‹ Vol. 2Chapitre 111 sur 157 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

de hâter sa marche vers le point décisif. A la vérité , il aurait pu défendre un ou deux jours les défilés du Spessart et de Miltenberg; mais loin d’y gagner, il eût au contraire perdu la faculté de se préparer à recevoir l’ennemi, en différant à réunir ses troupes.

La poursuite de Jourdan laisse entrevoir un projet fautif : d’abord elle s’effectua trop lentement ; ensuite sa ligne embrassa trop de terrain. On remarque que, sans plan fixe et sans avoir assez de troupes sous la main, il est obligé d’attendre constamment des nouvelles de l’ennemi , pour diriger ses mouvement d’après les siens , tandis que sa supériorité numérique mettait en droit d’attendre qu’il lui dicterait la loi. Dès que les Autrichiens eurent consenti ,1e i3 au soir, à rendre Francfort , il devait présumer qu’ils renonçaient à conserver leur position derrière le Mein, et à opérer offensivement sur la rive droite. On ne pouvait supposer à Wartensleben que deux intentions : la première , de continuer sa retraite , et c’était la plus vraisemblable , d’après ce qui était arrivé sur le haut Rhin; la seconde , de rassembler ses forces et de reprendre l’offensive , en passant la Kinzig. Dans l’un et l’autre cas, Jourdan aurait dû concentrer son armée à Francfort, et faire ob-

server Casse] par un petit détachement. Parla, il eût été à même de prendre, à 1 expiration de l'armistice, une direction conforme aux circonstances , et de repousser toute attaque. Loin de s'arrêter à ce parti , les troupes françaises restèrent dispersées , et ne s'avancèrent de la position qu elles occupaient depuis le 16 , qu après la retraite de l’ennemi.

Jourdan ébloui par F avantage précaire et illusoire qu il obtiendrait en portant sa gauche de la Rinzig à Schweinfurt , par Gemünden , avant cpie les Autrichiens y arrivassent , se décida à la faire avancer pour forcer l'ennemi à la retraite , en menaçant sa droite et refusant la sienne. 11 ne fit pas attention que la route de Schweinfurt à Egra, étant la plus éloignée de la hase d'opérations de l ennemi , n'avait nulle importance; que sa perte n'entrainait point celle des communications du Danube , ni même des principales de la Bohème. Il n'eut aucun égard à la jonction des armées françaises et à la séparation des armées autrichiennes (1). Wartensleben eût été bien embarrassé,

(i) Faute de renseignemens exacts, l’auteur adresse ici à Jourdan , des reproches que mérite le Directoire : o N'épargnez rien , r.e cessait-il d’écrire à ce général, pour vous

Page 1