‹ Voix prophétiques; ou, Signes, apparitions et prédictions modernes touchant les grands événements de la Chrétienté au XIXe siècle et vers l'approche de la fin des tempsChapitre 50 sur 90 · ET DU 4 FÉVRIER · texte numérisé non relu

ET DU 4 FÉVRIER

I. — Le langage des phénomènes sidéraux. — II. Aspect di Taurore boréale des 24 et 25 octobre 1870, et sa oolocidence avec notre défaite. — III. L'aurore boréale ou platôt universelle du dimanche, 4 février 1872, jour delà ioiflinité de la Purification de la Sainte-Vierge.

I. — Bien n^est indifférent pour le chrétieii fidUe, toujours attentif et recueilli devant les œuvres de Dieu ; persuadé de la vérité de cette parole du Sauveur que pas un cheveu ne tombe de notre tête sans la volonté du Père céleste^ il est habitué à se tenir prêt à tout événement, surtout lorsque vient à éclater dans la nature quelque phénomène extraordinaire que la science peut, sans doute expliquer, mais que la foi seule commente au point de vue éminemment pratique de la gloire de Dieu et du salut des âmes.

Sans donner dans les écarts condamnables de Tastrologie, nous pouvons donc nous appliquer h entendre le langage des cieux comme nous demeurons frappés devant la terre qui tremble, le feu qui s^échappe en torrents de lave du sein des montagnes, les fleuves qui rompent leurs digues et répandent au loin la dévastation et la misère : les étoiles ont en effet été

créées, dit saint Grégoire, pour l'homme ' ; elles sont,

dit saint Augustin, la langue des cieux *, comme il

«rriva aux Mages de le comprendre à la naissance du

Fils de Dieu. Notre-Seigneur d'ailleurs nous assure

;. qu'à l'approche des calamités de la fin des temps les

;;; signes en paraîtraient jusque dans le soleil, la lune et

4 les étoiles ' : erunt signa in sole, et luna, et stellis, et

^. in terris pressura gentium,

I Nous ne pensons en conséquence favoriser en rien la superstition en appelant l'attention de nos lecteurs sur l'apparition des comètes et des aurores boréales I en dehors principalement des prévisions de la science. ¥ Ces phénomènes célestes ont marqué les plus grands faits de l'histoire. Ainsi lorsque Xenès vint fondre sur • l'Europe avec plus d'un million d'hommes, une comète ^ avait paru peu de temps auparavant dans les cieux ; il en fut de même à la ruine de Cartage par Scipion, à la mort de César assassiné en plein Sénat par Brutus. Le soleil lui-même, personne ne l'ignore, s'obcurcit h la mort du di«in Sauveur, non seulement k Jérusalem, mais dans le monde entier, selon le témoignage si célèbre de saint Denys l'Aréopagite. Dans l'histoire moderne nous voyons des comètes annoncer, par exemple, la ruine de Jérusalem sous Titus et Vespasien, l'invasion de la chrétienté par les Goths et les Mahométans, et de nos jours, le désastre de la campagne de Russie en 1812. Plus récemment, nous

i Hom. X in Evang.

• Serm. n de Epiph.

^ Lue. xzi.

trouvons les deux comètes de 1853 et 1854, précédant les tremblements de terre, le choléra, la famine et la guerre ; en septembre 1858 une nouvelle comète signale la prochaine campagne dltalie si funeste itli chrétienté tout entière; et depuis, les comètes se sont multipliées avec nos malheurs.

n. — Ce coup-d'œil sur le passé fera mieux ressortir la portée des aurores boréales de Fautomne 1870 et du 4 février 1872. Metz, avec sa gigantesque ceintura de forts, avait ralenti le flot de Tinvasion aUemande et entretenu l'espoir de voir une nouvelle armée se former en France pour conjurer le péril et la honte d'une immense défaite. Mais Dieu était contre la France coupable. Et la semaine même où l'incapacité sinon la trahison de Bazaine allait livrer à rennemi des remparts imprenables jusque-là, il sembla qne le Seigneur voulut allumer de sa main, aux yeux de l'Europe entière, les torches funèbres de l'agonie de la France et peut-être de l'Europe civilisée^ar la Commune n'en est encore qu'à ses débuts...

Jamais, de mémoire d'homme, pareilles lueurs n'avaient éclairé les ténèbres de la nuit comme le soir du lundi 24 octobre 1870, et du lendemain 25. L'aurore boréale qui signala ces deux nuits fut tellement ardente, qu'elle s'étendit comme un atmosphère de feu tout autour de la France, gagnant l'Espagne et l'Italie et atteignant jusqu'à Constantinople ^

1 Voir l'ouvrage italien J. Ftéturi Destini, Tarin, 1371, p. 216.

Nos journaux de Lorraine avait forcément cédé la parole au canon qui seul retentissait jusqu'à nos coteaux de la basse Moselle ; aussi nous ne pouvons apporter ici le témoignage des feuilles publiques. Autour de nous il n'était question que d'un immense incendie dont le vague foyer apparaissait au loin vers le nord. Était-ce encore quelque ville en feu sous l'artillerie infernale des prussiens ? C'est ce que l'on se demandait avec terreur, lorsque les jours suivants on apprit la nouvelle et de l'aurore boréale et de la ruine de la France par suite de la capitulation de Metz.

Le phénomène put être mieux observé en dehors du théâtre de la guerre. D'après le journal VOrdre et la Liberté àQ Caen \ cette aurore boréale a été pour son intensité et sa durée l'une des plus rares qui aient été vues dans nos régions. Elle a duré plusieurs heures. < Une partie immense du ciel, dit un autre journal du Calvados ', était d'une forte teinte de pourpre ou, pour parler plus exactement, d'une couleur de sang qui, dans les circonstances actuelles, produisait sur tous la plus vive impression. ' »

< Malgré soi, continue le même journal , on voyait une frappante analogie entre les phénomènes et les événements, et on se rappelait que souvent des événements sidéraux semblent annoncer des événements

1 No du 27 octobre 1870.

2 JoK/rnal de Lisieux, no du 26 octobre 1870.

3 Immédiatement avant la chute du Sonderbund, en Suisse, 1847, on vit une immense aurore boréale. On sait que le triomphe de la franc-maçonnerie en Suisse, fat le signal de la révolution de 1848, qui fit le tour de l'Europe.

terrestres. En ce moment où la France inquiète attend le résultat de la partie décisive qui ya se joaer sur la Loire, le pnblic s^est montré très-impressionné pir cette aurore boréale.

< Une aurore boréale très-peu intense et de fort pea d^étendue avait déjà été vue à Lisienx, il y a qoâbe mois, quelque temps avant la guerre. »

Le confrère obligeant de qui nous recevons ees extraits de journaux, M. Tabbé Badigaet, confirme rimpression morale faite sur le public par le phénomène. Pendant qu^il considérait de sa fenêtre l'auim boréale dans toute son intensité, il recueillit notamment le trait suivant de la conversation très-animée engagée au dehors entre deux femmes du peuple : « Ah ! tu as beau dire, je ne croirai jamais qu^il y ait

< des gens assez malheureux, assez méchants, pour

< &ire rougir le ciel comme cela. > Les communeoi auront sans doute convaincu la pauvre femme que le ciel n'avait pas rougi sans raison.

IIL — Bien autrement saisissant a été le spectacle grandiose et merveilleux de V aurore boréiQe qui signala la soirée du 4 février 1872, dimanche de la Sexagésime où, pour bien des pays concordataires, se célébrait aussi la solennité de la Purification de la Sainte- Vierge, transférée de Tavant-veille. A Paris, à Bruxelles, à Constantinople, dans les régions australes de r Amérique et derOcéanie le phénomène a frappé tous les yeux ; il a ainsi paru dans le monde entier dont les deux hémisphères ont été comme enveloppés de ses flammes mystérieuses.

Voici ce qu'en dit le Courrier de Bruxelles * : < Une aurore boréale des plus remarquables s'est montrée hier soir. Elle était vraiment splendide. Vers six heures du soir, une teinte rougeâtre a commencé à se montrer pour disparaître insensiblement. C'était l'aurore de l'aurore boréale elle-même. Ces apparitions de lumière rougeâtre, mêlée d'opale, firent croire d'abord à un vaste et lointain incendie. C'est vers huit heures que le phénomène s'est développé avec plus d'intensité. Il a duré dans tout son éclat jusque vers dix heures du soir ; k ininuit et demie il se montrait encore. Une gerbe lumineuse partant du Nord passait à côté de la constellation de la grande Ourse, couvrait d'un manteau rouge et rose les étoiles qui brillaient cependant derrière d'un très-vif éclat et allait se perdre fort avant dans le ciel en se mouvant insensiblement. Les rayons présentaient des alternatives d'intensité variable et des mouvements qui rappelaient le jeu d'un immense éventail teint de jaune, d'opale et de rouge. Vers une heure du matin le phénomène disparut lentement.

< L'aurore boréale de dimanche, au commencement de la soirée, a fait croire à peu près partout, autour de Bruxelles, à un vaste incendie, et l'alarme a été donnée dans beaucoup de localités.

< Depuis longtemps on n'avait vu un phénomène météorologique aussi prononcé dans nos contrées. »

Nous renvoyons aux journaux de Paris, du commencement de février 1872, nos lecteurs désireux de plus

1 No du mardi, 6 février.

de détails, lia yitronveront, par exemple, une com nicationdeM.Chapelas,d'aprèssGsiDtéressaiite3ob Tations à l'établiagement du Luxembo urg. Elle dél ainsi ' : « Dana la soirée du 4 février, depuis ( heures quarante-cinq minutes du soir, jusque minuit environ, nous avons observé un phéûom non seulement assez rare sous nos latitudes, mais i cette fois, par les particularités exceptionnelles t\ préaeutait, peut à juste titre figurer, dans les annî de la météréologie, comme un événemeut acientifii remarquable. » L'article se termiae ainsi: • En r* mé, cette apparition était eïtrêmement remarqnii en ce sens qu'elle occupait le ciel entier, et qu' présentait trois phases principales; la premiën produisant au nord, comme cela a lieu ordiuairem< ladeunëme, aux environs de réqnateur; et la t sième enfin, dans la partie sud du ciel qui offi comme nous venons de le dire, tous les indices d' aurore australe. Ce phénomène a aussi été très-ren: quable par son mouvement de translation très-acc tué de l'est îi l'ouest. >

Ce qui nous frappe dans cette aurore en quel sorte universelle, c'est et son étendue, et sa eoïi dence avec le jour oh ce célébrait en France et d bien des pays chrétiens la solennité de la Piirifi tion de la Sainte- Vierge. On sait que c'est en ce s joiu de l'année qu'a lieu la hénédiction solennelle i cierges portés ensuite à la procession ; on se raupc aus^ji k prophétie que fit en ce jour le saint vieilli

I L» Petit Slonileur vnic. da 7 févrior.

Siméon, à Marie : < Cet enfant est prédestiné pour la

< ruine comme pour la résurrection de plusieurs en « Israël^ et en signe de contradiction. Et votre âme

< tnéme sera percée d'un glaive de douleur^ à la ma"

< nifestation des pensées secrètes deheaucoup, > Ces rapprochements nous font partager le sentiment de bien des fidèles touchant le prodige : il nous présage une épreuve suprême qui fera le tour du monde et de laquelle ne se tireront heureusement que les dévots de Marie et les pécheurs repentants. Un prochain avenir dira si nous sommes dans le vrai.

Page 1