‹ Voix prophétiques; ou, Signes, apparitions et prédictions modernes touchant les grands événements de la Chrétienté au XIXe siècle et vers l'approche de la fin des tempsChapitre 54 sur 90 · I^ TORRENT DES CARCERI DE SAINT-FRANÇOIS D^ASSISB · texte numérisé non relu

I^ TORRENT DES CARCERI DE SAINT-FRANÇOIS D^ASSISB

L Saint François d'Assise au couvent des Carceri. — II. Si prédiction relative aux débordements du torrent del Fosm qu'il condamne à rester habituellement à sec. — III. Derniers débordements du torrent et coïacidenwes remarquables des calamités q.ui les suivent.

I. — Une réputation de six siècles a rendu célèbre dans le monde chrétien le torrent prophétique des Carceri ou Prisons de saint-François, à une lieue d'Assise.

Mais qu'est-ce d'abord que ces Carceri ou Prisons du bienheureux Patriarche? « C'est, ' répond le Père

^Bulletin du Concile, tom. ii, septembre 1870, p. 2^^ et

suiv.

Kamîère \ l'idéal de la pauvreté franciscaine... Nous croyons avoir saisi cet idéal à Saint-Damien (au couvent sanctifié par la vie et la mort de sainte Claire) ; mais nous nous trompions. Plus exigeant que nous, dans son amour passionné du dénûment, saint François n'avait trouvé ni à Saint-Damien ni à la Portioncule la pleine satisfaction de ses aspirations, et il était allé, avec quelques-uns des frères, en quête d'une demeure encore plus 'misérable. Dans cette chasse à la poursuite de ce que les hommes fuient, il était arrivé sur les bords d'un ravin hérissé de rochers et ombragé par de grands arbres. Il remarqua, au milieu de ces rochers, un certain nombre de grottes basses et étroites, qui semblaient faites exprès pour servir de prison h, des reclus volontaires, et il crut avoir trouvé, enfin, une habitation parfaitement au gré de sa chère épouse, la pauvreté. Une petite chapelle avait été élevée, dans ce lieu sauvage, par la piété des bûcherons et des gardiens de chèvres. François l'adopta, et donna à la madone qui y était honorée, le titre de Madone des prisons, deUe Carceri, et le nouveau monastère luimême n'eut pas d'autre nom. On construisit en pierres sèches un mur d'enceintes pour former la clôture ; le petit sanctuaire fut un peu agrandi, et aux cavernes du rocher enjoignit quelques cellules, qui ne le cèdent en rien aux premières, soitpourlacommodité,soitpour le luxe du dénûment. C'est là que saint François aimait k se retirer pour faire une pénitence plus rigoureuse, et l'on montre encore l'auge creusée dans la roche vive qui lui servait de litlDe son vivant et après sa mort, les plus fervents parmi ses disciples ont aflfec-

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tienne cette demeure, et il n'est pas, dans tout le ravin, une caverne qui ne conserve comme un baume le souvenir de quelque illustre pénitent. Il en est une si étroite que deux personnes ne sauraient y passer de front, et si basse, qu'un honmie de taille médiocre ne pourrait pas s'y tenir debout. Elle a pourtant servi, pendant trente années, de cellule à un saint pénitent

n. — « Or, au-dessous de toutes ces cavernes, an fond du ravin, est le lit desséché de ce torrent mystérieux auquel la tradition attribue une vertu prophétique. Dans les temps ordinaires, ce torrent est tonjours à sec, même après les plus grandes ploies. Li terre absorbe toute l'eau qui coule des deux versants de la montagne. Quelquefois, pourtant, une ploie médiocre sufSt pour former un ruisseau qui coule à la façon des torrents ordinaires ; et l'on a toujours remarqué que ce phénomène se produit à l'approche des calamités publiques. >

Le torrent est prodigieux, non-seulement par la manière dont il se forme, mais aussi par le mode dont il disparaît h, peu de distance de sa source. Â un moment inopiné, sans que personne en puisse pénétrer la cause, l'eau sort tout à coup dans le Fosso ou ravin, s'y précipite en flots abondants et, avant même d'avoir atteint l'enceinte de la clôture des champs du monastère, à cent mètres euviron, elle disparaît comme elle était arrivée, sans qu'on puisse savoir où elle continue son cours. Ce phénomène merveilleux a nécessairement attiré l'attention publique, car il est de tradition que l'eau ne coule dans ce ravin que par un efl'et de la bé-

nédiction de saint François. La nature obéissait, on le sait, au Séraphin d'Assise et le temps n'a rien changé à. ce qu'il a obtenu par ses prières.

Le Saint, est-il raconté, allait souvent faire oraison, la nuit, avec ses compagnons, près du ravin au bord duquel sont les Carceri. Et comme il arrivait quelquefois que le bruit du courant à travers les rochers troublait la méditation des frères, le Saint ordonna au ruisseau de disparaître et il dit à ses religieux qu'on ne reverrait plus le torrent que lorsque le monde et l'Italie en particulier se trouveraient à la veille de quelque grave événement. Le torrent se trouva à l'instant à sec et, depuis, l'histoire a toujours vérifié la parole de Saint François. Aussi, sous le gouvernement pontifical les religieux des Carceri étaient-ils obligés de donner avis à Eome et au municipe d'Assise de l'apparition de ce funeste présage. Mais aujourd'hui l'Italie-Une est trop en progrès pour s'arrêter à de pa*réils signes : les franciscains aussi bien que les pieux fidèles n'en continuent pas moins à observer le torrent, et nous allons voir qui a raison \

III. — En 1827, pour ne pas remonter plus haut, le Fosso fut rempli d'eau, le 29 octobre, durant neuf heures. Or, à cette époque il y eut une cherté qui régna trois ans, puis vinrent les révolutions, suivies de tremblements de terre qui désolèrent le pays. La

1 Consulter pour plus de détails l'ouvrage italien J. Futwri Dcs^im' publié à Turin par Mgr C. D. da MaceUo, tipografia Foa, 7« édit., p. 108. •

basUique de Notre-Dame-des -Anges, h, la Chartrens de Borne, s'écroula en partie alors, pour être, il es vrai, magnifiquement restaurée de nos jours par le disciples de saint Bruno.

En 1836, le 18 septembre, le torrent reparut peit dant une heure et demie, et Ton vit bientôt après I choléra envahir, dans la Péninsule, Âncone, Borné e Naples, sans compter d'autres villes.

En 1843, le 25 juin, à rentrée delà nuit, an momen où les religieux des Carceri se rendaient au chœur, m fracas subit se fit entendre. Surpris et efFrayés de c( grand bruit dont ils ne soupçonnèrent pas tout d'aborc la cause, les frères accoururent autour de leur supérieur. Celui-ci, qui ne pensait pas non plus au torrent fut surpris lui-même et, en sortant au dehors poui mieux distinguer ce que ce pouvait être, il entendit k torrent rouler de nouveau au fond du ravin ses flots retentissants : « Malheureux que nous sommes, s'écria-t-il, c'est le torrent qui a reparu : que va-t-il arriver? » Et tous se mirent aussitôt en prière pour apaiser la colère divine. Le lendemain on put constater les ravages faits par les eaux. Tout le monde sait le déluge de maux qui signala cette période en Italie, en France et dans TEurope entière, selon les prédictions de la Sainte- Vierge k la Sœur Saint Pierre, du Carmel de Tours, et ensuite aux deux bergers de la Salette.

En 1858 Teau reparut encore dans le Fosso, et moins d'une année après avait lieu la guerre d'Italie dont on ne comprit bien toutes les conséquences que lorsque Pie IX fut successivement dépouillé de tous

ses États et Tltalie vouée comme une pauvre esclave à tous les déportements de l'esprit révolutionnaire.

En 1869, le 30 janvier, sans pluie ni neige, alors même que le temps était à la gelée, Feau surgit tout à coup, dans la matinée, à une hauteur de trois mètres et demi et se précipita avec impétuosité et au milieu d'un vent violent, jusqu'à l'endroit appelé la pierre rouge, pietra rossa^ ce qui pronostiquerait, selon la tradition, un fléau de sang. A onze heures et demie de la même matinée, tout avait déjà disparu. Pendant ce temps un religieux se mourait au couvent des Carceri. « Qu'y a-t-il donc ? » dit-il au père qui l'assistait à Tagonie. Celui-ci, pour ne pas le troubler, lui répondit que ce n'était rien, que c'était le vent d'hiver... f Non, non, reprit le mourant, ce n'est pas le vent seul qui fait tout ce bruit> ouvrez la fenêtre et vous verrez que c'est le Fosso qui se remplit encore une fois d'eau. Pauvres religieux ! je meurs, mais vous restez : que vous aurez à souffrir !» Et il expira. — Une trèspieuse Sœur franciscaine de quatre-vingt-dix ans, en apprenant la nouvelle du débordement, s'écria: < Trois heures et demie d'eau, trois ans et demi de douleurs et de larmes:* Puisse cette religieuse seulement avoir dit vrai : nous n'aurions plus alors que moins d'une année d'épreuves définitives à attendre et la fin de 1872 verrait au moins poindre l'aurore des beaux jours si souvent annoncés et qui toujours semblent fuir devant nous.

En 1871, le terrible torrent a redoublé ses pronostics lugubres. « On a vu, écrit-on de Eome^ le 10 juillet ', à VUniverso de Naples, le rayin de saint

' V Univers, No du 19 jiiiUet 1871.

François se remplir d'eau depuis quelques jours. Le 21 et le 26 juin particulièrement, on a remarqué qu'il était extraordinairement plein, et il en fut fait rapport au Père Général des Franciscains qui habite à Rome le couvent de l'Ara Cœli. Attendons-nous donc encore à. quelque grave châtiment et prions afin que nous voyions ensuite refleurir la paix tant désirée. » Il est à remarquer que le 21 juin était le jour du vingt-cinquième anniversaire du couronnement de Pie IX, et que cette dernière semaine de juin voyait se faire les préparatifs de l'entrée du Boi galanttwmo à Rome le 2 juillet suivant.

Enfin une récente lettre d'Assise nous apprend que le torrent des Carceri se trouva encore à flots le 20 scptembre 1872, vers une heure et demie, et que dans la matinée du lendemain il coula aussi pendant quelque peu de temps. Cette date du 20 septembre se passe de tout commentaire. Après tant de calamités qui ont toujours suivi de si près l'apparition du torrent des Carceri, on peut appeler ces eaux des Voix Prophétiques dans toute la rigueur du mot et leur appliquer ces paroles du Psaume XXVIII : Vax Domini super aquaSf Deus majestatis intonuit : Dominus super aquas multas '. La voix du Seigneur a retenti sur les eaux, la voix du Dieu de majesté a éclaté comme un tonnerre ; le Seigneur s'est fait entendre sur les grandes eaux. Puisse enfin la terre le comprendre et l'écouter.

J Ps XXVIII, V, 3.

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