‹ Voix prophétiques; ou, Signes, apparitions et prédictions modernes touchant les grands événements de la Chrétienté au XIXe siècle et vers l'approche de la fin des tempsChapitre 5 sur 90 · XXVIII · texte numérisé non relu

XXVIII

II. — Le don de prophétie, envisagé en tant que permanent dans la Sainte-Église, qu'est-il d'abord en lui-même, jusqu'où et dans quelles limites s'étend son domaine ?

Essayons de bien le définir, afin de montrer tout d'abord que la richesse des Voix Prophétiques n'est pas un luxe d'emprunt. La Prophétie, selon PÉtymologie grecque, Prophêteia qui veut dire littéralement parole révélatrice, consiste essentiellement dans la manifestation de la vérité, faite par l'intervention du ciel, en dehors de toute science humaine. Mais la vérité qui nous est ainsi dévoilée d'Ën-Haut, nous intéresse autant dans le présent et le passé que dans l'avenir. Aussi certaines révélations, par exemple, les plaintes de Notre-Dame de la Salette au sujet de la cause et des remèdes de nos présents malheurs, sont-elles prophétiques. Sans doute nous savions que Dieu punit le blasphème et la profanation du dimanche, deux grands crimes dont, sous nos yeux même, la société se rend journellement coupable ; mais pouvions-nous croire que telle était surtout l'origine des catastrophes actuelles ? Pour nous, nous l'avouons, quand Marie elle-même daigne venir ausculter le malade, mettre son doigt béni sur la plaie la pins profonde et nous dire, de son accent d'incomparable miséricorde, ce qu'il faut faire dès aujourd'hui pour parer k de plus grands malheurs ; une telle parole nous est une

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révélation d^un effet prodigieux ; nos ténèbres se dissipent du passé à ravçnir, car Marie a prophétisé, son œil puissant a plongé au loin dans Tabîme de nos erreurs et avec elle nous saisissons les mystères d'ini- . quité du passé, les mystères d'expiation pour le présent, les mystères de miséricorde dans Favenir. La Prophétie est donc, dans un cas particulier, la vue surnaturelle de la vérité, sans limites de temps, comme Dieu lui-même la contemple à découvert et présente à sa science infinie; c'est la vérité telle qu'elle est en elle-même et telle que nous ne pouvons l'apercevoir clairement sans secours tout spécial de Dieu, soit dans le passé et le présent même, à cause de notre ignorance et de nos passions, soit principalement dans l'avenir, dont le Tout-Puissant s'est réservé le domaine exclusif.

Nos lecteurs comprendront que, placé à ce point de vue si large et cependant si juste, ce nous semble, nous n'ayons pas balancé de reproduire bien des discours de Pie IX. N'est-il pas Prophète, le grand Pontife, lorsqu'il foudroie k coups redoublés le libéralisme soi-disant catholique, dont le venin est aussi subtil et aussi perfide et terrible que celui du jansénisme et du gallicanisme? Il faut contre de si profondes erreurs des accents inspirés ; et Dieu, dans son infinie miséricorde, nous prodigue ce secours, en mettant sur

les lèvres du gardien de la vérité cette parole lucide, étincelante comme Téclair, portant avec elle le rayon qui illumine et la force qui entraîne tout homme de bonne volonté.

m. — Nous savons bien que, rigoureusendent parlaAt, ainsi que du reste le comprend le vulgaire, la Prophétie s'entend de la prescience de Tavenir; mais ces limites sont trop étroites pour le but tout pratique que nous nous proposons tout d'abord et qui est d'aider à la conversion du monde. A cette fin, nous voulons rendre saisissant le danger suprême de la situation actuelle pour les pécheurs, et non seulement nous déroulons sous leurs yeux les menaces des prophéties comminatoires où sont annoncés des guerres générales, des embrasements de villes, des ténèbres pestilentielles pendant lesquelles la terre dévorera en quelque sorte ses habitants; mais de plus nous essayons de rendre les pécheurs attentifs aux sigties précurseurs de ces catastrophes. Notre-Seigneur ne nous a-t-il pas recommandé en effet de ne pas laisser passer inaperçus ces signes des derniers temps : « Lorsque, dit-il, « ces bouleversements et tous ces phénomènes com- « menceront h éclater, faites y attention et levez les « yeux pour ne rien perdre de ces enseignements pro- « videntiels, car ainsi votre rédemption sera assurée : < His autem fieri incipientibus, respicite et levate ccl*

« pUa vestra, quoniam appropinqumt redemptio v eS" « im '.> Il y a loin de ces conseils du divin Maître aux ménagements que certains docteurs trop modernisés nous engagent à prendre, crainte de jeter la terreur dans les âmes. Tel n'était pas du reste Tavis et la méthode de saint Grégoire-le-Grand lorsque, expliquant an peuple TÉvangile du premier dimanche de TAvent : < n y aura des signes dans le soleil , la lune et les étoSes, » il énumère toutes les plaies et toutes les perturbations d'alors qui lui Msaient déjà redouter l'approche de la iin des temps. C'est la voix même de Dieu qui prophétise, pour ainsi dire, à l'aide de ces Signes suscités par sa toute-puissance, afin d'agir, en désespoir de cause, sur les cœurs endurcis et les âmes aveuglées. Mais la simple lecture desSigneset Apparitions Prophétiques recueillis dans notre Tome Premier, nous justifiera mieux que tout ce que nous pourrions apporter ici de raisons et d'exemples à ce sujet.

IV.- Ce genre de prophéties ne demande pour être compris que d'ouvrir les yeux et de faire un retour sérieux sur soi. Plus difficile est la question des prophéties proprement dites ou concernant l'avenir. Ces dernières s'appellent d'ordinaire prédictions, c'est-à-

' Luc. XXI, 28.

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dire révélations anticipées des ehoses futures. Nous devons nous y arrêter plus longuement. Qu^est-ce dV bord qu'une prophétie en ce sens ? « Une prophétie proprement dite^ répond le Cardinal Gousset \est Im prédiction certaine d'un événement qui ne peut ttn connu que de Dieu seul. > On voit par Ik que nous n'aurons pas k nous occuper des prévisions deshomiiiei de génie, tels qu'on les rencontre dans les de Maistre, les de Bonald, les Donoso-Cortès et tant de chrétieM éminents pour qui la science pratique, aidée de la foi, soulevait si hardiment les voiles de Tavenir. Moini encore s'agit-il ici des oracles des devins et des pré* sages des somnambules et des spirites où il n'y a que supercherie ou action du démon : celui-ci peut bien pressentir certains événements, puisqu'il est demeuré génie, génie du mal, hélas! mais les secrets de IV venir lui restent scellés comme à nous, selon cette parole du divin Maître que Dieu seul connaît le jour suprême ', à rexclusion même des anges.

V. — Les prophéties se divisent en prophéties sacrées et en prophéties privées : les premières sont ainsi appelées parce qu'elles sont contenues dans les

1 Théuloj^c do|piiati<|ae. Tome i, de la Révélation, n» 5H7, I». :k)8. éd. 184λ.'

* Math. XXIV. S6.

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^vres saints^ comme par exemple celles d'Isale, de ^otre-Seigneur, de saint Jean ; les prophéties privées Bout celles qui ont été faites depuis TApocalypse oii se kme la série des livres inspirés et canoniquement leconnus pour la parole de Dieu. Ces dernières portent aussi le nom de prophéties modernes^ comme datant des temps postérieurs à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Les unes et les autres, qu'on veuille bien le remarquer, procèdent de TEsprit-Saint ; toute la différence qui les sépare, provient uniquement du jugement deTÉglise qui s'est prononcée sur les livres de TAncien et du Nouveau Testament comme véritablement inspirés, tandis qu'elle ne trouve pas nécessaire de se prononcer d'avance sur les révélations et les prophéties de tel ou tel personnage, même saint. Cette différence est profonde. On dit bien que les Révélations de sainte Brigitte, par exemple, ont été approuvées par le Concile de Baie ; mais il faut nécessairement remarquer que cette approbation ne regarde que la doctrine de la sainte, en tant qu'orthodoxe et non en tant que prophétique.

A ce propos, nous rappellerons une réponse du très- Bévérend Père^pada', des Frères-Prêcheurs et Théologien du Pape, récemment décédé, k la grande douleur

' FropMtle de Madeleine. L'avènement de Marie, in-y*^ chez Davesne, 9, rue Bonaparte, Paris ; p. x.

de ceux qui Tont connu. M. Désiré Laverdantlui avait communiqué la Prophétie de Madeleine', pour avoir son sentiment.

« Vous ne sollicitez pas une autorisation positive et vous faites bien, dit le Père Spada: TÉglise a pour habitude de ne garantir aucunes prophéties, celles exceptées des livres canoniques. Les prophéties (étrangères à ces livres) se prouvent par leur accomplisse* ment. Rome instruit aujourd'hui le procès en canonisation d'une pauvre femme qui prophétisa dans la même contrée que votre Madeleine, il y a près de denx siècles. Ses prédictions ont été réalisées. L'Autorité Ya constater, sur fait accompli, le caractère divin de son inspiration.

« L'avenir vous dira si votre prêcheuse a vraiment parlé au nom de la Mère de Dieu.

« Vou3 désirez de nous, simplement, un avis qni mette votre âme en repos sur le caractère orthodoxe de cette prophétie. Voici mon avis :

< Il n'y a dans cet .écrit rien de contraire à la foi. Vous pouvez donc répandre et propager ces paroles d'une bonne sainte femme, en toute conscience, en toute liberté, llecevez pour elle et pour vous ma bénédiction, et allez en paix. >

' Voir Tome ii, Livre m dus Voix Prophétiques,

On voit par là tout ce qu^il y a d'exagéré et dVrroné dans ce prétendu principe mis en avant par un théoogien anonyme, dans lés Précis Historiques ' que « pour promulguer des prophéties, c'est-à-dire les publier, la tolérance des évêques ne suffit pas à un autear,mais qu'il lui faut leur approbation positive, après examen sérieux et fait de concert avec des hommes instruits. » Approbation positive des prophéties, c'està-dire sans doute en tant qu'elles annoncent l'avenir, mais cela est absolument contraire à la pratique de l'Église. Qu'on relise du reste les Lettres et Approbations Épiscopales placées en tête des Voix Prophétiques :'ûjï'j estnnllementqviestion d'une Approbation positive; cette question est et demeure réservée.

Qu'on ouvre encore les œuvres de Marie Lataste, qui portent Approbation de Mgr l'Évêque d'Aire : nous lisons en toutes lettres, dans cette approbation, les paroles suivantes : « Nous autorisons cette nouvelle publication, sans entendre nous prononcer par là sur la vérité ou la nature des révélations auxquelles les écrits se rapportent comme à leur origine. » Voilà donc encore des révélations et des prophéties dont la publication est autorisée comme écrits édifiants, mais nullement en tant que révélations positivement approuvées. Mais nous reviendrons, plus loin, sur ce point de droit.

^ Livraison d'octobre 1870, Art. Les Prophéties en vogue .

Nous tenions h placer un mot ici touchant cette prétendue approbation positive des Prophéties, parce que l'article des Précis Historiquns où elle est posée en principe, ayant été publié par une foule de Semaines JieiyifMses, pas trop prévenues contre les Prophéties modernes, nous avons hâte de rétablir la vérité.

VI. — Envisagées par rapport à l'avenir, les Prophéties se divisent en prophéties absolues et en prophéties cOTiditionndles, selon que les faits annoncés dépendent ou non de certaines éventiialités laissées U la libre détermination des hommes, comme la conversion des pécheurs, par esemple. En général les Prophéties comminatoires on qui annoncent des châtiments, sont conditionnelles, lors même que le texte de la prédiction n'énonce pas de condition. Ainsi Jonas dit, de la part du Seigneur, aux Ninivites' ; « Encot • quarante jours et Ninlve sera détruite. » Et cfi] dant la ville coupable et repentante ne fut pas détruit au bout des quarante jours annoncés si solennellement par le Prophète. tJelui-ci s'en attrista, parce ^^u'il craignait de passer pour un faux prophète' : ^^ N'est-ce pas lii l'issue que j'attendais. Seigneur, ^N lorsque j'étais encore dans mon pays, dit-il, en ^^,exhalant sa plainte devant Dieu ? C'est

'onas

ipei^^ ruitî^H .elle- ~

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«cela que j'ai fui k Tharsis, car je savais que «TOUS êtes un Dieu clément et miséricordieux, < plein de patience et de bonté, porté à pardonner les « péchés. > Mais le Seigneur lui fit bientôt comprendre ce qu'il en aurait coûté k son amour de perdre ainsi tout un peuple où se trouvaient tant d'innocents et tant de pécheurs convertis, tous l'œuvre de ses mains et l'objet de ses divines attentions.

Un grand nombre de prophéties modernes sont comminatoires, par exemple, celles qui annoncent la ruine et la destruction complète de Paris et d'autres villes coupables ; celles qui prédisent des catastrophes pour les jours présents, catastrophes cependant toujours refoulées devant nous et peut-être, qui sait ? finalement détournées. C'est que les fidèles prient d'un cœur contrit et humilié , c'est que les masses même s'ébranlent et s'en vont à la Salette, à Lourdes, au tombeau de saint Martin, et dans cent, dans mille autres lieux privilégiés, implorer miséricorde et pardon et promettre de vivre enfin comme Dieu le veut

Que le Seigneur nous garde d'un seul regret, si les menaces que renferment, en si grand nombre, ces Vm Prophétiques, ne devaient pas se réaliser! Devrions-nous passer pour un insensé, nous nous réjouirions du salut de nos frères et de la conversion des pécheurs, qui auraient ainsi échappé aux terribles châtiments toujours suspendus sur nos têtes.

VII. — Les prédictions sont du reste l'un des grands moyens employés par Notre-SeigneUr pour procurer le bien de son Église. Écoutons Kibéra ; l'illustre historien de sainte Térèse résume en quelquefl mots la permanence de ce don parmi les fidèles :

» Dans le Nouveau Testament', dit-il, la lumière prophétique fut répandue avec beaucoup plus d'à danee que sous l'Ancien, parce que c'était sous la nouvelle alliance que devait s'accomplir et que s'ao complit de fait la prophétie de Joël : ' Je répandrai

• Hton esprit sur toute cluf>ir; et vott fils et vos fUlea

* prophétiseront. • • Philippe, l'un des sept diacres élus par les Apôtres, eut quatre tilles vierges qui furent prophète; Le don de prophétie était si ordinaire parmi les chrétiens h cette époque, que saint Paul dut donner des avis aux Corinthiens pour régler la manière dont les-^ femmes et les hommes devaient prophétiser dans l'Église. Saint Justin, martyT, écrit dans le Diaîoffot avec Triphon que la grâce de prophétie s'était coaservée dans les églises jusqu'il son temps. Saint ThcK mas dit que, depuis les ApStres, il y a eu dans tous les temps, dans l'Église de Dieu, quelques membraS'

|Ui ont possédé l'esprit de propliétie, et il allègue à

' Vit de HmnU 2i<ww. Livre IV. c . 5, p. aao, edit. Bonii.'i

son appui l'autorité de saint Augustin qui, au livre V de la Cité de Dieu, chapitre 26, raconte que Temperenr Théodose, se voyant serré de très-près par ses eimemis, envoya quelqu'un vers Jean, moine d*Égypte, p était signalé par le don de prophétie, et qu'il apprit de lui qu'il devait remporter une grande vic- : toire, comme en effet il la remporta. *

VIIL— Mais l'esprit prophétique se manifeste prin- ' eipalement à la veille des grandes catastrophes, parce que Dieu ne punit jamais qu'à regret et qu'il retarde ses châtiments, avec une miséricorde infinie, en essayant même de nous y soustraire par la seule erainte de ce que nous aurions à souffrir en continuant dépêcher.

Machiavel lui-même, cité par M. de Maistre dans les Soirées de Saint-Pétersbourg , constate ce fait sans toutefois le comprendre, sa doctrine n'étant pas, on le sait, le pur Évangile. Voici ce qu'il dit dans son discours sur Tite-Live : « Nous ne saurions donner la raison pourquoi, mais c'est un fait prouvé par l'histoire ancienne et moderne que, chaque fois qu'il est am\ré un grand malheur soit à une ville, soit à une province, il a été annoncé par un voyant ou par des miracles, des signes, des révélations. Quoi qu'il en soit, c'est un fait et un fait certain qu'après chacune de

cea prédictions, il est aiTivé des choses eitraoM oaires'. »

Preiioiis,parexemple, le temps de la ruine de . rusalem soua Vespasien et Titus, ainsi que la fin j siècle dernier, ans approches de la révolalion f çaiae.

Peu d'années avant la dernière guerre des Jaj contre les Eomains, uu simple homme des nommé Jésus comme pour rappeler une dernière j aux déicides le souvenir du vrai Messie, était vend Jérusalem pour la fête des Tahernacles. ArrivM Temple, une inspiration suhite le saisit et il s crier malédiction, alors que Jérusalem florisaait i core dans la paix et dans l'opulence. Et il coi parcourir tout le pays, les villes, les bourgades,! campagnes, répétant jour et nuit son cri lugubre. ( dura ainsi des années. Enfin arriva la dernière révoj des Juifs contre les Eomains, bientôt suivie du 3i4{ lamentable de Jérusalem, Le prophète de malhtd envoyé ii la nation coupable du sang de Jésus-Ohrfi se renferma alors dans la ville pour y continuer jd qu'au bout sa triste mission. 11 n'avait plus que ceÀ sinistre sur les lèvres : Malheur au Tcmph ! Malht à Jérusalem ! MaUieuf au peuple! Fuis un joni

IToir le livra I i^^rinri (tolMtf,lntiodnclion,p^> ll,f

|outa à sa triple malédiction : Et malheur à inoir \éme ! et il tomba mort sous le coup d'un pierre lanée par une machine de guerre. Pendant sept ans, »UB les jours, à toute heure, en quelque sorte k tout Estant, il avait répété son épouvantable menace, rna^é la défense des magistrats, les railleries des [^ispits forts et les dédains de la foule insouciante et fbstinée. Sa prophétie ne sauva ni le Temple, ni Jérunlem, ni la nation ; mais jusqu'au bout de son instence politique, le peuple juif put se sentir sous la iBain de son Dieu à la fois miséricordieux et juste '.

Aux approches de la Bévolution française, les avertissements prophétiques ont retenti partout; mais javm peut-être l'incrédulité n'avait montré autant de ' Mdain pour la voix du Seigneur : presque personne n'avait des oreilles pour entendre ce que l'esprit de ..ffieu dictait à un Père Necktou, à un Père de Beauregard, à une Sœur de la Nativité.

Nous rappellerons ici un trait frappant arrivé alors ^8 notre chère ville de Metz, au couvent de la Propagation de la foi dont l'origine remontait k Bossaet.tJne religieuse y eut une vision pendant le chant iu Magnificat, le jour des Bois, et il lui fut montré toutes les horreurs qui allaient ensanglanter le trône et l'autel. « En l'année 1787, écrit-elle, le jour de

' JosiPHE, Antiq. 1. XX, (\ 8.

l'Épliiphanie qui est l'une de nos fêtes patronales, comme nous étions à vêpres, il me sembla tout h, coup, pendant le chant du Magnificat, voir la France tomber dans un chaos épouvantable : les Éyêques étaient chassés de leurs sièges, les couvents détruits, les prêtres persécutés. Dès que l'office fut terminé, je rentrai dans ma cellule. Là, la face contre terre, les lèvres collées sur un crucifix, je fondis en larmes et je conjurai le Seigneur de conserver la foi k ma patrie. Ce pressentiment fit sur moi une impression si profonde que, quoique plus de trente ans se soient écoulés depuis cette époque, mon âme est encore tout émue quand j'entends chanter le il/ni^ju/îrrti sur le même ton qu'on lechantait en ce jour de l'Epiphanie. ' »

Singulière coïncidence, l'un des frères de cette religieusft renversa de fond en comble la Chartreuse de Bettel, près de Sierck, tandis que l'une de ses sœurs. Madame de Méjanës devint la fondatrice d'une aoavello congrégation de religieuses sous le nom de Sœnrsde Sainte-Chrétienne.

Nous avons cité ces faits afin qu'aucun de nos lecteurs ne vienne à s'étonuer de l'abondance merveilleuse des prophéties ^ l'époque si critique entre tontois que nous tra versons : pendant que lo sol tremble sous

> Vio lie MaJuitiu -.U Méjanè« par Mgr Ctiklandon, p. 341,

Mrti, ebi'z Pallez-Ruusseao,

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» pieds, nous recevons du moins du côté du ciel assurance qu'il faut tout espérer pour FÉglise dans ^avenir.

DL — Mais dans cette surabondance de prédictions qui nous déborde, comment nous asssurer de l'authentieité des prophéties ? Nous avons la voie d'autorité et celle de la raison.

Et d'abord, bien que l'Église ne soit pas dans l'habitude de se prononcer sur les prédictions non encore accomplies, ce qui du reste n'est pas nécessaire pour qu'elles atteignent leur but, son jugement intervient seayeut indirectement en leur faveur par les honneurs du culte décernés k leurs auteurs, comme h sainte Hildegarde, h sainte Catherine de Sienne, à saint Léonard de Port-Maurice. Souvent encore les auteurs de ces prophéties sont morts en odeur de sainteté, après avoir vécu dans la pratique de toutes les vertus chrétiennes, sans que l'autorité de l'Église se soit toutefois prononcée sur eux ; ou bien ces personnages sont encore en vie et répandent autour d'eux la bonne odeur de Jésus-Christ : alors encore il n'y a point de témérité à prêter foi à un vénérable Holriiauser, à une Marie Lataste, à, un Frère Antoine, à Madeleine, la voyante de Lyon, à la Sœur Imelda, etc.

Eemarquons que parfois l'on refuse bien à, tort d'ajouter foi aux prédictions de personnes sans fortune et

sans nom dans le monde, mais dont la conversation estdans les deux, selon nn mot de l'Apôtre. Nous rappellerons, à ce propos, une propliétie en action qui est à peu près tombée dans l'oubli et n'a reçu qu'en 1870 l'infaillible témoignage des Mts. C'est celle du pieux Georges Jager, un pauvre infirme de Strasbourg, mort saintement en 1829, à l'âge de vingt-de «i ans. Une personne de qualité était venue le voir peu de mois auparavant. Saisi devant elle de l'esprit prophétique, il s'écria : « La sainte M6re, qui jusqu'à pré- « sent a été la protectrice de la France, l'abandonnera

* bientôt. » Puis il saisit uoe clef, la jeta à terre et la foula aux pieds en disant : ■> Voilà les clefs de V Alsace

* que je foulerai (imj pieds. • — S'en est-on souvenu depuis la guerre de 1870? — Il prit ensuite une aune et dit, en montrant la moitié de l'aune : • Voyez, la

* mesure était jusque-lU, et à présent elle est jusqu'au

* bout. * Et mesurant deux aunes h partir de la clef: « Voyez, ajouta-t-il, îi n'y a pas plus loin pour moi » de Strasbourg à Paris ! • Et de fait la distance de Strasbourg & Paris ne fut guère pour les Prussiens qu'une longueur de deux aunes. — Mais est-ce tout ? nous tremblons que la seconde moitié de cette prophétie en action ne vienne également il ae réaliser. Après ces paroles, il prit en effet un verre qu'il remplit à — :»:/ j'eau ; , Oette eau représente, dit-il, les sujets

oi. • Et remplissant l'autre moitié : < Voilà 4^^

« représente le roi.» Puis jetant toute l'eau p«r terre, il s'écria avec beaucoup d'animation ; « Voilà ma colère « sur la terre. La première moitié^ c'est du feu ; la « seconde^ c'est la guerre'.» N'oublions donc pas désormais que Dieu se plaît à choisir les faibles pour confondre les forts.

Quant h, la voie de raison, elle prête un puissant secours à la voie d'autorité pour établir l'inspiration des prophéties, et, à, son défaut, elle peut souvent nous suffire toute seule. Elle consiste à suivre le conseil de saint Paul aux Thessaloniciens : « Gardez-vous de « mépriser indistinctement les Prophéties^ mais éprou- < veZ'les^ et tenez en estime ce qui est bien fondé. ' » L'épreuve à leur faire subir consiste à voir d'abord, une fois l'authenticité du texte constaté, si les événements annoncés' pour le temps déjà écoulé, depuis qu'elles ont été faites, concordent parfaitement avec le texte ; puis il faut les comparer avec d'autres prophéties bien fondées et généralement admises comme telles; enfin, quand elles soi^t isolées et qu'elles ne se rapportent qu'à des faits non encore réalisés, il est nécessaire de voir si elles concordent avec la préparation des événements et les symptômes précurseurs des catastrophes.

Inutile d'avertir les zélateurs de prophéties de ne

1 Voir rOradc pour 1840, mars 1840, p. 64-67. » I. Ep. Thess. ch. v. 20-21.

point accepter comme telles des résumés et des concordancea de prédictions, comme il en circule de dos jours BOUS forme épistolaire ou autre, les aurait-on rencontrées parmi d'anciens papiers de famille. Encore moins faut-il a'appuyer sur des livres de plus longue haleine, tels que sont, ce bous semble du moins, les ouvrages de Nostradamus, oii l'auteur exploite d'anciennes prophéties en les présentant, dans leur enchaînement, B0U3 une forme nouvelle et attrayante.

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