XVV . MOî’iaè: â,fcR't A' VIS
champ s’agrandismit à ses yeux par la méditation. Ge fut alors oue pour sort instruction , et pour se compte d<î sès propres. idées autant que y o i:-r l«é soumettre abx amis en ‘qui il avoit confiance , il composa trois discours sur la poésie i.éroïç[ue, qui sont peut-être le premier exemple de règles qui aient précédé le modèle. Corneille a composé des discours sur la poésie dramatique , qui renferment sans doute les meilleurs préceptes de cet art, mais il les composa après ses tragédies ; il les composa de tout ce que lui avoient fourni de lumières , dans le cours de sa longue vie , ses travaux, ses succès et ses revers. Le Tasse n’avoit que dix-huit ans lorsqu’il écrivit ses discours ; il s’étoit retiré à Padoue , où, ne vivant qu’avec des gens de lettres , n’étant distrait de ses études par aucune contrariété, il pouvoit se livrer sans contrainte à tous les goûts de son esprit. Mais il ne jouit pas long-temps de cette heureuse liberté. La fortune bornée de Bernardo , peut-être aussi un reste de mécontentement, ne lui permettoit pas d’entretenir ainsi son fils dans ce loisir philosophique. Il le détermina à passer à Ferrare, où il fut reçu comme Gentilhomme du Cardinal Louis d’Est, frère d'Alphonse Duc de Ferrare.
Torquato avoit dédié h ce Cardinal son poè’me de Rinaldo. Il se présentoit à la Cour de Ferrare avec tous les avantages qu’une réputation commencée sous d’heureux auspices devoit lui assurer dans cette Cour particulièrement distinguée par le goût des lettres. Il y fut sur-lout accueilli avec une grande distinction par les deux Princesses
ET LE CARACTÈRE DU TASSE. XVl] Lucrèce et Léonore d’Est , à qui leur mère , Rénée de France , fille de Louis xrr , avoit fait apprendre , dit Brantôme , les sciences et les tonnes lettres , qu’elles apprisrentet retindrent parfaitement , et en faisant honte aux plus savans ; de sorte que si elles avaient beau corps , elles avoient l’âme autant telle.
Lucrèce d’Est, depuis Duchesse d’Urbin', avoit alors trente-un ans; Léonore en avoit trente. Le Tasse n’en avoit que vingt-un. Il étoit grand et bien fait ; ses traits avoient de la noblesse et de la beauté ; mais il étoit un peu louche , et manquoit de grâce dans son maintien. Il parloit avec élégance , mais avec une gravité qui touchoit à la pédanterie , et un bégaiement naturel lui dormoit dans la conversation de l’embarras et de la disgrâce.
Peu de temps après son arrivée h Ferrare , le Cardinal fit un voyage en France pour aller conférer avec Charles IX sur les aflàires des Calvinistes. Il mena avec lui le Tasse , qui y avoit été précédé par sa réputation. Charles IX, dont le nom a été flétri depuis par l’horrible massacre de la saint Barthelemi, étoit un Prince instruit etprotecteur des lettres. Versé dans la littérature italienne , il avoit fort goûté le poëme de Rinaldo } et connoissoit déjà quelques fragmens de la Jérusalem , dont le Tasse avoit laissé prendre des copies. Ce poëme, où les François jouent un rôle si honorable, ne pouvoit manquer de plaire à la Cour de Charles ix; il procura à l’Auteur , de la part des courtisans comme de celle du Prince t l’accueil le plus flatteur et le plus empressé.