‹ Vol. 1Chapitre 30 sur 93 · CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ier

donc sur eux que repose aussi le système d'offensive et de défensive de chaque Etat en particulier. Toutes les mesures qui ont trait à la guerre , et qui ne dérivent pas de bonnes règles stratégiques, seront donc fausses et peutêtre désastreuses.

Les établissemens qui procurent des avantages stratégiques ne sont pas Eouvrage de quelques momens; ils exigent du temps et du travail. Celui qui a la direction des forces militaires d’un Etat , doit songer , même au sein de la paix , aux moyens de préparer d'heureux résultats pour la guerre; il faut que tout ce qu’il crée soit établi d’après les règles de la Stratégie : ainsi , ce n’est pas seulement l'organisation de l’état militaire et la construction des forteresses , mais encore la direction de toutes les routes , des canaux , l’emplacement des dépôts , des magasins , etc. , qui doivent fixer son attention. L’application ou le mépris de ces vérités , est pour tous les Empires , une question d’Etat importante , qui décidera souvent de leur salut ou de leur ruine.

La France , déchirée par les troubles de l’intérieur et sans armées , résista, vers la lin du dix-huitième siècle , à toute l’Europe ; parce que , depuis Louis XIII , le gouvernement avait sans cesse travaillé à mettre ses frontières en

état (le défense , d après les principes de la Strategie. Basée sur un svstème pareil , elle soumit tous les pays du continent qui n en avaient pas (1): et cette raison seiüe explique

(i) L'utilité (les points stratégiques bien fortifiés ne peut être contestée; mais est-il bien juste de dire que la France n’a triomphé pendant vingt ans qu'à l’appui de ses places fortes , et parce que ses ennemis en manquaient? Schérer, maître de toutes celles d'Italie , avec 116 mille hommes . n'en fut pas moins e.rpulsé de ce pays en 1799 ; les places de la Prusse n’arrêtèrent pas les désastres de ses armées en 1806. Ces événemens ramenèrent dès-lors le système des forteresses à sa véritable valeur. Croit-on que, si les invasions de 1792, 1793 et 1794 eussent été conduites comme celles de 1814 et i8i5, la Convention nationale , malgré la perfection du système défensif des frontières de France, eût résisté à la guerre civile et à la guerre étrangère ?

Les meilleures forteresses sent le patriotisme , l’attachement a l'ordre de choses établi , la vigueur du gouvernement , et l'union parfaite , non-seulement dans la nation , mais entre la nation et le gouvernement. Avec de tels élé— mens, la France fera plus qu’avec les boulevarts les plus formidables. Si les citoyens défendaient aujourd'hui leurs remparts , comme anciennement , les places auraient à la vérité plus d'importance, et n’affaibliraient pas autant les armées actives. Il faut peu de places, il les faut grandes , autant que possible à cheval sur des rivières et sur des points stratégiques : la multitude en est plus nuisible qu'utile.

Page 1