CHAPITRE II. ig
sant pas le temps de parler ses forces au point menacé , détermina le Gouvernement français à attaquer sur les ailes de l’armée autrichienne , et à ouvrir en même temps la campagne en Italie.
La Cour de Vienne , aveuglée par l’heureuse issue de la campagne de 1795 , ne tint aucun compte des représentations des généraux de ses deux armées , et se décida aussi pour l’offensive. Son plan était de faire le siège de Landaw , après avoir repoussé l’armée française de la Moselle et des montagnes entre la Bliese et le Rhin , de pénétrer ensuite dans l’Alsace , de s’emparer de ses places fortes , et en cas de succès soutenus , de réduire Strasbourg par un blocus , quand bien même on serait obligé d’y employer tout l’hiver. Plan gigantesque , qui ne pouvait s'exécuter , à moins que l’armée française 11e fût hors d’état de tenir la campagne, et entièrement détruite (1).
(1) Ce plan n’était certainement pas mal conçu, mais pour qu’il réussît, il ne fallait pas croire d’avance à l’impossibilité de son exécution. Tout dépendait d’une première bataille gagnée sur les deux armées isolées de Jourdan et de Moreau. La centralisation des forces autrichiennes permettait d’espérer la victoire, et l’on n’avait rien à risquer en cas de revers. En effet, l’on n’obtient de succès à la
Landaw , place forte de premier rang , défendue par une garnison nombreuse , demandait , pour son investissement seul , un corps de troupes considérable , et que serait-il donc resté pour l’offensive sur la Moselle et la Sarre, vers les Vosges , pour couvrir les plaines de l’Alsace , et s’opposer aux. attaques de 1 ennemi sur la rive droite du Rhin et de la Sieg , vis-à-vis Strasbourg, Brisach et Huningue?
L'extension démesurée de la ligne autrichienne en eut affaibli les extrémités. Les Français , repoussés derrière la Moselle ou dans les environs de Strasbourg , auraient eu beaucoup moins de chemin à faire pour se porter sur la Lahn , ou sur Offenburg, par le Rhin , que les renforts autrichiens qu'on y eût envoyés du corps d'observation devant Landaw.
En opérant ainsi par leurs extrémités, surtout vers le Haut-Rhin, les Français gagnaient de suite la principale communication de leurs
guerre qu’en frappant sur les masses ennemies qui tiennent la campagne, toutes les fois qu’on peut leur opposer des forces supérieures sur un point : c’est ce qu’on aurait dû essayer, tl eût toujours été temps, en cas d’échec , d adopter le système défensif, et d’abandonner la rive gauche du Rhin,