CHAPITRE 1er
flanc6(i): ceci exige quelques explications. Lorsque dans la défensive on choisit une position latérale , c’est dans l'intention d'empêcher l'ennemi de s’avancer, en menaçant ses derrières et ses communications , et principalement afin de le forcer à changer la direction de ses opérations, pour marcher contre le nouvel obstacle qu’on lui présente. On ne peut le contraindre à ce changement de direction qu’en choisissant une position telle que s’il voulait la dépasser, elle se trouvât plus rapprochée de ses lignes de communication qu’il ne le serait lui-même du but qu’il se propose ; outre cela , il faut que ce but soit susceptible de lui opposer une vigoureuse résistance. Pour qu’une position de flanc remplisse cet objet, il est indispensable qu’elle soit tactiquement bonne , fortifiée , s’il est possible, par l’art ou la nature, et que le nombre de troupes qu’on y emploie soit en rapport avec celui de l’ennemi : autrement , il serait facile à celui-ci de la forcer , ou tout au moins de la masquer , et de poursuivre ses desseins. Finalement , il faut
(i) La plus juste application de cette maxime est, sans contredit, la marche des Russes sur Kaluga, après la prise de Moscow.
4o PRr.XCIPF.S DF. STRATEGIE,
qu’elle ait des points de liaison sûrs, tant avec notre base qu’avec les positions qui couvrent Je pays en arrière , pour ôter à l'adversaire les moyens de nous y prévenir, dans le cas où il parviendrait à culbuter la position de flanc. Ces sortes de manoeuvres sont faciles dans un pays protégé par un certain nombre de points stratégiques , et dont la conquête ne dépend pas d’un seul. Elles le soulencore dans ceux où la base d’opérations n'est pas immédiatement sur la principale ligne de défense ; et enfin , dans ceux où la conformation naturelle du théâtre de la guerre permet de donner à la première une nouvelle direction, sans exposer l’autre. La raison de cette facilité est que l’on n'est pas borné à un seul point de retraite , et qu'au pis aller , on peut en sacrifier un. Dans ces différentes hvpothèses , il est certain qu'il vaut mieux se défendre par une position de flanc , que par une de front. On gagne plus de temps, chose importante dans la défensive , car un mouvement que l’ennemi n’a pas prévu, ou dont il n’a eu (pie tardivement connaissance, l’oblige à faire de son côté de nouvelles dispositions ; mais ce genre de défense sur les flancs, exige beaucoup de réflexion, des vues profondes et du jugement.