DU 8 DÉCEMBRE
I. Dieu flagelle pour sauver. — II. Description de la croix lumineuse. — III. Ce qu*elle nous enseigne et nous donne à espérer.
I. — Le saint patriarcfie Tobie, en rendant grâces à Dieu devant Tarchange Eaphaël, commençait par s'écrier : « Seigneur, vous êtes grande et votre règne est éternel, par tous les siècles; car si vous flagellez^ c'est pour sauver; si vous conduisez aux abîmes^ c^cst pour en ramener, et personne ne peut échapper à votre main \ »
» Tob. xni,l-2.
Ainsi en a-t-il toujours été et en sera-t-il jusque la &a des siècles : la miséricorde divine nous ménage les espérances à proportion des croix qae nous impose sa justice, et jusque dans les menaces du Seigneur déborde son amour. Telle est, selon nous, la portée de cette croix lumineuse qui apparut, le 8 décembre 1870, autour de la pleine lune et qui a été particulièrement observée dans les diocèses de Bajeux et de Cîoutances, sur terre, comme de la mer d*où le spectacle était magnifique. C'est encore un de ces signes providentiels auxquels on n'a pas été assez attentif dans le moment et qu'il est bon de rappeler au souvenir des fidèles.Iies savants appellent ce prodige du nom de Hàh^oons lequel se désignent les rayonnements qui apparaissent quelquefois autour du soleil et, plus souvent dans la nuit, autour de la lune, lorsque ces astres brillent à travers des vapeurs nuageuses. Mais écoutons le récit du prodige tel que Ta donné un professeur de sciences physiques, dans le journal VOrdre et la Liberté de Caen ' :
< IL — Le jeudi 8 décembre, à 5 heures 40 minutes
< du soir, les habitants de la côte nord du Calvados ont
< été témoins d'un halo lunaire très-remarquable. De
< l'aveu des marins, ayant trente années de naviga-
< tion, jamais pareil phénomène n'est apparu à leurs
< yeux.
< Autour de la lune, tout à fait dans le sens verti- « cal et horizontal, est apparue une croix lumineuse,
■ No du 23 décembre 1870.
« à contours et arêtes vives, géométriquement arrêtés, « Au centre de la croix se détachait le disque brillant
< de l'astre parfaitement circulaire ; Tombre de ses
< montagnes figurait merveilleusement l'image d'une « tête humaine sensiblement penchée vers l'est. La « planète Jupiter brillait de son éclat le plus vif au-
< dessus de la croix ; un nuage obscur, isolé, à bords « lumineux et frangés, semblait faire socle. Les flots « de la mer, d'un calme parfait, réfléchissaient le phé- « nomène en splendide image, étincelante et diaman- « tée, du large à la rive.
« La durée du phénomène dans toute sa splendeur « a été de trente minutes. Les bras de la croix s'affai- € blissant graduellement de la partie externe jusqu'à « la partie moyenne, se sont résolus en une ligne lumi- « neuse. Puis l'arbre vertical a disparu de la même « manière. La durée totale du phénomène a été de « cent quarante minutes environ.
< A Bretteville-le-Eabet, distant de 35 kilomètres « de la mer, le phénomène a été observé. Tous les « habitants de la côte peuvent justifier la description « ci-dessus aux yeux de ceux qui la croiraient exa- « gérée. »
< Astrononiiquement parlant, il s'est produit à l'est
« de la constellation dite le Bouvier > — (Suit, à
l'adresse des âmes mystiques, une phrase de tous points inexacte et où la bonne foi de l'auteur a été probablement surprise, car pas une syllabe de la Prophétie de Blois h, laquelle il prête ici un trait de pure invention, ne fait allusion à quelque signe parti-, culier pour la nuit du 8 décembre). — « La physique,
« continae ensuite le narrateur, fournit une explication
< rationnelle du phénomène, mais la date de son ap-
< parition ne saurait être négligée, les chrétiens
< plaçant leur foi avant la science humaine » (c^està-dire estimant les biens du ciel h, une plus haute valeur que ceux de la terre, et en cela personne au monde, intérieurement du moins, n'ose leur donner tort) < en conserveront pieusement le souvenir. > L^article se termine par une explication physique du phénomène.
Nous allons compléter cette description par Pextrait suivant d'une lettre que nous adresse, en date du 6 janvier 1872, M. Tabbé Badiguet, du petit séminaire deLisieux, ii Tobligeance de qui nos lecteurs sont redevables de tout cet intéressant chapitre. Ce digne prêtre s'en remet à notre discrétion pour Tagencement du récit; nous préférons lui laisser simplement la parole, afin de ne rien perdre de ses précieuses notes.
« Venons-en à la croix lunaire miraculeuse du 8 décembre, que plusieurs de nos élèves ont vue ici, à Lisieux, du séminaire, au troisième étage; que tous mes frères et presque toutes les personnes de ma famille ont contemplée à douze lieues d'ici, et que j'ai eu le bonheur d'entrevoir moi-même, quoique sur son déclin, lorsque les bras de la croix s'étaient déjà obscurcis, laissant \i leur place une sorte de traînée plus sombre que la blancheur du ciel, par suite d*uue espèce de brouillard peu épais surtout dans la région de la lune, faisait ressortir sensiblement.
€ J'avoue que j'étais heureux de jouir de ce spectacle
tout nouveau pour moi et que j'y voyais dès lors un signe de salut pour la France. Eh bien ! cependant, quoique mes yeux aient eu de la peine à se détacher d'un spectacle si beau et si consolant, il ne m'est venu aucunement k l'idée d'en faire \ux croquis ; ce n'est que quinze jours plus tard, en lisant l'article du journal de Caen,que cette pensée m'est venue et que j'ai bien regretté de n'en avoir pas fait quelque petit dessin. Port heureusement l'auteur de l'article, professeur de sciences, a pris, en face du phénomène, un dessin exact du prodige, il le fait graver actuellement et, sitôt que les copies en seront prêtes, je vous en enverrai im exemplaire...
« Je vous ferai remarquer toutefois que l'un de mes frères, qui aide mon père dans les travaux des champs, a pu assez observer le phénomène pour m'en retracer, à un an de distance, un petit dessin dont voici, en quelques traits, la copie, en attendant mieux. » — (Dans le texte de la lettre figure ici une croix dessinée à la plume, dont le narrateur va donner la description qui suit:) — « La lune au centre ; des sortes de gerbes lumineuses partant de l'astre et allant en s*élargissant quelque peu chacune de sî)e côté jusqu'à leur extrémité, puis flanquées sur leurs bords d'ârètes lumineuses ou rayons de couleurs différentes et plus brillants que tout le reste Les gerbes étaient d'une teinte blafarde, d'une lumière plus blanche que celle de la lune, mais plus pâle que celle des rayons, autant que mes frères ont pu se le rappeler et que je m'en ressouviens moimême. Du reste il faut voir ce qu'en dit l'auteur de l'article qui doit être le plus compétent dans toute
cette matière et qui a été, comme eux, témoin du phénomène, à une distance assez éloignée de chez nous et tout aussi favorable à Tobservation.
< Souvent je me rappelle ce fait que je regarde comme un prodige, et je ne puis m^empêcher d'éprouver, en y pensant, un sentiment de joie, d'espérance et de bonheur. Je regrette seulement de ne pas Favoir observé dès le principe. >
III. — Réfléchissons maintenant aux particularités de cette croix lumineuse et essayons en même tempe d'en saisir du moins quelque peu la portée symbolique.
Elle a d'abord lieu le 8 décembre, jour consacré à l'Immaculée Conception de la très-Sainte-Vierge : ce privilège incomparable de Marie étant devenu, depuis la proclamation solennelle qui en a été faite par Pie IX, le 8 décembre 1854, comme dogme de foi catholique, im motif de grandes espérances pour l'Eglise tout entière, donne tout d'abord au prodige un cachet surnaturel d'un profond efl'et sur les âmes. Qui sait si les trois années d'épreuve signalées par Marie Lataste ne toucheront pas h, leur dernier terme le 8 décembre 1873?...
Ce 8 décembre 1870, la lune, par une autre coïncidence mystérieuse, arrivait h, sa plénitude et nous présentait ainsi l'image de la Beine des anges et des hommes, pleine de grâce parce que le Seigneur est avec elle : Marie se montrait h. nos yeux sous le voile de^l'un de ses plus gracieux symboles, afin de nous
ramener, du fond de l'abîme où nous ont plongés nos infidélités trop nombreuses et trop criminelles, dans le seul chemin qui conduise à la paix et au bonheur. C'était en effet au moment le plus calamiteux de la guerre : du côté de la terre, les espérances s'évanouissaient l'une après Tautre ; il ne restait plus qu'à lever les yeux au Ciel.
Mais quelle issue nous indique la Mère de grâces et de miséricorde ? La Croix ! Elle proclame et sur terre et sur mer, par un calme admirable, qu'au lieu de nous écouter sans cesse nous-mêmes et de ne rechercher que les jouissances énervantes de ce monde, il faut nous renoncer nous-mêmes pour écouter l'Eglise et accepter k deux mains, chacun des jours de notre vie, la croix militante du combat des passions, à la suite de son divin Fils, dont toute la vie n'a été qu'une longue croix et un dur martyre enduré pour nous. Il n'y a pas d'autre salut, moins aujourd'hui que jamais. .
La lune présentait, comme le remarque le journal de Caen lui-même, l'image d'une tête humaine penchée vers l'est. Il semble que par là nous sommes envoyés à l'école du Christ par l'imitation de Marie, la vivante et douce image de son divin Fils.
Les rayons qui partent de la croix, symbolisent lar vraie gloire du chrétien fidèle, qui consiste à suivre les préceptes et les exemples de Jésus et de Marie.
Ces rayons si brillants partent de gerbes moins lumineuses qui symbolisent l'humilité des bonnes œuvres : ici bas, celles-ci doivent demeurer comme voilées, afin d'échapper à l'ennemi du salut si habile
à corrompre par la vaine gloire le bien qu'il ne peul empêcher.
Nous nous bornons à ces aperçus que chacun pen poursuivre, sous Toeil de Marie, Etoile de la mer de ci monde, et Secours des chrétiens.
CHAPITEE III.