CHAPITRE 1er
qu'il dirigera la retraite et concentrera ses moyens , afin de les tenir jusqu'à la dernière extrémité , quand bien même il aurait des forces suffisantes pour espérer de couvrir le pays en avant. Lorsqu on a des moyens inférieurs , il faut bien se garder de les disséminer pour une telle défense, puisqu’on s’ôterait jusqu’à la faculté de sauver le point décisif, qui seul mérite de fixer l’attention et tous les efforts.
Ce devrait être une maxime d’Etat dans tout pays qui a un système de guerre, de fortifier, même au sein de la paix , de pareils points, et de les entretenir assez soigneusement , pour qu’on pût les défendre avec peu de troupes; car l’ennemi connaissant la difficulté de s’en rendre maître , regarderait à deux fois avant de déclarer la guerre.
Les autres points stratégiques ne méritent d’être pris en considération et mis en état de défense , qu'autant que leur occupation faciliterait à l’ennemi le moyen de parvenir à ceux de plus haute importance. Encore cette défense doit-elle être en rapport avec 1 intérêt qui s’y rattache , et le nombre de troupes dont on peut disposer.
11 peut arriver que l’ennemi se décide à prendre l’initiative pour attaquer, plutôt par
l6 PRINCIPES DE STRATÉGIE.
des circonstances particulières qu’à cause de sa grande supériorité : alors les points stratégiques qui auraient un intérêt offensif, c’est-àdire, qui pourraient le menacer à son tour, seraient les plus convenables pour une bonne défensive , sur-tout si à cette qualité ils réunissaient encore des avantages tactiques, et s’il était utile de gagner du temps.
Mais pour bien opérer, il faut qu’en menaçant les points importans de l’adversaire , l'on ne donne pas trop de prise sur les siens. Il est nécessaire pour cela d'empêcher l’ennemi de rien entreprendre avant qu’il ne soit basé , et de l’entraver dans cette opération par tous les obstacles imaginables. On lui disputera avec opiniâtreté le point stratégique contre lequel il aura dirigé la majeure partie de ses forces; et l'on se portera ensuite sur un autre , sans s'exposer à être entamé; car, dans ce cas, un échec gâterait tout.
Tout point où se réunissent plusieurs communications, n'est pas pour cela stratégique. 11 ne l'est qu autant qu il se trouve sur une ligne stratégique ou qu il la commande.
Les points et les lignes stratégiques sont insépai’ables , et les uns n’existent pas sans le? autres; car un point n'est décisif pour des opérations militaires, qu’ autant qu'il est accessible