa figure

à sa place dans le cadre qui lui convient. Et nous ne doutons pas qu'il no se présente à la postérité à côté des plus grandes parmi les plus grandes personnalités qui ont illustré l'épiscopat canadien.

Sans doute, pendant une carrière aussi longue, Mgr Laflèche a pu et a dû se méprendre quelquefois — humanum est errare. — Mais la droiture de ses intentions, sa loyauté et sa franchise ne sauraient jamais être suspectées.

Nous avons donc la confiance, tout en recommandant son âme aux prières, que le Souverain Juge lui a déjà fait entendre cette parole d'approbation qui ouvre le séjour de l'éternelle récompense : « Dicite justo quoniam bene. » Déclarez à ce juste que c'est bien.

Les funérailles de Mgr Laflèche ont eu lieu le 19 juillet, en présence d'un nombreux clergé et de presque tous les évêques de la Province. La translation de ses restes mortels a été présidée par l'archevêque d'Ottawa, le service a été chanté par l'archevêque de Québec et l'oraison funèbre a été prononcée par l'archevêque de Montréal.

Voici cet éloge suprême et bien senti qu*une information plus précise, mais alors difficile à s'assurer, aurait rendu encore plus précieuse. Tel qtiel il figure à bon droit comme fin et couronnement de notre étude, avant tout sincère.

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