APPARITION DE NOTRE-DAME DES SBPT-DOULEURS A CERRETTO EN TOSCANE
(19 mai 1853.)
I. Nëceet^ité des œuvres réparatrices en Italie. — II. Enfance prédestinée de Véronique Nucci. — III. Notre-Dame des Sept- Douleurs lui apparaît le 19 mai 1853. — IV. Pleurs et prières de la Sainte- Vierge ; Mission donnée à Véronique ; symbolisme du Refuge qui lui est indiqué contre la pluie. — V. Nouvelle apparition de Marie. — VI. Sonrce miraculeuse. — VII. Véronique entre en Religion sons le nom de Sœur Véronique de Notre-Dame des Sept-Douleurs. — VIII. Vision qu'elle a de sainte Véronique Giuliani. — IX. Vision de Noire-Seigneur tout couvert dé plaiee. — X. La Sainte-Vierge la visite plusieurs fois. — XI. Vie de victime de la Sœur Véronique. — XII. Sa bienheureuse mort.
I. — L'Italie, cette terre classique de la sainteté aux âges de foi, s'était à son tour laissé envahir, comme
la France et les autres peuples de la chrétienté, par l'indifférence, le sensualisme et Tirréligion. Les menées révolutionnaires gagnaient de jour en jour du terrain ; les peuples, inattentifs à la voix de Bome, écoutaient trop follement les faux prophètes, et bientôt devait se réaliser cette grande iniquité du XIX® siècle, qui s'appelle l'i^afe- Une. Mais voici qu'au milieu de cette société prise de vertige, Dieu choisit, à la confusion des impies, une jeune bergère comme en France, pour confirmer les menaces toujours retentissantes de la Salette et ramener au bercail les foules égarées.
A l'honneur de son sexe, cette jeune fille, morte il y a peu d'années seulement, à la fleur de l'âge, est déjà déclarée Vénérable par la Sainte Église et la cause de sa Béatification est dès aujourd'hui introduite en cour deEome'. Comme la pieuse bergère a parfaitement réalisé dans sa vie de sacrifice et d'immolation volontaire l'œuvre Réparatrice à laquelle Notre-Dame des Sept-Douleurs est venue convier, à, Cerretto, la génération présente, nos lecteurs nous pardonneront quelques détails sur l'intérieur de cette enfant de bénédiction.
IL — Véronique-Marie-Humble Nucci, tel est son nom, nous apparaît dès son aurore comme un agneau prédestiné à la croix. Lorsque sa mère était dans l'at-
1 Voir sur ce chapitre la Vie delà v, servante de DieUj sœur Véronique de N.-D, des Sept-DouleurSj Paris, au bureau des Annales de la Sainteté au XIX^ siècle^ rue de Vaugirard, 77, 1 vol. iii-12.
tente de cette privilégiée du Seigneur, il lui sembla, une nuit, voir en songe une fille qui essuyait avec un linge les plaies du crucifix... « Quelle est cette fille, > demanda-t-elle à une femme inconnue que lui montrait également sa vision? < C'est Véronique, » répondit bien distinctement la femme mystérieuse. « Si Diea me donne une fille, reprit la mère toujours en songe, je l'appellerai Véronique. » Et ainsi arriva-t-il. Véronique était la quatrième des six enfants d'Antonio Nucci et de Maria-Stella Franci, époux chrétiens da hameau de Cerretto, au diocèse de Pitigliano et Serano, en Toscane. Dès le lendemain de sa naissance, Véronique reçut le saint baptême, le 26 novembre 1841, dans l'église collégiale de Saint-Nicolas, à Sorano. Elle a conservé sans tache, comme les Louis de Gonzague, les Thérèse, les Vianney, la robe de son innocence baptismale ; fait à la fois bien rare et bien consolant aujourd'hui. Citons seulement un trait de son enfimce : elle n'avait que dix ans, lorsqu'elle entendit une voix du Ciel lui dire, comme elle gardait les brebis de son père : Véroniqtie, que fais-tu ? Tu es en compagnie des agneaux; ils sont l'image et la figure du Seigneur. Dès lors sa vie ne fut qu'une contemplation continuelle ; elle ne pouvait voir un agneau sans tressaillir de joie, en souvenir de l'Agneau de Dieu.
III. — La célèbre Apparition de Notre-Dame des Sept-Douleurs à Véronique Nucci eut lieu le 19 mai 1853, le jeudi de l'octave de la Pentecôte, jour où se lit à l'Introït de la Messe le commencement du Psaume LXVII : Exurgat DeuSj et dissipentur itit-
mici qfH3 ; et fugiant qui oderunt eum^ a facie ejus : QaelMea se lève et que ses ennemis soient mis en délonte; et que ceux qni le haïssent, soient mis en fuite devant lui! La jeune bergère, alors âgée de onze ans et demi et déjà admise, depuis plus d'un an, à la première communion, était dans ce moment occupée à garder, non loin d'une cabane appelée la Casettay son troupean* composé d'environ trente brebis. Elle avait avec elle son petit frère Jean-Baptiste, âgé de sept à huit ans. Conmie le temps s'était couvert et qu'il commençait déjà à tomber de grosses gouttes de pluie, Véronique dit à l'enfant d'aller se mettre à couvert dans la cabane. Et elle se mit elle-même en train de conduire le troupeau vers ce refuge. Four ne pas être mouillée, elle avait retroussé sa robe et s'en était couvert la tête. Laissons-la maintenant parler ellemême d'après le rapport des commissaires ecclésiastiques.
c Fendant que je me disposais de la sorte à aller dans la cabane, dit Véronique, je vis devant moi une Dame à genoux, sans savoir moi-même d'où elle était venue. Sa taille, de la tête aux genoux, était un peu plus basse que la mienne quand j'étais debout. Étant à genoux l'une et l'autre, le haut de ma tête lui arrivait à l'endroit du cœur.
« Cette Dame me tournait les épaules quand elle m'appela. Elle me fit mettre à genoux à son côté droit, un peu en arrière, à la distance d'une plante à balais qui nous séparait. Elle était placée de telle sorte que je me trouvais à sa droite. Je voyais parfaitement sa joue droite et un côté de l'œil, d'une grande beauté.
€ Elle avait une robe bleue, semée de petites fleurs rouges d*un peu moins d'un pouce de grandeur. La ceinture qu'elle portait était d'un noir brillant et pou- Yidt être large de deux doigts.
« Elle avait sur la tête un grand voile, couleur bleu de ciel, qui lui descendait le long des épaules jusqu'aux genoux. Far devant, le front était découTerti ainsi qu'une partie de la joue. Le voile tombait ensuite sur les bras Bt lui couvrait les mains qu^elle tenait étendues obliquement, dans l'attitude d'une personne qui supplie ; sur le voile se remarquaient des taches rouges de forme arrondie. Elle avait sur la tête une couronne resplendissante comme l'or ; au sommet de la couronne brillait une croix (fenrâon huit doigts de hauteur.
« La Dame resta toujours dans la même position ; elle tourna seulement un peu la face quand elle m'appela, et éleva la main uniquement pour me fidre signe d'approcher. Elle m'apparut à l'improviste, ainsi à genoux, et en me voyant elle m'appela et me parla. >
IV. — < Véroniqt^j venez ici^ à eùté de moi^ me dit-elle ; vous ne vous mouillerez pas. Mettet^vous là à genoux. >
€ En même temps elle me fit signe avec la main, pour m'indiquer l'endroit où je devais me mettre. Et comme elle était tournée du côté de l'église paroissiale de Notre-Dame de l'Aquila, moi aussi je me tournai vers le même endroit. Alors elle ajouta :
€ Disons cinq fois le Credo à mon Fils. >
< Et nous recitâmes ensemble le Credo. Elle reprit:
« Disons la Protesta. >
< Et nous la récitâmes ensemble. Jusque Ui je n'avais jamais bien appris cette Protesta, qui est une prière que nous faisait dire notre mère ; mais à partir de ce jour Je Tai sue parfaitement et je ne Tai jamais oublia (On récite sous ce nom de Protesta en Italie une affectueuse formule de prières k la Sainte-Yierge pour obtenir la grâce d'une bonne mort. Nous donnons cette formule à la fin du volume, parce qu'elle répond parfaitement à la situation critique que nous traversons).
€ AidejMnoi à pleurer, » me dit ensuite la Dame. Et en vérité je vis que de l'œil droit des larmes coulaient. Alors je l'interrogeai et lui dis: « Qu'avez- vous Il pleurer ? »
< Je phure, répondit-elle, pour tant de pécheurs. Voyez-vous combien il pleut ? Les péchés sont bien plus nombreux que les gouttes d/eau qui tombent. Mon FUs a les mains et les pieds cloués, et cinq larges plaies ouvertes. Si les pécheurs ne se convertissent pas, mon Fils va envoyer la fin du m<mde. Et vous, que préférez-vous, vivre encore trois ou quatre mois, ou voir la fin du monde ? »
« Je répondis : Je préfère mourir. Cette Dame ne dit rien là-dessus, mais elle continua de la sorte :
c Dites chaque jour sept Pater noster, Ave Maria et Gloria en Vhonneiir du sang répandu. »
c Je lui avouai que j'ignorais ce que c'était que le sang répandu. Elle continua :
< Dites cinq Pater noster, Ave Maria et Gloria aux Cinq Plaies. »
« Je dis alors que je me souvenais d'avoir vu les Cinq Plaies h, un crucifix de plâtre qui était à la maison. Elle continua :
€ Et sept Pater j Ave et Gloria à moi-même qui m^appèUe Marie des Sept-Douleubs.
< Maintenant aUez vous-en dans la cabane^ autre' ment vous vous mouillerez j » dit-elle en terminant Mais avant de nous séparer, elle me donna Tordre de tout raconter à, ma mère, ' dans les termes suivants :
« Vous rappele0-vous Ipen ce que je vous ai dit ? AUez à la maison, racontez-le à votre mère, et recom^ mandez-lui de dire à tous ceux qu'élie rencontrera que je m' appelle Marie des Sept-BoMtiewrs. »
< A ces mots, je me séparai d'elle, la laissant k genoux et je me dirigeai vers la cabane où je trouvai mon petit frère Jean-Baptiste. Peu après il cessa de pleuvoir. »
. Tel est le récit naïf et touchant que fit la candide Véronique devant la commission ecclésiastique, réanie un an plus tard, le 9 septembre 1854, pour dresser Tenquête de TApparition.
Nous nous contenterons de faire une seule remarque qui a rapport au symbolisme de la fin de l'Apparition. Véronique reçut l'ordre de la Sainte-Vierge de se réfugier dans la cabane ou Casetta, sinon elle as mouillerait ; elle s'y rendit aussitôt, et peu après la pluie cessa. Il y a lieu devoir dans cet avertissement de la Mère de Douleurs une sorte de prophétie symbolique. Au milieu des châtiments que méritent lei iniquités sans cesse croissantes du monde, nous devous nous unir dans la prière et la liéparation avei
«ine des Cieiix devenue notre sujrpliante et ivec elle dans l'esprit d'immolation et de
Puis, lorsqu'à un moment donné, qui est oiminent, lorsque la coupe de la colère dishera jnsqu'k la lie sar les coupables, il I conviendra alors de chercher un asile sûr ux de refuge ouverts par la Providence à fidèlea ou repentants, ii semble aussi que les châtiments serait court, que l'Ange 3ur aurait bientôt accompli son œuvre de les méchants, et que l'heure du triomphe Inirait enfin pour la consolation des âmes célestes avertissements de Marie.
ironique ne trouva que le lendemain soir l'informer sa mère de ce fait merveilleux telligenee enfantine oe pouvait encore mêla portée. La famille entière était réunie ent; plusieurs parents et amis se trou- 5ment présents au récit de la jeune fille, de huit jours, les pèlerins afiluaient déjà .rt ; ils choisissaient de préférence la deparente de Véronique pour y loger. Afin place de plus à offrir, le père envoya la îoucher chez une de ses tantes. '
Quelques jours plue tard, alors que la jeune fiDe récitait dans les champs, au lieu même de TApparition, les prières qui avaient été recommandées, elle entendit tout à, coup une voix mystérieuse qu'ellereoonnut être celle de Marie, mais sans la voir elle-mêmai
< VéroniqtiCj dit la voix, allez trouver votre mèrt^ « afin qu'elle vous fasse conduire à votre Évique^ à € qui vou^ annoncerez qu'une chapelle doit être é>
< gée en ce lieu, »
Tel fut le retentissement de ce fait merveilleux dans toute ritalie,tels le concours et la générosité dv pèlerins, telle enfin la multitude des gi4ces obteniui au lieu de TApparition, que, dès le 8 septembre dl Tannée 1857, l'autorité ecclésiastique pouvait cofonr crer au culte cette Chapelle dédiée à Notre-Dame te] Sept-Douleurs. La trace des genoux de la Reine Cieux était restée quelque temps empreinte dans endroit, ainsi que la virent de leurs yeux les parOBllJ de Véronique, Tarchiprêtre de Sorano et plusic autres personnes dignes de foi. Malheureusement cune mesure n'avait été prise pour défendre ces tiges bénis contre l'indiscrétion des pèlerins qui eurent bientôt enlevé toute la terre. Sous la pi des funestes lois, issues du joséphisme, toiyoïin vigueur, k cette époque, dans la Toscane, TÉviqnei Pitigliano, quoique convaincu de la vérité de FA] ritioD, s'était pendant quelque temps abstenu de acte de juridiction à la Casetta, afin d'éviter les casseries de la police. La Bévolution, sanss*end< a fait justice des lois léopoldines.