‹ Vol 1Chapitre 22 sur 63 · L’ENFER , CHANT IX · texte numérisé non relu

L’ENFER , CHANT IX

brise les rameaux, disperse les fleurs arrachées; superbe et poudreux, il chasse devant sa course impétueuse les troupeaux et les patres.

Alors Virgile, écartant ses mains, me dit : « Porte tes regards vers l’endroit où la vapeur plus malfaisante couvre la surface écumcuse.»

Semblables aux grenouilles qui s’éparpillent devant la couleuvre ennemie, et s’enfoncent à travers l’onde, jusque sous la vase ;

Plus de mille âmes damnées fuyaient devant un être inconnu qui traversait le Styx à pied sec.

Loin de son visage, il repoussait l’air opaque avec sa main et ne semblait pas éprouver d’autre fatigue.

Je devinai en lui un envoyé du ciel. Je regardai mon maître; il me fit signe de m’incliner en silence.

Àh ! quel dédain éclatait sur la face de l’ange! Il arriva près de la porte, et, avec une baguette, l’ouvrit sans aucun obstacle.

(f O démons, précipités de l’empire céleste, s’écria-t-il sur P horrible seuil, comment s’est nourrie en vous une telle arrogance?

» Pourquoi vous révolter contre la puissance invincible? Elle a tant de fois augmenté vos supplices !

w Que sert de braver le destin! Votre dogue infernal, il vous en souvient, conserve encore les marques de sa résistance, sur le cou et sur la gueule. »

Après cela , l’ange reprit la route fangeuse sans nous adresser la parole, et comme préoccupé d’autres soins;

Et nous, rassurés par l’auguste message, nous dirigeâmes nos pas vers la terre de Pité.

Nous y parvînmes sans effort. Je promenais mes regards curieux dans l’étendue, pour découvrir le sort de ses captifs.

J’aperçus à droite et gauche une immense campagne pleine de douleurs et de cruelles tortures.

LA DIVINE COMÉDIE

Comme aux environs d’Arles, ou le Rhône est stagnant, comme à Pola, près du Quarnaro, qui arrose les frontières de l’Italie, des sépulcres jonchent le terrain inégal ;

De même, ici des sépulcres s’élevaient de toutes parts ; mais ceux-là présentaient un appareil plus effrayant.

Les tombeaux étaient séparés par des flammes et y devenaient plus brûlants que le fer le plus rouge dans la fournaise industrieuse.

De leurs couvercles soulevés s’échappaient mille gémissements pitoyables; tels se lamentent les pauvres suppliciés.

« Maître, clis-je à mon guide, quels sont les infortunés ensevelis dans ces arches, et qu’on devine à leurs soupirs douloureux? «

Et lui à moi : « Là, vivent les hérésiarques et les partisans de toutes sectes. Ces tombes sont beaucoup plus remplies que tu ne peux le croire.

» Ici le coupable est englouti avec son semblable, et les tombes sont plus ou moins ardentes. » Alors il tourna vers la droite.

Nous passâmes entre les sépulcres et les hautes murailles.

Prédiction de Farinata au Dante

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