LA MÉDAILLE MIRACULEUSE
{Septembre 1830.)
I. Marie, la Reine de nos combats présents. — II. Origine de la Médaille miraculeuse. — III. Marie la recommande en personne. — IV. Tactique à observer par les Médaille de Marie. — V. Un mot de commentaire. — VI. Fruits meryeilleux de la Médaille miraculeuse.
I. — - Jamais, depuis l'ère des persécutions, la Sainte Église n^a été en butte à une guerre aussi terrible que celle dont la catholicité tout entière soutient en ee moment les suprêmes assauts. Sur ce champ de bataille, vaste comme le monde, où depuis tout un nède se poursuit cette lutte à mort, est-il étonnant de voir se produire jusqu'à la prodigalité, les signes et les apparitions de la Mère du Christ ?
Et c'est la France, la fille aînée ou plutôt l'enfant prodigue de l'Église, qui est le théâtre préféré de l'intervention de Marie ! 0 bonté divine !
Et c^est au moment même où la Bévolution croit son triomphe assuré, en 1830, c'est en face de son trône fastueux, à Paris même, que nous apparaîtra la Médaille miraculeuse... mais confiée aux nobles mains d'une Fille delà Charité, d'une sœur de Saint-'^^cent de Paul !
U. — « Dans le courant du mois de septembre 1830, raconte l'historien oficiel du prodige ', une jeune sœur du noviciat des Filles de la Charité de Saint- Vincent de Paul (encore en vie aujourd'hui, nous diton), avait vu, pendant l'oraison, un tableau représentant la Sainte-Vierge, telle qu'on la dépeint communément sous le titre d'Inmiaculée, en pied, revêtue d'une robe blanche et d'un manteau de couleur bleu argenté, avec un voile aurore, les bras entr'ouverts et étendus vers la terre. Ses mains étaient chargées de diamants d'oii s'échappaient, comme par feisceaux, des rayons d'un éclat ravissant, qui se dirigeaient sur le globe, et avec plus d'abondance sur un certain point. La Sœur entendit en même temps une voix qui lui disait : « Ces rayons sont le symbole des grâces que « Marie obtient aux hommes ; et le point du globe sur < lequelils découlentle plus abondamment, c*est la
Notice sur V origine et les effets de Médaille miraoUmm etc., par M^^, prêtre de la Congrégation de la Mission de Saint- Lazare, 8« edit., Paris 1842. pages 27 à 32. — L'auteur est le directeur même de la novice dont il 8*agit
< France. » Autour du tableau elle lut rinvocation suivante, écrite en caractères d'or : 0 Marie ! conçue sans péchéj priez pour nouSy qui avons recours à vous! Quelques moments après, le tableau se retourna, et sur le revers, elle vit la lettre M, surmontée d'une petite croix, et au-dessous les saints Cœurs de Jésus et de Marie. L'ayant considéré attentivement, la novice entendit de nouveau la même voix qui lui ajouta : < Il « faut faire frapper une Médaille sur ce modèle jCt les c personnes qui l(n porteront indulgenciée et qui /è- « ront avec piété cette courte prière, jouiront d'une € protection spéciale de la Mère de Dieu. »
€ La novice vint, dès le lendemain, me foire part de cette vision, que je regardai comme un pur effet de son imagination, et me contentai de lui dire quelques mots sur la véritable manière d'honorer Marie et de nous assurer sa protection, en imitant ses vertus. Elle se retira sans s'inquiéter et sans s'occuper davantage de sa vision. Six ou sept mois après, la vision s'étant réitérée de la même manière, la Sœur crut encore devoir m'en rendre compte ; mais je n'y attachai pas plus d'importance que la première fois, et la congédiai de même.
c Enfin, après un autre intervalle de quelques mois, elle vit et entendit les mêmes choses ; mais la voix ajouta que la Sainte-Vierge n'était pas contente de ce qu'on négligeait ainsi de faire frapper la Médaille.
€ Cette fois, sans cependant le manifester, j'y fis plus d'attention, par la crainte surtout de déplaire à celle que l'Église nomme à si juste titre le Befuge des pé" eheurs ; d'un autre côté, toujours dominé par cette
pensée que ce pouvait être une illusion et le pur effet de son imagination trompée, je n'en fis bientôt plus aucun cas. Plusieurs semaines s'étaient passées ainsi, lorsque j'eus occasion de voir Mgr l' Archevêque ; la conversation nous donna lieu de raconter tous ces détails au vénérable prélat, qui nous dit ne voir aucun inconvénient à. la confection de cette Médaille, vu surtout qu'elle n'offrait rien d'opposé à la foi de l'Eglise ; qu'au contraire, tout y était très-conforme à la piété des fidèles envers la très-Sainte-Vierge ; que par conséquent elle ne pouvait que contribuer à la faire honorer et qu'il désirait en avoir une des premières. Dès lors je me déterminai à la faire frapper.
« Mais les ravages du choléra-morbus ayant multiplié les fonctions de mon ministère, j'en ajournai l'exécution jusqu'en juin 1832, époque où elle fut frappée selon le modèle dont il est parlé ci-dessus.
« Nous ferons observer ici qu'un jour où la novice était à réfléchir s'il ne convenait pas de mettre quelques paroles sur le revers de la Médaille, conmie il y en avait de l'autre côté, la voix lui dit, que le monogranmie de la Sainte-Vierge, la croix et les deux cœurs, en disaient assez à l'âme chrétienne. »
m. — L'historien ajoute ici la relation de deux autres visions au sujet de cette même Médaille, visions dont plus tard fut favorisée, en Suisse, une Beligieuse déjà prévenue de beaucoup d'autres grâces extraordinaires. Cette relation achève de mettre en lumière les desseins du Ciel touchant l'usage de ce signe de salut. Nous la reproduisons donc tout au long.
« Le 17 août 1835, premier jour de sa retraite, cette Beligieose fut comme ravie après la sainte Communion et vit Notre-Seigneur assis sur un trône de gloire, tenant en main un glaive. « Où vas-tu, et que cherches-tu, lui demanda-t-il ? — 0 Jésus ! lui répondit-elle, je vais k vous, et c'est vous seul que je cherche. — Où me cherches-tu, en quoi et par qui ? — Seigneur, c'est en moi que je vous cherche, dans votre sainte volonté et par Marie. » Ici Notre-Seigneur dispamt, et la Beligieuse, revenue à elle-même, réfléctissait sur les paroles du Sauveur, lorsque lui apparut la très-Sainte-Vierge toute resplendissante et toute débonnaire. Elle tenait en main une Médaille où était gravée son efiSgie avec Tinscription : 0 Marie ! conçue 9^^ péché, priée pournaus qui avo7i8 recours à vous. Et des feisceaux de rayons sortaient de ses mains. « Ces rayons, lui dit Marie, sont le symbole des grâces ^}obtiens aux Iwnimes. » Et elle retourna la Médaille où la Religieuse vit la lettre M surmontée d'une petite croix, et au bas les saints Cœurs de Jésus et de Marie, c Porte cette Médaille, lui dit alors la Reine des Cieux, et tu jouiras de ma protection toute spé- (^^:aie soin que tous ceux qui se trouvent dans Çf^ue besoin la portent aussi, qu'on s^ efforce de la *'^ procurer.,. Prépare-toi, car je teja mettrai moi^ ^''^ à la fête de mon bien-aimé serviteur Bernard; ^^jou/rd'hui je la laisse dans tes mains, » La Saintevierge lui reprocha ensuite d'avoir laissé égarer cette
Médaille et de ne s'être pas mise en peine de la chercher.
I^ religieuse avoua en effet qu'elle lui avait été
donnée dans le mois de juillet, et que, l'ayant perdue, elle n'avait point pensé à la chercher, parce qu'elle l'avait regardée comme une médaille ordinaire, ne connaissant nullement ni son origine, ni ses effets avant cette vision ; ce que le supérieur de la conmiulaute atteste et certifie lui-même... La très-Sainte- Yierge remplit sa promesse, et le 20 du même mois, fête de saint Bernard, elle lui mit au cou la Médaille qu'elle lui avait déjà, mise entre les mains. Il lui fut recommandé en même temps de la porter avec respect, d'en réciter souvent l'Invocation et de s'appliquer h la pratique des vertus de l'Immaculée Marie. »
IV. — « Pendant sa retraire (août 1836), elle vit tous les jours la Médaille comme suspendue dans les airs. D'abord elle lui apparaissait très-élevée, brillante par moments comme le soleil, et puis, comme l'or pur ; ensuite, moins haute, et seulement comme en argent; enfin, fort près de terre, et simplement comme en cuivre. La Keligieuse était dans l'admirat|îon, sans cependant comprendre ce que signifiait la représentation de ces diverses Médailles, jusqu'à ce que, pendant l'ofiice des vêpres, elle en reçut l'explication. Une voix pleine de douceur, qu'elle ne put pas reconnaître, lui demanda quelle était celle des Médailles qu'elle préférait ? Elle répondit que c'était la plus brillante; et la même voix, la félicitant du choix qu'elle avait fait, lui dit que la Médaille brillante comme le soleil est celle des chrétiens fidèles qui, en la portant, honorent parfaitement Marie, et contribuent à procurer sa gloire ; que la Médaille en or est
»lle des personnes pieuses qui ont une dévotion tenre et filiale envers Marie, mais dans le cœur de qui Ile est renfermée, sans qu'elles contribuent beaucmp à fidre honorer cette divine Mère ; que la Médaille m argent est celle de toutes les personnes qui la portent tvee respect et dévotion, mais qui manquent parfois &e oonstance et de générosité dans Timitation des vertog de Marie ; et qu'enfin la Médaille qui lui a apparu tomme en cuivre, est celle de quiconque, se contentant dehi adresser des prières, sans se mettre en peine de Htareher sur ses traces, demeure ainsi tristement attaché à la terre. La même voix ajouta encore que, <^onune il y a cependant une espèce d'union particuliîffe entre ces diverses personnes marquées, pour ^ parler, du sceau précieux de Marie Immaculée, ^ doivent toutes s^entr'aider mutuellement d*une ^f^ière toute spéciale par la prière, afin que, par ce Passant secours, les troisièmes puissent relever les Minières, les secondes soutenir les troisièmes, et que I^ premières attirent ainsi heureusement toutes les
f Ces détails nous ont été communiqués de l'abbaye de Notre-Dame-des-Ermites, à Einsideln, si renom- ^^ et si connue, tant par les grandes vertus de ses fervents religieux, que par le concours immense do fidèles qui s'y rendent de tous les pays en pèlerinage. »
^--^On vient de l'entendre, c'est Marie elle-même, la Mère de grâce et de miséricorde qui explique le signe nouveau adressé au monde entier, mais plus spé-
cialement à la France : elle veut, dans le combat qui redouble, nous couvrir de cette Médaille comme du bouclier de sa protection toute spéciale ; elle insiste pour qu^on ait soin que tous ceux qui sont dans la peine j portent cette Médaille ; elle demande qn^on s'efforce même de la leur procurer. Bemarquons enfin combien CeUe qui est terrible comme une armée ran^ gée en bataille^ recommande à ses fidèles médaiUés, qu'on nous passe le mot, de ne point marcher isolés au combat, mais de serrer leurs rangs, de se venir mutuellement en aide par la prière, afin que tous avancent, traversent les lignes ennemies et arrivent au ciel couverts des lauriers de ses parfaits serviteurs.
VI. — L'espace nous manque pour redire la diffusion inouïe, vraiment merveilleuse de la Médaille miraculeuse, répandue depuis quarante ans en nombre infini; pour énumérer seulement les guérisons,les conversions, les prodiges de tout genre opérés sous cette égide de la Eeine conçue sans péché ; pour compter les confiréries innombrables rangées autour de Tarchiconfrérie de Notre-Dame des Victoires avec la Médaille miraculeuse pour signe de ralliement et de triomphe ; enfin, pour faire voir combien le saint usage de la Médaille a contribué à la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception, premier bulletin de la victoire suprême qui doit se gagner en nos jours d'immense labeur contre Satan et sa tourbe révolutionnaire, par les bataillons invincibles des croyants de Marie !...
Et parmi tous ces trophées de la Médaille miraculeuse, quelle conquête que celle du 20 janvier 1842
il Marie apparut, à Borne, à Tobstiné Batisbone et le Bxrassa, comme Saûl sur le chemin de Damas renant les armes au Christ immortel!
O Marie! conçue sans péché, priesf pour n<ms qui vans recours à vous !