CHAPITRE 1er
dent d’un liasard heureux , et sont toujours moindres que si l'on opérait avec une force imposante contre un point décisif. Lorsque la supériorité vous autorisé à prendre l’offensive, vos opérations auront une direction avantageuse sur la ligne stratégique qui lie de plus près la hase à l’ohj ectif. 11 faudra vous en rendre maître à force ouverte; parce qu elle offre le double avantage de raccourcir les distances, et de morceler les forces défensives de l’ennemi, de manière à anéantir toute résistance sur d’autres points. Mais si la supériorité numérique n’est pas assez grande pour compter avec certitude sur l’heureuse issue d’une telle attaque , et sur la possibilité de chasser l’ennemi de ses positions stratégiques , vous ferez bien de manoeuvrer.
Il n'y a qu’un moyen efficace pour forcer son adversaire à abandonner un de ses points stratégiques : c’est de le menacer de gagner avant lui sa ligne d’opération et de communication , ou bien de le prévenir sur la position qui couvre sa ligne de retraite.
Une manœuvre qui s’écarterait de la direction perpendiculaire sur la position de l’ennemi, pour en tourner le flanc , ne s’exécuterait avec sûreté que si , dans le cours même de ce mouvement , l'on pouvait atteindre une ligne stra-
légique qui présentât toujours les moyens de retraite ; ou si celle dont on partirait se trouvait tellement fortifiée par la nature et l’art, tpie l’adversaire ne pût s’en emparer avant qu’on l'eut délogé de ses positions.
Le temps qu’on emploie à tourner un point doit être proportionné à son degré de force ét à la durée probable de sa résistance ; les démonstrations qui doivent accompagner de pareils mouvemens, la promptitude qui en est inséparable , le secret à observer , les précautions à prendre, enfin le mode d exécution, sont du ressort de la Tactique.
Soqvent l'on est obligé dans l’offensive d'abandonner au milieu d'une opération la ligne stratégique sur laquelle on se trouve , pour en prendre une autre , soit à cause d'obstacles imprévus et trop difficiles à surmonter , soit par suite d'une opération soudaine de l'ennemi, qu’on n'avait pas dû prévoir , soit finalement pour se rapprocher dune contrée doû arrivent de nombreux renforts. Lorsqu'on a assez de temps , un pareil changement doit s’opérer au point où la ligne abandonnée se réunit avec la nouvelle. Mais s’il ne comporte aucun retard , il faut l'effectuer avec célérité et précaution , sur un point qui donne la certitude de ne pas perdre entièrement sa première ligne d’o-