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CHAPITRE Ier

marqué sur l’adversaire , pour marcher sans inquiétude au but de ses entreprises , on pourrait alors les dégarnir. 11 faut placer dans cette catégorie les points par où l’armée , en cas de revers , serait indispensablement obligée d’opérer sa retraite : ces derniers sont rares ; souvent il ne s’en trouve qu’un sur la base. Ceux dont l'avantage consiste à ouvrir des lignes de communications à l’armée agissante sont plus nombreux et de moindre importance: Ils peuvent être à la vérité dégarnis quand la marche de l’opération l’exige ; mais il faut prendre garde , en le faisant , de s’enlever à soi-même plusieurs communications, de restreindre la base à un seul point , et de perdre ainsi la possibilité de manoeuvrer. Lorsqu’une opération change de direction et qu’on ne peut éviter ce grand inconvénient, il faut former une nouvelle base dans le pays conquis, en prenant un soin tout particulier de couvrir les points stratégiques décisifs , ainsi que les lignes de communications qui y conduisent. Au contraire , quand la nature du terrain interdit ces changemens de base, il est prudent de renoncer aux opérations qui écarteraient trop de celle adoptée , parce qu’on s'exposerait aux plus grands dangers.

Le développement de la base doit être pro-

portionné à la longueur de la ligne d’opération; c’est-à-dire , que toutes les fois qu’on veut étendre la dernière , il convient de tenir l’ennemi , par le mouvement même , à une assez grande distance de notre liane , pour que la base d’opérations , prolongée dans la même progression , soit hors d’atteinte. En cas contraire , il faudrait 1 obliger , par des manœuvres ou de vive force, à s’en éloigner, avant de se diriger sur l’objet d opération (1).

Le terrain permet un tel prolongement de la base , ou il le rend impossible. Dans le premier cas , en admettant que la ligue d’opération soit très-étendue , la base aura un si grand développement que , pour s’y établir et la conserver , il faudrait employer tant de

(i) Cette maxime est importante, et la campagne de 1812 en a été la meilleure preuve. Napoléon n’aurait pas été entouré à la Bérésina, si, à mesure qu’il s’éloignait du Niémen, il avait élargi sa base, en repoussant les corps qui se trouvaient sur sesflancs. L’art ne consiste pas toujoursà pousser des pointes : forcer le centre d’un front d’opérations est fort bien , mais ce n’est pas pour continuer à marcher directement devant soi , c’est au contraire pour se rabattre sur les ailes divisées. Les pointes sont bonnes lorsqu’on veut frapper un coup politique, ou qu’en promettant de grands résultats, elles s’exécutent avec des forces suffisantes pour en rendre le succès probable, et le retour infaillible.

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