‹ Voix prophétiques; ou, Signes, apparitions et prédictions modernes touchant les grands événements de la Chrétienté au XIXe siècle et vers l'approche de la fin des tempsChapitre 24 sur 90 · IV. — Deux jours se passèrent sans que la pensée · texte numérisé non relu

IV. — Deux jours se passèrent sans que la pensée

de Bernadette vît autre chose que la scène de la Qiotte. Quelle était précisément cette Apparition, elle ïigiiorait encore, mais bien ardent était son désir de TBmlàDame, comme elle rappelait, en parlant à ses oompagnes et à ses parents de Tévénement extraordinaire qui venait de Tinitier si merveilleusement au monde des esprits. Enfin, le dimanche, après la graad'messe et le repas de midi terminé, Bernadette rt quelques-unes de ses compaglies purent s'en lefammer aux roches Massabielle; elles s'étaient i&ïâàes d'eau bénite, pour conjurer tout danger.

Airifées à la Grotte : « Prions, dit Bernadette, et récitons le chapelet. » Et toutes de se mettre à genoux, diaoïne priant à part soi le Rosaire. Tout à coup le râge de ren&nt se transfigura : les pieds posés sur ta roc, vêtue comme la première fois, T Apparition ntenreilleuse venait de se manifester à, ses yeux. Les Mm jeunes filles ne voyaient rien, mais la physio- Me de Bernadette était telle, que lorsqu'elle leur ÎH: t Regardez ! la voilà, » il n'y avait pas moyen ie douter. Se souvenant alors de l'usage qu'elle s'était promis de faire de l'eau bénite :

* Si vous venez de la part de Dieu, approchez, > dit Bernadette, qui se leva en aspergeant à, plusieurs i^es la Dame.

A ces mots, elle vit la Sainte- Vierge s'incliner plusieurs fois, puis s'avancer presque sur le rebord du ïocher, et son visage s'illuminer au nom sacré de Dieu.

* Eh ! vous ne la voyez pas ? » répétait Bernadette, plongée dans l'admiration et profondément

attendrie. > Mais elle est là, elle nous regarde... elle sourit... maintenant elle tourne la tête... voyez ses pieds... les doigts de ses pieds ;... sa ceinture vole... voyez, elle a le chapelet roulé autour de son bras... Oh! elle est si belle !... Elle a une petite figure qui semble de cire. À présent elle prend son chapelet... elle se signe... » "

Bernadette se tut, s^agenouilla de nouveau, entra dans rinmiobilité de Textase et continua à réciter le chapelet que Marie semblait écouter, en faisant elle même glisser le sien entte ses doigts. Â la tin de cette pnere, l'Apparition s'évanouif comme la première fois.

Y. — La joie dans le cœur, Bernadette n^avait désormais plus aucune appréhension de courir quelque danger en présence de la Dame. Aussi finit*elle par obtenir, le jeudi après les Cendres, une seconde permission de retourner à la Grotte, cette fois en compagnie d^une jeune fille de la Congrégation des Enfants de Marie et dMne dame de Lourdes qui, plus que toutes les autres personnes de la paroisse, avaient été frappées des détails de TApparition. Chemin faisanti la voyante était comme portée par une force invisible qui la rendait, elle d'ordinaire si frêle, d'une vigueur et d'une énergie inaccoutumées.Tandis que ses deux compagnes ruisselaient de sueur pour la suivre, elles descendait vers la Grotte avec une aisance et une agilité surprenantes.

Arrivée quelques minutes avant elles, Bernadette se prosterna et commença à dire son chapelet, les yeux

Aumés vers la niche encore vide de la Grotte. Tout à Qcrap elle ponssa un cri. U Apparition se trouvait encore une fois debout à quelques pas au-dessus d^elle. La Tifiirge admirable inclina vers Tenfant son visage tout ndieux et, d^un geste de sa main, elle lui fit signe de ti^approcher.

Bernadette se dressa sur ses pieds pour atteindre Vec ses petits bras et sa modeste taille àla hauteur où la Dame se tenait debout. Ses deux compagnes s^avan- "ârent aussi pour tftcher d^entendre Fentretien qui allait s^engager. Mais la voyante, sans se retourner et, comme obéissant elle-même à un geste de TApparition, leur fit signe de la main de ne pas aller si loin

« Madame » dit alors Tenfant, « si vous avez quelque chose k me communiquer, voudriez-vous avoir la bonté d'écrire qui vous êtes et ce que vous désirez. » Et elle lui présenta papier, plume et encre que lui àvaicàit remis ses compagnes à cet effet.

La Sainte- Vierge, souriant à cette demande naïve : * Ce que f ai à vous dire, » répondit-elle, ^je n'ai pas ^hsoindeVécrire, Faites-moi seulement la grâce de avenir ici pendant quinze jours de suite, »

* Je vous le promets, » dit Bernadette.

^Mmoi^ > ajouta Marie, «Je vous promets devous *ferdre heureuse^ non point dans ce monde, mais ^^ms Vautre. »

Bernadette, sans perdre TApparition de vue, retourna vers ses compagnes, en remarquant que les 'égards de la Dame, sans la perdre elle-même de vue, reposèrent un long moment et avec bienveillance sur

celle des deux qui n^était pas mariée et qui était heureuse d'appartenir aux En&nts de Marie.

« Elle te regarde, » dit la voyante h la piense oongréganiste. Celle-ci n'en fut pas impressionnée pour le moment. Elle ne soupçonnait pas alors de qui venait ce regard et quelles lèvres lui envoyaient ce sourire; Mais désormais quel grand souvenir pour elle 1

Comme les deux compagnes désiraient savoir si TApparition leur permettrait de revenir avec Bernadette durant cette quinzaine dont la jeune fille les avait informées :

< Elles peuvent révenir avec vous , » dit Marie, « e^es et d'autres enctyre. Je désire y voir du mande. >

Ce disant, la Sainte- Vierge disparut, laissant aptes elle cette clarté lumineuse dont elle était entourée et qui s'évanouit elle-même peu à peu.

VI. — Nous ne suivrons pas Bernadette dans ses pèlerinages k la Grotte, où elle revit TApparition presque chacun des jours de la sainte quinzaine indiquée par la Vierge Immaculée. Les nombreuses éditions de Notre-Danie de Lourdes par M. Henri Lasserre et les MerveiUes de Lourdes par Mgr de Ségur ont rendu ces Apparitions célèbres dans le monde catholique. Nous renvoyons kces livres les lecteurs désireux de plus amples détails.

Ce sont les paroles de Marie que nous avons il mettre en é\1dence ici , paroles prophétiques en ce sens qu'elles font pressentir de grandes calamités, si nous ne conjurons la colère divine par de dignes fruits de pénitence.

>epiii8 la quatrième apparition \ Bernadette , en

Waat, allumait chaque matin un cierge bénit et le

afiàt de la main gauche, tant que la Vierge se mon-

Bît Ce fût d^abord une dame de la ville qui lui en

îEtikaim; bientôt ses tantes lui donnèrent tour ii tour

m derge de congréganistes.

\In jour, vers la fin de son extase, Bernadette se

lin^p&le encore et radieuse, se pencha vers sa plus

Jnne tante qui raccompagnait ce jour-là, et lui dit :

< Yodez-vous me donner votre cierge et me permettre

iele laisser dans la Grotte? » Et sur Tassentiment de

a tante, l'enfant, arrivée au fond de la Grotte, en-

ftfiça dans la terre Textrémité du cierge en Tappuyant

n rodier, et le laissa allumé.

Après TApparition, sa tante lui demanda au retour

pourquoi elle Tavait priée de lui doimer son cierge et

pourquoi elle Tavait ain sidéposé dans la Grotte.

< La Vision, répartit Bernadette, m'a demandé si J0 voulais le laisser, en m'en allant, brûler à la Grotte; rt comme il était à vous, je ne pouvais pas le faire 8^ votre permission. »

D^jà quelques personnes avaient déposé des cierges. La Mère de Dieu voulait sans doute faire savoir qu'elle ^ferait l'hommage de ces cierges qui sont comme ^ premier acte de repentir du pécheur,et un témoi- S^^ge d'amour, de confiance et de fidélité de la part des justes.

Vil. — Le troisième jour de la quinzaine, premier

Mnaïes de Lomàes, 1^ année, p. 114.

dimanche de Carême, plusieurs milliers de personnes avaient devancé la voyante devant la Grotte, malgré rheure matinale où eue avait coutume de s^ rendre. Avant le lever du soleil, elle était de nouveau agenouillée au-dessous de la niche où serpentait la branche d'églantier. Conmie elle priait sans paraître s^apercevôir de l'attention universelle, son front s'illumina et devint rayonnant. Tous ses traits montaient et entraient comme dans une région de gloire et de splendeur incréées. La bouche entr'ouverte était béante d'admiration et paraissait aspirer le ciel. Dans ses yeux se réfléchissait une beauté invisible k la foule, mais que tous sentaient présente, et voyaient en quelque sorte sur le visage de Fenfant qui dans ce moment semblait ne plus être de ce monde.

Et néanmoins, quoique son attention fCLt entièrement absorbée par la contemplation de la Vierge pleine de grâces qui se montrait de nouveau à ses yeux, elle avait en partie conscience de ce qui se passait autour d'elle. Ainsi , à un certain moment, le cierge allumé qu'elle tenait habituellement en main devant la Grotte, vint à s'éteindre ; aussitôt elle étendit la main pour que. la personne la plus proche le rallumât.

Après quelques moments, la voyante s'avança vers la Grotte. L'Apparition s'était déplacée, et maintenant c'était par l'ouverture intérieure que Bernadete pouvait l'apercevoir. Le regard de la Sainte- Vierge en un instant parcourut toute la terre, et elle le reporta, tout imprégné de douleur, sur l'enfant agenouillée.

« Qu'avez-vous ? que faut-il faire ? > murmura Bernadette.

Vous prierez Dieu pour les pécheurs, » lui réidit la Mère de Miséricorde ; « vous baiserez la Tç pour la conversion des pécheurs, > Sa voyant ainsi la douleur voiler, comme un nuage, Admirable sérénité de la Vierge Bienheureuse, le «eor de la pauvre bergère ressentit une cruelle soufhnee, et une indicible tristesse se répandit tout k eimp sur ses traits. De ses yeux, toujours grands ouverts et fixés sur rAppatttion, deux larmes roulèrent sur les joues et s^y arrêtèrent, sans tomber. En même tanps Marie lui fit signe de s^avancer k genoux. Bema- Ute, relevant la tête après avoir collé sa bouche sur 1» terre, cherchait la Dame ; elle la voyait reculer lentement et la suivait, en multipliant ses humbles baisers de pénitence. Elle dépassa la ligne du rosier, entra sous la voûte de la grotte, et se tournant vers TouYerture intérieure de la niche, elle demeura quelques instants immobile. En ce moment l'enfant voyait la Sainte- Vierge de si près, qu'il lui semblait qu'en se levant et en étendant le bras, elle aurait pu toucher à ses pieds.

En même temps, du regard et du geste elle s'adres- ^t ^ la foule pour dire : Vous aussi, baisez la terre.

Husienrs personnes se courbèrent à l'instant et, cj^yant obéir à un ordre de la vision, se mirent h genonx et baisèrent la terre. Mais, cette première fois la foule ne comprit pas ce que demandait Bernadette ^t resta immobile. L'enfant en fut contristée. Elle descendit à genoux, toujours en baisant la terre, et revint à sa contemplation devant la niche, jusqu'à la fia de l'Apparition.

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Depuis lors la pénitence pour les pécheurs fut redemandée à Bernadette qui, h chaque nouvelle apparition, montait vers la grotte et en descendait à genoux et baisant la terre. Le cœur de Marie se révélait ainsi : les pécheurs, voilà ceux qu'elle venait de jNréféience appeler h, elle dans ce nouveau sanctuaire de Lourdes.

Vni. — Les œuvres de Dieu sont toujours traversées par la rage du démon et par Tignorance ou les passions des hommes. Ainsi en arriva-t-il k Bernadette dès les premiers jours de la quinzaine. Nous ne pouvons redire tout ce qu'elle eut à souflHr de contradictions et de persécutions soit dep particuliers, soit de Tautorité civile ; elle y eût cent fois succombé, si sa mission n'avait pas été d'En-Haut.

La Beine des Cieux voulut l'éprouver elle-mdme, afin sans doute de la mettre en garde contre l'amour propre et la vaine gloire. Le lendemain, lundi, l'Apparition ne se montra point.

Le mardi matin, la foule aussi persistante quA Bernadette à se rendre à l'invitation de la Dame invisible, se trouvait de nouveau, avant le lever du soleil, devant la Grotte. Mais la tristesse et les angoisses de la veille avaient laissé quelques traces sur le visage de l'enfont Elle s'agenouilla humblement comme de coutume, tenant dans l'une de ses mains un cierge bénit^ et dans l'autre son chapelet. A peine était-elle prosternée, que parut l'auguste Souveraine du Paradis pour la ravir hors d'elle-même. Marie l'appela par son nom, de cette voix harmonieuse qui charme les chérubins eux-mêmes.

« Bernadette ! > disait incomparable Mère. «-Me Yoid, » répondit Fenfant.

« J'ai à veus dire, » poursuivit la Sainte-Vierge, ^f(mr wms seule et concernant vous seule, une chose « secrète. Me promettez^ous de ne jamais la r^ter « kfersonneen ce monde. »

^Je Toos le promets, » dit Bernadette.

Le dialogue continua et entra dans un mystère inftBd qu'il ne nous est ni possible ni permis de ttntir.

< M maintenante ma fille^ » ajouta la Vierge Imnualée, « aU&f, allée dire aux prêtres que Von m'ér « ihe M vm,e chapelie. » Et prononçant ces mots, sa |hj8i<momie, son regard et son geste semblaient prol Bettre qu^Elle y répandrait des grâces sans nombre, hb Elle disparut.

« Qae vous a-t-Elle dit ? Que vous a-t-Elle dit ? » Cettequestionpartit aussitôt de toutes les bouches, ftniadette, en y répondant, s'étonnait ce jour-là <niQme précédemment que tout le monde n'entendît pwnt.le dialogue et ne vît point la Dame. « La Vision ptde eependant assez haut pour qu'on Tentende, di- «ïl-elle ; et moi aussi j'élève la voix comme k l'ordittâw. > Or, durant l'extase, on remarquait bien les lèvres de l'enfant qui s'agitaient, mais c'était tout, on apercevait aucun son.

H. — Huit jours après les Cendres, le mercredi 24 février, où l'Église célébrait la fête de l'Apôtre élu à, la place du traître Judas, une scène, plus saisissante encore que celle de la veille, se passa au moment de

rApparition. Un fonctionnaire public, incrédule jusque-là, fut Tune des conquêtes de la journée. Témoin de la transfiguration de Bernadette au moment de rApparition, il a admirablement rendu compte de ses propres impressions.

« Bernadette n'était plus Bernadette, dit-il. C'était un ange du ciel plongé dans d'inénarrables ravissements. Elle n'avait plus le même visage: oneaatre intelligence, une autre vie, j'allais dire une autre &me s'y peignait. Son attitude, ses moindres gestes, la manière, par exemple, dont elle faisait le signe de la Croix, avait une noblesse, une dignité, une grandeur plus que humaine. Elle ouvrait de grands yeux insatiables de voir, des yeux béants et presque immobiles ; elle craignait, ce semble, de baisser la paupière et de perdre, un seul instant,la vue ravissante de la merveille qu'elle contemplait. Elle souriait à cet être invisible, et tout cela donnait bien l'idée de l'extase et de la béatitude. Elle écoutait avec l'expression du respect le plus profond ou, pour mieux dire^de la vénération la plus absolue, mêlée à un amour sans limites et au plus doux des ravissements. Quelquefois cependant une teinte de tristesse passait sur son visage, mais l'expression habituelle était celle d'une grande joie... »

A un certain moment, Bernadette s'avança snr ses genoux, des bords du Gave où elle priait, jusqu'au fond de la Grotte; les personnes, qui étaient sur son passage, l'entendirent très-distinctement prononcer alors ces paroles:

« Pénitence! Pénitence! Pénitmce! 9

Ce jour-là même, Bernadette, rendant compte, comme la veille, de tout ce qui venait de se passer, h, M. le Curé de Lourdes, qui avait demandé un signe avant de se décider k rien : « J'ai vu, dit-elle, la Vision et je lui ai dit:

< Monsieur le Curé vous demande de donner quelques preuves; par exemple, de faire fleurir le rosier sauvage qui est sous vos pieds, parce que ma parole ne suffit pas aux prêtres et qu'ils ne veulent pas s'en rapporter h, moi. » Alors Elle a souri, mais sans parler. Pois Elle m'a dit de prier pour les pécheurs, et m*a recommandé de monter h, genoux jusqu'au fond de la Grotte. Et Elle a crié par trois fois ces mots :

« Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! » que j'ai répétés en me tramant sur mes genoux jusqu'au fond de la Grotte. Lk Elle m'a révélé encore un second secret qui m'est personnel. Puis elle a dispara. »

5C. — Le huitième jour de la Quinzaine, le jeudi, 25 février, l'Église, dans sa prière publique du Bréviaire, avait récité ces paroles du Psalmiste : * Tues Deus qui facis mirahilia ; notam fecisti inpopuUs viriutem tuant ;... videruM te aqiiœ, Beus, vider uni te aquœ, et timuerunt, et turbatœ sunt àbyssi (Ps. 76) : Vous êtes le Dieu qui fait des merveilles; vous avez montré votre puissance aux multitudes ;.... les eaux vous ONT APERÇU ET ELLES ONT TRESSAILLI en votro présence, et les (ibîmes ont été remués ; » ce jour, par une merveilleuse coïncidence, vit naître du fond de la

Grotte, pendant TApparition, la source bénie, cette source qui, par les guérisons spirituelles et corporelles sans nombre arrivées par son moyen, est le symbole vivant de la rénovation ntoraley Tobjet de tous les désirs de la Vierge Immaculée.

La Beine des Cieux avait commencé, ce jour-lk, par confier un dernier secret k Bernadette :

« Ma fHUy » lui dit-elle, je veux vtms confier^ < toujours pour vous seule et concernant vous semUe^ c un dernier secret que, pas plus que les deux autres^ « vous ne révélerez à personne au monde. »

Qu*a-t-il été dit dans ces mystérieuses communications où Marie ouvrait à trois reprises son cœur maternel à rinnocente enfant et pour elle seule? Nul ne le sait, mais on peut conjecturer que ces secrets devaient avoir rapport à la mission de Bernadette et il sa vocation, ainsi qu^ la grande part qu'elle aurait k prendre aux œuvres de Séparation seules capables de conjurer ou du moins d'adoucir les catastrophes en voie de s'accomplir aujourd'hui.

La Mère de Dieu lui enseigna aussi une prière en la lui faisant répéter mot par mot avec une souveraine condescendance. Cette prière, l'enfant la récitait à tontes les Apparitions; mais les plus vives instances n*ont pu obtenir qu'elle la fît connaître, conmie la plus minutieuse attention n'a pu en saisir une syllabe sur ses lèvres.

Après lui avoir confié le troisième secret : « Main* tenant^ » reprit la Sainte- Vierge peu de moments après avoir confié ce secret, « allez boire, et vous ta- € ver à la Fontaine, et manger de Vherbe qtii a « poussé à côté. »

Gomme l'enfimt, sans perdre rApparition de vue, se dirigeait vers la rivière, aucune autre eau ne coulant auprès des rochers Massabielle :

€ K allez point là » poursuivit la Mère de Dieu ; je « n'aipaint dit de boire au Gave; allez à la Fontaine^ « elle est ici. » Et, étendant sa main souveraine k laquelle obéissent le ciel et la ierre, elle montra du doigt h rénfant, au côté droit de la Grotte, ce même coin, desséché vers lequel, la veille au matin, elle l'avait déjà fait monter.

' Bernadette, arrivée sur ses genoux à ce même endroit, n'aperçut devant elle aucune trace de fontaine. Heulementftout contre le roc, pouss aient ça et Ih quelques touffes de cette herbe, de la famille des Saxifrages, que Ton nomme la Dorine.

De plus en plus humble et obéissante, la petite bergère, avec cette foi simple qui plaît tant au cœur de Dieu, se baissa et, grattant le sol de ses mains débiles, elle se mit k creuser la terre. Tout à coup, sous Faction de ses doigts, le sol devint humide et, du sein du rocher que recouvrait la terre, une eau mystérieuse se fit jour goutte k goutte, de manière à remplir le creux, de la grandeur d'un verre, qu'elle avait achevé de former.

Mais comment porter k ses lèvres cette eau mêlée de terre toute bourbeuse? Trois fois elle essaya d'en boire, sans qu'elle se sentît la force de l'avaler. Toutefois elle parvint k surmonter les répugnances de la nature; sous les yeux de l'Apparition qui souriait sans doute k sa bonne volonté, elle fit un suprême effort, but, se lava et mangea quelque brin d'herbe du rocher.

La Sainte- Vierge arrêta alors sur Bernadette un regard de satisÊu^tion maternelle et, un instant après, elle disparut h, ses yeux.

LMmotion de la multitude avait grandi devant ce prodige. A peine Textase terminée, chacun voulut voir de ses yeux la cavité merveilleuse, plonger son mouchoir dans la source et en porter au moins une goutte à ses lèvres. De sorte que la Fontaine naissante dont le bassin s'agrandissait ainsi peu à peu, prit en quelques heures Faspect d'une flaque d'eau; et la source, à mesure qu'on y puisait, devint de plus en plus abmidante.

XI.— Le lendemain, l'Apparition ne se montra point ; mais la Fontaine, jaillissant des mystérieuses profondeurs du rocher, grandissait à vue d'œil par un jet toujours plus abondant. Ce ne fut néanmoins qtfan bout de quelques jours, après avoir augmenté en quelque sorte d'heure en heure, qu'elle cessa de croître et devint tout à Êdt limpide.

Depuis lors elle s'échappe de la terre par une veine d'eau très-considérable, à peu près de la grosseur du bras d'un enfant, toujours abondante et claire comme le cristal, avec ce caractère d'inépuisable durée {Hropre aux sources d'eau \ive.

Ce même vendredi, 26 février, où TApparition fit défaut, la fête du jour coïncidait encore merveilleusement avec les premières ondées de la source miraculeuse qui avait surgi la veille, et maintenant visible à tous les regards, ruisselait du sol incliné de la Grotte dans la direction du Gave, sous les yeux émer-

yeillés de la multitude : TÉglise célébrait la fête de la Sainte-Lance et des Clous de Notre-Seigneur. A Matines, elle avait dit : * In die Ula erit fonspatens domui David et habiêantibus Jérusalem, in aUutionem peccatoris : Il y aura, en ce jour-d, pour la maison de David et les habitants de Jérusalem, une fontaine ouverte, servant à la purification des pé' cheiwrs. Â Flntroît de la messe, elle chantait : Vidi aquaim egredientem de templo, a latere dextro, et ùmnes ad quospervenit aqua ista, salvi facti sunt : Xaivu une eau qui jaillissait du temple, du côté droit, et tous ceux à qui cette eau parvenait, étaient sauvés. Enfin, à la fin de la messe, elle lisait TÉvangile de la férié racontant la descente de TAnge qui, agitant Teau de la piscine probatique, lui communiquait la Tertu de guérir le premier malade entré en ce moment dans l'eau. Nous n'insistons pas sur ces rapprochements vraiment prophétiques. L'Église, au nom du Befuge des pécheurs, proclamait une fois de plus, en cette solennelle rencontre, la nécessité, après Tinnocence perdue, du second baptême, celui des larmes de la pénitence.

Xn. — Le jeudi, 4 mars, plus de vingt mille personnes s'étaient rassemblées devant les roches Massabielle, pour assister à la clôture des quinze jours de pèlerinage. Bernadette, tout entière à la pensée de revoir, au moins encore une fois, l'incomparable beauté delà Dame, ne prenait point garde aux cris : « Voilà la Sainte, » et aux autres témoignages de respect avec lesquels la foule l'accueillait. Quand elle se prosterna^

tout ce peuple, d'un mouvement spontané, tomba luimême à genoux.

L'Apparition, comme les jours précédents, avait commandé h, l'enfant d'aller boire et de se laver à la fontaine, et de manger de l'herbe du rocher; puis elle lui avait de nouveau ordonné de se rendre vers les prêtres et de leur dire qu'elle voulait une chapelle et des processions en ce lieu. Mais en vain cette fois encore l'enfant avait prié la Dame de lui dire son nom.

La Beine des Cieux lui avait réservé cette fiivear pour la prochaine fête de son Annonciation. Ce jourlà, Bernadette entendit au fond de son âme la voix intérieure qui l'appelait comme précédenunent à la Grotte, où elle eut hâte de se rendre. Toute la ville fut bientôt à sa suite. On remarquait surtout dans la foule le grand nombre de ceux qui avaient déjk été guéris par la source miraculeuse. Dès que l'enfiuit fut tombée à genoux, l'Apparition se manifesta avec sa splendeur accoutumée.

< 0 Madame ! » lui dit Bernadette, c veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et' quel est votre nom? »

La majestueuse Apparition sourit et ne répondit point. Devant le silence de la vision, la jeune fille insista et reprit : « 0 Madame ! Veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre nom ? »

L'Apparition parut rayonner davantage, comme ai sa joie allait grandissant, et elle ne répondit point encore. L'enfant redoubla ses instances et prononçapoor la troisième fois ces paroles :

. « 0 Madame ! Veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre nom ? »

L'Apparition semblait de plus en plus entrer dans la gloire bienheureuse,toi\jours sans répondre. Aune quatrième demande de Fhumble et confiante bergère, la Dame, qui avait les mains jointes, les disjoignit, en fiôsant glisser sur son bras droit le chapelet à chaîne d'or et aux grains d'albâtre. Elle ouvrit alors ses deux bras et les inclina vers la terre comme pour montrer à tous les honmies ses mains pleines de bénédictions. Puis, les élevant vers le ciel, elle les rejoignit avec ferveur et, regardant les demeures éternelles avec une ineffable gratitude, elle répondit :

€ Je suis l'Immaculée Conception. »

Ayant dit ces mots, elle disparut pour ne plus se montrer à Bernadette que le lundi de Pâques, 5 avril suivant, et le vendredi, 16 juillet de la même année. Par cet admirable nom dlmmaculée Conception que prenait la Beine des Cieux dans la Grotte et auprès de la source miraculeuse de Lourdes, elle témoignait sa souveraine satisfaction à la Sainte-Église Bomaine pour le dogme récemment promulgué touchant cet ÎDComparable privilège ; elle rappelait en même temps à notre siècle que Thumanité entière est déchue de l'innocence originelle, et qu'il ne nous reste d'autre remède que la vie pénitente h laquelle son divin Fils nous convie par l'exemple de toute sa vie comme par Tensemble de sa doctrine.

XTTT. — Les deux demirres Apparitions de Marie à Bernadette, à la distance où elles se trouvent des précédentes, paraissent en être la suprême confirmation ponr noos, en même temps qu'elles devaient consoler rhmnble bergère da départ de la MèrB de Miséricorde qae ses yeux mortels avaient été trop heureux de contempler si souvent. En lui apparaissant le lundi de Pâques, la Vierge Immaculée lui laissait assez comprendre combien elle se plaît à la résurrection spirituelle des âmes qui sert de couronnement à la Sainte- Quarantaine.

Ses derniers adieux, arrivés le vendredi 16 juillet, où rÉglise célèbre la Fête de Notre-Dame du Mont- Carmel, ramènent encore la pensée vers les austérités de la vie spirituelle : tous les fidèles savent, en effet, que Tordre religieux du Mont-Carmel est l'un des plus rigoureux qui eristent; labstinence et la vie d^oraison des Carmélites sont proverbiales. Lliumble habit duSaint-Scapulaire donné par Marie elle-même à Tordre du Mont-Carmel, cet habit devenu le bouclier de tout chrétien fervent, est spécialement glorifié dans la solennité de Notre-Dame du Mont-CarmeL Marie, en prenant congé de Bernadette, en ce beau jour, semblait donc lui dire un adieu tout à fait symbolique; comme son divin Fils, elle nous enseignait par-là que, pour nous élever jusqu'à Téternel trône des cieux, il fallait passer le cours de cette vie terrestre dans les abaissements et les humiliations de Nazareth, de Bethléhem et du Calvaire, qu'elle venait de résumer dans son triple cri de Pénitence.

Ce cri prophétique ne s'est point perdu dans le vide.

Des foules innombrables de pèlerins lui ont &it écho* Leur reconnaissance venant en aide au zélé Curé et aux heureux paroissiens de Lourdes, a élevé, sur la Grotte, à la Vierge Immaculée, un magnifique sanctuaire d'où les grâces les plus abondantes découlent à flots, comme Tonde mystérieuse de la source qui en est le symbole.

XIV. — Qui a cependant mieux répondu que Bernadette à Tattente de la Vierge Immaculée ?

Après avoir grandi dans la soufirance et la piété, à Fhospice de Lourdes, sous la garde maternelle des religieuses, Bernadette, depuis longtemps pressée de se soustraire à Tadmiration qui la fatiguait et de se donner entièrement à Dieu, est entrée, à, Nevers, dans la Congrégation dite des sœurs de la Charité de Nevers, sous le nom de sœur Marie-Bernard. L'humble vierge semble vouée h. la douleur, et des crises pénibles viennent souvent ébranler sa santé habituellement chétive.

Néanmoins, le 30 octobre 1867, elle faisait sa profession religieuse. Elle a vingt-sept ans passés auj ourdirai. Un dernier trait la dépeindra; c'est une Sœur de la communauté de Nevers qui écrit à une de ses compagnes, sans se douter de la publicité que mérite son témoignage. Voici ce qu'elle dit de Bernadette, en 1868:

« C'est toujours une charmante enfant, pieuse ic comme un ange, douce comme un agneau et simple

« comme mie colombe. Que le bon Dieu daigne nous la « conserver ! Elle fait tant de bien à voir *. »

Puisse donc son souvenir et ses exemples, retracés ici en peu de mots, faire le même bien à nos lecteurs !

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