XIV NOTICE SUE U VIE
formoient le goût de toutes les classes du peuple. Les poëtes s’y conformèrent. Boyardo le premier avoit publié un poëme plein de combats chevaleresques, d’enchantemens et d’aventures amoureuses; ¥ Orlando inarnorato eut un succès général ; mais ce succès fut bientôt effacé par celui de ¥ Orlando J'urioso , qui, composé sur le même plan que le poè'rne de Boyardo, oflroit la continuation des mêmes événemens , avec plus d’intérêt et de variété dans les détails , plus de charme et d’harmonie dans le style.
‘L’ Orlando firioso excita dans toute l’Italie une sorte d’ivresse , qui donne une idée frappaute de l’enthousiasme qu’avoit produit sur un peuple sensible le réveil de l’esprit et des talens.
Les vers de l’Arioste furent bientôt retenus , répétés . chantés dans les campagnes comme dans les villes , par le pâtre qui conduisoit ses troupeaux comme par le batelier qui conduisoit sa gondole, dans les académies littéraires comme dans les assemblées des gens du monde. Ce prodigieux succès n’empêcha pas cependant que des gens de goût ne fussent blessés des inconvenances que présentoit ce mélange bizarre d’iucidens sans liaison , de combats sans objet, d’aventures sans Vraisemblance et souvent sans décence. Je n’ai pas besoin de rappeler ici le mot si connu (i) du Cardinal d’Est à l’Arioste. On a vu que Trissin avoit eu assez de goût pour ne pas imiter
(i) Messer Luigi, dove diavolo ctvete pigliate tante eogliontrie ?
ET EE CÀtii'c3>,>jK,>jnt/, ’PAsjçp’);' /x'y l’Arioste ; mais malheureusement il n’eut pas le talent qui pouvoil remplacer,, ,par, des Be^uU^s plus vraies , des défauts «pki glaùoienjt à
Ce qui manquoit au Triîsin^'Jte Tdâsè ‘Pe poS-s sédoitau plus haut degré. Il ne se laissa ni éblouir par le succès des brillantes folies de V Orlando furioso , ni décourager par le dégoût du public pour l’insipide régularité de 1 ’Ttalia liherata. Mais ce qui prouve sur-tout la supériorité de son esprit et la maturité de son goût, c’est que les applaudissemens qu’avoit reçus de toutes parts son Rinaldo, ne. purent l'aveugler sur les défauts de cet heureux essai ; quoique très-jeune encore , il sentit bien qu’il falloit suivre une autre route. On voit, par une de ses lettres , qu’il se jugeoit avec bien plus de sévérité que le public.
A peine avoit-il publié son premier poè'me, qu’il conçut le plan de celui qui devoit assurer sa gloire. 11 jugea qu’il falloit attacher l’action épique à un événement important de l’histoire , si on vouloit y donner une véritable grandeur et un intérêt solide, Il sentit aussi que la vérité historique n’étoit pas le premier obj e t de la p oésie , et que l’action la plus intéressante en elle-même avoit encore besoin d’être embellie par le charme du merveilleux comme par la musique du langage, pour intéresser à-la-fois l’esprit, l’imagination et les sens. Il crut trouver dans la conquête de la Terre-Sainte , par Godefroi de Bouillon , un sujet propre à remplir toutes les conditions de l’Épopée.
Mais , avant de travailler à ce nouveau plan , il voulut faire de nouvelles études sur l’art, dont le