CHAPITRE II
l'ADDOLORATA de CAPRIANA ou MARIE-DOMINIQUE
LAZZARI.
I. Piétë précoce de la patiente. — II. Ses premières souffrances. — III. Les stigmates douloureux lui sont accordés par le Seigneur. — IV. Sa vie intérieure. — V. Ses rapports avec les étrangers. — VI. Autres dons surnaturels. — Vil. Ce qu'elle endura le Vendredi-Saint 1836.
I. — Il n'entre pas dans notre dessein de tracer l'esquisse biographique de toutes les stigmatisées de ces derniers temps; nous passerons donc sous silence et Crescenzia Nieklutsch, du diocèse de Botzen, et Julienne Weiskircher , d'Ulrichkirchen, près de Vienne en Autriche; et plusieurs autres encore que le cloîtreabrité et qui ne nous pardonneraient même pas de les nommer. Mais , comme contraste de l'extatique de Kaltern, nous devons nous arrêter devant Marie-Dominique Lazzari, que ses souffrances inouïes ont surnommée VAddolorata ou la Patiente de Capriana, autre village du diocèse de Trente. Contemporaine de Marie de Moerl, mais ravie plus tôt qu'elle h. cette vallée de larmes, elle fut appelée à partager les plaies sanglantes de Notre-Seigneur vers Tâge de dix-huit ans, sans jamais connaître ni les splendeurs de l'extase, ni aucun des enivrements de la vie spirituelle ;
à Marie de Moerl le Thabor ; à TAddolorata de Capriana le Calvaire! Écoutons ce qu'en raconte don Antonio Eiecardi '.
€ Marie Dominique naquit en 1816, d'un pauvre meunier, et fut élevée, selon son humble condition, avec ses deux frères et ses deux sœurs, k l'ombre du toit paternel. Dans l'intérieur de la maison, elle donnait ses soins au moulin qui faisait vivre la famille, et elle consacrait h, la prière, h. la lecture des bons livres, notamment des œuvres de saint Alphonse de Liguori, et surtout k la méditation de la Passion de Notre-Seigneur, les intervalles de temps que ses occupations laissaient libres. Elle donnait également à ses exercices de piété les courts moments que d'autres eussent accordés au repos, et elle en agissait ainsi, même lorsqu'elle allait avec les siens dans les champs pour couper l'herbe ou pour recueillir le fbin. Naturellement réservée et pieuse, elle ne se distinguait cependant au dehors par aucun de ces signes d'une ferveur extraordinaire qui scandalisent tant les faux sages de notre siècle, et qu'ils qualifient si volontiers de bigotisme. Toutefois, elle évitait généralement les relations ou les conversations inutiles avec les hommes ; elle aimait les voies intérieures, et, dans ces entretiens particuliers qui l'unissaient, dès lors, toute k Dieu, elle faisait ses délices de la sainte Communion. Ainsi elle suivait le chemin de la perfection sans paraître s'éloigner du genre de vie que mènent d'ordinaire les filles pieuses de sa condition et de son âge. *
1 Notice historique, citéo dans Les Plaies Sanglantes du Christ, p. 259.
II. — « Née avec une forte constitution, elle n'avait ' pas cessé, depuis sa naissance, de jouir d'une bonne santé, lorsqu'au mois d'août 1833 elle fut attaquée de la maladie régnante k cette époque, la grippe. Elle en fut guérie au bout de huit jours, après avoir perdu, par les saignées, une assez grande quantité de sang. Quoiqu'elle fût délivrée de ce mal, il lui resta cependant un tel épuisenient de forces, qu'il lui fut impossible de quitter le lit depuis cette époque Les médecins les plus habiles et les plus instruits, successivement consultés, n'ont jamais pu comprendre cette singulière prostration qui résistait si opiniâtrement k toutes les ressources de l'art. Quelque temps après, elle commença à éprouver des douleurs assez vives, surtout à l'estomac, k la tête, aux pieds et aux mains. Quoique accablée par ces souffrances, elle était calme et résignée, et c'est elle qui prodiguait les consolations les plus affectueuses à ses parents désolés de la voir souffrir ainsi. Le seul soupir, le seul épanchement qu'elle permettait à ses douleurs, ftit de s'écrier, ah ! mon Dieu /invocation qu'elle prononçait d'une voix lamentable, du fond de son cœur. Après quelques jours de repos, ses spasmes se renouvelèrent avec plus d'intensité, et avec eux ses exclamations de douleur devinrent plus vives et plus fréquentes. Sa situation empira, et elle fut livrée à des souffrances extrêmes qui lui arrachaient des cris d'une telle violence, qu'il paraissait merveilleux qu'elle ne succombât ni à son martyre ni à ses lamentations.
« Le 10 avril de l'année suivante, elle but un demi verre d'eau dans lequel on avait fait tremper un petit
morceau de pain ; depuis ce jour, elle n'a plus pris d'aliments ni de boissons. »
III. -• Le feu de la tribulation avait ainsi purifié cette âme, et Tavait rendue mûre pour une plus haute perfection. Le moment était venu où le divin Époux des âmes allait donner à sa fidèle servante une marque publique et admirable de la prédilection dont il l'avait déjà honorée; Theure allait sonner où les sacrés stigmates, qui depuis le 10 janvier 1834, se trouvaient, à la vérité, imprimés mais cachés encore dans la face intérieure des mains, devaient les percer d'outre en outre et se manifester ainsi â tous les regards.
< Cependant les stigmates qui perçaient les mains, les pieds et le côté de ce disciple du Calvaire, continue le i>^ Biccardi, ne suffisaient pas pour la transformer en une image parfaite de THomme-Dieu crucifié ; il lui manquait la couronne pour compléter sa royauté sur la nature animale si avide de plaisirs, et le Koi de gloire voulut bien la lui imposer lui-même sur le front. 11 lui donna donc cette couromie d'épines si riche en tortures, que jadis il avait honorée de ses tempes divines; il voulut que cette nouvelle faveur vînt éclater ii tous les yeux, et ce fut environ trois semaines après la manifestation des stigmates, que Marie- Dominique reçut l'empreinte glorieuse de ce sanglant couronnement. Oui, il faudrait qu'il portât dans son sein un cœur de rocher, celui qui verrait cette héroïne chrétienne lutter contre les douleurs atroces que lui impose le vendredi de chaque semaine, sans y rencontrer un sentiment de pitié, d'admiration ou de généreuse sympathie !
« La position que Marie-Dominique conserve habituellement, c'est d'être étendue sur le dos dans son pauvre petit grabat, les mains jointes et touchant presque au menton. Ses cheveux épars tombent sur ses épaules ; ses yeux sont fermés et mouillés de larmes ; sa bouche ne s'ouvre qu'à la plainte et au gémissement ; sa tête est percée de plus de quarante trous ; ses mains sont perforées par de larges blessures, et de ces plaies nombreuses s'échappe en abondance un sang toujours rouge et vif. Ce n'est pas tout : des ruisseaux de sang coulent également des stigmates qui transpercent les deux pieds, et d'autres jaillisent de l'ouverture du côté qui représente ou plutôt qui réalise de nouveau le coup de lance... Qui pourrait peindre dignement les douleurs et les angoisses mortelles de ce martyre prolongé qui saisit d'horreur et de pitié les simples spectateurs ! N'est-ce pas avec vérité que la victime peut s'écrier ici, comme autrefois Séphora h Moïse : Vous m'êtes un époux de sang : Sponsus sanguinum tu mihi es. En effet, tous les draps de lit et les linges qui sont autour d'elle, sont imbibés de sang, et le sang couvre tellement sonvisage, qu'on pourrait lui appliquer ce passage où le prophète Isaïe dit, en parlant du Christ : que son visage est pour ainsi dire caché dans des flots de sang: Virum dolosumetscientem infirmitatem^ et quasi absconditus est vultusejus. Ce sang virginal qui coule en abondance, et ces gémissements lamentables qu'elle fait entendre le long du jour pendant la sanglante méditation de la Passion, sont un puissant langage qui saisit violemment le cœur des assistants^ un langage qu'il nous est impossible de retracer fidèlement avec une plume, »
IV. — « Les vendredis de chaque semaine, régulièrement, les plaies nombreuses de sa tête deviennent saignantes, et le sang coule aux heures correspondantes à celles où rÉvangile nous apprend qu'a eu lieu le couronnement de Jésus-Christ. De leur côté, les stigmates des pieds, des mains et du côté commencent à saigner précisément dans le temps où s'est accompli le crucifiement, et où le Sauveur est resté cloué sur Tarbre de douleur. Selon les lois ordinaires de la nature et de la raison, on devrait croire que de si fréquentes et de si copieuses effusions de sang dussent amener, en peu de temps, un épuisement total des forces vitales, mais il n'en est rien. Malgré ses souffrances perpétuelles, malgré ses angoisses et ses afflictions qui, depuis tant d'années, depuis plus de dix ans, ne lui laissent de repos ni jour ni nuit, Marie- Dominique non-seulement n'est pas épuisée, mais, comme nous l'avons déjà dit, elle n'éprouve pas même le besoin de prendre des aliments, et le fait est que, depuis le 10. avril 1834, elle tCa pris ni nourriture ni boisson. Seulement, tous les huit jours, elle ramine et fortifie son âme en s'unissant au Dieu des forts, à son Consolateur céleste, à son Époux Eucharistique. A ce sujet, nous ferons remarquer au lecteur le fait suivant qui se reproduit habituellement à Capriana, c'est que, plusieurs jours avant celui où elle doit communier, elle a coutume de prévenir l'un de ses directeurs du jour et souvent même de l'heure à laquelle il lui sera donné de recevoir la sainte Eucharistie, Et effectivement à, l'heure indiquée d'avance, elle communie sans difficulté, tandis qu'en tout autre jour ou
n tout autre moment, il lui serait impossible de rien avaler.
« Par mesure de propreté, les personnes de sa famille qui la servent, recueillent le sang qui coule de ses plaies dans de petits linges qu^on met autour de ses blessures. On blanchit ensuite ces linges sans en mettre aucun en réserve ; on conserve cependant un mouchoir blanc dont elle s'est servie poui* cacher les stigmates de ses mains, avant qu'ils les eussent transpercées. Sur ce mouchoir on lit, imprimées en caractères de sang, les initiales suivantes, disposées dans cet ordre :
« Ces initiales on été, dit-on, interprétées ainsi par elle-même : Beata Vikgo Maria Assistens Marij: Dqminici^ Lazzari de CaprianA| c'est-à-dire, la Bienheureuse Vierge Marie assistant Marie^Dominique Lazzari de Capriana.
< Ce qu'il y a de certain, c'est que la sainte fille a une dévotion toute particulière p6ur la Vierge bienheureuse dont elle porte le nom, et elle avoue qu'elle reçoit d'elle une assistance spéciale dans ses douleurs. >
V. — < Elle prête son attention k ceux qui veulent lui parler, mais on voit que cette complaisance lui coûte quelques efforts sur elle-même. En effet sa faiblesse est extrême et, 'd'un autre côté, elle éprouve et a toujours éprouvé une certaine répugnance h, s'engager dans d'inutiles entretiens avec les hommes ;
cependant, quand on lui adresse des questions, elle y répond de bonne grâce, quoique en peu de mots. JEUe n'est jamais tonibée en extase^ mais elle vit dans un état continuel de recueillement, de prière et de méditation. Telle est son humilité et son amour de la solitude, qu'elle a souvent demandé et, à la fin, obtenu du Prince-Évêque de Trente et du juge de Cavalèse, qu'il fût défendu, même aux personnes du pays, de la visiter. Son âme voudrait errer perpétuellement dans les montagnes solitaires oii croissent les myrrhes; c'est Ik qu'elle brûle de s'abreuver au calice amer de son Dieu.
« Quoique i^éduite à une gi'ande pauvreté, sa famille ne reçoit rien àQ qui que ce soit et sous quelque prétexte que ce soit. Elle-même dit quelquefois ^ ses parents que, puisque Dieu avait voulu qu'ils naquissent dans l'indigence, ils devaient, par cette voie qui lui est agréable, chercher les richesses éternelles du ciel. »
VI. — « La finesse de son ouïe tient du prodige ; elle entend et peut répéter facilement les paroles de l'instruction pastorale qui est faite au peuple dans l'église paroissiale, éloignée cependant de près de six cents pas de l'humble demeure où elle est alitée.
« On cite aussi plusieurs prophéties par lesquelles il paraît constant que le Seigneur a voulu manifester la sainteté de son épouse souffrante. Un ecclésiastique d'Allemagne atteste que Marie-Dominique lui a parlé plus de six minutes en fort bon allemand et dans uu ordre d'idées très-édifiantes, très-spirituelles, etcependant on sait qu'elle n'a jamais appris cette lau>;'uo. Je
pourrais, si je le croyais nécessaire, citer ici un grand nombre de témoins attestant qu^elle a connu, plusieurs jours à l'avance, l'arrivée de quelques personnes étrangères, entièrement inconnues dans le Tyrol, qui venaient la visiter,.mais jene veux raconter au lecteur, ainsi que je l'ai promis, que les faits que j'ai vus et entendus moi-même, ou ceux que j'ai puisés aux sources les plus sûres, de matière que chacun puisse après moi les vérifier soi-même. Je laisserai donc à Dieu le soin de faire éclater la gloire de ses œuvres merveilleuses au moyen de ces preuves frappantes et lumineuses qui ne lui ont jamais manqué pour la manisfestation de la vérité, et je mécontenterai d'ajouterquelques mots h, cette notice, pour donner au lecteur une idée de l'état actuel de la Patiente de Capriana. »
VII. — < Le martyre que cette pure et innocente victime eut à. subir le vendredi-saint de l'année 1836, est surtout remarquable. Telle fut l'effusion de sang qu'elle perdit, ce jour, telle fut lajviolence des convulsions qui l'accablèrent, telle fut la force de la cruelle intensité des souffrances qui s'emparèrent à la fois de tous ses membres, que, vaincue par la faiblesse humaine et non point par le défaut de courage, elle tombait en pâmoison, et semblait près d'expirer de douleurs et d'angoisses. Vers la troisième heure de l'aprèsmidi, elle inclina la tête et la laissa retomber sur le coussin ; elle semblait morte ; son visage était pâle, ses yeux fermés, sa voix éteinte, son corps sans mouvement; elle resta dans cet état extrême pendant trois semaines ne donnant d'autre signe de vie que le peu
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de chaleur qu'elle coDserva. Cette mort mystique était si semblable à la mort réelle, que le bruit de son trépas courut dans le Tyrol. Mais Dieu, qui voulait nous conserver plus longtemps une image de son Fils crucifié, ne permit pas à la mort d'approcher d'elle, et après vingt jours d'évanouissement, il la rappela h ses premières et plus vives douleurs. Elle jeontinue maintenant à. souffrir avec une entière résignation, k ne prendre de nourriture d!aticune espèce^ et Dieu seul sait combien de temps cet état merveilleux pourra durer encore, après avoir déjà, duré plus de dix ans.
« Ce qu'il y a de certain, c'est que, si elle persévère jusqu'à la fin, la félicité étemelle deviendra son partage ; car il est écrit, dans l'apôtre saint Paul, que ceux que Dieu a prédestinés, il a voulu qu'ils fussent conformes à son Fils^et qu'ils partageront sesconsolations, comme ils ont partagé ses souffrances. Pour nous, qu'il nous suffise de savoir que tous ceux qui visitent la Patiente de Capriana ne la quittent qu'avec des sentiments d'édification, de foi et de piété, et qu'ainsi le Seigneur a obtenu de cette existence miraculeuse, de ce martyre prolongé, le résultat qu'il se proposait : la sanctification des âmes et sa propre gloire.» * .
Nous ignorons en quelle année Marie-Dominique Lazzari a cueilli la palme si laborieusement acquise de l'immortalité.
CHAPITEB III.
la sœur bebtine bouquillion, religieuse de l'hôpital saint-louis, a SAINT-OMER.
I. Une perle cachée mais retrouvée. — IL Vocation de Sœur Bertine. — III. La Sœur Joseph, en Purgatoire, lui apparaît du 10 septembre au l®' novembre 1822.. — IV. Elle lui fait connaître les circonstances de sa mort près* que subite. — V. Sœur Bertine accepte de partager avec elle et pour elle les flammes expiatrices. — VI. Délivrance de la Sœur Joseph. — VII Correction fraternelle faite au nom de la défunte. — VIIL Sœur Bertine reçoit les stigmates à cette occasion et les conserve jusqu'à sa moi t. — IX. Leur description et douleur qu'ils font endurer à la Sœur. — X. L'humilité de celle-ci la porte à jeter au feu la correspondance de son frère. — XL Ses admirables vertus. — XII. Ses relations avec le monde surnaturel. — XIII. Ses prophéties. — XIV. Sa bienheureuse mort.
I. — Nous avons ouvert ce quatrième Livre par le tableau attendrissant des stigmatisées du Tyrol que tant de pieux récits ont rendues populaires dans la sainte Église. Cependant elles n'ont pas été les premières, dans ce siècle efféminé, à marchei; si virilement, à la suite d'Anne-Catherine Enmierich, dans la voie sanglante de la Passion. Dès l'année 1822, une jeune religieuse d'une communauté hospitalière de la
ville de Saint-Oraer, au diocèse d'Arras, consolait! l'Église de France par une vie toute céleste, vrai par- ' terre mystique dont la stigmatisation ne fut que l'nne dea admirables fleurs. Mais ce parterre embaumé rappelle, parToubli où il est resté, l'éioge que l'Esprit- Saiut fait de TÉpouse du Cantique des cantiques, « qu'elle est un jardin bien terme, hortus coHclusus, soror mea, sponsa. La Sœur Bertine avait, il est vrai, contribué largement à cet effacement de sa vie devant les hommes en détruisant, comme nous le verrons, un grand nombre de lettres et de papiers où il était question d'elle. Depuis plus de vingt ans oéanmoins qn^est morte l'humble Sœiur, le souvenir de sea vertus continue de répandre, autour d& sa tombe, la bonm^ odeur de Jésus-Christ avec une telle persistance que le parfum en est arrivé jusqu'à nous. Comment dès lora garder plus longtemps le silence et ne pas révéler à la France et îi la chrétienté en détresse cette âme si belle à contempler, si digne d'être imitée, peut-être même si puissanteU nous exaucer! Plusieurs ecclésiastiques bien renseignés, du diocèse d'Arras, un chanoine notamment, sont venus k notre secours k cette occasion ; ils noua ont communiqué de précieus documents et des notes prises sur les pièces ofiicielles déposées &uXm archives de l'Évêché ; de sorte que la notice présentlB offre toutes les garanties d'authenticité historique ifl désirables en un pareil sujet, ■
IL — La Sœur Bertine Bouquillion appartenwt k une honorable et pieuse famille de Saint-Omer otl , elle naquit en 1800. D'une grande douceur de c
tère, elle se concilia tous les cœurs dès ses premières années, ainsi que le témoigna, en 1824, une de ses amies, ancienne pensionnaire des Ursulines de cette ville chez lesquelles Bertine avait été en classe, comme externe, jusqu'à Tâge de seize ans. Sa vocation pour la vie religieuse dans une maison hospitalière s'était dès lors déclarée, et loin de se décourager par le refus de ses parents d'acquiescer aussitôt à ses désirs, elle avait résolument commencé son noviciat sous le toit paternel en faisant les ouvrages les plus pénibles et les plus bas de la maison. En vain, quatre ans plus tard, un riche négociant la rechercha-t-il en mariage, son cœur demeura inébranlable dans sa résolution de n'appartenir qu'à Dieu seul. L'épreuve était décisive du côté de la terre comme de celui du ciel, libre de suivre sa vocation, Bertine, qui n'avait plus qu'à se fixer sur le choix d'une maison religieuse, eut l'inspiration de visiter l'hospice Saint-Louis de sa ville natale : c'est là que l'appelait le Seigneur, comme elle le comprit à l'émotion profonde qui s'empara alors de son^âme et qui persista, une fois sa résolution prise, malgré toutes les objections soulevées par cette décision inattendue. Dieu venait d'envoyer un ange de paix à l'hospice Saint-Louis où la Sœur fit ses vœux le 23 avril 1822. < Quel bonheur pour ses parents d'avoir de tels enfants ! dit son amie de pension : l'aînée consacrée à Dieu dans une maison hospitalière ; le second, prêtre et la troisième, religieuse Ursuline ! Tous les trois sont des modèles d'édification et le Seigneur récompense aujourd'hui leurs parents d'une manière bien signalée. »
m. — Or, à quelques mois de là, le 10 septembre 1822, à huit heures du soir. Sœur Bertine qui était alors la plu9 jeune profesas de l'hospice, vit tout ï coup lui apparaître, comme elle était couchée k l'infirmerie par suite d'une indisposition, la Sœur Joseph Permecke, religieuse de la même maison, décédée le 23 juillet, à la suite d'un coup d'apoplexie foudroyante qui l'avait mise dans l'impossibilité de se confesser et de recevoir le saint Viatique.
• Je vis bien distinctement, dit-elle dans ses dé- , positions authentiques oii nous puisons ce récit, lu sœur Joseph en habits de religieuse, s'approcher de moi, et je hii entendis dire ces paroles : • Ayez pitié
• d'une âme souS'rante, d'une cousœur! » Je fus effrayée, poursuit-elle, et me cachai sous ma couverture. La vision disparut. Je la pris pour une illusion ; mais réfléchissant que j'étais bien éveillée, je ne savais qu'en penser. Je racontai donc le fait à ma supérieufe et & quelques consœurs qui me dirent que si m'apparaissait encore, il fallait la saluer de ces mota
■ Loué soit Jésus-Gkrist '. •
* Elle revint elfectivement le lendemain, îi la mSme heure. Je me servis du salut indiqué auquel elle répondit : • Ainsi soit-il. Quel bonheur! c'est toujoui
■ autant de gagné. > Je la priai de ne plus venir et lui demandai pourquoi elle s'adressait à moi, la dernière de la maison : ■ c'est, me dit-elle, parce que j'ai con- « fiance en vous et que je sais que vous ferez tout
* dont je voue prierai. •
■ Il y a cent jonrs d'indulgence Httschéa à ce salât, l<K 1 Bulle iî«i(ii(uri.dn U joUlet ISST.deSUto V.
mé^H
' Alors et dans des apparitions ultérieures, la défunte donna à la Sœur Bertine la commission d'aller recevoir de l'argent qui lui était dû de plusieurs personnes, avec détermination de l'emploi de ces différentes sommes à diverses bonnes œuvres. Elle lui remit même, un jour, une quittance avec prière d'aller en toucher le montant auprès d'une personne de la ville ; la communauté n'y vit que du papier blanc, tandis que la Sœur et la personne k qui fut présentée la quittance, y lurent une obligation en bonne forme à rembourser. La défunte fournit enfin à Sœur Bertine les moyens de tirer d'une grande épreuve une pauvre servante injustement accusée de vol.
IV — La Sœur Joseph fit aussi connaître, avant sa délivrance, à sa pieuse confidente les circonstances si saisissantes de sa mort : ♦ sans signe de vie au dehors, mais non pas privée de connaissance, elle avait ressenti le bienfait de l'absolution et de l'Extrême-Onction qui lui avaient été conférées ; et comme il lui était impossible de manifester par aucun moyen la pleine connaissance qui lui restait pendant l'administration des derniers sacrements, elle avait pensé à pouvoir se recommander d'une manière quelconque à ses con-' sœurs ; et comme elle était de la Confrérie de Notre- Dame du Mont-Carmel et qu'elle avait récité de temps à autre des prières à cette occasion ainsi qu'aux Anges- Gardiens, elle avait conjuré, en ce péril suprême, la Mère de Dieu et son Bon Ange de lui obtenir une augmentation de contrition en vue de son salut^ et la grâce d'apparaître à une de ses consœurs. »
Mais voyons en quelques mots la suite de ces appap>1 ritioDS avant d'en venir aux stigmates de sœur Bertine.fl
V. — « Qui aurait cm, » s'écria une foi3, en toata» humilité, la défunte, ■ qu'une misérable comme mt^^ « eût pu obtenir le bonheur de parier h une Sœur dis- J « posée U bien vouloir soulager mon âme et celles desl
* personnes pour qui j'étais chargée de faire dire dem^
* messes! >
« Une autre fois, c'est la Sœur Bertine qui parle,, la Sœur Joseph m'apparut et me dit d'un air de plus en phis consterné qu'elle était estrêmement souffranw et que je la verrais telle qu'elle était. Alors je commençai h la voir dans les flammes k peu près jus-' qu'aux gênons et, comme elle cherchait toujoun exciter ma commisération, je lui déclarai que j'étm disposée à partager sea peines et même ii sacrifier ma vie pour la soulager. Elle me répondit que Dieu n'exigeait pas le sacrifice de ma vie, mais que je ressentirais bientôt les mêmes douleurs qu'elle. Alors elle me prit la main : aussitôt je ris et ressentis des flammes qui me brûlaient la main et le bras jusqu'au coude. Dans les apparitions suivantes je commençai trouver dans les flammes comme elle, et en même proportion, et à chaque vision la flamme augmentait duellement, jusqu'à ce qu'enfin noua nous vîmes tàèrement ensevelies dans les flammes qui s'élevaient an-dessus de nos têtes. Nous nous trouvâmes cinq h six fois dans ce dernier état, pendant environ un quart d'heure chaque fois. Les flammes ont ensuite décro, dans les mêmes proportions qu'elles avaient augmenta,
pro-^H gra-^H en*^^|
de sorte que, la dernière fois qu'elle m'apparut, le feu ne nous allait que jusqu'aux genoux. La défunte me dit aussi que malgré ses souffrances, il était bien heureux qu'une malheureuse pécheresse comme elle, pût avoir l'espoir de jouir, un jour, de la gloire de Dieu « Ici les commissaires, chargés de l'enquête, font la remarque suivante : < Frappés de l'air calme et tranquille avec lequel Sœur Bertine nous racontait ces apparitions du milieu des flammes, nous lui demandâmes si elle avait une vraie idée du feu, et si elle ressentait, pendant ces visions, les mêmes douleurs qu'elle éprouvait dans un feu réel. Elle nous répondit que pendant sa vie elle s'était, brûlée bien des fois, et que pendant ces visions elle éprouvait les mêmes douleurs que si elle s'était jetée dans une fournaise embrasée. La supérieure et plusieurs religieuses nous ont assuré qu'ayant touché la main de Soeur Bertine au sortir des flammes, elles n'en pouvaient soutenir la chaleur. » Ces terribles souffrances lui arrivaient la nuit, le jour, au dortoir, au jardin, sans ordre proprement dit de temps ni de lieu. Il en était de même des autres visions. Il lui était dit d'ailleurs qu'une immense consolation accompagnait ces souffrances et ces flammes, c'était l'assurance d'en sortir un jour pour monter au ciel.
VI. - Voici ce que Sœur Bertine raconte de la délivrance de la défunte : « Le 8 octobre. Sœur Joseph m'apparut pendant la Messe ; je la vis environnée d'une clarté dont l'éclat me fit tomber du banc sur lequel j'étais à genoux. Les quatre jours suivants, elle
contiuua de n'apparaître pendant la, Messe ; la clarté dont je l'avais vite environnée la première fois, aiigmentait à chaque vision d'une manière très-senaible, et je ne pouvais qu'à peine supporter la vivacité de cette lumière. • En même temps elle voyait un ange dont les traits se montraient successivement et peu k peu, comme pour indiquer la purification ^aduelle de l'âme qui allait être conduite au ciel.
« Le premier novembre, au matin, continue Sœur Bertine, je récitais mes Petites-Heures, lorsque je fus tout à coup frappée et environnée d'une grande clarté. Je via des choses si ravissantes qu'il m'est impossible de les dépeindre. Je vis Sœur Joseph en Purgatoire, et en même temps douze anges qui venaient k elle avec un autre ange que l'ange (îardien qui était à côté de moi, me déclara être saint Michel. En même temps je vis un grand norobre d'autres âmes dans les flammes, l'air triste, mais qui marquait l'espérance. Je les ai entendues se recommander k Dieu d'une roix plaintive : « Mon Dieu, ayez pitié de nous ! Mon
• Dieu, pardonnee-noiis ! Aoks avons beaucoup pc- ' cM; nos souffrances ne sont rien ; nous tsspdrons
* jouir de votre gloire. •
« Je vis ensuite Sœur Joseph, au milieu de ces anges monter dans l'espace. Les cieux s'ouvrirent tout i coup au large et il en sortit un éclat impossible ii décrire. J'entendis alors un concert ravissant et je suivis des jeux Sœur Joseph, jusqu'à ce que tout se fut refermé sur elle ; je n'ai plus rien vu. » En même temps que se passait cette scène invisible, la Sœur Bertine était dans une extase complète, sans aucim i "
ment ni respiration bien sensibles, les bras d'abord en croix, puis soutenus par les sœurs Cécile et Elisabeth, comme celles-ci l'attestèrent avec la supérieure.
VII. — Mais que s'était-il passé, pendant ces deux mois d'immolation volontaire, dans la personne de Sœur Bertine ? Au plus fort de l'épreuve, la défunte lui avait révélé des choses très-fortes à l'adresse de plusieurs de ses consœurs et lui avait fait une obligation de les leur dire sans crainte. L'émotion fut d'abord grande dans la communauté, et les esprits étaient partagés; mais lorsque la pieuse Sœur, à la suite de ses communications avec Soeur Joseph, dit aux religieuses ses compagnes, le jour de la Saint- Michel, qu'elle recevrait les stigmates de Notre-Seigneur, en preuve de la vérité dé ses avertissements, chacune d'elles se demandait si Sœur Bertine avait encore bien sa tête à elle.
VIIL — On ne demeura pas longtemps en suspens : dès le lendemain, au moment où elle venait de recevoir la sainte Communion, le sang coula de ses mains, à l'endroit où les clous avaient percé celles de Notre- Seigneur. Le l^r octobre, les stigmates parurent simultanément aux deux mains et aux deux pieds ; le 2, le côté saigna ; le 3, il parut à la tête une couronne tressée d'épines, sur une largeur de trois doigts, les gouttes de sang sortant à une distance d'un doigt l'une de l'autre ; le 4, les stigmates se manifestèrent enfin à tous ces endroits à la fois. L'émotion était k
son comble dans la communauté : les religieuses n'eurent plus de peine k ajouter foi aux avertissements souvent bien sévères qui regardaient une foule d'abus tolérés parmi elles et qui disparurent enfin pour leur plus grand bien spirituel. Ainsi se trouva vérifiée cette parole souvent redite par la Sœur Joseph qu'elle venait pourîa paix et non poîirîètrouUe.
Cependant les supérieurs ecclésiastiques, consultés dans cette rencontre si extraordinaire, n'eurent pas de peine k y découvrir l'œuvre du Seigneur. Ils en informèrent aussitôt Mgr La Tour d'Auvergne, Évêque d'Arras, qui nomma une commission de théologiens et de médecins pour faire une information exacte de l'affaire. Or le sentiment de cette commission fut unanime k se prononcer en faveur du prodige. Au jugement des exarainateurs ecclésiastiques comme à celui des médecins, il fut reconnu en outre que Sœur Bertine avait une fj^ande solidité de jugement, un esprit parfaitement sain, sans compter que sa santé était à la Iiauteur de ses qualités intellectuelles et ■ morales. L'Évêque, après avoir attentivement examiné les procès-verbaui et être venu lui-même en personne continuer l'épreuve, se prononça définitivement pour le caractère surnaturel des stigmates de la Sœur Bertine, Après son départ, le prélat écrivit à celle-ci une lettre de direction oii il l'engageait principalement à se maintenir, au milieu de toutes ces faveurs, dans le chemin de la sainte humilité. H revit la Sœur presque chaque fois qu'il venait à Saint-Omer, ne cessant de lui recommander par-dessus tout de s'abîmer dans son néant.
Nous verrons combien elle fut fidèle à pratiquer ces sa^es conseils et combien elle se regardait en toute vérité comme une pauvre pécheresse et comme la dernière de toutes ses coi^sœurs. Mais, en attendant, quelle sensation indescriptible autour d'elle ! Dans la maison, la communauté était comme refondue, la règle observée dans ses moindres prescriptions, l'harmonie la plus parfeite rétablie entre toutes les religieuses qui ne faisaient plus qu'un cœur et qu'une âme entre elles : jamais, en un mot, tant do ferveur ne s'était vue dans la maison. L'émotion gagna la ville d'où l'on se présentait à tout moment pour voir la stigmatisée, au point qu'il fallut en venir à défendre ces visites. L'enthousiasme arriva à son comble, mais pour faire bientôt place à la malice et à la calomnie et, après une joie si pure, il sembla que l'enfer, jaloux du bien qui allait se faire, s'était déchaîné contre la stigmatisée. Elle souffrit néanmoins tous ces trait de la malveillance avec un complet abandon à la volonté de Dieu. L'épreuve était passagère ; elle tomba de soi et la Sœur n'en sortit, comme l'or de la fournaise, que plus pure et que plus dégagée du piège si subtil de la vaine gloire. Ses stigmates continuèrent à se présenter tous les vendredis et à toutes les grandes fêtes de l'année notamment, jusque peu de temps avant sa mort.
IX. — Essayons maintenant d'en donner une description sommaire, d'après les rapports authentiques. La couronne d'épines se constate encore aujourd'hui
sur les coiffes on bonnets de toile qui ont été pieusement conservés de la Sœur Bertine. Ces traces sont en forme de trois cercles concentriques et moucLetéa, comme si les épines avaient percé la t@te de la stigmatisée. Ces trois cercles se rencontrent sur tontes les coiffes et le nombre des blessures paraissant venir de grosses épines, est constamment d'une centaine environ. Quant aux stigmates des mains, des pieds et du côté, quelquefois le sang était fluide et en sortait en abondance ; le plus souvent, il suintait, comme da la sueur. Beaucoup de personnes ont vu notamment le sang sortir des mains ; quand on l'essuyait, la peau. apparaissait intacte, mais bientôt après \i montrait de nouveau.
Évidemment de grandes douleurs accompagnaientil les stigmates. € Nous interrogeâmes Sœur Bertine sur les douleurs qu'elle ressentait, disent les ciaminateurs ofBciels. PJlle nous répondit qu'elle éprouvât les^ mêmes douleurs et aussi violentes, que si on 1 enfonçait des clous <tans les pieds et dans les mains ^ un poignard dans le côté, et des épines dans la t€té j que ces douleiu's étaient continuelles, le jour como) la nuit ; qu'elles n'étaient cependant pas toujours aiu vives, mais qu'elles avaient plus d'intensité quand Ij sang était sui' le point de paraître, et qu'elle se sentait soulagée lorsqu'il coulait. — Mais, ajoutâmes-nous, pourriez-vous vous faire une idée des douleurs que vous ressentiriez, si l'on vous enfonçait actuellement un clou d;ins la main ? — Oui, répondit-elle, et je ne erois pas que je souffrirais plus que je souffre maintenant. — Mais comment, en endurant des douleui
9ar ina- -tles
aussi cuisantes, pouvez-vous avoir un air calme, paisible et comme impassible ? — Je n'en sais rien, répondit-elle avec le même calme ; le Bon Dieu sans doute a pitié de moi et m^assiste. »
X. — Cette dernière réponse peint Sœur Bertine au naturel. Jamais on ne vit de candeur plus grande, ni de plus admirable simplicité chrétienne ; son humilité était à toute épreuve. Le trait suivant la fera suflSsamment connaître. Comme nous l'avons dit, son frère était prêtre. Il résidait non loin de Saint- Omer. Un jour donc Sœur Bertine dit en riant à ses compagnes : «Il faut que je m'en aille aujourd'hui en expédition. L'abbé a beaucoup de qualités, sans doute, mais il manque d'ordre. Je suis sûre que son presbytère a besoin d'une grande revue; il faut que j'aille voir comment tout y est rangé. > Et la voilà dans le presbytère, en l'absence de son frère, cherchant et empaquetant tous les papiers et toutes les lettres où il était question d'elle et des faveurs qui liu étaient accordées du Ciel ; puis, rentrant dans sa communauté, chargée d'un véritable fardeau de documents : « Allons ! allons ! dit-elle à, une Sœur de la cuisine, venez vite m'aider à brûler tout cela. Vous imaginez-vous un homme comme l'abbé, qui laisse traîner tant de papiers inutiles ? Ha ! ha ! comme il sera charmé quan l il rentrera !» Et la Sœur, croyant bien faire, l'aida à détruire tous ces témoignages des vertus de Sœur Bertine, se rendant ainsi complice de cet héroïque vandalisme. L'abbé, on le comprend, ne
fut pas enchanté du tout de la visite de s; mais comment se f Iclier contre elle, en présence d'aw telle preuve de aasainteté ? Il étaitlui-même un prêlr accompli, digne k la fois d'être témoin et victiint? d'une si noble action.
XI. — Néanmoins le souvenir des vertus de Soeur Bertine est resté comme un héritage impérissable dans sa communauté de l'Hospice Saint-Louis, à Saint- Omer. Après tant d'années, en effet, que l'humble stigmatisée est passée îi une vie meilleure, ses consœurs se plaisent encore aujourd'hui îi redire toute la beauté de sou âme. Elle, si favorisée de Dieu, ne semblait se plaire qu'aux occupations les plus pénibles et les plus viles de l'hospice : quoique d'mie condition aisée, comme nous l'avons vu, elle se livrait sans ménagement, comme si elle y .avait passé toute sa vie, aux travaux si pénibles de la buanderie, auï veilles fatigautes près du chevet des mal.ides, aux moindres détails de la maison,comme de laver, recurer, nettoyer les ustensiles de cuisine, etc : c'était tout son bonheur. Les stigmates apparaissaient-ils, elle se tenait k l'écart et fuyait toute visite ; son mécontentement venait même ^ éclater ainsi qne son chagrin, quand quelqu'un s'oubliait à lui témoigner de la vénération. Plus tard même, pour éviter tout retour sur soi et écarter l'ombre d'une tentation d'amour-propre, ellft— pria Notre-Seigneur de lui faire perdre le souvenir d toutes les faveurs et des attentions dont elle se voyi ennronnée,et sa demande lui fut pleinement accordai Une telle humilité, an milieu de tant de faveurs, i
bien croyable ropinion de ses consœurs qu'elle avait conservé jusqu'à la mort son innocence baptismale. Si oublieuse d'elle-même, elle ne pouvait qu'être tout à ses Sœurs en même temps qu'aux malades ; elle aimait par dessus tout la paix avec le prochain et elle avait le don de la faire régner autour d'elle, ce qui la rendait chèi-e à tout le monde, tant aussi étaient grandes ses attentions, ses prévenances, sa douceiïr et sa bonté exquise. Cependant l'activité de son âme s'était principalement tournée vers les saintes victimes du Purgatoire. Notre-Seigneur les lui fit voir en grand nombre, après la Sœur Joseph qu'elle avait délivrée au prix des plus cnielles souffrances. Pour hâter leur réunion au Souverain Bien, elle offrait à Dieu ses actions, ses peines, ses mortifications, ôes douleurs et toutes ses œuvres de piété, et il lui fut donné d'en délivrer ainsi une multitude, après avoir abrégé le temps de leur expiation.
XII. — Parmi les autres dons extraordinaires dont fut favorisée la Sœur Bertine, et que nous ne devons pas laisser même ici en oubli, mentionnons d'abord ses relations fréquentes avec les saints Anges. Ainsi elle vit souvent son Ange Gardien sous les traits d'un charmant enfant de huit à neuf ans. L'Archange Kaphaël se montra lui-même à elle, au moment où avaient lieu les apparitions de la Sœur Joseph. Il lui dit qu'elle devait communiquer des choses tout intimes k ses consœurs, et dans une seconde apparition ; * Dites ceci à, la communauté, ajouta-t-il avec feu :
Travaillée et sondez vos cœurs !,.. Sondez vos cœurs .'... » Citons en passant qu'un jour, au moment de la communion, la sainte Hostie s'échappa des mains dn prêtre et la Sœur reçut le corps de Notre-Seigneur de la main d'un Ange.
Elle vit aussi le saint Patriarche Héuoch. Peut-être venait-il lui annoncer que le temps de aa mission sur la terre, avec Elie, n'était plus éloigné.
Elle eut également une vision de l'enfer oii elle aperçut plusieurs personnes de sa connaissance. Elle y nt aussi un conquérant dont le nom a retenti dans l'histoire : il était enveloppé de flammes et portait sur sa tête un diadème de l'eu oii se lisait également en lettres de feu le grand crime de sa vie.
Dieu avait encore faîorisé la Sœur du don de l'eitase ; elle fut d'abord ravie fréquemment en public, puis rien ne parut plus au dehors, l'humble Soeur ayant obtenu de Notre-Seigneur de vivre cachée en lui sans que le monde s'occupât beaucoup de sa personne.
Mais elle avait beau fuir la vénération publique, sa renommée de sainteté lui avait gagné tous les ccBurs et bien des personnes recouraient en toute confiance k ses prières, alors qu'il ne leur restait plus de ressources du côté des hommes. On cite par exemple une malade, atteinte d'un cancer, qui, s'étant recommandée & elle, se trouva bientôt radicalement guérie.
XIU. — Enfin l'humble Sœur fut douée de l'ea] de prophétie. Voici les [irincipales révélations qui lai
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furent faites par l'intermédiaire de son Ange Gardien et dont l'authenticité est bien constatée :
l^ < VOrdre des Frères^Prêcheurs refleurira 6^ France. »
Kemarquons que sa communauté suivait alors en partie la règle de saint Dominique et que ce bienheureux Patriarche était honoré comme patron de la maison ; cette prédiction est d'ailleurs de beaucoup aiitérieure à la renaissance des Dominicains parmi nous.
2" < La fin des temps approche et V Antéchrist ne doit pas tardera venir.* «Nous ne le verrons pas, à la vérité, dit la Sœur Bertine, ni les consœurs qui nous succéderont; mais celles qui viendront après, tomberont sous sa domination. Lors de son avènement, rien ne sera changé dans la maison; tout y sera dans l'ordre habituel ; les exercices religieux, les travaux, les occupations dansées salles des inalades, tout se fera comme de coutume, quand tout à. coup nos sœurs apprendront qu'il est le maître : ce qui arrivera k la fin de ce siècle ou au commencement de l'autre. >
« 3° Le dernier des rois de France qui régnera lors de Vavénement de V Antéchrist^ périra dans une bataille et son corps restera abandonné et privé de sépulture. >
4® ♦ Qu^ant à la fin du monde, ce n* est pas pour ce € siècle ; mais de 1900 à 1950 le jugement y sera. »
On attribue encore plusieurs autres prophéties à Sœur Bertine, par exemple sur le petit nombre des vraies stigmatisées après elle ; mais on n'est pas certain de l'exactitude de ces assertions.
XIV. — Comme bien dea prédestinées, la Sœur Bertiae avait eu coDuaissance bien à l'avance du twnps de sa mort : elle avait bien des fois confié, dana l'intimité, ^ quelques-unes de ses consœurs qu'elle ne parviendrait pas à la vieillesse. Ses dernières recommandations à ses Consœurî réunies autour d'elle, furent celles du disciple Bien-aimé : ■ Mes chères ' Sœurs, aimez-vous les unes les autres. "lille s'endormit en effet dans le Seigneur, munie de tous les Sacrements de rÉglise,le jour de la conversion de saint Paul, 1850, à l'âge de quarante-neuf ans et dix mois : c'était un vendredi. Cette coïncidence du vendredi avec celle des stigmates qui saignferent pendant vingt-huit ans, tous les vendredis, inspira le chronogramme suivant qu'on voit encore aujourd'hui gravé sur sa tombe dans le petit enclos du cimetière réservé h la sépulture des religieuses hospitalières :
lEsV ChVCIFIXI Ikstak, pU bertIna, sYaVItkr poNENS CapVt, obDorMIVIt hoka tektIa yrsJm seXt.* sVm IanVahII.
■ Comme Jésus en eroii, la pieuse Bertine, inclinant doucement la tète, s'est endormie dans le Seigneur, le vendredi, son jour de prédilection, h. la troisième heure {neuf heures du matin), le 25 janvier
Puissent ces quelques lignes commencer à tirer de l'écriu de l'oubli cette perle trop précieuse pour dem rer toujours cachée!
CHAPITEE IV.