APPARITION DE NOTRE-DAME DE LA SALETTE
(19 septembre 1846)
. Importance du fait merveilleux de la Salette. — II. La Sainte Montagne. — III. Les deux bergers Maxîmin et Mélanie. — IV. Prodige de l'Apparition. — V. Extérieur de Notre-Dame de la Salette. — VI. Elle se plaint des iniquités du monde, principalement du blasphème et de la profanation du dimanche, causes de grandes calamités. — VII. Secret donné aux enfants, et exhortation à une vie meilleure. — VIII. Vous le ferez passer à tout mon peuple. — IX. Premiers détails sur le double secret. — X. Extrait du secret de Mélanie communiqué par celle-ci, en 1870. — XI. Deux de ses lettres à sa mère en parlent WMi. — XII. Autres lettres bien caractéristiques. — XllI.Un mot du secret de Maximin. — XIV. Nouvelle Apparition de Notre-Dame de la Salette, en Lorraine, le 9 novembre 1870. — XV. Ses derniers avertissements, du 19 décembre 1870 et du 19 janvier 1871. — XVI. Ensemble «les preuves de TApparition. — XVII. La fontaine miracui« — XVIII. Le débordement du mal. — XIX. Les mts annoncés ne se vérifient que trop.
^' ~- Après le touchant appel fait par le moyen de ^ Médaille miraculeuse à tant d'âmes tièdes ou corn-
plètement infidèles de notre siècle, la Reine de miséricorde voulut apparaître elle-même parmi nous par une suite de manifestations merveilleuses, presque sans exemple dans les annales de TÉglise. (Test moins la Souveraine du monde que Thumble Servante du Seigneur et le Eefuge des pécheurs qui vient courir après la brebis égarée et Tarracher aux vengeances célestes de jour en jour plus menaçantes : larmes, prières, remontrances, révélations des calamités futures, la divine bergère n'épargne rien pour nous rattacher à sa houlette bénie.
Mais son Apparition aux enfants de la Salette doit tout d'abord attirer notre attention. » Cet événement si prodigieux, dit le père Huguet *, ouvre le grand siècle de Marie : il confirme cette vérité enseignée par saint Bernard que dans l'église tout se fait pab Marie ET RIEN SANS Marie, omnia nobis voluU habere per Mariant^ car elle est la médiatrice auprès de Jésus, le Médiateur divin et absolu par son droit de nature. Pour nous, continue le père Huguet, nous ne cessons d'avoir les yeux sur la montagne sainte d'où nous viendra le secours ; espérons qu'il descendra de Ik des hommes tels que les décrit, d'après saint Vincent Ferrier, le vénérable Grignon de Montfort dans son Traité de la vraie dévotion à la très^Sainte^ Vierge. »
IL — La sainte Montagne de la Salette, située dans le Dauphiné, à environ soixante-dix kilomètres de Gre-
' Notre-Dame de la Salette mieux connue, T. p. 19, éd.
loble, appartient à la chaîne des Alpes* On y arrive )rdinairement par le bourg de Corps où passe la rente jui met le chef-lien du département de Tlsère en x>mmnnication avec Gap et le midi de la France. Au lord du bourg s'ouvre une gorge pittoresque, par laquelle on atteint, après une heure de marche, la commune de la Salette, formée de douze hameaux épars ^^ là sur le versant des montagnes. En avançant toujours plus haut, le pèlerin rencontre encore quel- D[ues forêts de sapins et de hêtres entrecoupées de prairies. Puis les premiers sommets, qui limitent le tableau, n'étalent plus que des pâturages où, durant la belle saison, errent les troupeaux.
Au nord de la Salette, un de ces sommets se fait remarquer par sa croupe arrondie, recouverte en été d'une riche verdure et surmontée aujourd'hui d'une grande croix : c'est le Mont sous les Baisses^ c'est la Sainte Montagne. L'air y circule en liberté, à dixhuit cents mètres au-dessus du niveau de la mer ; on y chercherait en vain un arbre ou même un arbuste, bien loin à la ronde. Sur ce plateau, éloigné de cinq kilomètres de la Salette, et si longtemps désert, s'élève maintenant, entre deux couvents, un splendide sanctuaire, en étemel souvenir de l'Apparition du 19 septembre 1846 \
* Nous empruntons les détails de ce chapitre à la notice Im-
torigti«,par le P. J. Berthier appniuvée, par Mgr de Grenoble, et
^^oire-Dame de la Salette mieux connue^ par le P. Huguet,
*iûM qu'aux différents écrits sur les secrets de la Salette^ par
K Girard, Rédacteur de la Terre-Sainte, de Grenoble.
III. — Or, en ce jour-là, deux petits bergers, inconnus Tun à l'autre jusque la veille, s'étaient rendus avec leurs vaches sur la montagne, où ils arrivèrent de bonne heure. Bemarquons que c'était le samedi des quatre-temps de septembre, et la veille de la Fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs. Le plus jeune des enfants, Pierre-Maximin Giraud avait & peine onxe ans; Françoise-Mélanie Galvat-Mathieu alkdt en avoir quinze : l'un et l'autre sans aucune éducation et d^une ignorance profonde, savaient à peine faire le signe de la Croix ; mais, d'un caractère tout-à-fait différentde celui de Maximin, léger et inconstant, Mélanie était timide et sauvage, mais pieuse autant que le permettait Fétat d'abandon où elle avait vécu jusque-Mi.
Vers onze heures ils menèrent boire leurs vaches h la Fontaine des hêtes. Puis, bientôt après, entendant la cloche de l' Angélus, ils montèrent le long du ruisseau de la Sezia qui coule dans le ravin voisin, et prirent leur frugal repas près d'une fontaine tarie, h une vingtaine de pas au-dessous du plateau ; ils finirent par s'endormir non loin de \k, à quelques pas l'un de l'autre.
Vers deux heures et demie, Mélanie, réveillée la première, appela Maximin pour aller à la découverte de leurs vaches.
Arrivés sur le plateau, ils les aperçoivent couchées sur le versant de la montagne voisine. Alors ils redes» cendent pour reprendre leurs sacs qu'ils avaientlaisséi à côté de la fontaine desséchée. Mélanie marchait II première.
-as-
rv. — Tout-à-coup elle aperçoit devant elle une clarté éblouissante. Cette lumière merveilleuse remplit le ravin et fait pâlir celle du soleil, qui brille cependant en ce moment du plus vif éclat. < Viens, ditelle à Maximin, viens vite voir cette clarté Ik-bas. » Et le berger d'accourir aussitôt et de découvrir la clarté.
A ce moment la lumière s'entr'ouvre et laisse voir aux deux enfants une Belle Dame, environnée de gloirei mais dans Fattitude d'une profonde tristesse. Elle est assise sur une pierre, les pieds dans le lit desr séché de la fontaine intermittente, les coudes appuyés sur ses genoux et la tête dans ses mains. Puis elle écarte les mains et son visage paraît baigné de larmes, mais ces larmes sont brillantes; elles ne tombent pas à terre, elles disparaissent comme des étincelles de feu.
C'est l'heire des premières vêpres de la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs, et l'Église chante en ce moment par toute la terre ; 0 quam tristis et afflicta Fuit iUa henedicta Mater unigeniti ! oh! qu'elle est tbiste et désolée, la mère bénie du fils unique de dieu!
V. — Eecueillons avec un respect plein de religion tous les détails de cette manifestation de la Eeine des deux. La lumière qui l'environnait, rayonnait à trois ou quatre mètres autour d'elle. Cette clarté, disent les deux témoins, était plus brillante que celle du soleil, mais d'une autre couleur. C'est elle qui, prenant des formes diverses, servait de vêtement à l'incomparable Vierge.
Le front de la céleste Messagère était ceint d'une couronne de roses étincelantes etd'unbrillantdiadëme. Sa robe, d'une coupe très-simple, était d'une blancheur éblouissante. Un modeste fichu, également orné de roses en guirlandes, recouvrait sa poitrine. Enfin d'autres roses d'une beauté incomparable et de différentes couleurs rehaussaient sa blanche chaussure. Deux chaînes pendaient de son cou devant elle : l'une, plus grande, figurait sans doute le poids de nos iniquités sur son Cœur de mère ; l'autre, plus petite, portait une croix ornée d'un Christ, éblouissant de clarté. A droite de la croix étaient .des tenailles, et k gauche un marteau qui semblaient ne tenir h, rien. La Sainte-Vieige avait devant elle un tablier, conune une humble servante. Mais tout était lumière. Ses cheveux n'étaient point apparents ; une sorte de guimpe lui voilait ausâ le cou ; et ses mains, pendant tout le temps de son entretien avec les bergers, demeurèrent recouvertes par les longues manches de sa robe. C'est bien Ik l'auguste Reine des Cieux environnée de gloire, et en même temps la Vierge humble et modeste de Nazareth qui vient, en se montrant à nous, nous prêcher la simplicité chrétienne, en haine des modes insensées d'aujourd'hui.
La Mère sans tache ne permit pas que Maximin pflt contempler son visage. Les rayons d'une lumière éblouissante qui enj aillissaient, ont dérobé aux regards du jeune garçon, la virginale beauté qui ravit Tcttl des anges. Seule, Mélanie fut admise à contempler ki traits de l'Apparition : elle a lu dans ces traits bénii l'expression d'une maternelle tendresse et d'une po*
fonde douleur, elle a vu couler les pleurs de Celle qui ne connaît plus sans doute les tristesses de cet exil, mais qui, venant sur la terre, a dû parler le langage de la terre et se servir de Téloquence des larmes pour mieux nous faire comprendre - que nous devons enfin pleurer nos péchés et fuir les vaines joies du monde.
< Pendant tout le temps que la Bdle Dame nous a parlé, a dit en effet la jeune bergère, elle n'a cessé de pleurer. Ses larmes s'évanouissaient dans la lumière sans tomber jusqu'à terre.EUes ruisselaient plus abondamment, tandis que la Sainte-Yierge annonçait les maux qui menacent les hommes, s'ils refusent de se convertir. »
La voix de Marie était d'une douceur telle que les mélodies les plus suaves de la terre n'en peuvent donner une idée. Aussi les deux enfants recueillirents-ils avec avidité toutes ses paroles, alors qu'ils n'en comprenaient pas le sens. Heureux nous-mêmes, si nous sommes touchés de ces accents maternels où nous sont donnés de si salutaires enseignements !
VI. — A l'aspect de la merveilleuse Dame ainsi plongée dans les larmes, Mélanie fut saisie de frayeur. « Ah ! mon Dieu, s'écria-t-elle, » et elle laissa tomber son bâton. Maximin, effrayé lui-même, garda le sien pour se défendre et engagea la bergère à faire de même.
Mais voici que la Belle Dame se lève, croise les mains devant elle et, d'une voix douce et caressante comme une harmonie du ciel : < Avanceit, mes en- « fcmts^ » dit-elle, « ne craignez pas ; venez, je suis < ici pour vous annoncer une grande nouvelle, >
En même temps elle s'avance vers Tendroit où les enfants s'étaient endormis, à trois mètres et demi de la fontaine. Les deux bergers, pleinement rassurés par ses encouragements maternels, s'empressent de leur côté h sa rencontre et vont se placer tout près d'elle, Mélanie h sa droite, Maximin h sa gauche, mais devant l'Apparition et dans la lumière qui rayonne autour d'elle.
< Si mon peuple ne veuê pas se soumettre, » dit alors la divine Messagère en continuant k verser des larmes, c je suis forcée de laisser aUer le bras de mon
< Fils ; il est si lourd et si pesant que je né puis plus
< le retenir.
< Depuis le temps que je souffre pour vous autres !
< Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas,
< je suis chargée de le prier sans cesse pour vous aoc très qui n'en faites pas de cas. Vous aurea beau « prier ^ beau faire^ jamais vous ne pourrez récom^ € penser la peine que j* ai prise pour vous autres. »
Et parlant au nom du Très-Haut lui-même : « je « vous Âi DONNÉ, » continue Marie, < six joubs poub