CHAPITRE II
donner à ces sortes de points de défense , les diviser en quatre classes; savoir : celles de premier rang , ayant 12 mille hommes de garnison et au-dessus; de second, ayant depuis 12 mille jusqu’à 6 mille ; de troisième , ayant de 6 à 3 mille; et enfin de quatrième , nommés aussi forts. Ceux-ci ne doivent renfermer que le nombre de troupes strictement nécessaire à leur défense.
De quelque côté que l’ennemi dirige ses opérations, les forteresses de premier rang jouent dans la défensive un rôle majeur; elles sont indispensables pour la conservation du pays , et d’après cette considération , lorsqu'il s’agit de déterminer les troupes nécessaires à leur défense , il faut au besoin , y employer même une grande partie des forces de l’Etat (1).
(1) Quand un Etat se trouve réduit à jeter la meilleure partie de ses forces dans des places, il touche de près à sa perte. Je ne citerai pas les dernières invasions en France , parce qu’elles sortent de toutes les bornes ordinaires. La moitié de l’Europe bloquait les places quand l’autre moitié allait à Paris, secondée par l’esprit de parti qui divisait la nation; mais je donnerai pour exemple , l’Italie en 1799, la Prusse en 1806. Au reste, nous ne contestons pas l’utilité des places; mais nous avons déjà émis notre opinion, relativement à leur disposition sur la frontière, à la fin du chapitre précédent.
l^O APPLICATION DE LA STRATEGIE.
Rien ne suppléé au défaut de ces places ; dèslors il faut les construire avant toutes celles d'un ordre inférieur, et quoi qu’il en coûte, s en procurer l’appui. Ce n'est quaprès leur parfait achèvement que l'on doit s'occuper de la construction de places d'une influence bornée à des opérations isolées , encore faut-il que ce soit en raison du degré d importance de ces opérations, et non pas en proportion del’étendue deleur développement; autrement leurs garnisons absorberaient toutes les troupes disponibles , et empêcheraient de tenir une armée en campagne.
11 devrait y avoir danschaque Etat une place d’armes qui en fût comme la clef, en assurât l’indépendance , et sans la prise de laquelle l’ennemi ne pût faire que des invasions précaires , et ne causer à l Etat que des maux faciles à réparer.
Un système défensif basé sur un cordon de places qui défendraient les différentes ligues d'opérations, et garantiraient ainsi toutes les frontières , 11e peut convenir qu'aux pays où non- seulement l’armée régulière , mais encore toute la nation organisée militairement , sont appelées à la défense de ces points fortifiés. Ces deux grandes mesures sont inséparables , et devenues aujourd’hui de toute nécessité pour